Musicologie

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La musicologie est une discipline qui étudie les phénomènes en relation avec la musique, dans leur essence (sémiologie musicale, analyse, théorie), leur évolution (histoire des idées et des théories musicales) et dans leur rapport avec l'être humain et la société, domaines plus particulièrement abordés par l'ethnomusicologie et la sociologie de la musique.

En tant qu'interrogation sur la musique, elle est amenée à distinguer l'histoire de la musique de la création musicale. En tant que science, elle convoque plusieurs disciplines (histoire, linguistique, psychologie, sciences humaines et sciences physiques). Ces interrogations reflètent plusieurs des problèmes que pose un regard « scientifique » sur la musique. On peut regrouper ces questions en deux catégories.

La première catégorie comprend l'ensemble des leçons que l'on peut aujourd’hui tirer de l'histoire et qui ont abouti aux préoccupations actuelles. Toutes les confluences stylistiques qui jalonnent l'histoire de la musique et toutes les influences qui ont bâti les œuvres de toutes les époques retrouvent une certaine part de concrétisation dans la musique d'aujourd'hui, y compris dans la musique technologique.

La seconde catégorie est d'ordre conceptuel, et tend surtout à comparer les statuts de l'œuvre musicale d'hier et de celle d'aujourd'hui, et à analyser toute l'évolution de la musique selon cette optique.

Les leçons de l'histoire[modifier | modifier le code]

Pour comprendre la première catégorie de problèmes, la musicologie suit l’adaptation de la création artistique aux environnements philosophiques, scientifiques et techniques. Par exemple la technique, aujourd’hui, permet de travailler le critère de l’authenticité, si difficile à définir et pourtant si chère à notre culture. Analyser la composition musicale sous l’angle du phénomène historique permet donc de comprendre la place de la musique dans la société. Parce qu’elle est le fruit des hommes qui subissent et tout en même temps font l’histoire, la musique traduit ces crises et ces moments de sérénité dans des valeurs qui possèdent une certaine universalité.

La création contemporaine demeure ainsi le miroir d’une réalité où les conflits et les prises de pouvoir qu’occasionnent les attaques contre la rationalité reflètent les crises actuelles. Les rapports de l’art à l’histoire, riche de sa diversité, ne peuvent s’évaluer ni qualitativement ni quantitativement. Le temps marque une direction, celle qui fonde la « flèche du temps », mais chaque période qui nous rapproche de notre quotidien ne marque pas nécessairement un progrès. Au-delà des hommes et des techniques, les rapports de l’œuvre à l’histoire, en nous reliant à notre passé, peuvent s’évaluer en termes plus inductifs. D’une histoire marquée par des œuvres phares, d’une évolution des schémas et des règles d’écriture, on peut faire ressortir ces éléments essentiels à la vie que sont la liberté de l’individu et la nécessaire soumission à des codes de vie en société. Ainsi, les théories musicales se comprennent moins comme des règles imposées que comme des adaptations.

Conceptualisation[modifier | modifier le code]

Deuxième catégorie de problèmes, quand le cumul des connaissances scientifiques et l’épanouissement des technologies cybernétiques et informatiques encouragent une recherche sur la définition du vivant et de la communication, la place de l’homme dans la création artistique appelle à une redéfinition du statut de la musique. L’art englobant de plus en plus des « objets esthétiques » à la fois intentionnels et surtout de nature purement humaine (des artefacts), le sujet de l’art, la création musicale, et son objet esthétique, la définition de sa beauté réceptive, viennent à se confondre. Cette ambivalence où les outils sont à la fois dépassement et utilisation du réel amène la musique vers des frontières instables entre constructions de l’intelligence et constructions de l’esprit.

De grandes avancées conceptuelles de notre vision de l’organisation du monde se retrouvent alors à la fois dans certains systèmes d’organisation artistique comme dans les systèmes musicaux, et dans les avancées scientifiques. La musicologie se propose de les prendre en charge dans une totalité globalisante qui d'une science à l'autre parcourt les méandres de l'analyse et de la création musicale. L’acoustique musicale, fondement de la création, a, par exemple, progressé au rythme des techniques (spectrographe, électronique), et encore récemment grâce aux ordinateurs qui n’ont eu de cesse de reposer les véritables problèmes de la cognition musicale. Il paraît donc fondamental, pour comprendre l’évolution du langage musical et ses manifestations contemporaines, d’étudier les avancées de la science, parallèlement à l’évolution des concepts utilisés en musique et qui en ont marqué l’histoire.

Avec le développement de ces concepts, la musicologie se subdivise en plusieurs branches : archéologie musicale (initiée par Carl Engel par l'étude en 1864 des instruments assyriens et égyptiens du British Museum), psychologie de la musique, organologie, théorie de la musique occidentale, musicologie et sciences cognitives, musicothérapie ou musicologie comparée (courant fondé par Curt Sachs, Erich von Hornbostel (en) et son assistant Otto Abraham puis développé plus récemment par Alain Daniélou et Jacques Chailley)[1].

