Volonté de puissance

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Le terme Volonté de puissance (Wille zur Macht) désigne :

  • un concept proposé par Friedrich Nietzsche.
  • un projet de livre de ce même philosophe (voir La Volonté de puissance), projet abandonné à la fin de l'année 1888.
  • plusieurs compilations de ses fragments publiées et présentées comme son œuvre principale, et considérées aujourd'hui comme des falsifications (voir également La Volonté de puissance).

Cet article traite de la Volonté de puissance en tant que notion.

La Volonté de puissance[modifier | modifier le code]

Aucun texte publié de Nietzsche ne donne de manière complète et précise la signification de l'expression volonté de puissance. Malgré cette absence de définition claire, l'étude précise des textes, et surtout des fragments posthumes, a montré la grande cohérence de la pensée de Nietzsche jusque dans l'emploi des guillemets[1].

Afin de permettre à chacun de lire les passages où il est question de ce concept, nous donnons ici (après une détermination générale du concept) le plus grand nombre de références possibles, ainsi que de larges extraits de textes parmi les plus importants.

Dans les textes publiés[modifier | modifier le code]

« Même si nous y apportions notre vie comme fait le martyr en faveur de son église, ce serait un sacrifice apporté à notre exigence de pouvoir (Verlangen nach Macht), ou bien en vue de conserver le sentiment de notre puissance (Macht). »
« Wille zur Wahrheit heisst ihr's, ihr Weisesten, was euch treibt und brünstig macht ?
Wille zur Denkbarkeit alles Seienden: also heisse ich euren Willen !
Alles Seiende wollt ihr erst denkbar machen : denn ihr zweifelt mit gutem Misstrauen, ob es schon denkbar ist.
Aber es soll sich euch fügen und biegen ! So will's euer Wille. Glatt soll es werden und dem Geiste unterthan, als sein Spiegel und Widerbild.
Das ist euer ganzer Wille, ihr Weisesten, als ein Wille zur Macht ; und auch wenn ihr vom Guten und Bösen redet und von den Werthschätzungen. Schaffen wollt ihr noch die Welt, vor der ihr knien könnt: so ist es eure letzte Hoffnung und Trunkenheit. »
« La volonté de trouver le vrai : tel est le nom que vous donnez, ô sages insignes, à la force qui vous meut et vous met en rut.
La volonté de rendre concevable tout ce qui est : c'est le nom que je donne à votre volonté.
Vous voulez d'abord rendre concevable tout ce qui est ; car vous doutez à juste titre que ce soit concevable a priori.
Mais il faut que tout se soumette et se ploie à votre gré. C'est ce qu'exige votre vouloir ; que tout s'assouplisse et se soumette à l'esprit, que tout se réduise à en être le miroir et le reflet.
C'est là tout ce que vous voulez, sages insignes, et c'est un désir de puissance, même quand vous avez à la bouche les mots de bien et de mal et de jugements de valeur. Vous voulez d'abord créer un monde tel que vous puissiez l'adorer à genoux ; c'est votre dernier espoir, votre suprême ivresse. »
« Si rien ne nous est « donné » comme réel sauf notre monde d'appétits et de passions, si nous ne pouvons descendre ni monter vers aucune autre réalité que celle de nos instincts — car la pensée n'est que le rapport mutuel de ces instincts, — n'est-il pas permis de nous demander si ce donné ne suffit pas aussi à comprendre, à partir de ce qui lui ressemble, le monde dit mécanique (ou « matériel ») ? Le comprendre, veux-je dire, non pas comme une illusion, une « apparence », une « représentation » au sens de Berkeley et de Schopenhauer, mais comme une réalité du même ordre que nos passions mêmes, une forme plus primitive du monde des passions, où tout ce qui se diversifie et se structure ensuite dans le monde organique (et aussi, bien entendu, s'affine et s'affaiblit) gît encore d'une vaste unité ; comme une sorte de vie instinctive où toutes les fonctions organiques d'autorégulation, d'assimilation, de nutrition, d'élimination, d'échanges sont encore synthétiquement liées ; comme une préforme de la vie ? — En définitive, il n'est pas seulement permis de hasarder cette question ; l'esprit même de la méthode l'impose. Ne pas admettre différentes espèces de causalités aussi longtemps qu'on n'a pas cherché à se contenter d'une seule en la poussant jusqu'à ses dernières conséquences (jusqu'à l'absurde dirais-je même), voilà une morale de la méthode à laquelle on n'a pas le droit de se soustraire aujourd'hui ; elle est donnée « par définition » dirait un mathématicien. En fin de compte la question est de savoir si nous considérons la volonté comme réellement agissante, si nous croyons à la causalité de la volonté. Dans l'affirmative — et au fond notre croyance en celle-ci n'est rien d'autre que notre croyance en la causalité elle-même — nous devons essayer de poser par hypothèse la causalité de la volonté comme la seule qui soit.
« — Je souligne ce point de vue capital de la méthode historique d'autant plus qu'il s'oppose foncièrement à l'instinct et au goût dominants de cette époque qui préféreraient encore s'accommoder du hasard absolu, voire de l'absurdité mécanique de tout le devenir, plutôt que de la théorie d'une volonté de puissance se manifestant dans tout devenir. »
« Mais on méconnaît alors l'essence de la vie, la volonté de puissance ; alors on néglige la prééminence de principe que possèdent les forces spontanées, agressives, envahissantes qui réinterprètent, réorientent et forment, dont l' « adaptation » ne fait que suivre les effets, alors on dénie dans l'organisme même le rôle dominateur des instances suprêmes, dans lesquelles la volonté vitale apparaît active et formatrice. »
« Das Leben selbst gilt mir als Instinkt für Wachstum, für Dauer, für Häufung von Kräften, für Macht : wo der Wille zur Macht fehlt, gibt es Niedergang. »
(« La vie est, à mes yeux, instinct de croissance, de durée, d'accumulation de force, de puissance : là où la volonté de puissance fait défaut, il y a déclin. »)

