Décrochage scolaire

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Le décrochage scolaire est l'arrêt d'études avant l'obtention d'un diplôme. L'expression « décrochage scolaire », assez à la mode dans le milieu éducatif français, provient en fait du ministère de l'éducation du Québec.

Introduction[modifier | modifier le code]

Le ministère de l’Éducation du Québec étudie le décrochage scolaire dans le cursus menant au diplôme du secondaire. Est considéré comme « décrocheur » tout élève qui était inscrit au début d'une année scolaire et qui ne l’est plus l’année suivante sans être titulaire d'un diplôme d'études secondaires. Les décès et les déménagements à l'étranger ne sont pas inclus. Un élève est dit « à risque de décrochage scolaire » lorsqu'il fréquente toujours l'école, mais qu'il présente une forte probabilité de décrochage.

La décision d'abandonner l'école est le résultat d'un cumul de situations complexes scolaires, relationnelles, sociales et/ou personnelles. Il s'agit donc d'un long processus incluant des facteurs multidimensionnels.

Caractéristiques de l'élève dit à risque[modifier | modifier le code]

Données individuelles[modifier | modifier le code]

Parmi les variables d’ordre individuel, les difficultés d’apprentissage et les troubles du comportement constituent des facteurs personnels les plus déterminants du décrochage scolaire[1] puisque cela amène l'enfant à subir des échecs répétitifs. Ces difficultés peuvent être persistantes ou ponctuelles, momentanées ou passagères. En effet, l’élève en trouble du comportement montre un déficit important dans sa capacité d’adaptation à l’école. Selon la plupart des études, les jeunes décrocheurs participent moins aux activités scolaires, portent peu d’attention en classe, passent moins de temps à faire leurs devoirs, ont des problèmes d’absentéisme et valorisent davantage le travail rémunéré que les études, comparés aux autres élèves.

La majorité des études montre que les garçons sont plus nombreux à décrocher de l’école. Les chiffres reflètent un taux d'accès aux diplômes plus bas chez les garçons qui tend à se maintenir de génération en génération. Les jeunes filles à risque de décrochage scolaire présentent davantage de troubles intériorisés, le plus fréquent étant la dépression, tandis que les garçons ont des troubles plus extériorisés tels que les troubles de comportement.

Données relationnelles[modifier | modifier le code]

Les écrits relatent également que ces jeunes éprouvent d’importantes lacunes dans leurs habiletés sociales. Ainsi, leur manque d’habiletés sociales diminuerait leurs aptitudes à interagir adéquatement avec autrui. Leurs relations se résument principalement par de l’irritation, des échanges sociaux hostiles et par de l’intimidation.

Données sociales[modifier | modifier le code]

Le milieu familial est fortement lié à la réussite scolaire et à l’adaptation des jeunes. Un faible statut socioéconomique, un faible niveau de scolarité des parents et plusieurs aspects de la structure familiale (conflit, alcoolisme, violence,…) sont des caractéristiques fortement liées à l’abandon scolaire. Le rôle déterminant des parents relatif au risque d’abandon scolaire est bien documenté dans les écrits. En effet, les valeurs des parents, la supervision parentale ainsi que les attentes des parents envers la réussite scolaire représentent des éléments impliqués dans le phénomène. Le mode de vie des parents est également une dimension du fonctionnement familial qui doit être considérée quand on parle de décrochage scolaire. Les résultats de nombreux travaux permettent d’affirmer qu’un faible encadrement parental, un manque d'engagement dans les activités scolaires et l’absence d’encouragement à l’autonomie ont une influence directe sur le risque que l'enfant quitte l’école définitivement.

Inadaptation ou facteurs de risque ?[modifier | modifier le code]

En constatant l’existence de ces facteurs de décrochage scolaire, il importe de savoir si ce phénomène résulte d'un facteur particulier ou s'il est plutôt un symptôme général d'inadaptation sociale.

