Lexique Heidegger

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Article principal : Martin Heidegger.

Martin Heidegger, philosophe allemand du XXe siècle, a réalisé pendant 60 ans de 1910 à 1973, un travail de pensée qui est à l'origine d'un profond bouleversement du cours de la philosophie occidentale.

Il en définit très tôt le cadre et le sujet : l'exploration existentiale et phénoménologique de la question de l'Être.

Les territoires que Heidegger a exploré l'ont conduit à créer une grande quantité de néologismes ainsi qu'un nouvel usage d'idiomes de la langue allemande, un vocabulaire renouvelé, porteur de sens nouveaux, exprimant le travail de pensée du philosophe et les nouveaux concepts qu'il découvrait.

La traduction de l'œuvre de Heidegger en France a conduit à innover dans le domaine de la langue philosophique, non sans difficultés, mais en permettant par ce travail de traduction/interprétation une réflexion approfondie sur la pensée du philosophe.

Vocabulaire heideggerien[modifier | modifier le code]

Advenir[modifier | modifier le code]

A ne pas confondre avec le sens usuel du mot avenir.

L'« ad-venir », c'est ce « possible » que porte en lui, enfoui, recouvert, tout commencement ; ce qui s'offre pour être répété, ce qui est à reprendre sélectivement dans le passé en ce qui concerne l'histoire, l'être-jeté pour ce qui concerne le Dasein pour y reconnaître et re-susciter, un nouveau « pouvoir d'être » pour son temps[1].

La marche du Dasein à la rencontre de son pouvoir-être authentique , dépend de la possibilité, qu'a l'être -là, d'advenir (Zukommen) à soi-même, relève Christian Sommer [2]. Être-soi, pour le Dasein, implique de ne rien laisser de côté, et être du même mouvement, projet, et en avant de soi, son propre passé, ce qui ne peut se faire qu'en portant « résolument », devant soi, son « être-jeté » et toutes les possibilités, vécues ou laissées de côté, que révèle l'extension de l'existence. Parler d'anticipation de l'avenir, de marche en avant, comprend donc la reprise de l'antériorité, le passé va ainsi paradoxalement naître de l'avenir. Être-soi ne va pas sans la reprise de l’entièreté de l'existence entre la naissance et la mort, entièreté qui ne saurait se réduire à une simple perspective événementielle d'un maintenant, auquel seraient simplement greffés projets et souvenirs dans une suite vécue.

Alètheia[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Alètheia.

(Ancien Grec: ἀλήθεια)

Chez Heidegger, Alètheia a pris le sens de dévoilement ou descellement, abandonnant celui plus restreint de vérité. Comme concordance entre pensée et chose, l’Aletheia dans Être et Temps est à mettre en rapport avec l'idée d'ouverture, de clairière et de ce qui se donne à comprendre à l'être-au-monde, de ce dont il a la familiarité.

Angoisse[modifier | modifier le code]

Die Angst, l'Angoisse chez Heidegger, n'est pas la peur : le devant-quoi le Anwesen s'angoisse est parfaitement indéterminé. Dans l'angoisse, il y a comme un effondrement du monde et de sa familiarité, une perte totale de significativité. L'angoisse vient de nulle part alors que rien ne nous est plus proche. Le pour-quoi le Dasein s'angoisse, c'est l'être-au-monde lui-même. Le Dasein est confronté à la nudité de son être et donc à son être le plus propre. Cet « être-au-monde » authentique s'ouvre comme « être-possible »[3]. Dans son style Heidegger précise « L'angoisse manifeste dans le Dasein l'être pour le « pouvoir-être » le plus propre, c'est-à-dire l'« être-libre » pour la liberté du se choisir et se saisir soi-même » Être et Temps (SZ p. 188 ).

Anwesen[modifier | modifier le code]

« Entrée en présence ». Les choses futures ou passées font à leur manière mouvement dans le présent. Dans chacune des trois dimensions de la temporalité joue donc un mouvement d'entrée en présence ou de présentation que Heidegger considère comme une quatrième dimension du temps (l'Anwesen)[4]. Des quatre, cette dimension extatique et dynamique de l'entrée en présence, est la principale.

Appropriation[modifier | modifier le code]

Ereignen, un de ces termes intraduisibles mais fondamentaux du lexique heideggerien, d'où découlera le concept d' Ereignis. En première approximation signifie prendre appui sur das Eigene « comme mouvement d'amener une chose à son propre ». Nous ne sommes pas dans le registre notarial de la « propriété » mais plutôt dans celui de l'expression bien française de « remettre en main propre ». Il est nécessaire d'entendre toujours à travers le terme « approprier », non pas qu'une chose devienne la propriété, la possession, mais bien : « amener quelque chose à être ce qu'elle est »[5] ou la mener à son terme.

Authenticité[modifier | modifier le code]

Eigentlichkeit, qui correspond à l'ipséité reconnue et son contraire l'inauthenticité (Uneigentlichkeit), qui correspond à l'ipséité méconnue, sous le mode de la dénégation. (Jean Greisch[réf. souhaitée]). L' être-au-monde authentique que découvre l'angoisse s'ouvre comme un « être-possible » que Heidegger caractérise ainsi: comme ce qu'il ne peut être qu'à partir de lui-même, seul et dans l'isolement ( in der Vereinzelung )[6]. L'inauthenticité est le fait d'un Dasein qui se comprend lui-même à partir de ce dont il se préoccupe et non pas à partir de son propre pouvoir-être fini.

Bekümmerung[modifier | modifier le code]

l'Inquiétude, Bekümmerung, et l'insécurité pour le Soi, apprises chez Paul[7], traversent toute l'analytique du Dasein.

Bewandtnis[modifier | modifier le code]

Bewandtnis, traduction Martineau « tournure » et traduction Vezin « conjointure ». Ce terme cherche à caractériser l'état ou l'essence d'un ustensile qui ne peut être ustensile ontologiquement à lui tout seul mais qui lui impose de se conjoindre à un autre pour satisfaire à un usage (exemple le bouchon à la bouteille, le bouton à la boutonnière)

Comprendre[modifier | modifier le code]

Verstehen, « comprendre » ou son équivalent « entendre » ne sont pas chez Heidegger des concepts gnoséologiques. Toute disposition du Dasein a son entente du monde, comme « la peur », « être à la hauteur », « maîtriser une situation », « capacité à faire face ». Entendre est inséparable de vibrer. Toutes ces possibilités « ontiques », élevées au niveau ontologique, traduisent un pouvoir-être, un être possible. L’entendre intervient donc dans la constitution même du Dasein qui « est à chaque fois ce qu'il peut être et sa manière d'être sa possibilité[8] ».

Conscience[modifier | modifier le code]

Gewissen, cette conscience-là n'est pas morale. Elle appelle le Dasein à lui-même, en interrompant le bavardage du monde dans lequel le Dasein est jeté.

Dasein[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Dasein.