La Volonté de puissance, écrit-il, est l'« essence la plus intime de l'être »

Dans les textes posthumes[modifier | modifier le code]

  • L’expression « Wille zur Macht » apparaît pour la première fois dans le fragment 23 [63] de 1876-1877 :
« Das Hauptelement des Ehrgeizes ist, zum Gefühl seiner Macht zu kommen. Die Freude an der Macht ist nicht darauf zurückzuführen, dass wir uns freuen, in der Meinung anderer bewundert dazustehen. Lob und Tadel, Liebe und Hass sind gleich für den Ehrsüchtigen, welcher Macht will.
Furcht (negativ) und Wille zur Macht (positiv) erklären unsere starke Rücksicht auf die Meinungen der Menschen.
Lust an der Macht.— Die Lust an der Macht erklärt sich aus der hundertfältig erfahrenen Unlust der Abhängigkeit, der Ohnmacht. Ist diese Erfahrung nicht da, so fehlt auch die Lust. »
  • Voir aussi : fragments 4 [239], 7 [206], 9 [14] de 1880-1881.
  • FP, XI, 38 [12] :
« (...) voilà mon monde [Welt] dionysiaque qui se crée et se détruit éternellement lui-même [des Ewig-sich-selber-Schaffens, des Ewig-sich-selber-Zerstörens], ce monde mystérieux [Geheimniss-Welt] des voluptés [Wollüste] doubles, voilà mon par-delà bien et mal, sans but [Ziel], à moins que dans la joie d’avoir accompli le cercle [im Glück des Kreises] gît un but [liegt ein Ziel], sans vouloir, à moins qu’un anneau n’ait la bonne volonté de tourner éternellement sur soi-même – voulez-vous [wollt ihr] un nom pour ce monde [für diese Welt] ? Une solution pour toutes ces énigmes ? Une lumière même pour vous, les plus ténébreux, les plus secrets, les plus forts, les plus intrépides de tous les esprits ? – Ce monde, c’est le monde de la volonté de puissance et rien d'autre [diese Welt ist der Wille zur Macht und nichts ausserdem] ! Et vous-même, vous êtes aussi cette volonté de puissance – et rien d’autre [und nichts ausserdem] ! »
  • FP, XIV, 14 [80] :
« Si l'essence la plus intime de l'être est volonté de puissance, si le plaisir est toute croissance de la puissance, déplaisir tout sentiment de ne pouvoir résister et maîtriser : ne pouvons-nous pas alors poser plaisir et déplaisir comme des faits cardinaux ? »
  • FP XIV, 14 [97] :
« Volonté de puissance »
La « volonté de puissance » est haïe à ce point dans les époques démocratiques, que toute leur psychologie semble viser à la rapetisser et à la dénigrer...
Le type du grand ambitieux avide d'honneur : on voudrait que ce soit Napoléon ! et César ! et Alexandre !... Comme si ce n'étaient pas justement les plus grands contempteurs de l'honneur !
Et Helvétius nous expose en détail que l'on aspire à la puissance afin d'avoir les jouissances dont dispose l'homme puissant... : il comprend cette aspiration à la puissance comme une volonté de jouissance, comme un hédonisme...»
  • FP, XIV, 14 [121] :
« La vie n'est qu'un cas particulier de la volonté de puissance, - il est tout à fait arbitraire d'affirmer que tout aspire à se fondre dans cette forme de la volonté de puissance. »