Notion de groupes types[modifier | modifier le code]

Les élèves à risque de décrochage forment un groupe hétérogène. Par exemple, une étude de Janosz et al. (2000) identifie quatre groupes de décrocheurs potentiels :

  1. Décrocheurs discrets : ils aiment l’école, sont engagés, ne présentent aucun problème comportemental et ils ont un rendement scolaire un peu faible (40 %).
  2. Décrocheurs inadaptés : ils ont des échecs scolaires, des problèmes comportementaux, sont délinquants et proviennent de familles difficiles (40 %).
  3. Décrocheurs désengagés : ils ne présentent pas de problèmes de comportement et ont des notes dans la moyenne, mais sont très désengagés face à leur scolarisation (10 %).
  4. Décrocheurs sous-performants : ils sont en situation d’échec scolaire et sont désengagés face à leur scolarisation. Ils présentent des troubles d’apprentissage, mais aucun trouble de comportement (10 %).

Prévenir le décrochage[modifier | modifier le code]

En milieu scolaire[modifier | modifier le code]

En milieu scolaire, certains indicateurs facilitent le repérage des élèves "décrocheurs" en lien avec les compétences sociales et/ou les apprentissages :

  • Apprentissages

Au sein de la famille[modifier | modifier le code]

Au sein de la famille, il existe des actions simples permettant de limiter les risques de décrochage scolaire. L'éducation familiale doit permettre :

  • De favoriser la socialisation des enfants et de développer une certaine habileté sociale ;
  • D'apprendre la gestion du stress et des angoisses en organisant un soutien émotif  ;
  • D'organiser un bon réseau relationnel ;
  • De fournir une culture de base large notamment en encourageant les activités parascolaires.

De plus les parents doivent :

  • Construire de bonnes relations avec les enseignants  ;
  • Suivre le cursus de l'enfant d'un point de vue scolaire et personnel.

Les Plans d'accompagnement en France[modifier | modifier le code]

En France, depuis la rentrée 2013, les établissements scolaires doivent posséder un GPDS, dispositif interne de prévention du décrochage scolaire[2].

Le ministère de l’Éducation nationale propose de consacrer une semaine par an à la persévérance scolaire[3]. Le ministère souligne également l'importance d'un suivi plus soutenu des élèves en difficultés et l’adaptation des travaux à leurs difficultés. A ce titre, des plans d'accompagnement sont mis en place.

PPRE : programme personnalisé de réussite éducatif[modifier | modifier le code]

En France le PPRE, programme personnalisé de réussite éducatif, est élaboré et rédigé par l’enseignant pour des élèves éprouvant des difficultés d’apprentissages ciblées qui pourraient l’empêcher de maîtriser le socle commun. Il est effectué sur le temps de cours sans changement d’emploi du temps, ce qui est un avantage pour l’élève mais qui demande une certaine adaptation à l’équipe enseignante. Le PPRE peut concerner aussi bien un enfant du premier que du second degré[4].

PAP : plan d’accompagnement personnalisé[modifier | modifier le code]

En France le PAP, plan d’accompagnement personnalisé, est un programme concernant les élèves ayant des difficultés scolaires durables dont l’origine serait un ou plusieurs troubles des apprentissages[5]. À tout moment de la scolarité de l’enfant, le conseil d’enseignants peut décider la mise en place de ce programme où des aménagements seront réalisés pour un meilleur parcours scolaire répondant aux objectifs fixés. Cela vise l’autonomie de l’élève par un suivi continu qui peut le suivre sur plusieurs années.

Une pédagogie de projet pour limiter le décrochage[modifier | modifier le code]

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La plupart des études (lesquelles) portant sur les dispositifs pédagogiques et leurs effets s’entendent pour affirmer qu’il n’existe malheureusement pas de solutions simples pour enrayer le phénomène d’abandon scolaire ni de dispositifs pédagogiques totalement efficaces. L’école doit mettre en œuvre différents moyens pour motiver le jeune à poursuivre son processus d’apprentissage.

