Nabeul

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Nabeul
Blason de Nabeul
Héraldique
Sculpture représentant des oranges, le principal fruit à Nabeul, conçue, mise en place et décorée avec de la faïence andalouse par l'ingénieur céramiste Azouz Al-Kharraz
Sculpture représentant des oranges, le principal fruit à Nabeul, conçue, mise en place et décorée avec de la faïence andalouse par l'ingénieur céramiste Azouz Al-Kharraz
Administration
Pays Drapeau de la Tunisie Tunisie
Gouvernorat NabeulC
Délégation(s) Nabeul
Maire Chehab Ghallab[réf. souhaitée]
Code postal 8000
Démographie
Gentilé Nabeulien
Population 56 387 hab. (2004[1])
Géographie
Coordonnées 36° 27′ N 10° 44′ E / 36.45, 10.7436° 27′ Nord 10° 44′ Est / 36.45, 10.74  
Altitude 4[2] m
Localisation

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Nabeul

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Nabeul

Nabeul (نابل) est une ville du nord-est de la Tunisie située au sud de la péninsule du cap Bon, à une soixantaine de kilomètres au sud-est de Tunis.

Géographie[modifier | modifier le code]

Chef-lieu du gouvernorat du même nom, elle constitue une municipalité comptant 56 387 habitants en 2004[1]. En associant les villes voisines de Dar Chaâbane, Béni Khiar et El Maâmoura, elle forme une agglomération de 120 000 habitants. Avec Hammamet, elle forme une conurbation bipolaire de 185 000 habitants.

Située dans la région du cap Bon, qui constitue une péninsule s'enfonçant dans la mer Méditerranée, Nabeul est située au centre de son flanc sud-est, non loin de la ville d'Hammamet, et constitue l'une des plus importantes localités qui se succèdent le long de la côte du golfe d'Hammamet. Son environnement est constitué de vergers et de jardins. Grâce à sa plage de sable fin et son climat méditerranéen, la région est une destination appréciée des touristes européens et représente le second pôle touristique de la région après Hammamet.

Localisation[modifier | modifier le code]

Rose des vents Bou Argoub
Grombalia
Béni Khalled
Menzel Bouzelfa
Somâa
Tazarka
Korba
Rose des vents
Hammamet N Dar Chaâbane
Béni Khiar
El Maâmoura
O    Nabeul    E
S
Bouficha Golfe d'Hammamet Mer Méditerranée

Climat[modifier | modifier le code]

Nabeul ainsi que la région du cap Bon sont dominées par un climat tempéré. En janvier, la température descend jusqu'à 8,4°C en moyenne minimale alors qu'elle atteint 15,8°C en moyenne maximale. En août, elle atteint 22,6°C en température moyenne minimale, alors qu'elle atteint 30,6°C en moyenne maximale.

Relevé météorologique de Nabeul
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Température minimale moyenne (°C) 8,4 8,9 9,9 12 15,2 18,7 21,6 22,6 20,9 18,1 13,3 9,9 15
Température maximale moyenne (°C) 15,8 16,4 17,2 19,4 22,4 26,8 30,4 30,6 28,7 24,9 20,4 17 20
Précipitations (mm) 59 34 38 27 16 8 5 10 29 48 45 50 369
Nombre de jours avec précipitations 10 9 10 8 6 4 1 2 7 8 10 11 86
Source : Institut national de la météorologie[3]


Histoire[modifier | modifier le code]

Antiquité[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Néapolis.
Vue générale de la Maison des Nymphes de Néapolis

Dans l'Antiquité, la ville porte le nom grec de Néapolis qui est composé de nea (nouvelle) et polis (cité). C'est ainsi que l'appellent les Grecs puis les Romains[4]. La fondation de la ville remonte à au moins 2 400 ans. Le grec Thucydide la qualifie, au Ve siècle av. J.-C., de comptoir carthaginois et lui confère le titre de ville d'Afrique du Nord la plus anciennement mentionnée par les textes après Carthage[5]. Durant la guerre du Péloponnèse en 413 av. J.-C., qui oppose Sparte à Athènes, les soldats de Sparte embarquent sur des navires qui s'échouent sur les côtes de Cyrénaïque. Les citoyens de Cyrène décident de les aider et leur fournissent des embarcations et des pilotes. Ils font escale dans une ville du nom grec de Néapolis. C'est à cette occasion que l'histoire enregistre, pour la première fois, le nom antique de Nabeul.