Terme allemand polysémique fondamental d'Être et Temps avec pour traduction possible « être-là », ou selon Heidegger « Être-le-là »; désigne le plus souvent dans le lexique heideggerien, l'homme, la réalité humaine. On peut utiliser le syntagme « être-Là » avec « L » majuscule pour bien signifier l'identité entre le Dasein et son ouverture. Il est préférable le plus souvent de ne pas traduire ce terme et de conserver l'allemand Dasein.

Parce que le Dasein est l'étant pour qui il y a de l'être, « il » « a » « à être ». Cette formule, sous forme d'injonction, qui rappelle le conatus Spinoziste est pourtant à comprendre tout différemment, non comme l'expression d'un retour sur soi renforcé mais comme un pur témoignage sur l'être, qu'il accueille et dont il (le Dasein) est comptable. Mais « être » et « témoigner de l'être ont » pour Heidegger le même sens.

Dans la deuxième partie de sa carrière Heidegger écrira Da-sein avec césure et trait d'union pour marquer l"évolution de sa conception de l'être, l'homme devenu moins configurateur de monde et plus « berger de l'être ».

Dernier dieu[modifier | modifier le code]

Der Letzte Gott, ni le Dieu de la théologie, ni le Dieu de la Métaphysique, Sixième fugue dans les Apports à la philosophie : De l'avenance.

Destruction[modifier | modifier le code]

Die Destruktion transposé le plus souvent en français par le terme de « Déconstruction » que l'on doit à Jacques Derrida alors que François Vezin s'essaie au terme de « Désobstruction » pour en accentuer le caractère spécial et tenter d'en respecter le sens originel ; la « Destruction » , ou « Déconstruction », concerne l'histoire de l'ontologie. La Destruction dé-fait, dé-construit la tradition pour revenir aux expériences originaires afin de les ressaisir en répétant( reposer) la question du « sens de l'être » dans le but d'en révéler les possibilités laissées de côté. En ce qui concerne les concepts, déconstruire, signifie « reconduire » aux expériences originelles qui leur ont donné naissance et qui les rend possibles. La « Destruction » est inséparable de deux autres éléments de la méthode phénoménologique que sont la « réduction » et la « construction »[9].

Dévalement[modifier | modifier le code]

Die Verfallenheit, le « dévalement ». Avec comme autres traductions « chute », « déchéance » [du Dasein].

Ces termes n'auraient dans l'esprit d'Heidegger rien de dépréciatif note François Vezin, il s'agirait d'un penchant naturel, d'un laisser aller, d'un vouloir vivre sa vie, dans un rapport de plus en plus étroit avec le monde, qui se paye en contrepartie d'un éloignement vis-à-vis de son « propre », du centre de soi-même.

La pro-priété du Dasein est toujours perdue de vue et inlassablement à reconstituer.

Devancement[modifier | modifier le code]

Vorlaufen. Dans son existence Dasein apparaît comme un être éternellement tendu vers son « pouvoir être » le plus propre ; cela se traduit ontologiquement par l'idée d'un être toujours et par essence en « avance sur lui-même ». Ce mouvement qui le porte « en-avant de soi », en vue de son « pouvoir-être » authentique, sous l'injonction de l' « avoir à être » implique, comme le note Françoise Dastur[10] la prise en compte de la mort. Il n'y aurait de « Résolution anticipante » qu'en connexion avec un être proprement en vue de la mort.

Dichtung[modifier | modifier le code]

Terme choisi pour une modalité du dire permettant le rapprochement du dire poétique et de la pensée. Dichtung tel que l'entend Heidegger parle à la fois sur le mode du chant (tel que cela s'est produit avec Hölderlin) et sur celui de la pensée (tel que Heidegger l'entreprend)[11]

Disposibilité[modifier | modifier le code]

Die Befindlichkeit, la disposition, pris au sens de sich befinden, se trouver, aller à la rencontre de soi-même. À ne pas comprendre comme un acte volontaire, tout un chacun comprend que l'humeur( tritesse, joie) est d'abord une manière de faire l'expérience de soi-même elle est ensuite ouverture au monde[12]. La disposition affective, tonalité affective, être-accordé à.., exprime l'idée que l' être-là se trouve (befindet sich) toujours déjà au, monde, l' être-là, n'est jamais privé de monde Weltloss[13]

Par la disposition le Dasein fait l’expérience du fait de son existence. La Disposibilité est orientée selon deux mouvements primordiaux soit positivement la recherche du Soi-même soit négativement la fuite devant ce même Soi-même.

Ek-sistence[modifier | modifier le code]

Die Ek-sistenz. Le terme existence au sens courant veut dire, réalité par opposition à pure possibilité. Ici il ne s'agit plus de la conception traditionnelle d'une existence par opposition à l'essence car pour Heidegger il s'agit d'une possibilité d'être offerte au Dasein soit qu'il l'ait choisi soit qu'il soit tombé en elle. En ce sens la question de l'existence ne peut jamais être réglée que par l'exister lui-même, la compréhension concrète qu'a le Dasein de son existence c'est exclusivementson affaire- Jean Greisch, Ontologie et temporalité. Esquisse systématique d'une interprétation intégrale de Sein und Zeit, PUF, 1994 page 86. Avec le terme « ek-sistence », Heidegger signifie l'ek-tase en vue de la vérité de l'Être[14]. L'existence, qui désignait dans Être et temps, l'être du Dasein en tant que celui-ci se rapporte à lui-même, « « s'écrit maintenant ek-sistence signifie le rapport du Dasein non plus à soi-même mais à l'ouvert, l'exposition à la désoccultation de l'étant comme tel » »[15]

Entendre[modifier | modifier le code]

Verstehen est autre chose que le comprendre de la traduction littérale. Il y a dans l'« entendre » heideggerien le sens de s'y « entendre », le sens aussi de « tendre vers » . L'« entendre » selon Heidegger est l'être de la Disposibilité de la Die Befindlichkeit. Il n'y a d'entente, précise Heidegger, que lorsque l' « être-là » établit avec la chose visée « un rapport où son être est proprement engagé ». La disposibilité a à chaque fois son entente quand bien même elle la refoulerait. Entendre est inséparable « de vibrer ». L'entendre intervient dans la constitution même du Dasein. Heidegger dit textuellement « l'entendre constitue lui-même un genre fondamental de l'être du Dasein » Être et Temps ( §63) (SZ p. 315).

Avec l'entendre pris dans un sens primordial, l'homme sait « où il en est », il sent que son être est en jeu, et il perçoit quasi instinctivement son « pouvoir être » en cause(Notes Être et Temps page 562) . L'entendre heideggerien est bien loin du comprendre de la tradition[16].

