Syndrome du voyageur

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Le syndrome du voyageur est un trouble psychique généralement passager que rencontrent certaines personnes confrontées à certains aspects de la réalité du pays visité, par exemple l'abondance d'œuvres d'art (syndrome de Stendhal), de symboles religieux (syndrome de Jérusalem), etc. Il est différent du voyage pathologique au cours duquel un sujet entreprend un voyage motivé par un contexte psychiatrique.

Caractères généraux[modifier | modifier le code]

Il est caractérisé par un certain nombre de symptômes psychiatriques comme des états délirants aigus, des hallucinations, un sentiment de persécution (conviction délirante d’être victime de préjudices[1], d’agressions, de l’hostilité d’autrui), une déréalisation, une dépersonnalisation, de l'anxiété, et également des troubles à expression corporelle comme des vertiges, une tachycardie, des sueurs, etc.

En fait, le tableau clinique observé est assez variable, mais il a la caractéristique de survenir au cours d'un voyage qui confronte le voyageur à des choses inconnues de lui, qu'il n'a pas anticipées, alors que ces symptômes là n'existaient pas avant le voyage et qu'ils disparaissent avec un retour dans le milieu habituel. Cela le différencie du voyage pathologique dans lequel ce sont des troubles psychiatriques pré-existants qui conduisent à accomplir un voyage, généralement dans un contexte délirant.

Plusieurs syndromes du voyageur ont été décrits, dans différents contextes, avec des sources plus ou moins importantes.

Syndrome de Stendhal[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Syndrome de Stendhal.
Basilique de Santa Croce, Florence.

Le Syndrome de Stendhal ou syndrome de Florence se manifeste chez des personnes qui, exposées à une abondance d'œuvres d'art, se retrouvent face à leur conception artistique et à la grandeur physique et morale des œuvres. Il a été décrit par Stendhal qui le premier, en 1817, dans ses carnets de voyage, a fait la description de ce que lui-même a ressenti en sortant de la Basilique Santa Croce à Florence.

« J'étais dans une sorte d'extase, par l'idée d'être à Florence, et le voisinage des grands hommes dont je venais de voir les tombeaux. Absorbé dans la contemplation de la beauté sublime, je la voyais de près, je la touchais pour ainsi dire. J'étais arrivé à ce point d'émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les Beaux Arts et les sentiments passionnés. En sortant de Santa Croce, j'avais un battement de cœur, la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber. »

Aujourd'hui, les hôpitaux de Florence reçoivent toujours des patients présentant de tels états et le terme de syndrome de Stendhal a été consacré par une étude publiée en 1992[2].

Syndrome de Jérusalem[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Syndrome de Jérusalem.
Jerusalem : Dôme et Mur des lamentations.

Il est équivalent au syndrome de Stendhal, à ceci près qu'il ne se rapporte pas aux œuvres d'art, mais au sens religieux révélé lors du pèlerinage dans la ville sainte des trois monothéismes, Jérusalem.

1 200 personnes auraient ressenti ce syndrome, à des degrés divers, entre 1980 et 1993[3], et une quarantaine de personnes est hospitalisée chaque année à l'hôpital de Kfar Shaul.

À l'approche de l'an 2000, la fréquence de ce syndrome avait suscité une inquiétude particulière de la police et des milieux médicaux face à une recrudescence d'illuminés et de pathologies hallucinatoires, qui s'est toutefois révélée quelque peu exagérée : le nombre de cas déclarés ne fut pas bien supérieur à celui enregistré dans les années « normales ».

En ce qui concerne la composition confessionnelle des victimes de ce syndrome, 66 % étaient de confession juive, 33 % chrétiens et les 1 % restants sans religion sur les 470 personnes hospitalisées à Kfar Shaul entre 1980 et 1993. Cette pathologie ne touche d'ailleurs pas que les seuls touristes et pèlerins, mais aussi des résidents de Jérusalem.

Les cas sont le plus souvent enregistrés aux abords des grandes fêtes religieuses (Noël, Pâques, Pessah, etc.), et durant les mois chauds de juillet et août.

Les principaux symptômes ressentis sont les suivants : anxiété et stress, désir d'isolement, obsession de se purifier le corps (ablutions systématiques, taille des ongles), confection de toges à partir de draps, déclamation de passages de la Bible et chants sacrés, proclamation de sermons, hallucinations, etc.

Un film israélien éponyme de 2008, avec Lionel Abelanski et Dan Herzberg, traite de ce syndrome[4]. La Plus Grande Histoire jamais ratée, 16e épisode de la saison 21 de la série télévisée Les Simpson diffusée en 2010, évoque largement le sujet : Homer Simpson, entre autres personnages, étant atteint du syndrome.

Syndrome de Paris[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Syndrome de Paris.
Lieu parisien où se confondent réalité et fiction pour le voyageur.

Le syndrome de Paris (パリ症候群, Pari shōkōgun?) toucherait plus particulièrement les touristes japonais qui, ayant une vision idéalisée de la ville — le Montparnasse des Années folles ou le Paris d’Amélie Poulain — sont très déçus par la réalité et déstabilisés par le fossé culturel existant entre la France et le Japon[5],[6].

