Laurent Mucchielli

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Laurent Mucchielli

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Naissance 25 mai 1968 (46 ans)
Nice (France)
Nationalité Drapeau : France française
Pays de résidence France
Diplôme
doctorat en histoire des sciences sociales, EHESS (1996)
Profession sociologue
Activité principale épistémologie des sciences humaines
sociologie de la délinquance et des politiques de sécurité

Laurent Mucchielli est un sociologue français né le 25 mai 1968 à Nice (Alpes-Maritimes)[1]. Après avoir travaillé sur l’histoire et l’épistémologie des sciences humaines, il s’est orienté vers la sociologie de la délinquance et des politiques de sécurité. Il est considéré par le sociologue Sebastian Roché comme un adepte de la sociologie militante (de gauche), ce qui serait contraire à son obligation de neutralité scientifique[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation[modifier | modifier le code]

Mucchielli fait ses études à l’université Paris VII - Diderot, et intègre la Société Française pour l’Histoire des Sciences de l’Homme (SFHSH)[3]. Il y organise en janvier 1994 son premier colloque intitulé « Discours et représentations scientifiques du crime et du criminel en France 19°-20° siècle »[réf. nécessaire].

En 1992, Laurent Mucchielli s’inscrit à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) où il soutient le 13 janvier 1996 une thèse intitulée « De la nature à la culture. Les fondateurs français des sciences de l’homme (1870-1940) »[réf. nécessaire] (633 pages, jury pluridisciplinaire composé de Philippe Besnard, Claude Blanckaert, Jacqueline Carroy, Roger Chartier et Ernest Coumet).

Le 2 octobre 2004, il soutient à l’université Paris-1 Panthéon-Sorbonne une Habilitation à Diriger les recherches (HDR) en Sociologie intitulée « De l’histoire des sciences de la déviance à la sociologie du crime »[réf. nécessaire] (jury pluridisciplinaire composé de Jean-Michel Chapoulie, Claude Dubar, Dominique Kalifa, Georges Kellens, Didier Lapeyronnie et Philippe Robert).

Carrière[modifier | modifier le code]

En 1996, Laurent Mucchielli est embauché comme chargé d’études par le sociologue Henri Mendras (1927-2003), pour participer au groupe de recherche « Louis Dirn » que Mendras dirige à l’Observatoire Français des Conjonctures Economiques (OFCE) dépendant de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP)[4].

En 1997, Mucchielli passe le concours d’entrée au CNRS dans la section 36 (Sociologie), il est recruté comme Chargé de recherche et affecté à sa demande au Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales (CESDIP)[5].

En 2007, il est promu au grade de Directeur de recherche au CNRS[réf. nécessaire].

Chercheur au CNRS et enseignant[modifier | modifier le code]

Mucchielli travaillera au CESDIP de 1996 à 2010. Il participe également rapidement au réseau européen piloté par le CESDIP : le Groupe européen de recherche sur les normativités (GERN)[6].

Du côté de l’enseignement universitaire, il se rapproche de l’UFR de sciences sociales de l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) et du laboratoire de sociologie « Printemps » dirigé alors par le sociologue Claude Dubar[7]. Mucchielli donne pendant plusieurs années un cours d’initiation à la sociologie de la déviance en Licence. Puis il assure un séminaire du master professionnel « Développement social urbain et action publique » dirigé par la sociologue Catherine Delcroix. Il assure ensuite un séminaire du master Recherche en sociologie sur « Normes et déviances », avec Philippe Robert. Parallèlement, Mucchielli noue des liens avec les politistes de la Faculté de droit et de science politique de l’UVSQ. Il enseigne dans le master Recherche « Analyse des conflits et de la violence » dirigé par le politiste Xavier Crettiez[8].