Ereignis[modifier | modifier le code]

Das Ereignis, au sens courant, ce mot signifie l'événement, ce qui arrive.
Heidegger l'entend comme er-eignis-, ce qui amène à être proprement soi, sa propriété. Ereignen « faire advenir à soi » (Temps et Être dans Q IV p. 227). Laisser advenir à soi, laisser-être, manifester de la bienveillance ou comme sens approché le père qui protège son enfant, le conseille sans le contraindre mais en le laissant développer sa propre personnalité, être ce qu'il doit être en toute liberté.
Secrètement à partir des traités impubliés et notamment des Apports à la philosophie : De l'avenance, l'Ereignis est devenu, comme on l'a su après la publication en 1989 de ces traités, le mot directeur de la pensée d'Heidegger, le nouveau nom du déploiement originel de l'Être. Heidegger désigne aussi l'Ereignis par un, « il y a être »( Es gibt Sein ), c'est-à-dire comme l'évènement d'une pure donation. L'être donne l'étant et se retire au profit du donné. L'Ereignis reste caché derrière le voilement inhérent à « l'être-là » comme « être-au-monde »

Essence[modifier | modifier le code]

Dans l'usage heideggerien voir Wesen

Être[modifier | modifier le code]

Sein. Penser l'être en propre, dit Heidegger, demande que soit abandonné l'être comme fond de l'étant, en faveur du « donner » (sens verbal) qui joue en retrait dans la libération du retrait (de ce qui apparaît l'étant), au sens « de il y a ». Entre l'étant qui est là présent et l'être (sens verbal) il y a une différence fondamentale que la tradition philosophique a oubliée : la différence Ontologique. Heidegger d’après le tournant modifiera la graphie de Sein en Seyn pour signifier une nouvelle orientation de son questionnement qui sautant par dessus la différence ontologique va s'adresser directement à l'être comme vérité.

Être-au-monde[modifier | modifier le code]

In der Welt Sein traduit par « Être-au-monde », qui, pour Vezin, convient mieux que l'allemand. Être-au-monde est le mode existential fondamental du Dasein dont le dévalement (immersion dans le monde) fournit l'attestation. Cette formule, nous dit Emmanuel Levinas, est ontologique, elle ne signifie pas simplement que le Dasein est dans le monde, elle caractérise la manière dont nous comprenons l'existence à partir des possibilités ouvertes d'ores et déjà saisies. C'est la disposition, la Befindlichkeit et non l'intellect qui nous ouvre primairement le monde.

Être-avec[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Être-avec.

Mitsein ou Mitdasein ; le Dasein est essentiellement « être-avec ». Il n'y a pas un « Moi » et les autres mais un monde donné les uns « avec » les autres (Mitdasein) qui sont aussi des Dasein.
Lorsqu'on parle du Dasein jamais isolé mais toujours avec les autres on utilise Mitsein.

Être-exposé[modifier | modifier le code]

Ausgesetz terme difficile à rendre, mais évocateur en allemand, entendons être laissé à soi-même, être-exposé, sur le mode du souci, à tous les dangers, donc être vulnérable, mais aussi pour Heidegger , être exposé à l'Être, mais aussi à son être à soi, dans toute sa précarité [17]

Être-en-faute[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Être-en-faute.

Schuldigsein. Aucune intonation morale dans cette expression. En élevant au niveau existential l'idée de faute ce concept prend sa source dans la double négativité du Dasein en tant qu'être jeté sans fondement et en tant qu'être ayant à effectuer des choix et condamné de ce fait à renoncer à d'autres. C'est à l'occasion de cette analyse de l'être-en-faute qu'Heidegger met à jour la fondamentale Nihilité du Dasein, comme être sans fondement. L'être-en-faute appartient essentiellement à l'être du Dasein. Il est caractérisé par sa constance. Le parti « d'y voir clair en conscience » ou résolution anticipante est résolution pour cet « être-en faute » Être et Temps (§62) (SZ p. 305) .

Être-là-devant[modifier | modifier le code]

Das Vorhandene, les choses qui se présentent devant nous, traduit aussi par être-sous-la-main ou étant-sous-la-main. La question de la maniabilité a une très grande importance dans Être et Temps.

Être-jeté[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Être-jeté.

Die Geworfenheit ; le Dasein est toujours déjà à pied d’œuvre, à sa naissance il ne choisit ni le lieu ni le comment de sa venue. Tout au long de son existence il doit assumer une capacité projective qui est toujours déjà liée à un horizon de possibilités « en deçà duquel le Dasein ne peut jamais remonter »[18]. Heidegger rajoute même « il est jeté à lui-même » (ihm selbst geworfen), jeté comme être-projetant (pas comme un caillou). Tant que le Dasein existe il ne cesse de naître, il ne cesse d'être-jeté[19]. Ce qui fait comprendre que le fait de parler au passé de l' « être-jeté », n'a pas le sens d'un événement révolu mais qu'il y a à chaque fois quelque chose d' irrécupérable dans l'existence.

La prise en charge de l'« être-jeté » dans « la Résolution anticipante » ne signifie rien de moins pour le Dasein, que le fait d'être en propre ce qu'il était déjà sur un mode impropre[20]

Être-sous-la-main[modifier | modifier le code]

Vorhandenheit dans Sein und Zeit, signifie l’être sur le mode de la subsistance, l’être de la chose fermée sur elle-même et « dé-mondanéisée », c’est-à-dire coupée ou extraite des rapports de renvoi qui constituent son être propre.

Être-vers-la-mort[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Être-vers-la-mort.

Das Sein zum Tode , l'« Être-vers-la-mort », recouvre un concept clef d' Être et Temps de Martin Heidegger (§46) à (§60) dans la traduction de François Vezin, l'autre traducteur Emmanuel Martineau utilisant l'expression « Être-pour-la mort ». L'« Être-vers-la-mort », plus neutre, semble préférable car l'expression « pour-la-mort » paraît mettre en jeu une volonté qui est totalement absente de l’œuvre de Heidegger. La compréhension de cette expression est absolument essentielle. Loin d'être une exaltation de la fin, une fixation morbide, l Être-vers-la-mort, ou « être-à-la- fin » ou encore « être-révolu » certain et indéterminé, qu'est essentiellement le Dasein , conçu comme possibilité « ici et maintenant », a le pouvoir de le libèrer de toutes déterminations et de toutes contraintes inappropriées. Les traducteurs utlilisent diverses expressions telles que « anticipation de la mort », de « devancement », de « marche d'avance » ou même « marche à la mort » Être et Temps (SZ p. 305). Christian Dubois[21] précise que cette possibilité « irrelative » concerne la dissolution de tous les rapports à autrui et « notamment la possibilité de me comprendre à partir de possibilités puisées dans le On, elle me donne donc à comprendre à moi-même entièrement, elle me donne à assumer l'existence entière à partir de mon isolement ».

