Décrochage scolaire

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Le décrochage scolaire est l'arrêt (par abandon) d'études secondaires avant l'obtention d'un diplôme. L'expression « décrochage scolaire » a été employée par le ministère de l'éducation du Québec et son usage s'est étendu à d'autres pays francophones.

Définition[modifier | modifier le code]

Le ministère de l’Éducation du Québec étudie le décrochage scolaire dans le cursus menant au diplôme du secondaire. Est considéré comme « décrocheur » tout élève qui était inscrit au début d'une année scolaire et qui ne l’est plus l’année suivante sans être titulaire d'un diplôme d'études secondaires. Les décès ou les déménagements à l'étranger, par exemple, ne sont pas inclus.[réf. nécessaire]

Un élève est dit « à risque de décrochage scolaire » lorsqu'il fréquente toujours l'école, mais qu'il présente une forte probabilité de décrochage[évasif].Selon la plupart des études[réf. nécessaire], les jeunes décrocheurs participent moins aux activités scolaires, portent peu d’attention en classe, passent moins de temps à faire leurs devoirs, ont des problèmes d’absentéisme et valorisent davantage le travail rémunéré que les études, comparés aux autres élèves.[réf. nécessaire]

Ampleur du phénomène[modifier | modifier le code]

Au Québec[modifier | modifier le code]

Au Québec, entre 2004 et 2007, 31% des garçons et 19% des filles ont abandonné leurs études secondaires avant leur terme[1]. En 2008, 29% des jeunes ont quitté l'école sans diplôme[1].

Sur l'ensemble des écoles publiques de l'île de Montréal, 40 % des garçons et 28,4 % des filles quittent l'école sans diplôme, 7 ans après leur entrée au secondaire[2]. Dans près de la moitié des écoles secondaires de Montréal, plus d'un élève sur trois n'a pas terminé ses études secondaires à la fin de l'année scolaire 2006-2007[3].

Dans les quartiers les plus défavorisés (comme Saint-Michel (Montréal), Montréal-Nord, Hochelaga-Maisonneuve, Petite-Bourgogne et Saint-Laurent-Ouest, le taux de sortie du secondaire sans diplôme s'élèvent à 60 % pour les garçons et 50 % pour les filles.

La proportion de décrocheurs atteint près de 85 % à l'école secondaire Pierre-Dupuy (arrondissement de Ville-Marie, Montréal). Dans cinq des sept écoles secondaires de Longueuil, plus du quart des élèves ont quitté l'école sans diplôme en 2007[4].

Le gouvernement du Québec s'est fixé l'objectif de voir 80 % des jeunes Québécois obtenir leur diplôme d'études secondaires d'ici 2020[5].

Conséquences pour l'adolescent décrocheur[modifier | modifier le code]

Les décrocheurs courent plus de risques de rester sans diplôme, de vivre de l'aide sociale, de trouver des emplois précaires, de rencontrer des problèmes de santé, de développer des problèmes de toxicomanie et d'entrer dans la délinquance pour subvenir à ses besoins selon une publication de statistiques du Canada en 2009[1].

Conséquences économiques[modifier | modifier le code]

Les conséquences du décrochage scolaire de large ampleur ne sont pas seulement négatives pour les jeunes concernés mais affectent l'économie dans son entier. Le décrochage scolaire élevé se traduit par des pertes fiscales, des pressions supplémentaires sur les systèmes sociaux, un ralentissement de la croissance économique, et une pénurie de main d’œuvre qualifiée, selon des données du Canada publiées en 2009[1].

Causes[modifier | modifier le code]

La décision d'abandonner l'école est le résultat d'un cumul de situations scolaires, relationnelles, sociales et/ou personnelles. Il s'agit donc d'un long processus incluant des facteurs multidimensionnels[6].

Différences selon les genres[modifier | modifier le code]

Deux fois plus de garçons que de filles décrochent scolairement (données du Québec)[1].

Variables psychologiques[modifier | modifier le code]

Un des facteurs individuels distinguant le jeune décrocheur est le manque d'« engagement actif » (intérêts et efforts fournis) qui peut être décrit comme ayant deux niveaux : le premier niveau consiste à respecter les règlements de l'école et participer en classe quand l'enseignant le demande ; le second niveau consiste à participer activement en allant chercher de l'aide si nécessaire ou en réalisant des projets supplémentaires par exemple[1]. Cet engagement actif est encouragé par plusieurs influences, influences parentales, petite taille des classes, et milieu scolaire favorable[1].

Dans les sociétés occidentales, les pratiques éducatives sont basées sur l'hypothèse que l'enfant et l'adolescent ont une motivation intrinsèque et sont (ou devraient être) motivés pour apprendre. Cette motivation, en fait, n'est pas présente chez tous les élèves et elle diminue à l'entrée en secondaire. Des chercheurs suggèrent que l'enseignant doit ainsi aider l'élève à percevoir la valeur du travail scolaire qu'il doit accomplir[7].