Du côté de la formation professionnelle, Mucchielli est intervenant occasionnel au Centre national de formation et d'études de la protection judiciaire de la jeunesse (CNFE-PJJ)[réf. nécessaire], puis à l’École nationale de la magistrature (formation continue, à Paris)[réf. nécessaire]. Ponctuellement, il interviendra au Collège interarmées de défense (Paris)[réf. nécessaire] ainsi qu’à l’École des officiers de la gendarmerie nationale de Melun[réf. nécessaire].

Directeur du CESDIP[modifier | modifier le code]

Fin 2003, Laurent Mucchielli prend la direction du Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales (CESDIP) à la suite du vote interne des membres du laboratoire en sa faveur[réf. nécessaire]. Mucchielli dirige le CESDIP pendant six ans (1er janvier 2004-31 décembre 2009). Sous sa direction, les effectifs du CESDIP sont ainsi passés en six ans de trente-sept personnes à une soixantaine.

En 2009, Fabien Jobard et Christian Mouhanna lui succèdent comme directeur et directeur adjoint[9].

Rattachement au LAMES et création de l’ORDCS[modifier | modifier le code]

Au 1er novembre 2010, Laurent Mucchielli est rattaché au Laboratoire Méditerranéen de Sociologie (LAMES), unité mixte de recherche entre le CNRS et l'université Aix-Marseille, localisé à Aix-en-Provence, au sein de la Maison méditerranéenne des sciences de l'homme (MMSH)[10].

Mucchielli continue à enseigner son domaine de recherche. Il donne des cours d’initiation à la sociologie de la délinquance dans trois filières d’Aix-Marseille Universités : la sociologie, le droit pénal et les sciences criminelles, enfin les mathématiques appliquées aux sciences sociales (MASS)[11].

Début 2011, Mucchielli créé un nouveau programme de travail ainsi qu’une structure qu’il baptise « Observatoire régional de la délinquance et des contextes sociaux » (ORDCS). L'Observatoire a trois missions principales : 1) aider les collectivités territoriales et les administrations publiques qui le souhaitent à diagnostiquer les problèmes et à évaluer leurs politiques publiques ; 2) lancer toute recherche jugée utile pour mieux connaître les questions de délinquance et leurs contextes sociaux ; 3) diffuser les résultats de ces connaissances par le biais de journées de restitution et d'un site Internet.

L’Observatoire est d'abord un « programme de recherche transversal » de la Maison Méditerranéenne des Sciences de l'Homme, voté par son conseil scientifique le 11 février 2011. Ensuite, une convention de partenariat entre l'Université, le CNRS et le Conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) est votée par le Conseil régional le 25 février 2011[12]. L’Observatoire propose une mise en réseau des différents chercheurs, enseignants-chercheurs et étudiants avancés. Début 2013, le réseau rassemble - outre le directeur de l’Observatoire et les deux ingénieures d’étude qui l’assistent - douze enseignants-chercheurs, sept doctorants, six post-doctorants et quatre chercheurs contractuels, soit un total de trente-deux personnes[13].

Fin 2012, Mucchielli publie dans la Revue de sciences criminelles et de droit pénal comparée un premier bilan de cette expérimentation, ne cachant pas les critiques qu’il adresse également à l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales[14].

Responsabilités éditoriales[modifier | modifier le code]

En 1994, il crée avec Claude Blanckaert la collection « Histoire des sciences Humaines » aux éditions L’Harmattan[15].

En 1997, sur proposition de Philippe Robert, Laurent Mucchielli intègre le comité éditorial de la revue internationale francophone Déviance et société. Il en sera par la suite le directeur scientifique de 2000 à 2004 en compagnie du sociologue Dominique Duprez[16].

En 1999, Mucchielli créé la Revue d’histoire des sciences humaines (RHSH) éditée aux Presses universitaires du Septentrion[17], puis par les éditions Sciences Humaines[18]. Il codirige ensuite la revue pendant dix ans[réf. nécessaire] en compagnie du sociologue Olivier Martin.

