Lorelei

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Rocher de la Lorelei)
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Lorelei (homonymie).

50° 08′ 22″ N 7° 43′ 44″ E / 50.13944, 7.72889

Rocher de la Lorelei
Heine + Turner

Lorelei (Loreley, Loreleï ou Lorely) est le nom d’un rocher qui culmine à 132 mètres au-dessus du Rhin à proximité de Sankt Goarshausen (Saint Goarshausen en français) en Allemagne (Rhénanie-Palatinat)[1].

C’est l’endroit le plus étroit du fleuve entre la Suisse et la mer du Nord. L’avancée du rocher réduit d’un quart la largeur du fleuve. Le courant très violent et les nombreux rochers immergés ont causé de nombreux accidents de navigation[1].

Lorelei est aussi le nom d’une nixe (nymphe de la mythologie germanique) qui attire les navigateurs du Rhin à la perdition par ses chants, comme les sirènes de la mythologie grecque ancienne.

Cette légende de la Lorelei sur son rocher a inspiré de nombreux artistes, dont le poète allemand Heinrich Heine qui écrivit en 1824 l’histoire (Die Lore-Ley) qui sera mise en musique et popularisée par le compositeur Friedrich Silcher. Le rocher de la Lorelei est maintenant un site touristique très fréquenté, tant pour la beauté des lieux que pour la légende qui l’entoure.

Le mythe de la Lorelei[modifier | modifier le code]

Statue de la nymphe sur le quai du port au pied du rocher

Lorelei est une jeune fille qui, assise sur le rocher du même nom, chante magnifiquement. Les marins passent en bateaux et l’entendent. Ils sont comme envoûtés par ce chant si beau, si mélodieux, qu’ils en oublient les courants du Rhin et chavirent.

À l’origine, la Lorelei a été conçue pour symboliser l’amour passionnel dans la littérature : dans une ballade (Zu Bacharach am Rheine…, 1801) du poète rhénan Clemens Brentano, la Lorelei apparut d’abord comme le nom d’une femme. Laure Lay a été trompée par son amant. Sur le chemin du cloître, elle veut jeter un dernier regard du rocher sur son château. Alors qu’elle pense voir un bateau s’éloigner, elle tombe dans le fleuve.

Brentano a écrit plusieurs variations du thème de la Lorelei. Le motif d’une femme blonde et malheureuse qui se peigne sur un rocher, apparaît pour la première fois dans son conte rhénan à partir de 1810.

Plus tard, elle passa d’un fantôme à une femme fatale. À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, elle prit pour quelques poètes la fonction de symbole national, semblable aux Valkyries. La littérature du XXe siècle se détourna de cette interprétation. Elle apparait sous de nombreuses formes dont certaines sont ironiques, et perpétue ainsi le mythe de la Lorelei.

En France, elle est surtout connue à travers le poème de Guillaume Apollinaire, La Loreley que l’on retrouve dans le recueil Alcools et qui est en fait une traduction/adaptation du poème de Brentano[2], ou encore dans Lorely de Gérard Labrunie dit Gérard de Nerval lors du récit de son voyage sur les bords du Rhin. La fée du Rhin sera également évoquée à travers de nombreuses chansons françaises, entre autres, comme Lorelei Sebasto Cha de Hubert-Félix Thiéfaine ou Laura Lorelei de Jacques Higelin.

Les rencontres européennes de la jeunesse de 1951[modifier | modifier le code]

Symbole culturel associé au romantisme allemand, la Lorelei fut le siège des rencontres européennes de la jeunesse durant l’été 1951. En réponse au Festival international de la jeunesse organisé à Berlin-Est pour promouvoir le socialisme, les Hauts-commissaires occidentaux sollicitent le Deutscher Bundesjugendring (de) (Conseil fédéral de la jeunesse) afin d’organiser un événement favorisant l’appropriation de l’esprit européen par la jeunesse.

Le théâtre de plein air accueille conférences, débats, représentations théâtres, danses folkloriques, qui se succèdent durant cinq décades, de juillet à septembre. Plus de 35 000 jeunes y participent, pour l’essentiel des Allemands (60 %), des Français (20 %), et des Britanniques (10 %)[3]. Des thèmes très variés sont traités lors des différents séminaires, allant des relations internationales aux politiques économiques et sociales, mais selon une approche centrée sur l’idée fédérale[4]. Le discours de clôture fut prononcé par Paul-Henri Spaak, alors président du Mouvement Européen.

