Sylvia Plath

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Sylvia Plath, née le 27 octobre 1932 à Jamaica Plain, dans la banlieue de Boston, et morte le 11 février 1963 à Primrose Hill (Londres), est une écrivaine américaine ayant produit essentiellement des poèmes, mais aussi un roman, des nouvelles, des livres pour enfants et des essais. Si elle est surtout connue en tant que poète, elle tire également sa notoriété de The Bell Jar (en français, La Cloche de détresse), roman d'inspiration autobiographique qui décrit en détail les circonstances de sa première dépression, au début de sa vie d'adulte.

Depuis son suicide en 1963, Sylvia Plath est devenue une figure emblématique dans les pays anglo-saxons, les féministes voyant dans son œuvre l'archétype du génie féminin écrasé par une société dominée par les hommes, les autres voyant en elle une icône dont la poésie, en grande partie publiée après sa mort, fascine comme la bouleversante chronique d'un suicide annoncé.

Biographie[modifier | modifier le code]

Née d'un père émigré allemand et d'une mère d'origine autrichienne, Sylvia Plath est une enfant douée qui publie son premier poème à l'âge de huit ans. La même année, le 5 octobre 1940, son père, Otto Plath, universitaire renommé dans le domaine de l'entomologie, meurt brutalement des suites de l'amputation d'une jambe gangrenée. Un de ses amis étant décédé d'un cancer du poumon, il s'était persuadé qu'il avait la même maladie et ne s'était pas occupé de soigner son diabète avant qu'il ne soit trop tard. À la mort de son père, elle a ce mot : « je ne parlerai plus jamais à Dieu ». Ce premier drame la marque au fer rouge, et ce père mythique hante ensuite nombre de ses poèmes. Issue d'une famille cultivant l'ambition et le culte du travail, elle s'avère souvent trop exigeante avec elle-même comme avec les autres. Brillante élève, très précoce en poésie, Sylvia décide dès l'adolescence de devenir écrivain.

Smith College, Northampton, Massachusetts : l'université où Sylvia Plath fit ses études.

Tout au long de sa vie d'adulte, Sylvia Plath souffre de troubles bipolaires graves[réf. nécessaire] (autrefois appelés maniaco-dépression). Grâce à l'octroi d'une bourse d'étude, elle intègre en 1950 l'une des plus grandes et prestigieuses universités américaines réservées aux femmes, Smith College, située à proximité de Boston. Elle y fait sa toute première tentative de suicide. Plus tard, en 1963, elle décrit dans son roman autobiographique, La Cloche de détresse, l'épisode dépressif qu'elle a ainsi traversé en 1953. À ce moment-là, elle est admise dans une institution psychiatrique et semble montrer des signes de guérison satisfaisants, puisqu'elle termine brillamment ses études à Smith College, obtenant en 1955 son diplôme avec les félicitations du jury (summa cum laude).

Au cours de ses années universitaires, elle publie des poèmes, s'occupe d'une revue, participe aux fêtes et aux bals de la vie étudiante. Sa beauté et son humour lui valent d'être unanimement appréciée. Elle est toutefois constamment dubitative quant à son avenir et sa vocation, son humeur oscillant de la plus grande joie au plus profond découragement  : c'est à ce stade de sa vie qu'elle s'aperçoit à quel point elle est prise en étau entre le conformisme ambiant et l'impérieux besoin de liberté et d'indépendance qui l'anime.

Newnham College, Cambridge, où Sylvia Plath étudia en Angleterre.

En 1956, Sylvia Plath obtient une bourse Fulbright pour étudier en Angleterre, au Newnham College de l'université de Cambridge où elle va faire la connaissance de Ted Hughes, un jeune poète anglais. Rencontre fulgurante s'il en est, ils se marient quelques mois plus tard. Ted et Sylvia vivent alors à Londres. Sa vie d'épouse, les tâches ménagères, les soucis financiers et la dactylographie des manuscrits de Ted occupent Sylvia davantage que sa propre carrière.

Le couple décide alors d'aller vivre deux ans aux États-Unis, de 1957 à 1959, les deux poètes tentant de subsister de leur plume, mais Sylvia doit occuper de petits emplois temporaires, notamment dans un hôpital psychiatrique. Elle obtient toutefois aussi un poste d'enseignante dans son ancienne université, Smith College. Parallèlement, elle assiste à des conférences données par le poète américain Robert Lowell, au cours desquelles elle rencontre la poétesse Anne Sexton. Ces cours auront une influence capitale sur son œuvre. Sylvia étant enceinte, en octobre 1959, le couple décide de retourner à Londres, où ils vivent en symbiose et s'aident mutuellement dans leur travail. Frieda, leur premier enfant, naît en 1960, et leur fils Nicholas en 1962.