En 2004, Mucchielli intègre le Conseil d’administration[réf. nécessaire] de l'Association française de sociologie (AFS). Il crée avec Philippe Robert le réseau thématique n°3 (l’association en compte 48) « Normes, déviances et réactions sociales » et participe avec notamment les sociologues Daniel Bertaux et Philippe Cibois[19] à la création en 2006 de la revue de l’association, Socio-Logos, dont Mucchielli est membre du comité de lecture[20].

En 2009, Mucchielli participe à la fondation de la revue Sociologie dirigée par le sociologue Serge Paugam[21]. Dans le même temps, il crée la collection « Questions de société » aux éditions Champ social[22].

Mucchielli est membre du comité scientifique[réf. nécessaire] de la revue Sociétés et jeunesses en difficulté[23] ainsi que membre du Conseil scientifique de l’ l'Association pour l'histoire de la protection judiciaire des mineurs (AHPJM)[réf. nécessaire] fondée par Jacques Bourquin[24],[25].

Engagement[modifier | modifier le code]

Laurent Mucchielli est un chercheur engagé à gauche, bien que n’étant membre d’aucun parti politique. Il souligne les pièges du fonctionnement médiatique[26]. En 2012, dans la préface de son livre Vous avez dit sécurité ?, il se réclame de la pensée du sociologue Pierre Bourdieu.

En mars 2001, Mucchielli publie aux éditions de La Découverte un petit livre intitulé Violences et insécurité. Fantasmes et réalités dans le débat français. Il y analyse ce qu'il nomme être « le spectacle de la violence » organisé par les médias, la récupération politique du thème de « l’insécurité », l’action de certains lobbies sécuritaire (notamment certains syndicats de police)[réf. nécessaire], l’usage abusif des « statistiques de la délinquance » et le discours « catastrophiste » de ses collègues criminologues au premier rang desquels les universitaires Alain Bauer et Xavier Raufer[27].

Fin 2001, après les attentats du 11 septembre, Mucchielli, créé le groupe « CLARIS. Agir pour clarifier le débat sur la sécurité » en compagnie de plusieurs sociologues. Le groupe Claris publie des tribunes dans le quotidien Libération mettant en cause notamment la déshérence de la notion de prévention[28], le « tout sécuritaire » des lois votées ente 2002 et 2007[29], l’ethnicisation des débats sur la délinquance et l’usage politique de la notion de « racisme anti-blancs »[30].

En 2009, Mucchielli lance un site internet baptisé « Délinquance, justice et autres questions de société » qui reprend ses propres travaux puis qu’il élargit pour en faire un « Site de ressources documentaires et d'analyse critique animé par un réseau de chercheurs en sciences sociales » dont il est le rédacteur en chef[31],[32].

En 2012, Laurent Mucchielli appelle à voter pour François Hollande au second tour[réf. nécessaire].

Travaux de recherches[modifier | modifier le code]

Avec une dizaine d’ouvrages personnels, la direction d’une vingtaine d’ouvrages collectifs ou de numéros spéciaux de revue, la réédition de plusieurs auteurs classiques, une cinquantaine d’articles dans des revues scientifiques à comité de lecture, plus de soixante-dix chapitres de livres collectifs et de dictionnaires et une quarantaine d’articles publiés dans des livres ou des revues en langues étrangères (anglais, allemand, espagnol, portugais, italien, russe), Mucchielli est un des chercheurs les plus prolifiques, connus et reconnus[réf. nécessaire] de sa génération.

Histoire des sciences humaines[modifier | modifier le code]

Les premières recherches de Mucchielli sont consacrées à la naissance de l’école française de sociologie, l’école durkheimienne, et à la façon dont la sociologie a influencé toutes les sciences humaines de l’époque : historiens, géographes, économistes, linguistes, psychologues, etc.

Par ailleurs, Mucchielli manifeste un intérêt particulier pour l’histoire des sciences criminelles et l’histoire de la sociologie de la déviance. Son premier livre collectif est intitulé Histoire de la criminologie française (L’Harmattan 1994). Il y produit plusieurs contributions sur la naissance de la sociologie du crime (1880-1914), sur l’école d’anthropologie criminelle de Lacassagne et sur l’histoire des théories psychanalytiques du crime de Freud à nos jours[33].