Détermination du concept[modifier | modifier le code]

La notion de volonté de puissance désigne un devenir plus ; elle est conçue par Nietzsche comme un outil de description de la réalité.

La volonté de puissance n'est pas à proprement parler un devoir être : rien n'est contraint par une loi à devenir plus. Il n'y a en effet, selon Nietzsche, aucune loi dans le devenir : tout devient ce qu'il peut devenir, et cela même exprime sa volonté de puissance. On notera qu'ainsi, s'opposant au dualisme métaphysique de l'essence et de l'existence, Nietzsche interprète l'essence d'une chose (sa structure interne) comme se réalisant tout entière dans le devenir, l'existence et l'essence se confondant alors dans le même concept de volonté de puissance.

Ces précisions permettent tout d'abord d'écarter certaines interprétations inexactes et de comprendre un aspect important de l'analyse de Nietzsche : un guerrier ou un artiste, pour prendre des exemples qui peuvent paraître aussi éloignés que possible, expriment également par leurs activités une volonté de puissance. Mais il suit de cet exemple qu'aucun mouvement artistique, aucun parti politique et aucune idéologie ne peuvent véritablement se réclamer de la volonté de puissance comme s'il s'agissait d'un programme à réaliser, d'un impératif à suivre, puisque tout artiste, tout parti, toute idéologie, quels qu'ils soient, sont déjà l'expression d'une volonté de puissance. C'est donc cette volonté de puissance particulière qu'il faut analyser en tant que Volonté de puissance : dans l'exemple ci-dessus, le barbare est une forme brutale et stupide de volonté de puissance (Nietzsche est loin de valoriser la violence en elle-même - l'esprit est pour lui, sous certaines conditions, l'expression la plus haute de la volonté de puissance humaine) ; l'artiste en est une forme plus raffinée, plus haute, car créatrice, ce qui permet de constituer une échelle de valeur qui tient compte du fait que la réalité la plus fruste de l'homme est la barbarie, mais que la culture, sous certaines conditions, est le degré le plus haut de la puissance, le degré qui a le plus de valeur, du moins dans le monde humain.

Ainsi, en résumé, et c'est là l'aspect proprement amoral de cette pensée, dans la pire barbarie comme dans la culture la plus raffinée, c'est la même tendance à la puissance qui se manifeste partout, mais en prenant des formes différentes liées à l'éducation des instincts que l'on donne à l'homme. Une culture qui exprimerait l'accroissement de la puissance n'est ni culture militariste (Nietzsche n'a pas une très bonne opinion de l'abrutissement du patriotisme, et estime que la puissance de l'État ne peut que nuire à la culture) ni une culture d'uniformisation (ce qui s'exprime par exemple par un grégarisme moral), mais une culture qui cultive l'homme en tant qu'animal, sans en nier les instincts, mais en les spiritualisant (ce que Nietzsche nomme une divinisation des instincts, concept relativement proche de la sublimation chez Freud). Les plus hautes expressions d'une telle culture sont l'unité du style artistique (en architecture par exemple), le raffinement spirituel (développement chez les individus de capacités telles que la suspension du jugement, de la clarté du style, etc. et de goûts correspondants, etc.).

