Fête de la Réformation

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Portrait de Martin Luther par Lucas Cranach l'Ancien.

La Fête de la Réformation (aussi appelée Fête de la Réforme) est une fête religieuse célébrée le 31 octobre en commémoration de la Réforme protestante, particulièrement par les communautés protestantes luthériennes et certaines églises réformées. C'est un jour férié en Slovénie car la Réforme a contribué profondément à son développement culturel, bien que les Slovènes soient en majorité catholiques romains et dans les Länder allemands du Brandebourg, Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, Saxe, Saxe-Anhalt et Thuringe. C'est également une fête nationale au Chili depuis 2008 [réf. nécessaire].

Histoire[modifier | modifier le code]

Porte de la Schlosskirche(église du château) à Wittemberg, à laquelle Luther est réputé avoir cloué ses 95 thèses le 31 octobre 1517, signant le début de la Réforme protestante.

De 1516 à 1517, Johann Tetzel, un moine dominicain et commissaire Apostolique pour les indulgences, fut envoyé en Allemagne par l'Église catholique pour collecter des fonds en vue de reconstruire la Basilique Saint-Pierre de Rome[1]. La théologie catholique stipulait que la foi seule ne pouvait en rien justifier l'Homme[2], et que seule la foi lorsqu'elle est active dans la charité et les bonnes œuvres (fides caritate formata) le peut[3]. Les bénéfices des bonnes œuvres pouvaient être obtenus par les donations monétaires à l'Église. Le 31 octobre 1517, Martin Luther écrivit à Albert, archevêque de Mayence et Magdebourg, protestant au sujet de la vente des indulgences[4]. Il inclut dans sa lettre une copie de sa Dispute de Martin Luther sur la puissance des indulgences qui sera connue comme les 95 thèses. Hans Hillerbrand écrit que Luther n'avait pas l'intention de se confronter à l'Église, mais voyait sa Dispute comme une objection savante aux pratiques de l'époque. Le ton de l'œuvre est de plus « investigateur, plus que doctrinal »[5]. Hillerbrand écrit cependant qu'il existe un courant qui conteste plusieurs de ces thèses, particulièrement la thèse 86, qui demande : « Pourquoi le Pape, dont la richesse dépasse aujourd'hui celle du plus riche Crésus, construit-il la Basilique Saint-Pierre avec l'argent des pauvres croyants plutôt qu'avec le sien ? »[5]

Luther objecta à une déclaration attribuée à Johann Tetzel déclarant « Aussitôt que la pièce de monnaie résonne dans le coffret, l'âme s'envole du purgatoire »[6],[7]. Il insista sur le dogme selon lequel le pardon est uniquement accordable par Dieu[8], exprimant ainsi l'erreur de ceux qui clamaient l'absolution de toutes les punitions et la garantie du salut des acheteurs d'indulgences. Les Chrétiens, disait-il, ne doivent pas se détourner de suivre le Christ sur la base de ces fausses assurances.

La vente des indulgences montrée dans Le monnayeur, estampe par Jörg Breu l'Ancien d'Augsbourg, vers 1530.

Selon Philippe Melanchthon, en 1546, Luther « écrivit ces thèses sur les indulgences et les afficha sur l'Église de Tous-les-Saints le 31 octobre 1517 », un évènement qui est maintenant considéré comme le démarrage de la Réforme protestante[9]. Certains historiens ont mis en doute cet écrit, puisque Melanchton n'emménagea pas à Wittemberg avant 1518 et qu'aucun témoignage contemporain n'existe prouvant l'affichage par Luther de ses thèses[10]. D'autres historiens affirment que cette preuve n'est pas nécessaire, car il était de coutume à l'Université de Wittemberg d'afficher une disputatio en postant celle-ci sur la porte de l'Église de Tous-les-Saints, également connue sous le nom « d'Église du Château »[11].

Les 95 thèses furent rapidement traduites du latin vers l'allemand, imprimées, et largement copiées, faisant de la controverse une des premières de l'histoire à être propagée à l'aide de la presse à imprimer[12]. En l'espace de deux semaines, des copies de ces thèses se répandirent à travers l'Allemagne ; en deux mois, à travers l'Europe[13].

Pour une biographie plus complète de Martin Luther et des ses écrits, reportez-vous à l'article Martin Luther.