Il a également travaillé sur l’histoire de l’eugénisme tant dans ses relations avec l’hygiénisme et avec la criminologie biologisante de la fin du XIXe siècle[34] qu’au travers de la pensée du médecin français Alexis Carrel[35].

Recherches sur la criminalité[modifier | modifier le code]

Laurent Mucchielli commence à travailler sur la criminalité à la fin des années 1990. Constatant la quasi absence de recherche sur les crimes de sang, pourtant si médiatisés par ailleurs, il s’oriente vers l’étude des homicides. Son texte principal est publié en 2004 dans la revue Population[36] et traduit en anglais[37]. À partir du dépouillement d’une centaine d’affaires criminelles jugées en cour d’appel dans le sud-ouest de la région parisienne durant dix ans (1987-1996), Mucchielli analyse les caractéristiques démographiques et sociales de 122 meurtriers et de leurs victimes. Il met notamment en évidence la très forte surreprésentation des milieux populaires et même des couches les plus pauvres de la population, tant dans la population des meurtriers que dans celle de leurs victimes, ainsi que le poids de l’inactivité et du chômage. Il souligne aussi l’importance des déstructurations familiales précoces (abandons, placements divers) et, plus encore, des conflits familiaux. Sur le plan empirique, ces résultats sont comparés à ceux d’études réalisées dans d’autres pays, notamment l’abondante production quantitative nord-américaine[réf. nécessaire].

Sur le plan théorique, Mucchielli rejoint les discussions initiées par des auteurs américains travaillant sur les notions de « désorganisation sociale » et de « désagrégation sociale » et par des auteurs français travaillant sur les notions de « désaffiliation », de « disqualification » ou de « désinsertion » pour proposer de dépasser la seule analyse des caractéristiques sociales et familiales des personnes au moment des crimes afin de considérer leurs « histoires de vie » et intégrer notamment les composantes familiales et scolaires qui ont marqué leurs trajectoires. Dans un autre article, Mucchielli détaille les éléments relatifs à l’histoire familiale des auteurs d’homicides et vient sur le terrain des psychiatres discuter notamment les notions de « psychopathie » et « sociopathie »[38].

En 2009, il organise avec l’historien néerlandais Pieter Spierenburg un séminaire européen dont est tiré un livre sur l’histoire des homicides en Europe du Moyen Âge à nos jours[39].

Ces recherches font de Mucchielli le spécialiste français de l’homicide[réf. nécessaire]. Mais il s’intéresse aussi aux viols, à deux reprises. D’abord, en 2005, il publie un livre consacré aux viols collectifs, rebaptisés « tournantes » par les médias au tout début des années 2000[40].

En 2008, Mucchielli constitue une équipe de recherche sur les viols. Pendant deux ans, l’équipe récolte et analyse 425 affaires de viol impliquant 488 auteurs et 566 victimes dans trois juridictions (Paris, Versailles et Nîmes). Mucchielli propose une « typologie relationnelle » des viols (basée sur l’étude des relations entre auteurs et victimes) et dégagent cinq catégories de viols : les viols intra-familiaux, les viols conjugaux, les viols de proximité, les viols collectifs et viols de faible connaissance[41]. En 2010, Véronique Le Goaziou publie le livre principal issus de cette recherche, mettant en évidence l’importance de la figure du « violeur en série de proximité », principalement incestueux[42]..

