Syndrome de Stendhal

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Stendhal, par Johan Olaf Sodemark (1840).

Le syndrome de Stendhal, également appelé « syndrome de Florence », est une maladie psychosomatique qui provoque des accélérations du rythme cardiaque, des vertiges, des suffocations voire des hallucinations chez certains individus exposés à une surcharge d’œuvres d’art[1]. Ce syndrome, assez rare, fait partie de ce qu’on peut appeler les troubles du voyage ou syndromes du voyageur.

Origine[modifier | modifier le code]

Florence et le fleuve Arno au niveau des Offices, du Ponte Vecchio et du corridor de Vasari.

Ce syndrome est appelé ainsi en référence à l'expérience vécue par l’écrivain français Stendhal lors de son voyage en Italie, à l’étape de Florence, en 1817. Il écrit alors :

« J’étais arrivé à ce point d’émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les Beaux Arts et les sentiments passionnés. En sortant de Santa Croce, j’avais un battement de cœur, la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber. »

— Rome, Naples et Florence, éditions Delaunay, Paris - 1826, tome II, p. 102

Stendhal n’a rien fait pour s’en prémunir puisque, s’asseyant sur un banc de la place, il lut un poème pour se remettre, et vit que ses visions empiraient à la lecture de cette somme de culture ambiante dans les lieux : il fut épris et malade à la fois de tant de profusion.

Identification[modifier | modifier le code]

Ce syndrome ne fut pas décrit comme un syndrome spécifique avant 1979. La psychiatre italienne Graziella Magherini, officiant à l’hôpital central de la ville, a observé et décrit plus de 100 cas similaires parmi les touristes de Florence, le berceau de la Renaissance. Sa description figure dans un livre éponyme qui classe les cas de manière statistique selon leur provenance et leur sociologie. En résumé :

  • les touristes provenant d’Amérique du Nord et d’Asie n’en sont pas touchés, il ne s’agit pas de leur culture ;
  • les touristes nationaux italiens en sont également immunisés ; ils baignent dans cette atmosphère depuis leur enfance ;
  • parmi les autres, sont plus touchées les personnes vivant seules et ayant eu une éducation classique ou religieuse, indifféremment de leur sexe.

Le facteur déclenchant de la crise a lieu le plus souvent lors de la visite de l’un des 50 musées de la ville. Le visiteur est subitement saisi par le sens profond que l’artiste a donné à son œuvre, et perçoit toute l’émotion qui s’en dégage d’une façon exceptionnellement vive qui transcende les images et le sujet de la peinture. Les réactions des victimes subjuguées sont très variables : des tentatives de destruction du tableau ou des crises d’hystérie ont été observées. En effet, le regard d'un autre peut, à leurs yeux, mettre en danger leur propre perception de l’œuvre. Les gardiens de musée de Florence sont formés à l’intervention auprès de visiteurs victimes du syndrome de Stendhal, bien que cela reste assez rare.

Doutes sur la réalité du syndrome[modifier | modifier le code]

On peut cependant douter de l'existence réelle du syndrome de Stendhal[2]. Graziella Magherini n'a suivi que 200 personnes, un échantillon d'autant plus faible quand on le met en rapport avec le nombre total de touristes total : dix millions de nuitées par an rien qu'à Florence.

On peut également mettre en question la délimitation très subjective du syndrome de Stendhal, ses manifestations variant beaucoup d'un individu à l'autre. Pour certains, l'explication du "syndrome" n'aurait même rien à voir avec l'art et serait beaucoup plus pragmatique : les touristes soumis à la fatigue et au stress (enchaînement des visites, foule, chaleur...) seraient naturellement plus sujets aux malaises[2],[3].

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Au cinéma[modifier | modifier le code]

À la télévision[modifier | modifier le code]

  • Mentionné dans la série télévisée The L Word dans l’épisode 4, Liaisons, de la saison 1, Bette Porter, interprétée par Jennifer Beals, est totalement captive lorsqu’elle aperçoit une photographie grandeur nature titrée The Last Time I owned You (La dernière fois que je t’ai possédé), par la photographe de fiction Carla Marie Freed.
  • Mentionné dans la série télévisée Mentalist dans l'épisode 15 de la saison 3 : au début de l'épisode lorsque Patrick Jane arrive sur les lieux d'un crime, il dit que la victime est peut-être morte de bonheur face à la beauté du paysage en ajoutant « on appelle ça le Syndrome de Stendhal » Le shérif lui répond alors « non, il a reçu une balle dans la tête ».
  • Mentionné dans la série télévisée Royal Pains dans l'épisode 10 de la saison 3 : Hank Lawson soigne un homme dénommé Eric Kassabian qu'il diagnostiquera comme étant atteint du syndrome de Stendhal car ce dernier était pris des vertiges lorsqu'il observait "Isabella" (une peinture). Mais le diagnostic final sera l'épilepsie réflexe.

Dans la littérature[modifier | modifier le code]

Le Syndrome de Stendhal (2003) d'Isabelle Miller transpose le syndrome au sentiment amoureux.

Équivalences[modifier | modifier le code]

Syndrome de Jérusalem[modifier | modifier le code]

Le syndrome de Jérusalem est équivalent au syndrome de Stendhal, à ceci près qu’il ne se rapporte pas aux œuvres d’art mais au sens religieux révélé lors du pèlerinage dans la ville sainte des trois monothéismes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]