Le CNRS en France a créé en 1995 la revue Musique-Images-Instruments sur l’organologie et l’iconographie musicale[2].

Métiers de la musicologie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Métiers de la musicologie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Luc Charles-Dominique , « Anthropologie de l'Organologie » , cours-conférence à l'Université de Nice Sophia Antipolis, 1 janvier 2011
  2. Revue française d’organologie et d’iconographie musicale

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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6-228, 6-500 et 6-340 pp.6-228, 6-500 et 6-340 pp.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) ARMENGAUD (Jean-Pierre), EHRHARDT (Damien) (sous la direction de), Vers une musicologie de l'interprétation, Les Cahiers Arts & Sciences de l'Art n° 3 (2010), 200 p.
  • (en) Friedrich Blume, « Musical scholarship today », dans Perspectives in musicology : inaugural lectures of the Ph. D. program in music at the City University of New York, sous la dir. de Barry S. Brook, Edward O.D. Downes et Sherman van Solkema, New York, W.W. Norton & Company, 1975, p. 15-31 (ISBN 0-393-00784-7) (trad. française par Nicolas Meeùs en ligne).
  • (fr) BOULEZ (Pierre), Penser la musique aujourd’hui, 9ème éd., Paris, Gallimard, coll.TEL, 1987, 168 p., [1ère éd. Paris, Denoël/ Gonthier, 1963].
  • (fr) BOULEZ (Pierre), Points de repère, textes présentés et réunis par NATTIEZ (Jean-Jacques), Paris, Christian Bourgois - Le Seuil, 1981, 573 p.
  • (fr) BOULEZ (Pierre), Jalons (pour une décennie) : dix ans d’enseignement au Collège de France (1978- 1988. Textes réunis et présenté par J.J. Nattiez, préface posthume de Michel Foucault, Paris, Christian Bourgois, Coll. Musique/Passé/Présent, 1989, 452 p.
  • (fr) CHAILLEY (Jacques), La musique grecque antique, Paris, Belles Lettres, 1979, 222 p.
  • (de) Carl Dahlhaus puis Danhauser (dir.), Neues Handbuch der Musikwissenschaft, 1980-1995, sept volumes, Laaber
  • (fr) Alain Daniélou, Origines et pouvoirs de la musique, Éditions Kailash, 2003 (ISBN 2-8426-8090-1)
  • (fr) DELIEGE (Célestin), Invention musicale et idéologies, Paris, Christian Bourgois, coll. Musique/Passé/Présent, 1986, 391 p.
  • (fr) DUFOURT (Hugues), FAUQUET (Joël-Marie), HURARD(François) (collectif sous la direction de), L’esprit de la musique - essais d’esthétique et de philosophie, Paris, Klincksieck, 1992, 401 p.*
  • (fr) EMERY (Eric), Temps et Musique, Genève, L’Age d’Homme, 1975, 696 p.
  • (de) Ludwig Finscher (dir.) pour la dernière édition, Die Musik in Geschichte und Gegenwart, Bärenreiter-Verlag, Kassel et J.B. Metzler-Verlag, Stuttgart, 1994-2007, vingt-sept volumes dont dix-sept de biographies de compositeurs et interprètes
  • (fr) IMBERTY (Michel), Les écritures du temps - Sémantique psychologique de la musique, Paris, Bordas - Dunod, 1981, 274 p.
  • (fr) d’INDY (Vincent), Cours de composition musicale, Livres rédigés par SÉRIEYX (Auguste) et DE LIONCOURT (Guy) d’après les notes prises à la Schola Cantorum entre 1897-98 et 1901-1902, Paris, Durand, 1912, trois tomes : I. - 6-228, II. 6-500 et III. 6-340 pp. ( sources : collection personnelle de l'auteur de la modification).
  • (fr) INGARDEN (Roman), tr. de l’allemand par SMOJE (Dujka), Qu’est-ce qu’une œuvre musicale ?, Paris, Christian Bourgois, coll. Musique /Passé / Présent, 1989, 215 p.
  • (fr) JANKELEVITCH (Vladimir|Vladimir Jankelevitch), La musique et l’ineffable, Paris, Seuil, 1983, 194 p.
  • (fr) MACHE (François-Bernard), Musique, mythe, nature ou les dauphins d’Arion, Paris, Klincksieck, 1983, 136 p. (2de éd. 1991).
  • (fr) Jean-Jacques Nattiez (dir.), Musiques : une encyclopédie pour le XXIe siècle, Actes Sud 2003-2007
    Ouvrage (en cinq tomes), qui met l'accent sur des analyses pluridisciplinaires et novatrices
  • (en) Sadie (dir.), The New Grove Dictionary of Music, Macmillan, 2e édition, 2001, vingt-neuf volumes, Accessible en ligne sur abonnement (payant)
  • (fr) ZENATTI (Arlette) [coll. sous la direction de], Psychologie de la musique, Paris, P.U.F., coll. psychologie d’aujourd’hui, 1994, 391 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]