Recherches sur la délinquance juvénile[modifier | modifier le code]

Laurent Mucchielli a élaboré un programme de recherche qui comporte trois volets :

  1. une recherche documentaire de type historique ou comparative puisque les questionnements de la délinquance juvénile sont en réalité anciens.
  2. une recherche statistique. Il va ainsi collecter et comparer les multiples données disponibles sur le sujet, qui sont d’une part des données administratives (statistiques de police depuis 1972 et statistiques de justice : statistiques spécifiques de l’éducation surveillée depuis 1945 puis, pour la période contemporaine, statistique des condamnations depuis 1984 et statistiques du parquet depuis 1992), d’autre part des enquêtes en population générale (enquêtes de victimation et de délinquance auto-reportée)[43].
  3. un travail empirique de dépouillement de dossiers judiciaires en grand nombre. Son équipe va recueillir et analyser 557 dossiers judiciaires de mineurs impliquant 750 auteurs et 765 victimes, poursuivis pour des infractions à caractère violent (violences verbales, physiques ou sexuelles) dans un tribunal de la région parisienne durant les premiers mois de deux années éloignées (1993 et 2005).

Recherches sur les émeutes urbaines[modifier | modifier le code]

Laurent Mucchielli, comme la plupart de ses collègues, manifeste son intérêt pour le phénomène des émeutes urbaines. L’ampleur de cet événement social, de même que celle de la réaction politique (l’instauration de l’État d'urgence en France) l’ont décidé à proposer à d’autres sociologues de former une équipe pour réaliser une recherche « à chaud » sur ces événements[44].

Mesure statistique de la délinquance[modifier | modifier le code]

Mucchielli accorde une place importante à l’analyse quantitative dans ses recherches déjà détaillées. Il est partisan d'une doctrine dite des "trois ‘règles d’or" dans l’analyse statistique en sciences humaines : 1) On ne peut rien dire d'un chiffre si l'on ignore comment il a été fabriqué ; 2) Un seul chiffre ne saurait permettre de décrire ni mesurer un phénomène social complexe ; 3) Les chiffres ne ‘parlent pas d'eux-mêmes’, c'est nous qui les faisons parler »[45],[46].

En 2009, il participe à un ouvrage signé sous le pseudonyme « Lorraine Data », œuvre d’un collectif de fonctionnaires issus de la statistique publique et de la recherche, dont la plupart sont tenus à l’obligation de réserve[47]. Les auteurs y expliquent que « maîtriser l'information statistique a toujours constitué un enjeu pour les pouvoirs en place. Mais, depuis quelques années, la manipulation des chiffres s'est amplifiée ».

Alors que les statistiques policières mettent en avant une augmentation de la violence urbaine depuis le début des années 1980 et une hausse de la délinquance des mineurs entre 1996 et 2005, Laurent Mucchielli conteste ces chiffres et réfute « la thèse d’une aggravation (« augmentation », « durcissement », « rajeunissement ») de la violence des mineurs [48]. Ces statistiques, selon Mucchielli, ne seraient nullement le reflet de la réalité, mais le résultat de la nouvelle incrimination de ces comportements qui autrefois n'auraient pas été considérés comme des infractions et de la pression qui serait exercée sur la justice et la police pour « accentuer les poursuites pénales à l’encontre des mineurs afin de lutter contre “le sentiment d’impunité”  »[48].

Le sociologue Sebastian Roché commentant ces prises de position parle de sociologie « militante » qui ne veut voir dans le sentiment d’insécurité des populations victimes qu'une réaction purement irrationnelle[2]. Pour les causes elles-mêmes de cette violence, Laurent Mucchielli souligne le rôle de l'environnement socio-économique, notamment ghettoïsation, taux de chômage et échec scolaire, responsables, selon lui de ces dérives. Ces thèses sont largement contestées par Sebastian Roché pour qui l'origine et la situation sociale n'expliquent pas tout[49] et qui analyse également les relations parents-enfants et le rapport à l'école.

Prix et distinctions scientifiques[modifier | modifier le code]

  • En 2004, Mucchielli a reçu le Prix Denis Szabo du meilleur article publié dans la revue canadienne Criminologie en 2003 et 2004[50]. L’article primé est intitulé Délinquance et immigration en France : un regard sociologique[51].
  • En 2006, Laurent Mucchielli a reçu à 38 ans la médaille de bronze du CNRS (en sociologie) récompensant les travaux des « jeunes chercheurs »[52],[53].

