Période critique

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Les périodes critiques ou sensibles (plutôt évoquées pour l’humain), sont des périodes de temps pendant lesquelles le système nerveux est plus réactif à certaines stimulations de l’environnement, lui permettant de connecter plus particulièrement certains neurones entre eux. Leur durée est variable, et ces périodes ont des objectifs de développement spécifiques. C’est à partir de cela que l’apprentissage peut se faire. Cette notion est à mettre en lien avec la plasticité neuronale qui est à la base de l’adaptation du cerveau. Ainsi, la plasticité neuronale est possible mais surtout dans les limites de ces périodes critiques[1]. Ces théories développées essentiellement dans les années 1970 sont fortement nuancées et remises en cause par les découvertes récentes en neurobiologie[2],[3].

Expérience sur les périodes critiques[modifier | modifier le code]

La plupart des expériences tendant à mettre en évidences cette notion ont été effectués sur des animaux. Nous retrouvons donc le phénomène d’empreinte démontré par Konrad Lorenz avec les oies de Lorenz (1935). Une expérience de S. Carlson (1990) sur des singes nouveau-nés montre l’importance des premières expériences visuelles. Nous pouvons voir aussi le développement de comportements anormaux, notamment lorsqu’il n’y a pas de stimulations verbales pendant une longue période de l’enfance (après 1-2 ans jusqu’à 11 ans) comme le cas de l’Enfant Sauvage de l’Aveyron (1800, Victor de l'Aveyron).

Ces expériences vont nous permettre de mieux appréhender cette notion de périodes critiques. Tout d’abord, les Oies de Lorenz et le phénomène d'empreinte. Ce phénomène est l’attachement qui relie le petit à la mère. Dès la sortie de l’œuf et pendant les toutes premières heures de leur vie, les oisillons sont dans une période critique de 12 à 16 heures, qui ici les prédispose à suivre le premier objet en mouvement qu’ils voient, le plus généralement leur mère. Une fois cet attachement effectué, il n’y a pas de retour possible et l’oisillon suivra cet objet que ce soit un ballon ou la mère. En parallèle, il est difficile de parler d’empreinte chez l’homme, mais il y aurait une identification de la mère par le nourrisson via l’odorat[4].

L’expérience de Carlson de 1990 se porte sur des singes nouveau-nés dont les yeux ont été cousus pendant les douze premiers mois de leur vie. Ils sont ensuite testés les douze mois suivant sur un certain nombre de tâches visuelles. Les résultats montrent qu’ils sont capables de réaliser des tâches comme suivre des yeux un gros objet, mais qu’ils présentent des comportements anormaux lors de l’exploration de leur environnement. Par exemple, pour pallier le déficit visuel occasionné précédemment, les singes vont fortement utiliser leurs mains pour explorer et se sécuriser. Cela montre que la période critique dépassée sans stimulation de l’environnement a eu pour conséquence un fort déficit sensoriel[5].

Pour ce qui est de l’Enfant Sauvage de l’Aveyron, le manque de stimulations spécifiques de l’environnement pendant l’enfance a eu pour conséquence un déficit de conscience de soi, et surtout ce qui va nous intéresser ici, un déficit de langage. En janvier 1800, un enfant humain est trouvé dans l’Aveyron, il ne parle pas et se comporte comme un animal. Il est envoyé à Paris et est suivi par un médecin Jean Itard. Le suivi dure onze années et cet enfant sauvage renommé « Victor » intrigue toute l’Europe. Ce suivi n’a eu que peu de résultats, Victor devint affectueux et a pu apprendre à répondre à quelque instructions verbales, mais il ne put jamais apprendre à parler[5].

Conclusion[modifier | modifier le code]

Ce phénomène est étroitement lié à la plasticité neuronale, puisque la plasticité met en action des zones du cerveau différentes pour un apprentissage pendant l’enfance ou l‘adolescence. Par exemple, l’apprentissage d’une langue étrangère pendant l’adolescence utilise des zones différentes de celles utilisés lors de l’enfance pour l’apprentissage de la langue maternelle (Rutter, 2002)[1].

Le développement du cerveau humain est plus flexible que celui des animaux, mais aussi beaucoup plus sensible à certains moments et à certaines informations provenant de l’environnement. Il est plus difficile d’évoquer les périodes sensibles chez l’humain puisque l’apprentissage diffère souvent par l’expérience, mais c’est une notion importante en neurologie, pour l’apprentissage et le développement du cerveau au cours de la vie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b "Comprendre le cerveau : naissance d'une science de l'apprentissage", OECD 2007
  2. Pierre-Marie Lledo et Jean-Didier Vincent, Le cerveau sur mesure,éditions Odile Jacob, 2012
  3. L'interview de Pierre-Marie Lledo, Sciences et Avenir
  4. François Math, Jean-Pierre Kahn, Jean-Pierre Vignal, Neurosciences cliniques : De la perception aux troubles du comportement, De Boeck 2008
  5. a et b Drew Westen, Psychologie: pensée, cerveau et culture, De Boeck Supérieur, 2000

Articles connexes[modifier | modifier le code]