En 148 av. J.-C., Néapolis paie sa fidélité à Carthage. En effet, la ville est prise et détruite par le général romain Calpurnius Pison[5].

Au début de l'occupation romaine, Néapolis sombre dans le déclin et l'oubli pendant près d'un siècle. De plus, avec la conquête arabe, les Byzantins détruisent la ville.

Époque médiévale[modifier | modifier le code]

L'armée musulmane commandée par Abou al-Mouhajer arrivant de la péninsule arabique conquiert le cap Bon en 674. Les Arabes érigent alors Ksar Nabeul au IXe siècle, puis la Grande Mosquée. Alors que les Normands multiplient leurs attaques sur les côtes de la région, Roger II de Sicile occupe en 1148 le fortin et en fait un poste militaire pour attaquer Hammamet[6].

À partir du XVIIIe et du XIXe siècle, la ville acquiert progressivement sa structure définitive dans son noyau de la médina[7].

Entrée du souk El Balgha

Les souks constituent le cœur de la ville et un lieu de rassemblement et d'échange commercial ; ils se développent et jouent un rôle important dans l'économie locale[7].

Plusieurs d'entre eux sont construits à cette époque, notamment le souk El Haddada (forgerons), le souk El Balgha, le souk El Ihoud (souk des Juifs) mais aussi le souk Ezzit (souk de l'huile)[7]. La médina est accessible par plusieurs portes, telles que Bab Bled, principale entrée de la cité, Bab El Khoukha et Bab El Zaouia[7]. Grâce à la fertilité et au climat de la région, ses activités agricole et commerciale, la ville attire des flux migratoires en provenance de Djerba et de Kairouan[7]. C'est à cette époque que l'agriculture connaît un véritable renouveau avec l'afflux d'Andalous chassés d'Espagne[7].

L'installation de la plupart des Juifs date également de l'époque moderne, cette communauté qui représente 10 % de la population avant le protectorat français vivant au milieu de la population et disposant d'une synagogue à proximité de la Grande Mosquée[réf. souhaitée][8].

Époque moderne[modifier | modifier le code]

Rue de Nabeul en 1960

Avec le protectorat français, instauré en 1881, Nabeul devient le siège du caïdat régional[9] jusqu'au 10 août 1902, date de sa fusion avec le caïdat de Soliman pour former un nouveau caïdat basé à Grombalia[10]. Un contrôle civil est établi en 1885 et l'organisation municipale contribue à l'amélioration des conditions de vie, en fournissant de l'eau potable et l'éclairage, mais aussi en facilitant le transport[9]. En effet, les travaux d'aménagement urbain, notamment la construction de la ligne de chemin de fer reliant la cité à Tunis entamée vers la fin du XIXe siècle, sont déterminants et marquent le tissu urbain, surtout dans sa périphérie européenne[9]. Son ouverture sur l'extérieur s'explique aussi par le fait que la cité devient une station balnéaire, l'arrivée des voyageurs contribuant à relancer la vie économique[9]. Par ailleurs, jusqu'à 2 058 Juifs sont recensés à Nabeul en 1946 avant que leur nombre ne décline progressivement[11].

Le mouvement nationaliste, appuyé par des intellectuels locaux, musulmans et juifs, voit la naissance de la cellule locale du Néo-Destour en 1936. Le 19 janvier 1952, des manifestations ont lieu dans la ville dans le cadre du soulèvement de la Tunisie pour son accès à l'indépendance : la riposte des forces de l'ordre fait trois morts parmi les manifestants[12].

Avec l'indépendance, l'enseignement coranique traditionnel cède sa place à l'enseignement public alors que Nabeul devient à la fois un pôle touristique ainsi qu'un centre accueillant diverses industries modernes et artisanales[9]. Pour suivre l'évolution croissante de sa population, des écoles, lycées, centres sportifs et une école polytechnique sont fondés, tout comme une faculté des sciences économiques et un Institut supérieur des beaux-arts[9].

Économie[modifier | modifier le code]

L'économie de la région s'articule principalement autour du tourisme, la grande majorité des hôtels de la ville se trouvant en bord de mer.

Parmi les sites touristiques de la cité figurent le site romain de Néapolis (situé à deux kilomètres du centre), le musée archéologique qui offre des collections d'objets en céramique, des statues puniques datant du VIIe siècle av. J.-C. et une importante collection de mosaïques romaines provenant des sites de la région du cap Bon.

