Voile houari

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Houario
Sliding Gunter Sail
Araignée
Voile houari
Sonderklasse à grand-voile houari

Origine[modifier | modifier le code]

Comme souvent, la définition d'un navire dépend de la spécificité de son gréement. Le mot "Houari" surgit dans l'Encyclopédie Méthodique[1] de Panckoucke en 1786 pour désigner à la fois le bateau et son type de gréement : voile triangulaire portée par le mât et sa vergue qui en fait la continuation. Lescallier, cinq ans plus tard, dans son Traité Pratique de Gréement...[2], explique le maniement de cette voile en décrivant les blins qui permettent le glissement de la vergue le long du mât.

La définition de la voile houari en langue anglaise, sous le terme générique de Boat's Latteen Sail, apparaît pour la première fois dans The Elements and Pratice of Rigging and Seamanship de Steel[3], publié en 1794. La description de ce Sliding gunter sail, c'est-à-dire une voile triangulaire portée à la fois par le mât et une vergue coulissant le long de ce mât au moyen de cercles de fer ou blins, correspond au houari militaire. En effet, la Navy puis la Royale adopte ce gréement sur leurs baleinières, les plus légères et plus rapides de leurs annexes. C'est dans cet ouvrage de Steel que nous trouvons le schéma ci-contre.

L'origine du nom nous est donnée par William Falconer dans son A New Universal Dictionary of the Marine[4] en 1815, à la rubrique " HOUARIOS : are small vessels with two masts and a bowsprit, sometimes used as coasters or pleasureboats, in inlets and rivers of the Mediterranean. Abaft the masts are set lateen sails and sliding top masts... ". Suit la même description du gréement que celle de Steel : Voile triangulaire, vergue coulissant le long du mât grâce à deux blins en fer, bordure libre pour ferler la voile autour du mât quand la vergue est abaissée. Houario provient de l'arabe هواري : courageux.

Le houari militaire[modifier | modifier le code]

Sans doute les marins anglais et français démobilisés ont adopté cette voile sur leurs petits bateaux pour donner des Wherrys et des Houaris. Mais la première utilisation de ce gréement pour la Plaisance et particulièrement pour la course apparaît à Paris en 1857 sous l'impulsion du constructeur Baillet fils qui invente des "bagues mobiles se guindant et s'amenant facilement à l'aide de drilles" (blins ouvrants)[5]. Cette légère modification du houari militaire, qui permet de désassembler la vergue du mât, est nécessaire pour l'utilisation d'une bôme, la prise de ris et le ferlement de la voile le long de cette bôme.

Le faux houari[modifier | modifier le code]

Peu de temps après, à Nantes ou à Paris, est apparu une nouvelle façon de gréer cette voile houari, en remplaçant le cercle du haut par une araignée, c'est-à-dire un câble tendu le long de la vergue qui reçoit la poulie du bout de la drisse de vergue. Cette disposition demande donc deux drisses, mais la prise de ris ne nécessite plus de toucher à la drisse de vergue maintenue hissée à bloc. Cette disposition devint la règle dans le nord de la France, tandis qu'en Méditerranée on en restait soit au gréement conventionnel par blins soit au serrage de la vergue par des drosses en forme de lasso.

Pour toutes ces façons de gréer, le terme de houari reste utilisé, ce qui montre bien qu'il désigne la grande voile triangulaire, quelle que soit son maintien, ou le bateau ainsi gréé. Pour preuve, en 1868, apparait à Argenteuil Le Vautour, un dériveur portant un mât à pible (d'un seul tenant, sans vergue) de 22 m de haut, et décrit d'abord comme un houari avant qu'apparaisse le terme de bermudien[6],[7],[8]. Ce bateau, bien qu'ayant gagné quelques régates, dont celles de l'Exposition Universelle de Paris en 1878, ne fit pas d'émule à l'époque.

les différentes liaisons[modifier | modifier le code]

Dès son lancement en 1878, le journal Le Yacht décrit avec force détails tous les façons de gréer une voile houari : Le mât-vergue (ou mât à pible), la vergue montée sur tringle (pour éviter les blins), le houari militaire avec ses blins, le houari militaire avec blins ouvrants, le houari militaire avec drosse (système latin, sans blins)[9], le houari nantais ou parisien avec son araignée[10], le blin du bas double[11].

Il est étonnant de voir que la traduction française de A Manual of Yacht and Boat Sailing[12] de Dixon Kemp ne reprenne pas le contenu de l'édition anglaise[13] de 1884 qui consacre un chapitre entier à la voile houari. Kemp décrit parfaitement l'adaptation française des houaris parisiens et nantais, et se sert de l'image de Lison pour dévoiler les jumelles, l'araignée etc. en usage sur les Clippers d'Argenteuil. Du reste, il ne parle d'aucune autre utilisation de cette voile.

Les références[modifier | modifier le code]

En France, les auteurs qui peuvent servir de référence dans la marine traditionnelle ne se trompent pas sur le caractère de cette voile lorsqu'ils décrivent le gréement des baleinières de l’État, ainsi : Romme[14], Willaumez[15] , Bonnefoux et Pâris[16], Consolin[17], Delauney[18], Le Manuel du Gabier du Ministère de la Marine[19], Paasch[20], Moissenet[21], Soé Dupont et Roussin[22], Millot[23].