Être-été[modifier | modifier le code]

Die Gewesendheit. Avec cette expression Heidegger tente de montrer que le Dasein ne possède pas son passé comme un bagage, ni comme un souvenir mais qu'il s'agit de son être. C'est l'être dans sa dimension temporelle récapitulé dans l' « être-jeté » ( exemple l'âge d'un individu récapitule dans toutes les dimensions son avoir été). L'« être-été » ouvre de nouvelles possibilités (exemple l'âge mûr d'une actrice lui ouvre la capacité de jouer les rôles de mère). La mémoire n'a existentialement aucune place, elle suppose originairement l'être-été. L'être-jeté doit à chaque fois assumer ce qu'il a déjà été, il ne peut advenir à lui-même que dans la mesure où il assume ce qu'il est en propre. Le passé dure en moi, il est donc présent. Il advient comme lui à partir de l'avenir à partir du projet que j'assume. En outre le Dasein dans l'entente de l'être qui est la sien ne se comprend à partir d'une explicitation qui lui a été transmise. Le passé qui est le sien lui ouvre à chaque fois déjà la voie (Être et Temps §6 page 46). L'« être-été » est le phénomène originel de ce que nous nommons le passé[22]

Être-en-avant-de Soi[modifier | modifier le code]

Cette expression qui qualifie ontologiquement le Dasein ne doit pas être comprise comme mettant en opposition un avenir non encore réalisé et un présent comme « pas encore ». L' « avant » indique l'avenir en tant que c'est lui qui rend seul possible que le Dasein puisse être de la manière où il y va de son « pouvoir-être » Être et Temps (SZ p. 327).

Existence[modifier | modifier le code]

Objet de la Phénoménologie de l'existence. L'existence chez Heidegger ne concerne que l'homme, les choses et les animaux sont simplement là. Dans existence il y a l'idée de la vie, mais aussi celle d'un mouvement d'un « avoir-à-être » ou de « faire place à être » ( entendu comme exposition à l'être) qui ne concerne que le Dasein.
Heidegger distingue « l'existentiel » et « l'existential ».

L'« existentiel » rattaché à ontique concerne l'activité concrète d'un Dasein déterminé ainsi que toutes les espèces de comportement qu'il peut avoir dans la vie quotidienne.
L'« existential » est l'approche ontologique qui recouvre le Dasein en général et son rapport privilégié à l'être.
À noter le Heidegger d’après le tournant adopte l'orthographe de Ek-sistence, qui vient à signifier « l'installation ekstatique dans la clairière du là » (Nietzsche, t II p. 383).

Existential, Existentiaux[modifier | modifier le code]

« Les existentiaux sont au Dasein ce que les catégories sont à l'étant-sous-la-main » Jean Greisch. Les existentiaux correspondent à autant de manières possibles d'interroger le Dasein. La question n'est plus Quoi? mais Qui ?. « Existential » caractérise l'ensemble des structures a priori ontologiques de l'existence humaine et n'est pas à confondre avec son frère jumeau « existentiel » qui caractérise la prise en main de la vie concrète, « existential » a rapport à l'être, « existentiel » a rapport au monde[23].

Facticité [modifier | modifier le code]

Faktizität terme courant chez Heidegger, littéralement Factivité mais traduit le plus souvent en en français par « Facticité », traduction susceptible d'induire en erreur. Factivité n'est pas la facticité sartrienne elle est à mettre en liaison avec la notion d'« être-jeté ». Produit de l'expérience, du vécu, le concept de facticité visera plutôt l'apparition historique et constamment reconduite, d'un soi dans le monde[24]. La « Factivité », n'est pas un état de fait (Tatsächlichkeit), pas une contingence, mais un caractère d'être du Dasein repris dans l'existence[25]. Le Dasein est en mode « factif », c'est-à-dire qu'il est là, à chaque fois, en vertu de son être et non pas sur un mode indifférent, il est riche de son « être-été ». La différence entre factivité et facticité ressort parfaitement de cette phrase relevée par Jean Greisch[26] « Le Dasein est constamment plus qu'il n'est factuellement...En revanche il n'est jamais plus qu'il est facticement, parce que le pouvoir-être appartient essentiellement à sa facticité. Mais le Dasein , en tant qu'être possible, […] est existentialement ce qu'il n'est pas encore en son pouvoir-être ».

L'être-Là est factivement responsable de son être qu'il ne peut pas ne pas être. La vie n'est ce qu'elle est que comme figure concrète dotée d'un sens [27]Les phrases clefs d'Être et Temps sont « le Dasein existe factivement »[28] et « le Dasein meurt factivement »[29] sens d'être en situation de… Il y a chez Heidegger un autre sens du mot Faktizität, en relation avec l'herméneutique de la vie (vie facticielle) qui l'assimile à « l'en-soi » et à « l'auto-suffisance » de la vie pour elle-même[30].

Finitude[modifier | modifier le code]

Endlichkeit. Le thème de la Finitude, d'origine paulinienne, tourne autour du même constat de la « Nihilité » du vivant humain qui se déploie dans toute l'analytique du Dasein, à travers des thèmes fondamentaux de l'angoisse, de la déchéance, de la mort ainsi que de ceux découlant de son historicité.
Heidegger conçoit la Finitude comme radicale avec abandon de tout espoir pour le Dasein d'être jamais transparent à lui-même.

Geschichlichkeit[modifier | modifier le code]

D'abord traduit en français par « Historial » par Henry Corbin [31] par souci de distinguer ce qui relève de l'histoire en tant que réalité ( Geschichte ), de l'histoire en tant que discours (Historie), tout en en transposant et en faisant sentir la racine commune telle qu'elle ressort pour une oreille allemande entre Geschehen et Geschichte. Les traducteurs suivants ont choisi pour Geschehen « accomplissement », ( Rudolph Boehm et Alphonse De Waelhens), « Provenir » (Emmanuel Martineau), « aventure » (François Vezin) , le consensus actuel concernant Geschichlichkeit pencherait pour « Historialité » qui semble l'emporter . Il s'agit toujours de bien saisir la différence entre Historie en tant qu'explication constative du passé à partir de l'horizon et des calculs du présent comme une suite de la métaphysique et la Geschichte qui elle ne peut pas « être », elle ne peut que geschehen, se produire ou advenir[32]

Gestell[modifier | modifier le code]

Traduit difficilement par « Dispositif » ou bien « Arraisonnement » ne peut être compris que dans le cadre général de la pensée heideggerienne . Gestell fait signe vers un mode de dévoilement qui nous livre tout étant comme susceptible d'être interpellé, arraisonné, mise en demeure, recensé dans un stock, enfoui dans un fonds ou une réserve[33].Gestell est tout à la fois, ce qui rassemble et rend disponible

Herméneutique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Heidegger et l'herméneutique.