La Lorelei et les arts[modifier | modifier le code]

Heinrich Heine, La Loreleï (1824)[modifier | modifier le code]

Texte original Traduction française littérale Essai de traduction littéraire

Ich weiß nicht was soll es bedeuten,
Daß ich so traurig bin;
Ein Märchen aus uralten Zeiten,
Das kommt mir nicht aus dem Sinn.

Die Luft ist kühl und es dunkelt,
Und ruhig fließt der Rhein;
Der Gipfel des Berges funkelt
Im Abendsonnenschein.

Die schönste Jungfrau sitzet
Dort oben wunderbar;
Ihr goldenes Geschmeide blitzet,
Sie kämmt ihr goldenes Haar.

Sie kämmt es mit goldenem Kamme
Und singt ein Lied dabei;
Das hat eine wundersame,
Gewaltige Melodei.

Den Schiffer im kleinen Schiffe
Ergreift es mit wildem Weh;
Er schaut nicht die Felsenriffe,
Er schaut nur hinauf in die Höh.

Ich glaube, die Wellen verschlingen
Am Ende Schiffer und Kahn;
Und das hat mit ihrem Singen
die Lorelei getan.

Je ne sais pas ce que cela signifie
Que je sois aussi triste ;
Un conte des temps anciens
Ne me sort pas de l'esprit.

L'air est frais, et il fait sombre
Et calmement coule le Rhin
Le sommet de la montagne étincelle
Dans la lumière du soleil au crépuscule.

La plus belle jeune fille est assise
Là-haut merveilleusement
Ses bijoux d'or brillent,
Elle peigne ses cheveux d'or.

Elle les peigne avec un peigne d'or
Et chante une chanson en même temps
Qui est une étrange,
Puissante mélodie.

Ce chant saisit le batelier dans sa barque
avec une violence sauvage
Il ne voit pas le récif
Il regarde seulement là-haut, dans les hauteurs.

Je crois que les vagues engloutissent
À la fin le marin et la barque
Et cela avec son chant
La Lorelei l'a fait.

Je ne sais dire d'où me vient
La tristesse que je ressens.
Un conte des siècles anciens
Hante mon esprit et mes sens.

L'air est frais et sombre le ciel,
Le Rhin coule paisiblement
Les sommets sont couleur de miel
Aux rayons du soleil couchant.

Là-haut assise est la plus belle
Des jeunes filles, une merveille.
Sa parure d'or étincelle,
Sa chevelure qu'elle peigne

Avec un peigne d'or est pareille
Au blond peigne d'or du soleil,
Et l'étrange chant qu'elle chante
Est une mélodie puissante.

Le batelier sur son esquif
Est saisi de vives douleurs,
Il ne regarde pas le récif,
Il a les yeux vers les hauteurs.

Et la vague engloutit bientôt
Le batelier et son bateau…
C'est ce qu'a fait au soir couchant
La Lorelei avec son chant.

Littérature[modifier | modifier le code]

  • Werner Bellmann, Brentanos Lore Lay-Ballade und der antike Echo-Mythos. En: Clemens Brentano. Beiträge des Kolloquiums im Freien Deutschen Hochstift 1978, hrsg. von Detlev Lüders, Tübingen 1980, S. 1-9.
  • Jürgen Kolbe : "Ich weiß nicht was soll es bedeuten". Heinrich Heine Loreley. Bilder und Gedichte. München 1976.
  • Guillaume Apollinaire : La Loreley, Alcools
  • Gérard de Nerval : Lorely, récit de son voyage sur les bords du Rhin.

Mélodies[modifier | modifier le code]

Le poème de Heine a donné lieu à quantité de compositions musicales. La plus connue étant le lied de Franz Liszt, mais l'on peut également citer :

Opéras[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Ballets[modifier | modifier le code]

  • Germinal Casado : Loreley - Musique de Wolfgang Heinzel - Badisches Staatstheater - Karlsruhe, 1982

Peinture[modifier | modifier le code]

Autres média[modifier | modifier le code]

  • Dans le jeu vidéo Castlevania: Order of Ecclesia, un monstre, décrit comme une nymphe se servant de sa beauté et de sa voix pour tromper ses victimes et les attirer dans un cimetière aquatique, se nomme Lorelei (ou Lorelai selon les versions).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Informations sur loreley-info.com [lire en ligne]
  2. Brentano: Die Lore Lay
  3. Ludivine Bantigny « Genèses de l'Europe, jeunesses d'Europe. Entre enchantement et détachement », Histoire@Politique 1/2010 (n° 10), p. 2-2.
  4. Rüdiger Bernhardt, Jérôme Vaillant, La Dénazification par les vainqueurs : la politique culturelle des occupants, Presses Universitaires de Lille, 1981, p. 34.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]