Makatea (île)

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Page d'aide sur l'homonymie Pour la formation géologique appelée « makatea », voir Atoll surélevé.
Makatea
Vue satellite de Makatea
Vue satellite de Makatea
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Archipel Tuamotu
Localisation Océan Pacifique
Coordonnées 15° 50′ 00″ S 148° 15′ 00″ O / -15.8333333, -148.25 ()15° 50′ 00″ S 148° 15′ 00″ O / -15.8333333, -148.25 ()  
Superficie 24 km2
Point culminant Puutiare (110 m)
Géologie Atoll surélevé
Administration
Collectivité d'outre-mer Polynésie française
District Tuamotu
Commune Rangiroa
Démographie
Population 68 hab. (2012[1])
Densité 2,83 hab./km2
Autres informations
Découverte 1722
Fuseau horaire UTC-10

Géolocalisation sur la carte : Polynésie française

(Voir situation sur carte : Polynésie française)
Makatea
Makatea
Atolls de France

Makatea est un atoll surélevé d'origine corallienne situé dans l'archipel des Tuamotu, dans le sous-groupe des îles Palliser, en Polynésie française. À partir de 1917, les importants gisements de phosphate de l'île sont exploités, ce qui entraine d'importants bouleversements. De nombreux travailleurs étrangers ou originaires du reste de la Polynésie s'installent à Makatea. D'importantes infrastructures industrielles y ont été édifiées et la collecte du minerai modifie profondément les paysages. Jusqu'en 1966, date de l'épuisement des réserves en phosphate, Makatea est l'un des moteurs économiques de la Polynésie française. Depuis, seule une petite population vivant de la pêche et de l'agriculture habite l'île.

Géographie[modifier | modifier le code]

Carte de Makatea vers 1930 établie par l'Amirauté britannique.

Makatea (du polynésien Maka « rocher » et Tea « blanc »[2]) est située à 75 kilomètres au sud de Tikehau l'atoll le plus proche, à 82 km au sud-ouest de Rangiroa et à 220 km au nord-est de Tahiti. L'île mesure 7,5 kilomètres du nord au sud, avec une largeur maximale de 7 kilomètres dans le sud. La superficie est de 24 km2. Elle comporte une plaine à 80 mètres au-dessus du niveau de la mer.

D'un point de vue géologique, l'atoll surélevé[3] est l'excroissance corallienne du sommet du mont volcanique sous-marin homonyme formé il y a environ 40 à 50 millions d'années[4]. Makatea contient les restes fossiles d'une grande quantité d'organismes marins qui, en se dégradant, ont donné un gisement de phosphates exploitable. Il s'agit de l'une des trois îles du Pacifique présentant ces caractéristiques géologiques, les deux autres étant Nauru et Banaba[2].

La population est de 68 habitants en 2012[1]. Le chef-lieu est Moumu sur la côte est. Une ville abandonnée, Vaitepaua, et un port sur la côte occidentale nord, Temao, datent tous les deux du temps de l'exploitation des phosphates.

L'île forme une commune associée à la commune de Rangiroa ; son maire-délégué est Julien Maï. En l'absence d'aérodrome, Makatea est accessible seulement par les rotations du navire vraquier Mareva Nui ou par l'hélicoptère d'urgences sanitaires[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

« Découverte » européenne[modifier | modifier le code]

L'explorateur hollandais Jakob Roggeveen est le premier Européen mentionnant l'île, il l'aborde le 2 juin 1722 et la nomme « Eiland von Verkwikking[5] ». Makatea est ensuite visité par le navigateur espagnol José Andía y Varela qui l'aborde le 6 novembre 1774 et le mentionne sous le nom de « San Diego », puis par le Britannique John Turnbull en février 1803 qui le nomme « Maka Tableland[5] ». Il est enfin accosté par l'Américain Charles Wilkes lors de son expédition australe le 9 septembre 1839 qui le mentionne sous le nom d'« Aurora[5] ». Plus tard, les Polynésiens l'ont appelé le « Papa Tea » (qui veut dire « le rocher blanc »)[6].