Der Hermeneutik ; n'est jamais, chez Heidegger, prise dans son acception moderne, d'une simple doctrine d'interprétation ou d'investigation. S'il s'agit toujours conformément au principe hernéneutique selon lequel ce n'est qu'à la lumière du Tout qu'il est possible de comprendre ce qui en participe [34], il s'y ajoute une explicitation technique qui fait voir, rencontrer, ce qui appartient à l'être de la chose en tant qu'il se donne. Ce n'est pas un rapport de connaissance mais une entente qui se manifeste d'abord dans un comment du Dasein comme « être-en-éveil », donc indissociable d'une expérience vécue.
« La tâche de l'herméneutique est de rendre accessible, dans son caractère d'être, le Dasein à chaque fois propre et de le rendre accessible au Dasein lui-même, de le communiquer, et d'examiner l'étrangeté à soi-même dont le Dasein est pour ainsi dire frappé. Dans l'herméneutique se configure pour le Dasein une possibilité d'être et de devenir ententif pour lui-même »[35]

Historial, historialité[modifier | modifier le code]

L'historialité désigne le fait que l'insertion du Dasein, dans une histoire collective appartient à son être même et le définit selon la résumé qu'en donne Marlène Zarader[36].

Historicité[modifier | modifier le code]

Geschichtlichkeit se dit du Dasein dans son avoir à-être; l'homme est conçu comme temporalité, pur possible il a la capacité de devenir une créature nouvelle c'est sur ce point qu'insistera la nouvelle théologie de Rudolf Bultmann. Pour définir, s'il se peut, le terme d'« historicité », Jean-Claude Gens[37] parle de « créativité de la vie qui se déploie en réalité en mondes qui pour être concrets sont singuliers ». Françoise Dastur, à la place de la vie, insiste plutôt sur le « caractère ekstatique de l'existence qu'il s'agit, pour Heidegger de penser »[38].

Intuition Catégoriale[modifier | modifier le code]

C'est d'Husserl que Heidegger reçoit avec celui d' « Intentionnalité », le concept d' « Intuition catégoriale », qui en acceptant comme donation originaire, les rapports entre étants, comme les formes collectives ( une forêt, un défilé) et les formes disjonctive ( A plus clair que B) élargit considérablement le domaine de la réalité. Avec l'Idéation ( l'espèce et le genre) , l' « Intuition catégoriale » constitue de nouvelles « objectités »[39]

Liberté[modifier | modifier le code]

Pour Jean-Luc Nancy[40], l' être sans fond de l'« existence » s'expose dans l'angoisse et dans « la joie d'être sans fond et d'être au monde ». Dans l'angoisse, car le Dasein, est toujours déjà-jeté dans la vie, sans qu'il y soit pour quelque chose, « un l'« être-là » dont il est facticiellement responsable et qu'il ne peut pas ne pas être »[41]. un « être-jeté » qu'il doit endurer jusqu'à la mort, la vie reçue en charge comme un fardeau accompagnée de la mort comme possibilité suprême[42]. Mais aussi dans la « Joie » de la « liberté » inaliénable, reçue comme risque d'une « existence » sans attache, qui peut s'exposer, sans mesure et sans à priori, à la vérité de l'étant comme tel[43]

Lichtung[modifier | modifier le code]

Terme référé à la lumière et plus précisément dans Être et Temps entendu comme Clairière, Éclaircie, Allégie[44] , la dimension de ce qui est ouvert. En tant qu'« être-au-monde », le Dasein est l'éclairé qui éclaire, « il est lui même la clairière »(SZ p. 133)

Logos[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Logos.

Heimatlichkeit[modifier | modifier le code]

La Heimat, c'est généralement le lieu où l'on se sent « chez soi », où l'on se sent familier, ce que l'on peut très bien appeler la patrie mais ce terme est ressenti comme trop « patriotique » en français (en allemand la correspondance serait Vaterland qui n'a pas sa place ici). La Heimatlichkeit, c'est donc le fait de se sentir chez soi, l'« être-chez-soi » ou la familiarité.

Machenschaft[modifier | modifier le code]

Die Machenschaft , une des notions les plus difficiles et intraduisibles. En allemand courant « machination », « manigance », « vilaine manière de procéder » Chez Heidegger le mot intervient à propos de la dimension planétaire de la Technique et aussi du Nihilisme, la Machenschaft c'est « l'empire du tout » , « l'empire du se faire », de « l'efficience et de la fabrication » qui concerne la vérité de l'étant en son entier. C'est ce que Heidegger a découvert comme détermination de l'être à une époque la nôtre où tout paraît tourner autour du « faire » à rendre tout faisable au point de devenir le nouvel impératif catégorique auquel il faudrait que tout un chacun obéisse sans discussion[45]

Métaphysique[modifier | modifier le code]

La Métaphysique pense l'étant comme tel et dans son tout à partir du retrait en lui de l'être et de sa vérité[46].

Métontologie[modifier | modifier le code]

qui a trait à l'ontologie de l'étant dans sa totalité. Cette totalité originaire est ce qui est au fondement de toute analytique, elle est toujours déjà accomplie en tant que l' être-là existe[47].

Mienneté[modifier | modifier le code]

Jemeinigkeit. Étroitement lié à l'existence, Heidegger découvre le phénomène de la « Mienneté », par lequel le Dasein se rapporte continuellement à « lui-même », ce « lui-même » qui ne lui est pas indifférent et qui va rendre possible le pronom « Je » de telle manière que celui-ci dérive de celle-là et non l'inverse. À noter que ce « lui-même » auquel se rapporte le Dasein n'est pas originellement un « Je », mais son rapport essentiel à l'être en général. Chez Heidegger c'est la « Mienneté » qui est le principe d'individuation[48].Pour lui, la « Mienneté » n'est pas un "Sum" cartésien, pas une essence, mais quelque chose à conquérir à chaque fois aujourd'hui. La Mienneté appartient à l'existence elle est « à être ». Ce qui veut dire que l'« être » du Dasein est à chaque fois en jeu, à conquérir, il peut être dans le souci du "Soi" ou se fuir, être propre ou impropre. Comme le note Paul Ricœur[49], « ce qui vient à jour dans cette expression c'est l'universelle « mienneté »-, le chacun dans le mien- et non le moi vécu qui épousera ou n'épousera pas Régine ».

Mondéité[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Monde et mondéité.

Weltlichkeit. Le monde dans sa corrélation avec « l'être-au » que constitue le Dasein. Le caractère d'être de l'étant que nous appelons le « monde » que Heidegger nomme la mondéité, la manière dont fait encontre à partir de lui-même, l'étant dans lequel le Dasein est en tant que « être-à » autrement dit la significativité, ou encore le sens d'être, l'à priori qui structure tout « monde », en tant que tel.

Monde du Soi[modifier | modifier le code]

Selbstwelt. Ce concept vise à écarter le "Je" traditionnel. Le Soi ne se retrouve pas dans ce « Je » mais dans la cohésion des divers moments de la vie, le Dasein n'est présent à lui-même que dans les situations concrètes. Dans le mot de situation il y a une expérience mondaine mais aussi une structure intentionnelle. Le Soi n'est pas un étant mais une manière de vivre le monde[50].