Habileté sociale[modifier | modifier le code]

Adopter une approche multidimensionnelle représente un élément à considérer dans la création des programmes d’intervention. Les dispositifs pédagogiques doivent tenir compte d’une combinaison de facteurs de risque puisque le décrochage scolaire, tel qu’énoncé un peu plus haut, regroupe une panoplie de variables personnelles, sociales et environnementales. Pour s’avérer efficace et agir sur les difficultés d’apprentissage et les troubles du comportement du jeune à risque de décrochage scolaire, l’intervention doit porter sur les problèmes scolaires mais aussi sur les habiletés sociales. Plusieurs résultats d’étude (lesquels?) révèlent que l’apprentissage des habiletés sociales, particulièrement les compétences d’affirmation de soi et de contrôle de soi, représentent un élément fort des programmes d’intervention. L’acquisition de ces habiletés permettrait à l’élève de développer des relations saines avec autrui et des interactions socialement acceptables.

Approche globale[modifier | modifier le code]

L’implication et la participation des personnes faisant partie de la vie du jeune amènent des effets positifs au programme d’intervention. Les programmes indiquent de meilleurs résultats quand les principales cibles de l’intervention sont les élèves, les enseignants et les parents.

L'élève[modifier | modifier le code]

En ce qui concerne l’élève, l’intervention doit lui permettre de se sentir engagé dans la planification du projet afin d’augmenter sa motivation et de le responsabiliser. Les principaux objectifs des dispositifs pédagogiques visent la réussite scolaire, le développement des comportements adaptatifs et l’acquisition des aptitudes de travail. Ces objectifs doivent être accompagnés de règles de discipline clairement définies et bien comprises par tous. Ces règles sont importantes puisqu’elles permettent d’éclaircir le rôle de chacun, leurs droits et les attentes envisagées envers eux.

Des services spécialisés doivent être disponibles pour répondre le plus adéquatement possible aux difficultés cognitives et psychoaffectives éprouvées par les élèves.

L’élève a la responsabilité et le devoir de contribuer au bon fonctionnement de la classe, de l’école et du projet en question. La mise en place du conseil d’élèves et du conseil de coopération donne au jeune la chance de s’exprimer et d’échanger sur son vécu scolaire tout en développant des habiletés sociales.

[réf. nécessaire]

Les parents[modifier | modifier le code]

Pour ce qui est des parents, plusieurs chercheurs (lesquels?) soulignent l’importance de l’engagement parental dans la vie scolaire du jeune. L’implication du parent dans le programme d’intervention est irréfutable puisqu’elle favorise l’intégration des apprentissages dans le milieu familial. De cette manière, le parent s’informe sur le vécu scolaire de son enfant et se responsabilise par rapport à l’intervention sous tous ces aspects (les soins à donner, la supervision…).

Les représentations des parents au regard de l'école exercent une influence sur celles de leurs enfants.

Le corps enseignant[modifier | modifier le code]

L’enseignant constitue également un élément à considérer dans l’intervention. Une formation est nécessaire afin de mieux gérer cette catégorie d’élèves et de permettre aux enseignants d’avoir des attitudes positives.

L’enseignant doit participer à la planification du programme. Pour être efficace, un programme peut contenir un enseignement modulaire personnalisé des matières scolaires et un stage dans un domaine qui intéresse le jeune. Un suivi dans l’acquisition des connaissances de l’élève peut se faire par une rencontre individuelle avec l’enseignant. Ce moment de rencontre permettrait d’évaluer les projets de l’élève et l’atteinte des objectifs, de faire des résolutions de problèmes face aux difficultés rencontrées par le jeune et de développer une relation positive et privilégiée entre l’enseignant et l’élève.

Durée[modifier | modifier le code]

Plusieurs auteurs (lesquels?) estiment que les programmes d’intervention doivent proposer un continuum de services aux élèves fortement à risque de décrocher l’école qui s’échelonnent sur une longue période de temps. Selon eux, les programmes doivent être continus pour permettre aux jeunes d’avancer à leur rythme et, par le fait même, d’intégrer des connaissances scolaires de base et des compétences sociales essentielles pour favoriser la transition vers l'emploi.