Exploitation du phosphate[modifier | modifier le code]

Un officier français résidant à Tahiti, le capitaine Bonnet, serait à l'origine de la découverte du gisement vers 1890. Dès 1898, une exploitation artisanale du phosphate est essayée. Mais les difficultés techniques liées au travail minier rendent ces efforts vains[7]. En 1908[3]. Sous l'impulsion d'un notaire de Papeete, la Compagnie française des phosphates de l'Océanie (CFPO) est fondée avec un capital social de 6 millions de francs. L'entreprise obtient en en 1917 une concession générale de l'exploitation minière lui permettant de démarrer ses activités et ses moyens financiers et techniques vont lui permettre à partir de cette date de se lancer dans une exploitation industrielle du minerai[7].

Le port désaffecté de Temao.

Le chargement du minerai sur les navires phosphatiers pose des problèmes techniques qui seront résolus grâce à l'amélioration des infrastructures portuaires. Makatea est ceinturée de récifs et de falaises, de plus, les fonds situés à proximité immédiate de l'île et la houle puissante rendent l'approche de l'île par des navires très ardue. L'île ne présente que deux plages permettant la construction d'infrastructures portuaires, Momu, au vent, où est situé le village polynésien originel, les premiers chargements de phosphate s'y effectuent. Mais c'est finalement la plage de Temao, sous le vent, où est édifié le port[7]. Il est constitué d'une darse creusée à l'explosif dans le platier. Au début de l'exploitation, des chalands sont utilisés, on y charge le phosphate par des paniers de grande dimension à partir de petits appontements dépassant de la zone de rouleaux de quelques mètres seulement. Ce système est lent et dangereux, il requiert l'emploi d'une main d'œuvre nombreuse et il faut régulièrement reconstruire les appontements emportés par la mer. Les cargos où le phosphate est hissé par treuillage doivent durant l'opération de chargement mouiller sur une bouée ancrée à 400 m de profondeur et à 400 m de la côte[7]. En cas de mauvais temps, le navire doit croiser parfois pendant deux semaine avant de pouvoir reprendre les opérations. En 1927, le système est amélioré par la construction d'une jetée métallique amenant le minerai 50 mètres après les rouleaux, ce qui évite aux chalands d'avoir à les franchir, mais le chargement reste onéreux et difficile[7]. En 1953 est décidé la construction de la jetée Seibert permettant sans intervention de la batellerie de charger 500 tonnes de phosphate à l'heure. Le système achevé fin 1954 est composé d'une poutre principale terminée par une sauterelle mobile à 106 mètres du rivage permettant au minerai d'être délivré par tapis roulant jusqu'au-dessus des cales du navire amarré entre quatre grosses bouées fixées au fond d'une profondeur de 40 m à cet endroit[7]. Cette jetée, techniquement complexe en raison de la nature très accore du récif, est repliable sur elle-même après utilisation ; elle repose alors sur trois piles édifiées le long du récif[7].

Un réseau de chemins de fer à voie de 60 centimètres desservait les mines et le port, où ont circulé cinq locomotives à vapeur de type 040T remorquant des tenders annexes construits par Orenstein & Koppel[8],[9]. Plus tard seront utilisés des locotracteurs Boilot-Pétolat, Deutz et surtout trois Billard T100D initialement étudiés pour la ligne Maginot mais construits pour l'organisation Todt.

Avec l'exploitation des phosphates, la population de Makatea est multipliée par 100, passant d'une trentaine d'habitants au début du siècle à environ 3 000 au plus fort de l'exploitation, en 1962[2]. À la même époque, les salaires versés au personnel de la CFPO représentent 28 % des salaires privés versés dans le territoire et les impôts perçus sur la compagnie un quart des ressources fiscales.