Ouverture[modifier | modifier le code]

Erschlossenheit. La traduction littérale telle ouverture est faible. Vezin préfère utiliser dans sa traduction d'Être et Temps le terme étrange de Ouvertude « Le Dasein est son ouvertude »[51] et qu'il justifie longuement en notes et annexes[52]. Être son ouverture, est dans l'esprit de Heidegger à prendre au pied de la lettre, l'ouverture est comme un existential, un attribut du Dasein c'est pourquoi « ouvertude » possède une terminaison que le français peut autoriser et qui rend bien cette idée fonctionnelle à l'image d'inquiétude, solitude, finitude. L'être est toujours déjà ouvert et il n'y a jamais passage d'un dedans à un dehors.

Phusis[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Phusis.

Possibilité[modifier | modifier le code]

Die Möglichkeit, chez Heidegger, le « possible » reçoit une place éminente loin de son sens catégorial traditionnel qui en fait un mode inférieur à la réalité. La « possibilité » comme existential est en revanche, la détermination ontologique du Dasein originale, il n'y en a pas de plus positive. « Le Dasein n'a pas de possibilités : il est « possibilité » qui n'a pas à devenir réelle, mais qui en tant que telle, ouvre et découvre, à travers la projection le Dasein à son « pouvoir-être » et par là même à son être libre »[53].

Projet[modifier | modifier le code]

Dans son être toujours en avant, toujours hors de lui ce que Heidegger nomme son pro-jet, n'est rien d'autre que ce temps même, antérieur à tout temps mesurable, le pro-jet n'est pas dans ce temps là dont il est au contraire la source[54]

Propre[modifier | modifier le code]

Eigentlich , Eigentlichkeit '' « propriété » se dit de ce qui appartient ontologiquement au Dasein, au sens par exemple du langage considéré comme le propre de l'homme, impropre se dit de ce qui ne lui appartient pas. À ne pas confondre avec les concepts d'« authentique » et d'« inauthentique » qui qualifient le comportement du Dasein. Une introspection du Soi excessive pourrait être ainsi qualifiée de propre quant à son objet mais d'inauthentique quant au comportement. À ne pas confondre non plus avec Propriation et Appropriement, Das Ereignis [55].

Quadriparti[modifier | modifier le code]

Ce « Quadriparti » composé des hommes, des dieux, de la terre et du ciel va constituer après le tournant, la dernière appellation de l'Être.

Répétition[modifier | modifier le code]

La « Répétition », Wiederholung, terme kierkegaardien, entendue comme reprise du passé et répétition des possibilités du Dasein qui ont été là. La répétition du possible n'est ni une restitution du « passé », ni le fait de renouer le présent au « dépassé » . La répétition répond plutôt à la possibilité d'existence qui a été là. La répétition est sélective, elle consiste à aller chercher ce qui s'est inscrit dans l'être pour en reconnaître et re-susciter le « pouvoir d'être » pour son temps[56]. La répétition est inséparable de la déconstruction.

Résolution anticipante[modifier | modifier le code]

« Résolution anticipante » Die vorlaufende Entschlossenheit. L'expression n'a rien à voir avec la subjectivité et la volonté. La Résolution c'est l'ouverture propre à l'appel de la conscience. Ce mot tente de dire la manière authentique pour le Dasein d'être dans sa vérité[57]. Heidegger écrit « La résolution a été caractérisée comme se projeter en silence et en s'exposant à l'angoisse sur l' être-en-faute le plus propre »[58].

Qu'est-ce à dire ? sinon que se transportant mentalement dans la situation incontournable du devoir mourir, c'est à cet aune, que le Monde, ses valeurs et ses attaches affectives va être jugé et donc disparaitre dans le néant pour libérer l' « être-en-propre » dans sa nudité Le Dasein est mis en face de sa propre vérité lorsqu'il est renvoyé au néant de son fondement..Il reste à bien préciser que cet appel de la conscience ne consiste pas à présenter une option à la manière du libre-arbitre mais à « laisser apparaître la possibilité d'un se-laisser-appelé hors de l'égarement du « On »[59]. Entendre l'appel de la « voix de la conscience », c'est donc rester aux aguets, ne pas s"en laisser compter. Pour comprendre la dimension que Heidegger donne à la Résolution il faut arriver à accepter que l'activité que suppose la Résolution, puisse englober la simple résistance Être et Temps (SZ p. 300-301). Heidegger parle aussi à ce propos de parti « d'y voir clair en conscience » .

Significativité[modifier | modifier le code]

Bedeutsamkeit : la significativité désigne la structure ontologique du monde en tant que tel. Le monde est présent comme une totalité de significations toujours-déjà ouverte en fait, à partir de laquelle se donne tout étant intra-mondain.

Situation[modifier | modifier le code]

Le "Soi" qui se retrouve dans la cohésion et la succession des vécus est présent dans l'expression de « situation ». Je suis concrètement présent à moi-même dans une expérience déterminée de la vie, je suis dans une « situation »[60].

Sollicitude[modifier | modifier le code]

Fürsorge. Est le rapport à autrui, la manière d'être avec l'autre.
Ce terme est éthiquement neutre. Se présente sous deux modalités : la sollicitude inauthentique qui enlève son souci à l'autre et se substitue à lui, la sollicitude authentique qui devance et libère.

Souci[modifier | modifier le code]

Die sorge, le Souci, a chez Heidegger une tonalité particulière éloignée du sens usuel, ne peut être compris qu'en liaison avec l'existence : « Le mot existence nomme l'être de cet étant qui se tient ententif à l'ouverture de l'être qu'il soutient ». Ce soutenir ainsi ressenti a le nom de « souci » (Question I p. 34).
C'est dans la préoccupation inquiète du chrétien dans Saint Augustin qu'étudie Heidegger dans les années 1920 [61]qu'apparaît le thème du « souci », thème qui sera progressivement amplifié et étendu, jusqu'à devenir la détermination essentielle et le fondement du Dasein. Le souci est l'élan qui procure au monde sa significativité[62].

Temporalité[modifier | modifier le code]

Deux termes allemands Zeitlichkeit pour temporalité ou temporellité (Vezin) - temps comme constitutif de l'être même du Dasein - et Temporalität, le temps « comme horizon possible de toute entente de l'être en général » (Alain Boutot préface à Prolégomènes à l'histoire du concept du temps).
Cette distinction est à l'origine de la distinction entre Temporel et Temporal : le Temporel est le temps de l'histoire et des sciences, le Temporal le temps de l'être à rapprocher d'Historial, l'histoire de l'Être.

Ternaire Gehaltsinn, Bezugsinn, Vollzugsinn[modifier | modifier le code]

Gehaltsinn (teneur de sens), Bezugsinn (sens référentiel), Vollzugsinn (sens de l'effectuation). C'est la structure intentionnelle de la vie facticielle qui nous livre ce ternaire .
Pour une analyse approfondie de ces concepts voir Jean Greisch[63],»[N 1].