Critiques et controverses[modifier | modifier le code]

Depuis 2001, Laurent Mucchielli intervient dans le débat public, remettant en cause notamment :

  • l’instrumentalisation politique de la peur de la délinquance[54] ;
  • l’usage médiatique des faits divers et le spectacle de la violence[55],[56],[57],[58] ;
  • l’idée d’une montée continuelle de la violence[59] ;
  • l’idée d’une violence due principalement aux mineurs[60],[61],[62] ;
  • l’idée d’une « violence gratuite »[63] ;
  • l’idée d’un lien fondamental entre délinquance et immigration[64] ;
  • les « dérapages » fréquents sur « les Noirs et les Arabes » comme principaux voire uniques responsables de la délinquance [réf. nécessaire];
  • la peur exagérée de l’Islam engendrant l’islamophobie[65] ;
  • le prétendu « retour de l'antisémitisme » en France[66]. Laurent Mucchielli dénonce dans cette polémique « une incapacité [du CRIF] à prendre ses distances avec l’État israélien, ce qui est le pendant et l’amplificateur de l’incapacité de nombreux Français maghrébins à distinguer la politique israélienne de la communauté juive en général ». Cette position et cette analyse ont été contestées dans une chronique de Meïr Waintrater reprise par le bulletin du CRIF[67] ;
  • le débat sur « l'identité nationale »[68] ;
  • la réduction des émeutes à un problème de délinquance[69],[70],[71],[72],[73],[74],[75],[76] ;
  • la détérioration des liens entre polices et population[77] et l’escalade de la violence entre jeunes et policiers nationaux ou municipaux[78],[79],[80] ;
  • la répression policière des manifestations politiques pacifiques[réf. nécessaire] ;
  • l’illusion du prétendu « Plan Marshall pour les banlieues »[81] ;
  • la création d’un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale[82] ;
  • l’orientation xénophobe du débat sur « l’identité nationale »[réf. nécessaire] ;
  • la tournure de plus en plus sécuritaire et moralisatrice des politiques publiques[83],[84],[85],[86], conduisant à une véritable « frénésie sécuritaire » ;
  • la dissimulation des causes économiques et sociales de la délinquance[87] ;
  • l’alignement de la justice des mineurs sur celle des majeurs[88] ;
  • la manipulation des « statistiques de la délinquance »[89],[90],[91],[92],[93] ;
  • la dépénalisation de la délinquance économique et financière[94] ;
  • la croyance dans la « solution miracle » que serait la vidéosurveillance[95]. Il s'oppose sur ce sujet à Alain Bauer[96] ou au préfet Jean-Louis Blanchou[97] ;
  • la volonté de créer une « nouvelle criminologie » au profit du « lobby sécuritaire »[98],[99].