Évaluation[modifier | modifier le code]

Pour évaluer les effets d’un programme d’intervention auprès des jeunes à risque de décrochage scolaire, il est essentiel de ne pas seulement considérer les notes scolaires. La performance scolaire de cette catégorie d’élèves ne permet pas d’évaluer l’effet réel du programme en question. L’évaluation doit également porter sur les aspects d’ordre comportemental, motivationnel et social afin d’avoir une meilleure idée des effets bénéfiques, sur le jeune, du programme.

Statistiques[modifier | modifier le code]

Au Québec[modifier | modifier le code]

Sur l'ensemble des écoles publiques de l'île de Montréal, 40 % des garçons et 28,4 % des filles quittent l'école sans diplôme, 7 ans après leur entrée au secondaire. Taux de décrochage inquiétant à Montréal, radio-canada.ca, 22 octobre 2005

Dans près de la moitié des écoles secondaires de Montréal, plus d'un élève sur trois n'a pas terminé ses études secondaires à la fin de l'année scolaire 2006-2007[6].

Dans les quartiers les plus défavorisés (comme Saint-Michel (Montréal), Montréal-Nord, Hochelaga-Maisonneuve, Petite-Bourgogne et Saint-Laurent-Ouest, le taux de sortie du secondaire sans diplôme s'élèvent à 60 % pour les garçons et 50 % pour les filles.

La proportion de décrocheurs atteint près de 85 % à l'école secondaire Pierre-Dupuy (arrondissement de Ville-Marie, Montréal). Dans cinq des sept écoles secondaires de Longueuil, plus du quart des élèves ont quitté l'école sans diplôme en 2007[7].

Le gouvernement du Québec s'est fixé l'objectif de voir 80 % des jeunes Québécois obtenir leur diplôme d'études secondaires d'ici 2020.


Les organismes communautaires de lutte au décrochage (OCLD): une réponse adaptée au décrochage des plus marginalisés[modifier | modifier le code]

Pour redresser la situation, il faut bien sûr agir là où se joue l’essentiel : à l’école. Mais cela ne suffit pas. Les causes du décrochage scolaire sont nombreuses et complexes. Si l’on veut vraiment rendre accessibles à tous les bénéfices d’une scolarité réussie, il faut d’abord soutenir et outiller ceux qui en ont le plus besoin. On doit créer des liens privilégiés, qui se poursuivent au fil des ans, avec les enfants à risque ou en difficulté ainsi qu’avec leurs parents. Or, le milieu communautaire se démarque clairement par sa capacité à créer des liens profonds et à long terme avec les populations les plus marginalisées. Les activités proposées par les organismes communautaires rejoignent principalement les élèves dont le potentiel n’arrive pas à s’actualiser dans le cadre offert par l’école. Tout comme les parents dont les relations avec l’école sont les plus difficiles. Nombre de ceux qui persévèrent malgré d’importantes difficultés ou qui raccrochent au bout d’un certain temps obtiennent déjà un soutien des organismes communautaires de lutte au décrochage (OCLD). De nombreux autres jeunes pourraient, grâce à cet appui, accroître significativement leurs chances de réussite[8].

Références[modifier | modifier le code]

  1. « documents/dpse/adaptation_serv_compl »
  2. circulaire 20/06/2013 http://rectorat.ac-creteil.fr/wordpress/wp-content/uploads/2013/06/decrochage-scolaire-lettre-de-cadrage.pdf
  3. (fr) Ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, « La lutte contre le décrochage scolaire », Ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche,‎ (lire en ligne)
  4. « eduscol - PPRE », sur eduscol.education.fr
  5. « eduscol - PAP », sur eduscol.education.fr
  6. Nos jeunes décrochent, canoe.com, 26 mai 2007
  7. Décrochage:Palmarès des écoles secondaires publiques, canoe.com, 26 mai 2007
  8. www.rocqld.org

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gabriel Wahl, Claude Madelin-Mitjavile , Comprendre et prévenir les échecs scolaires, Éditions Odile Jacob, Paris , 2007.
  • Gabriel Wahl, Les enfants hyperactifs, Collection Que sais-je ?, Presses universitaires de France, Paris, 2012.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]