Umsicht[modifier | modifier le code]

L Umsicht c'est ce qui se découvre au regard-à-l'entour de la « préoccupation soucieuse » du Dasein. Celle-ci n'a pas directement affaire à des objets singuliers mais à des ensembles d'ustensiles destinés à un usage. L 'ustensile se dévoile comme « quelque chose pour.. », l'encrier pour écrire, le marteau pour fixer des clous . L'ustensile ne se découvre qu'en co-appartenance avec d'autres ustensiles il est fonctionnellement relié selon un système de renvois ( l'encrier en sa fonction est relié au bureau, au sous-main, à la plume, au papier, à l'encre etc ..). La totalité de ces renvois de proche en proche ont des finalités de plus en plus larges pour finir par renvoyer à l'être qui est au monde sur le mode de l'affairement, le Dasein [64].

Unheimlichkeit[modifier | modifier le code]

Die Unheimlichkeit, traduit par « dépaysement » dans les traductions de Boehm et Waehlens, et « étrangeté » par François Vezin. Signifie plus précisément « ne plus être chez Soi»[65]. La fuite du Dasein vers la familiarité devant l’étrangeté du monde révélée dans l'angoisse. L'Unheimlichkeit de l'homme (le sentiment de ne pas être chez Soi) est l'originaire et la familiarité recherchée, tout au contraire, un mode d'être du Dasein qui se masque la vérité.

Voix de la conscience[modifier | modifier le code]

Stimme des Gewissens Heidegger s'interesse au phénomène de la voix (et non à la conscience), à qui il va attribuer le rôle de rappel à l'ordre, de rappel à être soi-même, phénomène qu'il va soumettre à une analyse ontologique et reconnaître en tant que phénomène originaire du Dasein, c'est-à-dire comme un existential. Cet appel intérieur, lautloser Ruf, dit quelque chose de spécifique quant au mode d'être de l'« être-au-monde » , il se présente comme donc une modalité particulière du comprendre, possédant à ce titre un pouvoir de révélation propre. Cet appel pressant et particulier en venant interrompre tout le bavardage public qui entoure le Dasein, lui parle de lui, au milieu de tous ses divertissements et affairements qui tendent à l'étourdir. Dans l'« appel de la conscience », le Dasein est pleinement ouvert à lui-même, il est son ouverture sur le mode plénier, c'est ce que Heidegger va appeler la « Résolution »[66].

Vereinzelung[modifier | modifier le code]

L'« isolement ». Le Dasein n'a d'autre essence que « d'être » (attention sens verbal). L'angoisse qui découvre sa possibilité la plus propre, la mort, isole et ouvre le Dasein comme solus Ipse[67].

Wesen[modifier | modifier le code]

Bien que souvent traduit « par essence », ce terme ne renvoie jamais à l'invariance d'une espèce mais à la manière temporelle dont une chose déploie son être, ce terme nous dit Heidegger doit être compris à partir du verbe wesen qui a le même sens que währen, durer. Pour l'homme il fait signe plus précisément vers « l'habiter ». « L'être de l'homme, son Wesen, se déploie comme la relation qui l'ouvre à l'être »[68]. Dans les Apports à la philosophie l'expression Die Wesung, « l'aîtrée de l'Être » , ou prosaïquement le domaine d'extension de l'être, selon la traduction de Gerard Guest est utilisée plusieurs fois

Zwischen [modifier | modifier le code]

Vise la cohésion de la vie ou l'individuation en référence à l'« entre deux » de la naissance et de la mort, abordée en tant qu'extension du Dasein. « Le Dasein factice existe nativement, et c’est nativement encore qu’il meurt au sens de l’être pour la mort. L’une et l’autre fins, ainsi que leur « entre-deux » sont aussi longtemps que le Dasein existe facticement, et elles sont comme il leur est seulement possible d’être sur la base de l’être du Dasein comme souci. Dans l’unité de l’être-jeté et de l’être pour la mort fugitif – ou devançant –, naissance et mort « s’enchaînent » à la mesure du Dasein. En tant que Souci, le Dasein est l’« entre-deux » traduction Emmanuel Martineau[69] (SZ, § 72, (SZ p. 374 ).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Paul Larthomas La question de la Répétition dans Être et Temps de Martin Heidegger collectif Questions de méthode et voies de recherche SUD 1989 pages 105 et 107
  2. Sommer 2005, p. 294
  3. Zarader 2012, p. 330
  4. Boutot 1989, p. 57-58
  5. Martin Heidegger acheminement vers la parole traduction François Fédier collec TEL Gallimard 1988 note page 28
  6. Zarader 2012, p. 330
  7. Annie Larivée, Alexandra Leduc, Saint Paul, Augustin et Aristote comme sources. Revue Philosophie n 69 Ed de Minuit
  8. Greisch 1994, p. 188
  9. Françoise Dastur Heidegger La question du logos, p. 153
  10. Dastur 1990, p. 65
  11. voir article Poésie dans Le Dictionnaire Martin Heidegger, p. 1054.
  12. Christian Dubois Heidegger, Introduction à une lecture, SEUIL, coll points Essais, 2000 page 50
  13. Alexandre Schnell De l'existence ouverte au monde fini Heidegger 1925-1930 bibliothèque d'histoire de la philosophie VRIN 2005 page 69
  14. Lettre sur L'humanisme éd Aubier page 65
  15. Françoise Dastur Heidegger et la pensée à venir Problèmes et Controverses VRIN 2011 page 61-62
  16. voir notes du traducteur fin d'ouvrage dansMartin Heidegger Être et Temps trad François Vezin Gallimard 1990
  17. Hans-Georg Gadamer Les Chemins de Heidegger Textes Philosophiques VRIN 2002 note page 209
  18. Heidegger, Être et Temps, p. 448
  19. Françoise Dastur, Heidegger et question du temps Philosophies Pluriel PUF 1990 page 63
  20. Dastur 2011, p. 233
  21. Dubois 2000, p. 73
  22. Françoise Dastur, Heidegger et question du temps Philosophies Pluriel PUF 1990 page 69
  23. Dubois 2000, p. 359
  24. Sophie Jan Arrien Vie et histoire (Heidegger 1919-1923) dans revue Philosophie no 69 Heidegger Éd de Minuit page 62
  25. Préface d'Alain Boutot dans Heidegger, Ontologie. Herméneutique de la factivité, p. 13
  26. Greisch 1994, p. 191
  27. Jean Greisch Heidegger 1919-1929 collectif De l'herméneutique de la facticité à la métaphysique du Dasein Problèmes et Controverses VRIN 1996 page 143
  28. Heidegger, Être et Temps, p. 227
  29. Heidegger, Être et Temps, p. 314
  30. Voir Greisch 1996, p. 130-152.
  31. Martin Heidegger Qu'est ce que la métaphysique ? Paris Gallimard page 16
  32. Dastur 2011, p. 192
  33. Dastur 2011, p. 127
  34. Servanne Jollivet Heidegger Sens et Histoire (1912-1927, Philosophies PUF page 45
  35. Heidegger 2012, p. 34
  36. Zarader 2012, p. 73
  37. Gens 2010, p. 69
  38. Dastur 2011, p. 198
  39.  Jean Greisch, Ontologie et temporalité. Esquisse systématique d'une interprétation intégrale de Sein und Zeit, PUF, 1994 page 58 
  40. Jean-Luc Nancy la décision d'existence- Être et Temps de Martin Heidegger collectif Questions de méthode et voies de recherche SUD 1989 page 258
  41. Sommer 2005, p. 140
  42. voir article Existence dans Le Dictionnaire Martin Heidegger, p. 466.
  43. Heidegger Questions I et II Tel Gallimard 1990
  44. Voir article Lichtung dans Le Dictionnaire Martin Heidegger, p. 773.
  45. article Machenschaft dans Le Dictionnaire Martin Heidegger
  46. Jean Beaufret Dialogue avec Heidegger Philosophie moderne "Arguments" Éditions de minuit p. 211
  47. Alexander Schnell De l'existence ouverte au monde fini bibliothèque de l'histoire de la philosophie VRIN 2005 chapitre IV pages 149 et sq
  48. Didier Franck Heidegger et le Problème de l'Espace Arguments Les éditions de minuit 1986 page 31
  49. Émile Bréhier Histoire de la philosophie allemande troisième édition mise à jour P.Ricœur, p. 250
  50. Sur le monde du Soi, voir Marquet 1996, p. 193-204.
  51. Heidegger, Être et Temps, p. 177
  52. Heidegger, Être et Temps, p. 538-539
  53. article Possibilité. Le Dictionnaire Martin Heidegger, p. 1067
  54. Jean-Paul Larthomas La question de la Répétition dans Être et Temps de Martin Heidegger collectif Questions de méthode et voies de recherche SUD 1989 isbn 2864461058l page 101
  55. voir article Propriation/Appropriement dans Le Dictionnaire Martin Heidegger, p. 1084.
  56. Jean-Paul Larthomas La question de la Répétition dans Être et Temps de Martin Heidegger collectif Questions de méthode et voies de recherche SUD 1989 page105
  57. Heidegger, Être et Temps, Note de Vezin, p. 572
  58. Être et Temps, p. 364
  59. Sommer 2005, p. 247
  60. Sophie Jan Arrien ibid no 69 Éd de Minuit page 63
  61. Heidegger, Phénoménologie de la vie religieuse
  62. Voir Larivée et Leduc 2001.
  63. Greisch 1994
  64. Dominique Pradelle Comment penser le propre de l'espace ? dans Les Temps modernes (revue) Heidegger. fondateur Jean-Paul Sartre Qu'appelle-t-on Lieu ? juillet-octobre 2008 N 650 page 83
  65. Développé dans [[#HeideggerBeaufret1970|Heidegger, Lettre sur l'humanisme]], p. 100 et suivantes, et dans Dastur 2011, p. 102.
  66. Christian Dubois Heidegger, Introduction à une lecture, SEUIL, coll points Essais, 2000 pages80-81
  67. Sur l'isolement, voir Marquet 1996, p. 200
  68. Dastur 2011, p. 112
  69. Martineau 1985, p. 122