Publications[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) CV sur le site du Parlement européen.
  2. a et b « Les statistiques de police créeraient une illusion d’optique, les victimes d’agression seraient aux prises avec des “constructions sociales de la réalité” (il faut l’expliquer à ceux qui ont eu leur voiture brûlée, leur maternelle détruite), le sentiment d’insécurité serait purement irrationnel », Sébastian Roché, Le Frisson de l’émeute. Violences urbaines et banlieues, Seuil, 2006
  3. Société française pour l’histoire des sciences de l’homme
  4. Qui est Louis Dirn ? Sciences humaines n°84, juin 1998
  5. Site du CESDIP
  6. Site du GERN
  7. Site du laboratoire Printemps
  8. Fiche de Xavier Crettiez sur le site de l'UVSQ
  9. Présentation du CESDIP en 2012
  10. Site du MMSH
  11. Site de l'ORDCS
  12. Présentation de l'ORDCS
  13. Présentation des chercheurs de l'ORDCS
  14. Chronique de criminologie, 2012
  15. Collection « Histoire des sciences Humaines »
  16. Déviance et société, vol. 24 n°4, 2000
  17. page de la revue sur le site des Éditions du Septentrion
  18. Page de la revue sur le site des éditions Sciences humaines
  19. Site personnel de Philippe Cibois
  20. Comité de rédaction de Socio-Logos
  21. Site de la revue Sociologie
  22. Collection « Questions de société »
  23. Sociétés et jeunesses en difficulté
  24. De l'éducation surveillée à la protection judiciaire de la jeunesse
  25. Publications de Jacques Bourquin
  26. Le sociologue dans le champ médiatique : diffuser et déformer ?, Débat entre Cyril Lemieux, Laurent Mucchielli et Érik Neveu, 2010
  27. Douteux audits alarmistes., Patricia Tourancheau, Libération, 26 juin 2001
  28. Ce que prévention veut dire Libération, 17 mars 2004
  29. Sécurité intérieure: une loi qui s'en tient aux symptômes Libération, 14 janvier 2003
  30. La dérive ethnique Libération, 5 avril 2005
  31. site de Laurent Mucchielli section À propos
  32. Liens-socio
  33. Histoire de la criminologie française
  34. Criminologie, hygiénisme et eugénisme en France (1870-1914), 2000
  35. Revue Esprit
  36. Population, vol. 59 n°2, pp.203-232, 2004
  37. (en) Population vol.59 n°2, pp. 167-194, 2004
  38. QUELQUES RÉFLEXIONS CRITIQUES SUR LA« PSYCHOPATHOLOGIE DES BANLIEUES », Laurent Mucchielli, VEI Enjeux, n°126, septembre 2001
  39. Histoire de l'homicide en Europe
  40. Le scandale des tournantes, 2005
  41. Les viols jugés en cours d'assises : typologie et variations géographiques, 2010
  42. Le viol, aspects sociologiques d'un crime, 2011
  43. Agor débats/jeunesses, Vol. 56, n°3, 2010
  44. Quand les banlieues brûlent…
  45. Savoir/Agir n°14 AlterIndic
  46. Savoir/Agir n°14 Entretien
  47. Le grand trucage, texte signé Lorraine Data
  48. a et b Délinquance : comment interpréter les chiffres ?, Julien Bonnet, scienceshumaines.com, 30 août 2010
  49. « Les jeunes de milieux aisés volent autant en supermarché que ceux des couches modestes, ils fument plus de cannabis et en vendent également plus souvent.  », Le Frisson de l’émeute. Violences urbaines et banlieues, Seuil, 2006
  50. Site de la revue canadienne Criminologie
  51. Article Délinquance et immigration en France : un regard sociologique, 2003
  52. Communiqué du CNRS
  53. Les lauréats 2006 sur le site du CNRS.
  54. « La France, les États-Unis et la violence », Le Monde, 21 juillet 2001
  55. Libération du 26/07/04
  56. [1], entretien, Libération du 07/01/12
  57. “Le drame de Toulouse ne peut pas être politisé”, lesinrocks.com, 20 mars 2012
  58. Toulouse: “Il sera nécessaire de créer une commission d’enquête parlementaire”, entretien, lesinrocks.com, 22 mars 2012
  59. « Pour comprendre la violence », interview dans Le Monde, 13 novembre 2001.
  60. Libération du 18/12/10
  61. Laurent Mucchielli : "La délinquance des mineurs n'est pas en augmentation", entretien, Le Monde du 10/12/08