En revanche, comme le houari reste uniquement utilisé dans la Plaisance, en dehors des baleinières de l'Etat, quelques auteurs se trompent en donnant au houari le caractère des voiles auriques (voiles quadrangulaires) : Pierre Bidon (Abbé Jules Jacquin)[24], Ricaux et Bonnet[25], et Gruss[26]. La liberté surveillée donnée à la vergue par l'araignée et la méconnaissance de l'origine de cette voile ont induit ces auteurs à l'erreur.

L'usage historique du houari[modifier | modifier le code]

Les régatiers français furent parmi les premiers à adopter ce gréement houari avec les clippers d'Argenteuil, avant 1870[27], les houaris nantais peu de temps après[28] et les houaris marseillais[29]. Les essais infructueux effectués en Europe et aux États-Unis pour obtenir des mâts d'un seul tenant assez résistants, prolongèrent l'utilisation de la voile houari sur les petits voiliers de course et de la voile à corne sur les grands. Le gréement marconi, ou bermudien, ne devient courant qu'après la Seconde Guerre mondiale[30].

L'usage actuel du houari[modifier | modifier le code]

Parmi les bateaux classés Monuments Historiques, citons Vétille et Vezon, deux houaris nantais[31] qui naviguent sur l'Erdre. En Méditerranée, l'association Carènes a reconstruit et lancé en mai 1992 le Ciotaden[32], un petit bateau traditionnel de course gréé en houari militaire avec des blins ouvrants. Au printemps 2013, la réplique d'Alcyon[33], le houari marseillais mythique a été baptisé. Comme les bateaux du XIXe siècle, il emprunte la technique de la voile latine pour gréer la vergue avec des drosses. De nombreuses séries anciennes du yachting léger utilisaient le houari, comme le Sharpie 12 m2 ou le Bélouga. Comme ce dernier, certaines restent actives et se laissent admirer dans nos eaux françaises. Des classes récentes comme celle du Guépard, Plate en V du Morbihan, reprennent le faux houari.

l'usage futur du houari[modifier | modifier le code]

En dehors des bateau du patrimoine et des "revivals", les embarcations "voile-aviron" demandent des espars qui peuvent être contenus dans leurs coque. Le gréement au tiers est donc tout à fait approprié. Mais dès 1941, O'Brien[34] proposait deux gréements de houari militaire améliorés pour les canots "voile-aviron". L'un n'est rien d'autre qu'une poulie de drisse pivotante en tête de mât pour suivre l'orientation de la voile. L'autre reprend une technique qu'il a observé aux Îles Baléares et qui connecte et déconnecte automatiquement le collier de mât de celui de la vergue. Cette solution peu ou pas connu en France mériterait d'être explorée.

Notons que Mandfred Curry défendait le gréement de houari en démontrant son efficacité.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Vial de Clairbois, Encyclopédie Méthodique - Marine, Tome II, 1786
  2. Daniel Lescallier, Traité Pratique de Gréement des Vaisseaux et autres Bâtiments de Mer, 1791
  3. David Steel, The Elements and Pratice of Rigging and Seamanship, Printed for David Steel, London, 1794.
  4. William Falconer, A New Universal Dictionary of the Marine, Printed to T. Cadell, London, 1815.
  5. Journal Le Sport, Paris, 4 novembre 1857.
  6. Journal Le Sport, 1868 et 1869
  7. Journal Le Yacht, 1878
  8. A. Glandaz, Union des Sociétés de Rivière, 1914
  9. Journal Le Yacht, 12/10/1878
  10. Journal Le Yacht, 19/10/1878
  11. Journal Le Yacht, 16/10/1880
  12. Dixon Kemp, Navigation à Voile et à Vapeur, traduction de MM. Boyn et Martinenq, Paris, 1896
  13. Dixon Kemp, A Manual of Yacht and Boat Sailing, Horace Cox, London, 1884
  14. Romme, Dictionnaire de la Marine Française, 1813
  15. Willaumez, Dictionnaire de Marine, 1831
  16. Bonnefoux et Pâris, Dictionnaire de la marine à Voile, 1847
  17. Consolin, Manuel du Voilier, 1859
  18. Delauney, Le Canotage Aviron-Voile, vers 1875
  19. Ministère de la Marine et des Colonies, Le Manuel du Gabier, 3ème éd. 1885
  20. Paasch, De la Quille à la Pomme de Mât, 1885
  21. Moissenet, Architecture et Construction du Yacht, 1896
  22. Soé, Dupont et Roussin, Dictionnaire de Marine, 1906
  23. Millot, Traité de Voilure, 1925
  24. Pierre Bidon, Manuel Universel et Raisonné du Canotier, 1845
  25. Ricaux et Bonnet, Manœuvre de la Voile, 1920
  26. Gruss, Petit Dictionnaire de Marine, 1945
  27. Daniel Charles, Les chasseurs de futurs, page 61
  28. François Puget, Belle Plaisance, Nantes Erdre et Loire, 1994
  29. Alphonse Cyprien Fabre, Aureto e Aurasso (zéphirs et aquilons) : les beaux jours de la navigation de plaisance à Marseille : 1846-1914, 1932
  30. Daniel Charles, Les chasseurs de futurs, page 62
  31. Le Chasse-Marée, Une spécialité nantaise : les voiliers de régate métalliques, N° 148, 18 décembre 2001
  32. le Chasse-Marée, Un houari pour La Ciotat, N° 72, mai 1993
  33. Yachting Classique, Alcyon, la renaissance d'un voilier fou, N° 58, Décembre 2013
  34. O'Brien, Sea-Boats, Oars and Sails, 1941

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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