La volonté de puissance a nécessairement plusieurs dimensions, elle décrit fondamentalement :

  • le devenir en général (métaphysique)
  • le vivant (physiologie)
  • l'économie des instincts humains (psychologie, morale, politique)
  • l'éducation des instincts (la culture)

La « Volonté de puissance » dans les écrits de Nietzsche[modifier | modifier le code]

Selon Müller-Lauter, il est possible de distinguer trois sens différents de l'expression « volonté de puissance » lorsqu'elle est employée au singulier :

  • « la volonté de puissance » comme tout de la réalité, comme le nom de cette réalité. En ce sens, la Volonté de puissance est bien un concept métaphysique puisqu'il caractérise l'être de l'étant ;
  • « volonté de puissance », sans l'article « la », comme qualité. En ce sens, comme pour le sens suivant, ce concept désigne une certaine direction d'un devenir singulier ; il désigne l'accroissement de la puissance ;
  • « une volonté de puissance », présupposant une pluralité de volontés de puissance ; même sens que ci-dessus, mais la multiplicité radicale du monde est souligné. Cela signifie que le tout, l'univers, s'il peut être considéré comme une quantité de forces fixes, n'est pas lui-même Volonté de puissance, car il ne possède pas d'unité, et, puisque ce caractère lui fait défaut, il n'a pas non plus de finalité, il ne se dirige pas vers un état final (l'univers est donc aussi nécessairement circulaire : voir : éternel retour).

À partir de la vie[modifier | modifier le code]

La volonté de puissance s'interprète à partir de la vie organique sans s'y réduire :

« Partout où j’ai trouvé du vivant, j’ai trouvé de la volonté de puissance ; et même dans la volonté de celui qui obéit, j’ai trouvé la volonté d’être maître. [...] Et la vie elle-même m’a confié ce secret : « Vois, m’a-t-elle dit, je suis ce qui doit toujours se surmonter soi-même. [...] Et toi aussi, toi qui cherches la connaissance, tu n’es que le sentier et la piste de ma volonté : en vérité, ma volonté de puissance marche aussi sur les traces de ta volonté du vrai ! Il n’a assurément pas rencontré la vérité, celui qui parlait de la « volonté de vie », cette volonté – n’existe pas. Car : ce qui n’est pas, ne peut pas vouloir ; mais comment ce qui est dans la vie pourrait-il encore désirer la vie ! Ce n’est que là où il y a de la vie qu’il y a de la volonté : pourtant ce n’est pas la volonté de vie, mais [...] la volonté de puissance. Il y a bien des choses que le vivant apprécie plus haut que la vie elle-même ; mais c’est dans les appréciations elles-mêmes que parle – la volonté de puissance ! » »

Si l'organisme, et plus précisément notre corps, est le point de départ de Nietzsche, son fil directeur, c'est parce que nous n'avons pas de conception de l'être indépendante du fait de vivre. Être, c'est respirer, se nourrir, etc. L'être, en lui-même, est un concept dénué de sens, « la dernière fumée d'une réalité qui s'évapore. » (Crépuscule des idoles, La raison dans la philosophie, §1) C'est pourquoi, selon Nietzsche, il est légitime de chercher d'abord ce qui peut caractériser le vivant :

  • le pouvoir interne de créer des formes
  • la non identité du vivant, dont l'unité ne peut jamais être un principe
  • la lutte interne qui hiérarchise un organisme
  • l'autorégulation du vivant.

