Affaire Hugues de Lincoln

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L'affaire Hugues de Lincoln concerne un petit garçon anglais (°1247 - † août 1255) dont la disparition provoqua une accusation de meurtre rituel contre les Juifs, ce qui entraîna le massacre d'une vingtaine de personnes. Cette accusation se révéla infondée mais ses conséquences se sont fait sentir jusqu'au XXe siècle.

Le jeune garçon a disparu le 31 juillet 1255 et son corps a été découvert dans un puits le 29 août suivant. Surnommé Little Saint Hugh, canonisé par l'Église catholique, il a été célébré localement le 27 juillet.

Histoire[modifier | modifier le code]

Peu de temps après la disparition de l'enfant, un Juif du lieu appelé Copin (ou Jopin) avoua sous la torture qu'il l'avait tué. Dans sa confession, il déclara que c'était l'habitude chez les Juifs de crucifier un enfant chrétien chaque année. Copin fut exécuté et l'histoire se serait terminée là si une série d'événements n'avait coïncidé avec la disparition.

Six mois plus tôt environ, le roi Henri III avait vendu à son frère Richard, comte de Cornouailles, ses droits sur la taxe des Juifs. Ayant perdu cette source de revenu, il décida qu'il avait droit à l'argent des Juifs s'ils étaient condamnés pour crime. En conséquence, environ quatre-vingt-dix Juifs furent arrêtés et détenus à la Tour de Londres, accusés d'avoir été impliqués dans ce meurtre rituel.

Dix-huit d'entre eux furent pendus - c'était la première fois que le gouvernement civil prononçait une condamnation à mort pour meurtre rituel - et le roi Henri eut donc la possibilité de se saisir de leurs biens. Les autres furent graciés et libérés, probablement parce que Richard, qui y voyait une menace contre ses propres sources de revenus, était intervenu en leur faveur auprès de son frère.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Pendant ce temps, la cathédrale de Lincoln commençait à tirer profit de l'épisode : Hugues était considéré comme un martyr chrétien et les lieux associés à sa vie devenaient le but de pèlerinages. Une légende à son sujet prit naissance, recevant le soutien de la culture populaire, et l'histoire devint sujet de poésie et de folklore. Même Geoffrey Chaucer, dans ses Contes de Canterbury, fait référence à Hugues de Lincoln dans Le Conte de la Prieure. Les dévots de Hugues de Lincoln affluèrent vers la ville jusqu'au début du XXe siècle, quand un puits fut construit dans l'ancien quartier juif de la Cour de Juifs et présenté à grand bruit comme le puits où on avait trouvé le corps de Hugues.

En 1955, l'Église anglicane a remplacé le reliquaire dans la cathédrale de Lincoln par une plaque portant ces mots :

Ancien emplacement du reliquaire du Petit saint Hugues.
Des légendes mensongères rapportant des histoires de « meurtres rituels » de petits garçons chrétiens par les communautés juives étaient courantes dans toute l'Europe au Moyen Âge et même beaucoup plus tard. Ces faux bruits ont coûté la vie à un grand nombre de Juifs innocents. Lincoln avait sa propre légende et la prétendue victime a été enterrée dans la Cathédrale en 1255.
De telles histoires ne font pas honneur à la chrétienté et ainsi nous prions :
Seigneur, pardonnez ce que nous avons été,
corrigez ce que nous sommes,
et amenez-nous à ce que nous devons être.

Anecdotes[modifier | modifier le code]

En 1975 le groupe anglais de folk-rock Steeleye Span a enregistré une version du « Petit saint Hugues » dans son album Commoner's Crown. Dans la chanson, le meurtrier est « une lady gay » qui est « habillée de vert ».

Sources et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]