Traditions[modifier | modifier le code]

« Je vis un autre ange qui volait par le milieu du ciel, ayant un Évangile éternel, pour l'annoncer aux habitants de la Terre, à toute nation, à toute tribu, à toute langue, et à tout peuple. »[14] Ce passage, traditionnellement interprété comme faisant référence à Luther, est généralement utilisé lors de la prédication le jour de la Fête de la Réformation.

Dans l'Église Luthérienne, la Fête de la Réformation est considérée comme une fête mineure. Jusqu'au XIXe siècle, la plupart des églises luthériennes la célébrait le 31 octobre, peu importe le jour de la semaine. Aujourd'hui, la plupart des paroisses transfèrent la fête pour qu'elle puisse tomber le dimanche d'avant le 31 octobre, ou le 31 octobre même, et célèbrent la Toussaint le dimanche après le premier novembre ou le premier novembre même.

La couleur liturgique du jour est le rouge, qui représente le Saint Esprit et les martyrs de l'Église Chrétienne. L'hymne de Luther, C'est un rempart que notre Dieu, est traditionnellement chantée ce jour. Il est également de tradition dans certaines écoles luthériennes que les écoliers jouent une pièce retraçant des scènes de la vie de Martin Luther.

Le fait que la fête de la Réformation coïncide avec Halloween n'est peut-être pas une simple coïncidence. Halloween, étant la veille de la Toussaint, aurait pu être une date tout à fait appropriée pour Luther pour afficher ses 95 thèses contre les indulgences, puisque l'Église aurait été ouverte le lendemain spécifiquement pour le public intéressé par la vision d'une large collection de reliques. L'adoration de ces reliques promettait une réduction du temps au purgatoire similaire à l'achat d'une indulgence.

Références[modifier | modifier le code]

  1. "Johann Tetzel," Encyclopaedia Britannica, 2007: "Tetzel's experiences as a preacher of indulgences, especially between 1503 and 1510, led to his appointment as general commissioner by Albrecht, archbishop of Mainz, who, deeply in debt to pay for a large accumulation of benefices, had to contribute a considerable sum toward the rebuilding of St. Peter's Basilica in Rome. Albrecht obtained permission from Pope Leo X to conduct the sale of a special plenary indulgence (i.e., remission of the temporal punishment of sin), half of the proceeds of which Albrecht was to claim to pay the fees of his benefices. In effect, Tetzel became a salesman whose product was to cause a scandal in Germany that evolved into the greatest crisis (the Reformation) in the history of the Western church."
  2. (Trente, l. c., can. xii: "Si quis dixerit, fidem justificantem nihil aliud esse quam fiduciam divinae misericordiae, peccata remittentis propter Christum, vel eam fiduciam solam esse, qua justificamur, a.s.")
  3. (cf. Trente, Sess. VI, cap. iv, xiv)
  4. Sibué, Annick. Luther et la réforme protestante. Eyrolles, 2011, 67–71.
  5. a et b Hillerbrand, Hans J. "Martin Luther: Indulgences and salvation," Encyclopaedia Britannica, 2007.
  6. Aussi attesté comme vers le paradis
  7. Bainton, Roland. Here I Stand: a Life of Martin Luther. New York: Penguin, 1995, 60; Brecht, Martin. Martin Luther. tr. James L. Schaaf, Philadelphia: Fortress Press, 1985–93, 1:182; Kittelson, James. Luther The Reformer. Minneapolis: Augsburg Fortress Publishing House, 1986),104.
  8. Sibué, 59–61.
  9. Brecht, 1:200–201.
  10. Iserloh, Erwin. The Theses Were Not Posted. Toronto: Saunders of Toronto, Ltd., 1966; Derek Wilson, Out of the Storm: The Life and Legacy of Martin Luther, London: Hutchinson, 2007, ISBN 9780091800017, 96.
  11. Junghans, Helmer. "Luther's Wittenberg," in McKim, Donald K. (ed.) The Cambridge Companion to Martin Luther. New York: Cambridge University Press, 2003, 26.
  12. Brecht, Martin.Martin Luther. tr. James L. Schaaf, Philadelphia: Fortress Press, 1985–93, 1:204–205.
  13. Sibué, 70.
  14. Apocalypse 14:6