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le Vollzugssinn ou sens d'accomplissement apparaît comme le plus difficile à comprendre, il se trouve d'ailleurs mal explicité chez la plupart des coimmentateurs, Jean Greisch nous précise qu'il ne s'agit pas simplement de la différence du pratique par rapport au théorique. Ainsi ce n'est pas la prière en soi, la récitation de la même prière, qui nous fait comprendre, pour le chrétien ou le bouddhiste convaincu, le sens d'accomplissement, le sens d'existence qu'elle lui procure, mais la foi seule qui se surajoute à la prière et qui transforme le mode d'être du croyant

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Martin Heidegger (trad. François Vezin), Être et Temps, Paris, Gallimard,‎ 1986, 589 p. (ISBN 2-07-070739-3)
  • Martin Heidegger (trad. Emmanuel Martineau), Être et Temps, Paris, Authentica,‎ 1985 (lire en ligne) (éd. hors-commerce). Traduction française de référence.
  • Martin Heidegger et Jean Beaufret, Lettre sur l'humanisme - édition bilingue, Aubier,‎ 1970
  • Martin Heidegger (trad. Alain Boutot, préf. Alain Boutot), Ontologie. Herméneutique de la factivité, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de Philosophie »,‎ 2012, 176 p. (ISBN 978-2-07-013904-0)
  • Martin Heidegger (trad. Jean Greisch), Phénoménologie de la vie religieuse, Paris, Gallimard, coll. « Œuvres de Martin Heidegger »,‎ 2011, 415 p. (ISBN 9782070745166)
  • Martin Heidegger (trad. Alain Boutot), Ontologie. Herméneutique de la factivité, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de Philosophie »,‎ 2012, 176 p. (ISBN 978-2-07-013904-0)
  • Alain Boutot, Heidegger, Paris, PUF, coll. « Que sais-je? » (no 2480),‎ 1989, 127 p. (ISBN 2-13-042605-0)
  • Jean-Claude Gens, « L'herméneutiqure diltheyenne des mondes de la vie », Revue Philosophie, Editions de Minuit, no 108,‎ 2010, p. 66-76 (ISBN 9782707321497)
  • Jean-François Courtine (dir.), Heidegger 1919-1929: De l'herméneutique de la facticité à la métaphysique du Dasein, Paris, J. Vrin, coll. « Problèmes et controverses »,‎ 1996 (ISBN 978-2-7116-1273-4, lire en ligne).
    • Jean Greisch, « La « tapisserie de la vie », le phénomène de la vie et ses interprétations dans les Grundprobleme des Phänomenologie (1919/20) de Martin Heidegger », dans Jean-François Courtine (dir.), op. cit.,‎ 1996, p. 131-152.
    • Jean-François Marquet, « Naissance et développement d'un thème : l'isolement », dans Jean-François Courtine (dir.), op. cit.,‎ 1996, p. 193-204.
  • Françoise Dastur, Heidegger et la pensée à venir, J. Vrin,‎ 2011 (ISBN 2711623904).
  • Françoise Dastur, Heidegger et la question du temps, Paris, PUF, coll. « Philosophies »,‎ 1990, 127 p. (ISBN 2-13-042954-8).
  • Françoise Dastur, Heidegger, VRIN,‎ 2007, 256 p. (ISBN 978-2-7116-1912-2, présentation en ligne).
  • Jean Greisch, Ontologie et temporalité : Esquisse systématique d'une interprétation intégrale de Sein und Zeit, Paris, PUF,‎ 1994, 1e éd., 522 p. (ISBN 2-13-046427-0).
  • Marlène Zarader, Lire Être et Temps de Heidegger, Paris, J. Vrin, coll. « Histoire de la philosophie »,‎ 2012, 428 p. (ISBN 978-2-7116-2451-5).