Nietzsche suppose ensuite l'existence d'une seule causalité, à titre d'hypothèse (voir §36 plus haut). Cette hypothèse est d'autant plus légitime que les dualismes causaux âme - corps et vie - matière aboutissent aux contradictions de l'idéalisme métaphysique dénoncées par Nietzsche. Néanmoins, la thèse de la volonté de puissance conduit au rejet, non seulement du vitalisme, mais aussi du matérialisme de type mécaniste. En effet, puisque ce qui caractérise le vivant doit selon lui être généralisé, alors ce que l'on nomme « matière » (Nietzsche nie l'existence de cette dernière) est également sentant et percevant, mais dans un état plus synthétique que dans le cas d'un organisme.

La volonté de puissance comme relation[modifier | modifier le code]

  • Agir et relation
  • Sentir
  • Penser
  • Vouloir

La volonté de puissance comme évaluation[modifier | modifier le code]

Selon l'analyse qu'en fait Heidegger dans ses deux livres consacrés à Nietzsche (sobrement intitulé "Nietzsche"), la volonté de puissance est avant tout un concept métaphysique majeur. Pour Nietzsche, la volonté de puissance est le principe qui sous tend la vie (entendue dans son acception large et non strictement biologique). La vie est l'autre nom pour l'être (en fait, il s'agit plutôt de l'être de l'étant dans sa dernière mutation métaphysique, corrigera Heidegger) chez Nietzsche. L'originalité du concept réside dans sa puissance de valorisation. La volonté, ici, ne doit pas être entendue de manière vulgaire (courante), elle est essentiellement mouvement vers la domination, vouloir, est avant tout vouloir être maître. Jusqu'ici la vie (l'être) en tant que mouvement incessant (éternel retour) a toujours été dépréciée en faveur d'un arrière monde (le monde des Idées de Platon par exemple). Il s'agit, pour Nietzsche de revaloriser la vie elle-même et ce d'après son fondement afin d'arrêter le nihilisme, associé à la pensée de type platonicien (les arrières mondes), qu'il voit croître à son époque. Son fondement, rappelons le, est volonté d'accroissement. La vie se veut elle-même en tant qu'elle croît et cherche à s'accroître. La volonté de puissance est, en fait, volonté de volonté, en effet, la puissance se lit, ici, la volonté redoublé à partir d'elle-même, la volonté se dépassant car se risquant. Nietzsche détricote le fil métaphysique pour poser les valeurs correspondantes à la vie en son fondement tel qu'il l' a identifié. C'est pourquoi il entamera un travail de transvaluation des valeurs. La notion d'estimation, et par conséquent de valeur, est fondamentale chez Nietzsche ainsi que celle de subjectivité et de chaos. Le monde est chaos de façon originaire, selon la volonté de puissance. Le maintien des conditions et de l'augmentation de puissance est relatif au point de vue des valeurs, ces dernières se définissant dans une subjectivité accomplie. C'est pourquoi Heidegger dira que "La volonté de puissance se dévoile en tant que la subjectivité par excellence qui pense en valeurs"[2]. La valeur est essentiellement la perspective projetée par la vue calculatrice de la volonté de puissance, afin que celle-ci puisse s'épanouir. Il s'agira de comprendre et de voir les formes (individuelles ou collectives)qui contiennent (de manière effective ou potentielle)"le plus" de volonté de puissance et de les valoriser (au sens de mettre en avant). Le recours à la force, en regard de la volonté de puissance-expansion, n'est pas exclue loin de là, même si l'art est sans nul doute privilégié, chez Nietzsche, comme la forme par excellence de la volonté de puissance. Nietzsche veut faire résonner le premier terme dans la définition qui donne l'homme comme "animal raisonnable", car le raisonnable a par trop dominé, indûment selon Nietzsche, le coté animal (spontanéité, liberté).