Le marché hebdomadaire du vendredi matin attire de nombreux touristes et habitants du cap Bon. Nabeul est également connue pour son agriculture et, notamment à l'étranger, pour son artisanat.

Artisanat[modifier | modifier le code]

Article connexe : Artisanat tunisien.

Nabeul est réputée en Tunisie et à l'étranger pour la qualité artistique de ses poteries, en particulier de ses assiettes peintes et de ses faïences. Cette production est venue s'ajouter aux traditionnels articles utilitaires crus et poreux ; elle est relancée pendant la première moitié du XXe siècle grâce aux recherches des français Tessier, Deverclos et du tunisois Chemla.

Souk de la médina
Porte de la médina

Leurs efforts sont poursuivis par les artisans des ateliers locaux car la profession se transmet de père en fils. Plusieurs importants musées commencent à considérer avec intérêt les productions comportant certaines signatures, notamment celles de ces rénovateurs. Quant aux nattes, elles sont réalisées à base de jonc vert, normalement récolté au début de l'été, qui a plusieurs couleurs allant du jaune au vert en passant par le bordeaux et le bleu violacé ; les nattiers fabriquent également des couffins.

Couscous pour le Nouvel An musulman

Tout le travail est effectué dans la squifa des maisons ou dans les ateliers traditionnels. Les souks abritent également diverses productions locales ou provenant d'autres régions du pays : cuivre, cuir et vêtement, chéchia, broderies ou couffins.

La ville de Nabeul est par ailleurs le seul lieu en Tunisie où l'on trouve des figurines réalisées en sucre, confiserie préparée à chaque Nouvel An musulman. Offertes aux enfants et aux mariées, elles trônent également sur les plats traditionnels de couscous. Obtenues à partir d'un moulage et décorées ou peintes avec des colorants naturels, elles sont ensuite déposées dans un plat creux et à pied, le mithred, au milieu de bonbons, dragées et autres fruits secs.

Agriculture[modifier | modifier le code]

La culture des arbres fruitiers est axée sur les oranges, le citron Beldis ainsi que le bigaradier. Ainsi, les Nabeuliens distillent des fleurs, en particulier les fleurs du bigaradier, le géranuim bourbon et la rose de Damas et vendent la production en très grande quantité. Une grande partie est destinée au marché local, le reste partant à l'exportation. La tradition de distillation n'est pas exclusive de Nabeul mais celle-ci a su plus que d'autres villes la préserver.

Personnalités[modifier | modifier le code]

Voir la catégorie : Naissance à Nabeul.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (fr) Recensement de 2004 (Institut national de la statistique)
  2. (en) Coordonnées géographiques de Nabeul (Dateandtime.info)
  3. (fr) Données climatiques annuelles (Institut national de la météorologie de Tunisie)
  4. Simon Hornblower, A Commentary on Thucydides. Volume III. Books 5.25-8.109, éd. Oxford University Press, Oxford, 2008, p. 641
  5. a et b (fr) Pascal Mongne, Archéologies : vingt ans de recherches françaises dans le monde, éd. Maisonneuve et Larose, Paris, 2005, p. 263
  6. (fr) Histoire médiévale de Nabeul (Nabeul.net)
  7. a, b, c, d, e et f (fr) Histoire moderne de Nabeul (Nabeul.net)
  8. La ville compte alors sept synagogues, dont deux permanentes, et un saint, Rabbi Yaakov Slama, dont la tombe est l'objet au mois de mai d'un pèlerinage voyant également la participation de musulmans.
  9. a, b, c, d, e et f (fr) Histoire contemporaine de Nabeul (Nabeul.net)
  10. (fr) Émile Violard, La Tunisie du Nord. Les contrôles civils de Souk-el-Arba, Béja, Tunis, Bizerte et Grombalia, éd. Imprimerie moderne J. Orliac, Tunis, 1906, p. 336
  11. Robert Attal et Claude Sitbon, Regards sur les Juifs de Tunisie, éd. Albin Michel, Paris, 2000 (ISBN 2-226-00789-X)
  12. Georgette Elgey, « La République des contradictions. 1951-1954 », Histoire de la Quatrième République, tome II, éd. Fayard, Paris, 1968[réf. incomplète]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Roger Coque, Nabeul et ses environs : étude d'une population tunisienne, éd. Presses universitaires de France, Paris, 1964
  • Pierre Lisse et André Louis, Les potiers de Nabeul : étude de sociologie tunisienne, éd. Imprimerie Bascone & Muscat, Tunis, 1956

Liens externes[modifier | modifier le code]

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