Le terme « syndrome de Paris » se trouve dans un ouvrage paru en 1991 et écrit par le Docteur Hiroaki Ōta (太田 博昭?), psychiatre du centre hospitalier Sainte-Anne à Paris[7]. Il y analysait le trop fort décalage entre l’image que se font les Japonais de la France et la réalité[8]. Les magazines japonais consacrés à Paris idéaliseraient la capitale française[9], beaucoup plus sale et désordonnée que les villes japonaises. Le docteur Ōta est le premier à avoir ouvert une consultation spécialisée pour les Japonais, et cela depuis 1989[6].

Le comportement et le langage démonstratifs des Français sont parmi les éléments les plus insupportables aux yeux des Japonais[5]. Exprimer ouvertement son point de vue, interrompre son interlocuteur, être en désaccord et le faire savoir sont des attitudes contraires à l’éthique japonaise[5]. Les femmes sont les plus touchées et supportent mal l’attitude trop « latine », trop entreprenante de certains Français[8]. Le syndrome peut aller dans de rares cas jusqu’à l’hospitalisation et le rapatriement[8].

De 1988 à 2004, 63 patients ont été hospitalisés dans le service du docteur Ōta : 29 hommes et 34 femmes, la moitié entre 20 et 30 ans[5]. Après un traitement d'une durée moyenne de deux semaines, tous ont été rapatriés, de préférence avec un membre de leur famille[5]. Sur ces 63 patients, 48 présentaient des troubles schizophréniques ou psychotiques, 15 présentaient des troubles de l'humeur[5].

Eriko Thibierge-Nasu, psychanalyste explique que « la revendication et la subjectivité sont vécues comme des agressions par les Japonais. Extérioriser un avis, dire ouvertement « je ne suis pas d’accord », c’est quelque chose qu’ils ne comprennent pas ». Philippe Adam, auteur du Syndrome de Paris, affirme qu’on « rend assez mal aux Japonais l’affection qu’ils portent pour la France ». Sa nouvelle a fait l’objet d’une adaptation au cinéma par la réalisatrice japonaise Saé Shimaï (島井 佐枝, Shimai Sae?) en 2008[10].

À l'été 2011, vingt personnes auraient été concernées par ce syndrome, la plupart japonaises ; six ont dû être rapatriées[11].

Syndrome indien[modifier | modifier le code]

Il concerne les touristes occidentaux se rendant en Inde, pays dans lequel leurs repères n’ont plus cours. La foule, le bruit, les odeurs, la pauvreté, les excès du climat (mousson, chaleur…), l’omniprésence de la mort et du mysticisme provoquent, dans le meilleur des cas, une folle envie de fuir, mais peuvent également engendrer un vacillement de la personnalité parfois accompagné de troubles psychiatriques importants, notamment un sentiment océanique. Normalement, ces symptômes cessent lorsque les personnes touchées rentrent chez elles[12].

Syndrome d'Ekbom[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Syndrome d'Ekbom.
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Décrit pour la première fois en 1938[13], il amène ceux qui en souffrent à se croire victimes d'insectes parasites (puces, tiques, etc.).


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. "Ces syndromes qui frappent les touristes étrangers", le Monde, 1er septembre 2009
  2. G. Magherini, Syndrome di Stendhal, Fettrinelli, Milan 1992.
  3. "Ces lieux qui rendent fou…", le Parisien, 19 avril 2009
  4. Le Syndrome de Jerusalem - film de Stéphanie Belaïsch, Emmanuel Naccache, Evene.
  5. a, b, c, d, e et f A. Viala, H. Ota, M.N. Vacheron, P. Martin et F. Caroli, « Les Japonais en voyage pathologique à Paris : un modèle original de prise en charge transculturelle », Nervure, vol. 17, no 5,‎ juin 2004, p. 31 à 34 (lire en ligne).
  6. a et b Jean-Baptiste Renaud, « Le syndrome de Paris rend fous les Japonais », sur Newzy,‎ 28 novembre 2007 (consulté le 27 mars 2010).
  7. Hiroaki Ōta, Paris shōkōgun (パリ症候群?), Travel Journal 1991 (ISBN 978-4895592338).
  8. a, b et c « Le spleen des Japonais à Paris », sur Le Figaro (consulté le 27 mars 2010).
  9. Audrey Lévy, « Des Japonais entre mal du pays et mal de Paris », sur Libération,‎ 13 décembre 2004 (consulté le 27 mars 2010).
  10. Présentation du film pour sa projection lors du Festival de films de femmes de Bruxelles Elles Tournent 2009.
  11. (en) Chelsea Fagan, « Paris Syndrome: A First-Class Problem for a First-Class Vacation », The Atlantic, le 18 octobre 2011.
  12. Régis Airault, Fous de l'Inde - Délires d'Occidentaux et sentiment océanique, Payot, Paris 2000.
  13. "Délirant voyage", la libre Belgique, 3 juin 2009

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Régis Airault, Fous de l'Inde - Délires d'Occidentaux et sentiment océanique, Paris, Payot, 2000, 240 p., (ISBN 978-2228895859)
  • Graziella Magherini, Le Syndrome de Stendhal : du voyage dans les villes d'art, trad. de l’italien par Françoise Liffran, Florence, Usher, 1990, 201 p., (ISBN 9782876800120)
  • (en) A. Van der Haven, « The holy fool still speaks. The Jerusalem Syndrome as a religious subculture », in T. Mayer et S.A. Mourad, Jerusalem. Idea and Reality, Routledge, 2008, p. 103-122, (ISBN 0415421284).

Liens externes[modifier | modifier le code]