Très vite, Sylvia et Ted quittent Londres pour s'installer dans la campagne anglaise, dans le comté de Devon. Elle publie son premier recueil de poèmes, The Colossus, en Angleterre en 1960. En février 1961, elle fait une fausse couche, événement qui hantera par la suite bon nombre de ses poèmes. Le couple Ted et Sylvia bat de l'aile, et ils se séparent moins de deux ans après la naissance de leur premier enfant. Cette séparation s'explique principalement du fait des troubles psychiatriques de Sylvia, et de la liaison de Ted Hughes avec l'épouse d'un ami poète. Sylvia brûle alors des lettres et des manuscrits de Ted. Paradoxalement, cette période de colère et de désespoir constitue la plus productive de sa vie d'écrivain.

23 Fitzroy Road, Londres : la maison où Sylvia Plath se donna la mort, autrefois occupée par W. B. Yeats.

En 1962, Sylvia Plath retourne s'installer à Londres avec ses enfants, Frieda et Nicholas. Elle loue un appartement dans une maison autrefois occupée par le poète irlandais William Butler Yeats : elle en est extrêmement heureuse et considère cela comme un bon présage dans le contexte du début de sa procédure de divorce. Mais l'hiver 1962/1963 est l'un des plus rudes du siècle à Londres et, le 11 février 1963, au petit matin, malade et dépressive, Sylvia place un torchon dans le four de la gazinière, ouvre le gaz, et attend sa fin. Auparavant, elle a calfeutré la porte de la cuisine, et préparé sur la table des biscuits et du lait pour ses enfants, qui dorment à l'étage supérieur et qui échapperont à l'empoisonnement par le gaz. Son dernier poème connu, intitulé Edge (en français, Le Bord) fait figure de testament prémonitoire. Sylvia Plath est enterrée au cimetière de Heptonstall, dans le comté anglais du Yorkshire de l'Ouest. Sa mort fut une tragédie non seulement pour ses enfants, mais aussi pour son mari, Ted Hughes, et sa mère, Aurelia Plath, qui ne s'en sont jamais remis.

Le fils du couple de poètes, Nicholas Hughes, souffrant de dépression, s'est suicidé par pendaison à son domicile en Alaska, le 16 mars 2009, à l'âge de 47 ans.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Ted Hughes, en sa qualité d'exécuteur testamentaire de l'héritage personnel et littéraire de Sylvia Plath, a été suspecté d'avoir détruit le dernier cahier du journal de son épouse, qui révélait des détails sur leur vie commune. Ce fait n'a toutefois jamais été prouvé, et ses archives, aujourd'hui conservées à l'université Columbia à la suite de son décès en 1998, révéleront peut-être qu'il ne s'agissait là que d'une légende. En 1982, Sylvia Plath a été le premier poète de l'histoire à se voir accorder le prix Pulitzer à titre posthume (pour une anthologie de ses œuvres, The Collected Poems).

De nombreux critiques, souvent féministes, ont accusé Ted Hughes d'avoir exercé un contrôle arbitraire sur la publication des œuvres de Sylvia, en vue de se protéger lui-même. Il a toujours nié cet état de fait, bien qu'il ait admis avoir transigé avec la mère de Sylvia, Aurelia Plath, quand celle-ci a tenté de faire interdire la publication aux États-Unis des écrits les plus controversés de sa fille. Dans son dernier recueil de poèmes, paru en 1998 quelques mois avant sa mort, intitulé Birthday Letters, Ted Hughes rompt enfin son silence à propos de Sylvia, dans un dernier hommage poétique et une tentative de comprendre le suicide de celle qui fut sa femme pendant sept ans. Birthday Letters constitue l'un des recueils de poèmes les plus vendus du XXe siècle (plus d'un demi-million d'exemplaires depuis sa parution en 1998 en Angleterre). À noter que l'illustration de l'édition originale du livre a été réalisée par Frieda, la fille de Ted et Sylvia.

Même si les critiques ont réservé un accueil favorable au premier ouvrage de Sylvia Plath, The Colossus, on l'a aussi souvent dépeint comme trop conventionnel et dépourvu de l'intensité de ses œuvres ultérieures. Ainsi, la portée de l'influence de Ted Hughes sur l'œuvre de Sylvia a souvent suscité des débats passionnés. Toutefois, quand on connaît leurs travaux respectifs, il est aisé de constater que les poèmes de Sylvia Plath sont des plus personnels, et que les similitudes d'écriture entre les deux poètes sont quasi-inexistantes.

Tombe de Sylvia Plath, cimetière de Heptonstall, comté du Yorkshire de l'Ouest.

Les poèmes qui composent le recueil Ariel traduisent une rupture eu égard à ses œuvres précédentes, Sylvia Plath se positionnant alors clairement dans le courant littéraire américain du Confessionnalisme. Il est probable que les enseignements du poète Robert Lowell ont joué un grand rôle dans cette évolution. Dans les pays anglo-saxons, l'impact de la publication du recueil Ariel fut énorme, du fait de l'intensité des textes qui le composent, et qui décrivent sans fard la maladie mentale, notamment dans des poèmes à caractère autobiographique tels que Daddy et Lady Lazarus.