La motivation intrinsèque n'est pas suffisante, et certaines sociétés valorisent moins cette valeur. Dans les sociétés asiatiques, le respect de l'autorité, de la famille et la pression sociale et familiale sont des sources également importantes de motivation[7].

L'engagement cognitif (faire des efforts d'attention et d'apprentissage), le sentiment d'auto-efficacité et l'auto-discipline sont également des facteurs influençant fortement la réussite scolaire de l'adolescent[7].

Troubles d'ordre psychopathologique et psychiatrique[modifier | modifier le code]

Il faut distinguer les troubles psychopathologiques qui causent des échecs scolaires et démotivent les élèves, des troubles du comportement qui résultent de certains facteurs environnementaux et relèvent plutôt des conséquences d'une mauvaise adaptation scolaire associée à d'autres facteurs de risque. Si les comportements de l'adolescent semblent identiques (par exemple, des difficultés en mathématiques), les origines des problèmes sont différentes et la prévention le sera donc également.

Les difficultés d’apprentissage et les troubles du comportement constituent des facteurs de risque de décrochage scolaire[8][réf. insuffisante].

Comportements précurseurs à l'école[modifier | modifier le code]

Les écrits [réf. nécessaire]relatent que les jeunes à risque de décrochage éprouvent d’importantes lacunes dans leurs habiletés sociales. Ainsi, leur manque d’habiletés sociales diminuerait leurs aptitudes à interagir adéquatement avec autrui. Leurs relations se résument principalement par de l’irritation, des échanges sociaux hostiles et par de l’intimidation[réf. nécessaire].

Les adolescentes à risque de décrochage scolaire présentent davantage de troubles intériorisés, le plus fréquent étant la dépression, tandis que les adolescents ont des troubles plus extériorisés tels que les troubles de comportement.[réf. nécessaire]

Milieu familial[modifier | modifier le code]

La plupart des jeunes qui décrochent viennent de milieux défavorisés économiquement (ainsi les famille monoparentales défavorisent l'enfant en raison de revenus plus faibles)[1].

Le niveau d'éducation des parents a un impact sur le décrochage : les enfants dont les parents sont plus éduqués décrochent moins souvent que ceux dont les parents sont peu éduqués (mesuré en termes de niveau de scolarité atteint)[1].

Les valeurs des parents, le style parental, les attentes des parents (tout comme celle des enseignants) envers la réussite scolaire ont également un impact fort sur le décrochage scolaire. Un faible encadrement parental, un manque d'engagement dans les activités scolaires et l’absence d’encouragement à l’autonomie augmentent le risque que l'adolescent quitte l’école définitivement[1].

Influence des pairs[modifier | modifier le code]

Origine ethnique et milieu culturel[modifier | modifier le code]

Qualité de l'école et de l'enseignement[modifier | modifier le code]

La qualité de la scolarisation a une grande influence sur la réussite ou l'échec scolaire. Elle se traduit par un milieu où l'adolescent se sent en sécurité, un milieu ordonné ; de bonnes ressources matérielles ; un personnel enseignant stable ; une culture de l'école qui insiste sur les études, entretient la croyance que tous les enfants peuvent apprendre ; des activités para-scolaires intéressantes[7].

Le rôle des enseignants est très important : le succès scolaire est plus élevé quand les enseignants « ont confiance dans leurs élèves, les respectent, se soucient d'eux, ont des attentes élevées à leur égard et croient en leurs propres capacités d'aider les jeunes à réussir. »[7],[9].

Classifications[modifier | modifier le code]

Les élèves à risque de décrochage forment un groupe hétérogène. Par exemple, une étude de Janosz et al. (2000) identifie quatre groupes de décrocheurs potentiels :

  1. Décrocheurs discrets : ils aiment l’école, sont engagés, ne présentent aucun problème comportemental et ils ont un rendement scolaire un peu faible (40 %).
  2. Décrocheurs inadaptés : ils ont des échecs scolaires, des problèmes comportementaux, sont délinquants et proviennent de familles difficiles (40 %).
  3. Décrocheurs désengagés : ils ne présentent pas de problèmes de comportement et ont des notes dans la moyenne, mais sont très désengagés face à leur scolarisation (10 %).
  4. Décrocheurs sous-performants : ils sont en situation d’échec scolaire et sont désengagés face à leur scolarisation. Ils présentent des troubles d’apprentissage, mais aucun trouble de comportement (10 %).

Prévention en milieu scolaire[modifier | modifier le code]

Repérage en milieu scolaire[modifier | modifier le code]

En milieu scolaire, certains indicateurs facilitent le repérage des élèves "décrocheurs" en lien avec les compétences sociales et/ou les apprentissages :[réf. nécessaire]

  • Apprentissages

Interventions familiales[modifier | modifier le code]

Au sein de la famille, certaines actions permettant de limiter les risques de décrochage scolaire[réf. nécessaire]. L'éducation familiale doit permettre :

  • De favoriser la socialisation des enfants et de développer une certaine habileté sociale ;
  • D'apprendre la gestion du stress et des angoisses ;
  • D'organiser un bon réseau relationnel ;
  • De fournir une culture de base large notamment en encourageant les activités parascolaires.