Après la fermeture de l'exploitation minière[modifier | modifier le code]

Les sites miniers ferment en 1966, après quoi l'île redevient quasi-déserte ; cependant, à la date de sa fermeture programmée, le centre d'expérimentation du Pacifique est venu maintenir une vie économique sur le territoire, jusqu'à sa fermeture. Les habitants se tournent vers la culture du coprah (qui est fournie à l'huilerie de Papeete), la pêche, et le commerce des crabes de cocotier[2].

Les vestiges de la friche industrielle et possibilités de développement touristique.

En 2003, Julien Maï, maire-délégué de l'île, a demandé à des géographes de l'université de la Polynésie française d'étudier les possibilités de développement du tourisme local en valorisant notamment les atouts géologiques de l'île (dont les nombreuses grottes sont propices à la spéléologie) et le passé de la friche industrielle[6],[2].

Flore et faune[modifier | modifier le code]

Makatea possède encore quelques spécimens d'arbres Barringtonia asiatica endémiques. Toutefois, le principal couvert forestier est composé de Pandanaceae[2].

D'un point de vue de la faune, l'île héberge une population endémique de Rousserolles à long bec, Ptilopes des Tuamotu, et de Carpophages de la Société[10]. La richesse de son avifaune, par rapport aux autres atolls des Tuamotu, s'explique par le caractère surélevé de l'atoll, qui lui a permis de ne pas être submergé par les dernières transgressions marines[11].

Makatea est considérée comme un conservatoire de haute importance par l'IUCN[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Population des communes de Polynésie française en 2012 sur le site de l'Institut de la statistique de la Polynésie française (ISPF).
  2. a, b, c, d, e, f et g Jacques Navarro-Rovira (réalisateur). (2010). Makatea, l'oubli [documentaire (53')]. Grand Angle productions pour France Télévisions (RFO Polynésie).
  3. a et b Pierre-Yves Toullelan, Tahiti et ses archipels, Karthala, coll. « Méridiens : peuples et pays du monde »,‎ 1991, 230 p. (ISBN 2-86537-291-X, lire en ligne), « Les phosphates de Makatea », p. 100–103.
  4. (en) Makatea Seamount sur le catalogue Seamount de earthref.org.
  5. a, b et c Jacques Bonvallot, Pierre Laboute, Francis Rougerie et Emmanuel Vigneron, Les Atolls des Tuamotu, éditions de l'ORSTOM,‎ 1994 (ISBN 2-7099-1175-2, lire en ligne), « Annexe 3 : Chronologie de la découverte des îles Tuamotu », p. 275–282.
  6. a et b Pierre-Marie Decoudras, Danièle Laplace et Frédéric Tesson, « Makatea, atoll oublié des Tuamotu (Polynésie française) : De la friche industrielle au développement local par le tourisme », Cahiers d'Outre-Mer, Presses universitaires de Bordeaux, vol. 58, no 230 « Polynésie, dynamique contemporaine et enjeux d'avenir »,‎ avril-juin 2005 (ISBN 2-86781-372-7, lire en ligne).
  7. a, b, c, d, e, f et g François Doumenge, L'homme dans le Pacifique Sud, Société des océanistes,‎ 1966, p. 451-465.
  8. Philippe Ravé, « Makatea, l'île abandonnée », Voie étroite, no 137,‎ août-septembre 1993.
  9. (en) S. G. Martin, « Makatea », Walkabout, vol. 14, no 11,‎ septembre 1948 repris dans Light Railways, no 169, février 2003.
  10. a et b (en) Arthur L. Dahl, IUCN Commission on National Parks and Protected Areas et United Nations Environment Programme, Review of the Protected Areas System in Oceania, IUCN,‎ 1986 (ISBN 2-88032-509-9), p. 202.
  11. Caroline Blanvillain, « Avifaune de Makatea », Te Manu, Société d'ornithologie de Polynésie, no 37,‎ décembre 2001, p. 3–4 (ISSN 1282-9986, lire en ligne).

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]