  62. Délinquance des mineurs : les contre-vérités de Brice Hortefeux, entretien, Le Monde du 04/11/09
  63. Des «violences non crapuleuses» aux motifs futiles, Libération du 13/04/10
  64. Laurent Mucchielli. Politique securitaire : le show et l’effroi, Siné Mensuel, février 2012
  65. L'islamophobie : une myopie intellectuelle ?, Laurent Mucchielli, cairn.info, Mouvements, Vol. 31, n°1, 2004
  66. Rue89, Pseudo retour de l'antisémitisme : un rituel au dîner annuel du Crif, blog rue89, 6 mars 2009
  67. Site du CRIF, Meïr Waintrater, Le déni de l'antisémitisme, 18 mars 2009
  68. L'immigration sert la France, Laurent Mucchielli, Libération du 13/04/07
  69. Interview dans Le Monde, 13 novembre 2001.
  70. Le problème numéro 1, c'est le processus de ghettoïsation qui travaille la société française depuis trente ans, Le Monde, 11 décembre 2007
  71. Piégés par la République, Laurent Mucchielli, Libération, 9 novembre 2005
  72. Libération, Émeutes, une histoire française, 7 décembre 2007
  73. Libération, Banlieues : les habitants craignent logiquement que demain soit pire, 28 octobre 2006
  74. Libération, Sarkozy démenti par les faits un an après, 24 octobre 2006
  75. Libération, Clichy, des chiffres pour le dire, 20 octobre 2006
  76. La réaction politique est de traiter les émeutes comme un problème de délinquance, entretien, Le Monde, 10 août 2011
  77. Libération, Les contrôles contribuent à provoquer les infractions, 6 avril 2007
  78. Libération, Police municipale : les leçons à tirer du drame de Woippy, 15 février 2010
  79. Libération, La mort, l'émeute et la police municipale de Woippy: «Circulez, y a rien à voir» ?, 14 février 2010
  80. Les policiers et les gendarmes ont tout intérêt à être parfaitement clairs, Libération, 27 juin 2012
  81. Les banlieues ont-elles besoin d'un énième plan ?, tribune, Libération, 22 janvier 2008
  82. «Nous exigeons la suppression du ministère de l’Identité nationale et de l’Immigration», appel, Libération, 4 décembre 2009
  83. Libération, Sécurité: «Comme Juppé et Balladur», 18 avril 2001
  84. L’espoir plutôt que la répression, tribune, Libération, 24 novembre 2008
  85. « Le débat sur la sécurité reste intimement lié au poids de l'État jacobin », interview dans Le Monde, 14 janvier 2010.
  86. « La prévention de la délinquance menacée », Le Monde, 23 août 2011.
  87. « Il faut revenir à l'analyse des causes de la délinquance », interview dans Le Monde, 25 mars 2009.
  88. C'est la justice des mineurs qu'on assassine, Laurent Mucchielli et cosignataires, Libération, 21 juin 2011
  89. « Trois questions à Laurent Mucchielli », entretien, Le Monde, 4 février 2000.
  90. Triche : la statistique, c’est très pratique, Libération, 29 mai 2009
  91. Délinquance des mineurs, l'intox des chiffres du gouvernement, Libération, 3 décembre 2008
  92. Délinquance : la «mobilisation» miracle d’Hortefeux, Libération, 3 février 2010
  93. Faut-il croire les statistiques ?, Laurent Mucchielli, Pour la science, n°70, janvier 2011
  94. « Délinquance économique : l'impunité s'accroît en France », tribune de Thierry Godefroy et Laurent Mucchielli dans Le Monde, 13 novembre 2010
  95. L. Mucchielli, T. Le Goff, E. Heilmann, La vidéoprotection, une gabegie, Le Monde, 31 mai 2011
  96. France Inter, Le téléphone sonne, Alain Bedouet, 8 septembre 2009/2010, 19h20 - 20h00.
  97. Jean-Louis Blanchou à la tête du Comité de pilotage stratégique pour le Développement de la vidéo protection, vidéosurveillance-infos.com, 2 juillet 2010.
  98. La "criminologie" entre succès médiatique et rejet universitaire, Laurent Mucchielli et cosignataires, Le Monde, 28 mars 2012
  99. Vers une criminologie d’État en France ?, Laurent Mucchielli, Politix, Vol. 89, n°1, 2010

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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