De plus les parents doivent :

  • Construire de bonnes relations avec les enseignants  ;
  • Suivre le cursus de l'enfant d'un point de vue scolaire et personnel.

Dispositifs de prévention dans les écoles secondaires[modifier | modifier le code]

Pédagogie de projet[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Pédagogie de projet.

Au Québec : organismes communautaires de lutte au décrochage (OCLD)[modifier | modifier le code]

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Les causes du décrochage scolaire sont nombreuses et complexes. Si l’on veut vraiment rendre accessibles à tous les bénéfices d’une scolarité réussie, il faut d’abord soutenir et outiller ceux qui en ont le plus besoin. On doit créer des liens privilégiés, qui se poursuivent au fil des ans, avec les enfants à risque ou en difficulté ainsi qu’avec leurs parents. Or, le milieu communautaire se démarque clairement par sa capacité à créer des liens profonds et à long terme avec les populations les plus marginalisées. Les activités proposées par les organismes communautaires rejoignent principalement les élèves dont le potentiel n’arrive pas à s’actualiser dans le cadre offert par l’école. Tout comme les parents dont les relations avec l’école sont les plus difficiles. Nombre de ceux qui persévèrent malgré d’importantes difficultés ou qui raccrochent au bout d’un certain temps obtiennent déjà un soutien des organismes communautaires de lutte au décrochage (OCLD). De nombreux autres jeunes pourraient, grâce à cet appui, accroître significativement leurs chances de réussite[10].

En France[modifier | modifier le code]

En France, depuis la rentrée 2013, les établissements scolaires doivent posséder un GPDS, dispositif interne de prévention du décrochage scolaire[11].

Le ministère de l’Éducation nationale propose de consacrer une semaine par an à la persévérance scolaire[12]. Le ministère souligne également l'importance d'un suivi plus soutenu des élèves en difficultés et l’adaptation des travaux à leurs difficultés. À ce titre, des plans d'accompagnement sont mis en place.

Le PPRE, programme personnalisé de réussite éducatif, est élaboré et rédigé par l’enseignant pour des élèves éprouvant des difficultés d’apprentissages ciblées qui pourraient l’empêcher de maîtriser le socle commun. Il est effectué sur le temps de cours sans changement d’emploi du temps, ce qui est un avantage pour l’élève mais qui demande une certaine adaptation à l’équipe enseignante. Le PPRE peut concerner aussi bien un enfant du premier que du second degré[13].

Le PAP, plan d’accompagnement personnalisé, est un programme concernant les élèves ayant des difficultés scolaires durables dont l’origine serait un ou plusieurs troubles des apprentissages[14]. À tout moment de la scolarité de l’enfant, le conseil d’enseignants peut décider la mise en place de ce programme où des aménagements seront réalisés pour un meilleur parcours scolaire répondant aux objectifs fixés. Cela vise l’autonomie de l’élève par un suivi continu qui peut le suivre sur plusieurs années.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Diane E. Papalia, Sally W. Olds et Ruth D. Feldman, Psychologie du développement humain, 7ème édition, Montréal, Groupe de Boeck, , 482 p. (ISBN 9782804162887), p. 282.
  2. Radio Canada, « Taux de décrochage inquiétant », Radio Canada,‎ (lire en ligne)
  3. Nos jeunes décrochent, canoe.com, 26 mai 2007
  4. Décrochage:Palmarès des écoles secondaires publiques, canoe.com, 26 mai 2007
  5. Ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur, « Un objectif : 80 % », sur Ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur (consulté le 25 mai 2017)
  6. Bernard, Pierre-Yves., Le décrochage scolaire, Presses universitaires de France, (ISBN 9782130584414, OCLC 759859723, lire en ligne)
  7. a, b, c, d et e Diane E. Papalia, Sally W. Olds et Ruth D. Feldman, Psychologie du développement humain, 7ème édition, Montréal, Groupe de Boeck, , 482 p. (ISBN 9782804162887), p. 279-282..
  8. « documents/dpse/adaptation_serv_compl »
  9. (en) Jacquelynne S. Eccles, Handbook of Adolescent Psychology, John Wiley & Sons, Inc., (ISBN 9780471726746, DOI 10.1002/9780471726746.ch5/summary, lire en ligne), p. 125–153
  10. www.rocqld.org
  11. circulaire 20/06/2013 http://rectorat.ac-creteil.fr/wordpress/wp-content/uploads/2013/06/decrochage-scolaire-lettre-de-cadrage.pdf
  12. Ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, « La lutte contre le décrochage scolaire », Ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche,‎ (lire en ligne)
  13. « eduscol - PPRE », sur eduscol.education.fr
  14. « eduscol - PAP », sur eduscol.education.fr

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gabriel Wahl, Claude Madelin-Mitjavile , Comprendre et prévenir les échecs scolaires, Éditions Odile Jacob, Paris , 2007.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]