En dépit des critiques et des biographies publiées après sa mort, les débats autour de l'œuvre de Sylvia Plath tiennent plus d'une lutte entre ses « défenseurs » et les « défenseurs » de Ted Hughes que d'un véritable débat de fond. Fait illustrant la passion suscitée par Sylvia Plath et le niveau d'amertume de certains envers Ted Hughes, la tombe de Sylvia a été sujette, pendant des années, à des actes de saccage visant à effacer le nom Hughes de sa pierre tombale, à tel point qu'elle a fait l'objet d'un traitement technique anti-vandalisme.

Œuvres[modifier | modifier le code]

N.B : Les dates indiquées sont les dates de première publication. Les œuvres de Sylvia Plath sont constamment rééditées, en anglais comme en français.

Poésie[modifier | modifier le code]

En anglais

  • The Colossus (1960)
  • Ariel (1965)
  • Crossing the Water (1971)
  • Winter Trees (1972)
  • The Collected Poems (1981)

En français

  • Trois femmes : poème à trois voix (1975)
  • Ariel (1978)
  • Arbres d'hiver (1999)
  • Choix de poèmes suivi de Le Livre des lits, traduction française et préface de Jean-Pierre Vallotton (1999)

Prose[modifier | modifier le code]

En anglais

  • The Bell Jar (1963), roman, sous le pseudonyme de Victoria Lucas
  • Letters Home (1975), lettres à sa mère, publiées par sa mère, Aurelia Plath
  • Johnny Panic and the Bible of Dreams (1977), nouvelles
  • The Journals of Sylvia Plath (1982), journal
  • The Magic Mirror (1989), thèse de fin d'étude de Sylvia Plath à l'université Smith College
  • The Unabridged Journals of Sylvia Plath, journal intime, publié par Karen V. Kukil (2000)

En français

  • La Cloche de détresse (1972), roman
  • Lettres aux siens (1988), lettres à sa mère
  • Le Jour où M. Prescott est mort (1990), nouvelles
  • Carnets intimes (1997), journal
  • Journaux 1950-1962 (1999), journal

Littérature enfantine[modifier | modifier le code]

En anglais

  • The Bed Book (1976)
  • The It-Doesn't-Matter-Suit (1996)
  • Collected Children's Stories (Royaume-Uni, 2001)
  • Mrs. Cherry's Kitchen (2001)
  • Un certain nombre d'œuvres ont été publiées par des éditeurs spécialisés, souvent en tirages très limités.

En français

  • L'histoire qu'on lit au bord du lit (1997)
  • Ça ne fait rien ! (1998)

Ouvrages de référence[modifier | modifier le code]

En anglais

  • Edward Butscher, Sylvia Plath: Method and Madness, éd. Schaffner Press
  • Ronald Hayman, The Death and Life of Sylvia Plath, éd. Heinemann, Londres, Melbourne, Auckland, 1991
  • Erica Wagner, Ariel's Gift: Ted Hughes, Sylvia Plath and the Story of Birthday Letters
  • Linda Wagner-Martin, Sylvia Plath: A Literary Life, Londres, éd. Palgrave Macmillan, 1999
  • Gayle Wurst, Voice and vision: the poetry of Sylvia Plath, éd. Slatkine, Genève, 1999

En français

  • Sylvie Doizelet, La terre des morts est lointaine : Sylvia Plath, 1996
  • Ted Hughes, Birthday Letters, éd. Gallimard, 2002
  • Taïna Tuhkunen-Couzic, Sylvia Plath, une écriture embryonnaire, éd. L'Harmattan, 2002
  • Valérie Rouzeau, Sylvia Plath : un galop infatigable, éd. J.M. Place, 2003 - Biographie de Sylvia Plath, suivie d'une sélection de ses textes traduits par la poétesse française Valérie Rouzeau
  • Patricia Godi, Sylvia Plath, éd. Aden

En italien

  • Erminia Passannanti, Limite. Il mito dell’integrità tra Eros e Thanatos nella poesia di Sylvia Plath, Salerne/Rome, Ripostes, 1995, ristampa 2012 (ISBN 978-1-4710-4142-6)

Fictions et biographies inspirées de la vie du couple Sylvia Plath et Ted Hughes[modifier | modifier le code]

  • Claude Pujade-Renaud, Les Femmes du braconnier, roman, Ed. Actes Sud, 2010
  • Le film Sylvia, sorti en 2003, raconte l'histoire de la relation passionnée du couple de poètes Ted Hughes et Sylvia Plath.
  • Emma Tenant, La Ballade de Ted et Sylvia, roman, éd. du Rocher, 2001
  • Kate Moses, Froidure, roman, Ed. Quai Voltaire, 2004
  • Diane Middlebrook, Son mari, biographie du couple d'écrivains Sylvia Plath et Ted Hughes, traduit de l'anglais et préfacé par Valérie Rouzeau, éd. Phébus, paru en 2006
  • Oriane Jeancourt Galignani, Mourir est un art, comme tout le reste, éditions Albin Michel, 2013

Œuvres inspirées par Sylvia Plath[modifier | modifier le code]

  • J'irai vers le nord, j'irai vers la nuit polaire, opéra de Kasper T. Toeplitz, créé au Festival d'Avignon en 1989.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Presse[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]