Il ressort qu'une morale (autre qu'individuelle) ou une éthique Nietzschéenne est presque un contre-sens tant la subjectivité est mise à l'honneur et que le collectif y est fortement déprécié (instinct grégaire). Néanmoins, on pourrait dégager, de façon simplifiée, une "morale" qui advient par ce renversement des valeurs : le fort (ce qui s'accroît) remplace le bien (idée liée au suprasensible), le faible (ce qui stagne ou décroît) remplace le mal. Certains y verront, à tort mais dans une moindre mesure, la mise en place philosophique et métaphysique du darwinisme social, élaboré, notamment, par Herbert Spencer, contemporain de Nietzsche, en effet, malgré le fait que ce dernier a fortement critiqué cette théorie [3] , il apparait qu'elle rejoint selon la logique même de la volonté de puissance une théorie de la sélection appliquée à la société, les points de vues divergent de par leurs points de départ et non d'arrivée. Il est également à noter que son côté héllènophile, fait entrevoir chez Nietzsche une forte tendance aristocratique et hiérarchique, autrement dit un fort élitisme (en appelant à la constitution d'une communauté d'intellectuels) et un retour renouvelé (par ses vues) aux ancien grecques.

Volonté de puissance et Éternel retour[modifier | modifier le code]

La volonté de puissance chez d'autres philosophes[modifier | modifier le code]

Martin Heidegger[modifier | modifier le code]

Il est impossible de se faire une idée des concepts nietzschéens et de leur réception dans la communauté philosophique sans faire référence aux études de Martin Heidegger sur ce sujet et notamment aux deux tomes Nietzsche I et II paru en traduction française chez Gallimard.

Article détaillé : Heidegger et Nietzsche.

Alain[modifier | modifier le code]

Le philosophe Alain insista dans ses Propos sur le bonheur sur le fait que la volonté de puissance n'avait pas à se comprendre au sens restreint de puissance sur autrui ou sur les choses, mais bien d'expansion du moi. Ainsi, indique-t-il, un latiniste ne se lassera jamais de devenir encore meilleur latiniste (propos XLVII). Dans cette lecture, on retrouve Aristote et l'approche classique stoïcienne visant à placer son bonheur avant toute chose dans les choses qui dépendent de soi, ce qui est également très proche de la conception de Nietzsche (la morale mise à part) :

« Aristote dit cette chose étonnante, que le vrai musicien est celui qui se plaît à la musique, et le vrai politique celui qui se plaît à la politique. « Les plaisirs, dit-il, sont les signes des puissances. » Cette parole retentit par la perfection des termes qui nous emportent hors de la doctrine ; et si l'on veut comprendre cet étonnant génie, tant de fois et si vainement renié, c'est ici qu'il faut regarder. Le signe du progrès véritable en toute action est le plaisir qu'on y sait prendre. D'où l'on voit que le travail est la seule chose délicieuse, et qui suffit. J'entends travail libre, effet de puissance à la fois et source de puis­sance. Encore une fois, non point subir, mais agir. »

Cioran[modifier | modifier le code]

Dans le Livre des leurres[4], Cioran estime que la recherche de la puissance n'est pas première, qu'elle est plus fréquente chez ceux qui n'aiment pas la vie et qu'elle doit être une conséquence de l'hésitation entre la haine et l'amour de la vie.

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

Le jeu de stratégie Sid Meier's Alpha Centauri fait référence à la volonté de puissance par le biais d'une technologie de niveau 9 qui porte ce nom. Une citation d'Ainsi parlait Zarathoustra accompagne sa découverte.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Éditions[modifier | modifier le code]

  • Werke. Kritische Gesamtausgabe : KGW, hg. von Giorgio Colli und Mazzino Montinari. Berlin und New York 1967.
  • Sämtliche Werke, Kritische Studienausgabe in 15 Bänden : KSA, hg. von Giorgio Colli und Mazzino Montinari. München und New York 1980. (ISBN 3-42359-044-0)
  • Nietzsche, Fragments posthumes, en XIV tomes (y compris les œuvres publiées) (abréviation : FP), édition Colli et Montinari, traduction Gallimard (édition de référence ; contient un registre des fragments destinés à la Volonté de puissance).

Études[modifier | modifier le code]

Lectures de Nietzsche[modifier | modifier le code]

  • Roux, Wilhelm, Der Kampf der Teile im organismus, Leipzig, 1881

Références[modifier | modifier le code]

  1. Wolfgang Müller-Lauter, Physiologie de la Volonté de puissance.
  2. Heidegger, "Nietzsche" (volume 2 p. 219)
  3. Humain, trop humain (aphorisme 224)
  4. Page 201 de Quarto Gallimard

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]