Classe Commerce de Marseille

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Classe Commerce-de-Marseille
ou classe Océan
Image illustrative de l'article Classe Commerce de Marseille
Nicholas Pocock, l’Impérial, vaisseau de la classe Commerce-de-Marseille, attaqué par la Royal Navy lors de la bataille de San Domingo, 6 février 1806.

Histoire
A servi dans Pavillon de la marine royale française Marine royale française
Pavillon de la Marine de la République française Marine de la République
Civil and Naval Ensign of France.svg Marine nationale française
Quille posée premier chantier commencé le 12 août 1786
Lancement premier vaisseau lancé le 8 novembre 1788
Armé premier vaisseau armé en décembre 1790
Statut dernier navire rayé du service en novembre 1882 : le Ville-de-Paris
Caractéristiques techniques
Type vaisseau de ligne
Longueur 63,20 mètres
Maître-bau 16,50 mètres
Tirant d'eau 8,1 mètres
Tonnage 5 095 tonnes
Propulsion voiles (3 250 m²)
Vitesse maximum 10 nœuds
Caractéristiques militaires
Blindage bois
Autres caractéristiques
Équipage 1 130 hommes
Chantier naval Toulon, Brest, Rochefort et Cherbourg

La classe Commerce-de-Marseille est une série de seize vaisseaux de 118 canons, lancés par la France entre 1788 et 1854. La première unité de la série est le Commerce-de-Marseille, lancé en 1788, d'où le nom de cette série. Elle est toutefois souvent appelée classe Océan du nom de l’Océan deuxième navire construit sur le même modèle, qui a fait une très longue carrière, contrairement au Commerce de Marseille[1].

Il s'agit de vaisseaux à trois ponts, nettement plus grands que tous les autres vaisseaux des marines de guerre de la fin du XVIIIe siècle. Puissants et solides lors des combats, ils sont aussi manœuvrant que les deux-ponts français de 74 canons et 80 canons de la même époque, quoiqu'un peu plus lents. Ils sont aussi plus coûteux et exigeants à construire, et demandent un équipage nettement plus nombreux, ce qui explique que seize seulement seront mis en chantier avant la chute de l'Empire.

Conception[modifier | modifier le code]

Suite à ses défaites pendant la Guerre de Sept Ans (1756-1763), le Royaume de France s'est lancé dans un effort important de construction navale. Juste après la Guerre d'indépendance des États-Unis (1778-1783), cet effort se poursuit, entraînant des dépenses considérables. Le secrétariat d'État de la Marine tente alors de se limiter à quelques modèles standardisés pour faire des économies d'échelle : pour les vaisseaux trois-ponts devant servir de vaisseaux-amiraux, le chevalier de Borda (inspecteur des constructions navales) choisit parmi six projets proposés en 1784 celui de l'ingénieur Sané.

Sané avait déjà standardisé auparavant la production des frégates de 18 (en 1782 avec la classe Hébé), puis celle des vaisseaux de 74 (à partir de 1782 avec la classe Téméraire). Plus tard il sera à nouveau retenu pour définir le modèle des vaisseaux de 80 canons (à partir de 1789 avec la classe Tonnant).

Articles détaillés : Classe Hébé, Classe Téméraire et Classe Tonnant.


Le 30 septembre 1785, Versailles donne l'ordre de construire les deux premières unités de la série : l'une à Toulon sous le nom de Commerce-de-Marseille, l'autre à Brest sous le nom d’États-de-Bourgogne.

À terme, le programme de 1786 prévoit neuf vaisseaux de 118 canons, chacun devant servir de vaisseau-amiral à l'une des neuf escadres (cinq à Brest, deux à Toulon et deux à Rochefort[2]).

En 1790, le Commerce-de-Marseille étant terminé, un troisième vaisseau de 118 est mis en chantier, baptisé le Dauphin-Royal. La République poursuit la production avec deux autres unités (la République-française et le Peuple), auxquelles l'Empire rajoute onze de plus (l’Austerlitz, le Wagram, l’Impérial, etc.), dont cinq seulement sont terminés en 1815. Au total, la série compte seize unités.

Sous le Second Empire, quatre d'entre-eux sont équipés d'une hélice et d'une machine à vapeur (de 140 à 650 chevaux), nécessitant l'embarquement de 200 à 445 tonnes de charbon (selon le modèle de la machine) dans les cales.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Dimensions[modifier | modifier le code]

La coque fait 196 pieds 6 pouces (soit 65,18 mètres) de long de l'étrave à l'étambot, 50 pieds de large (16,24 mètres) et 25 pieds de creux (8,12 mètres de tirant d'eau). Le déplacement approche les 3 000 tonneaux (soit 5 100 tonnes) ; malgré les 3 200 m² de voiles, la vitesse ne dépasse pas les 9 ou 10 nœuds.

La largeur importante de ces vaisseaux leur donne une grande stabilité, ce qui n'est pas négligeable lors des tirs. Par contre, un tel tirant d'eau a eu des conséquences funestes pour la flotte française lors de la bataille d'Aboukir, obligeant la ligne de vaisseaux à mouiller loin de la côte, ce qui permet aux Britanniques de prendre les Français entre deux feux.

Les vaisseaux de 118 canons français conçus par Sané sont plus lourds et plus longs que le Santísima Trinidad espagnol (de 138 canons) ou le HMS Victory britannique (de 104 canons) ; mais d'après les Britanniques qui s'emparent du Commerce-de-Marseille à Toulon en 1793, le gros trois-ponts manœuvre comme une frégate (mais sans en avoir la vitesse).

Article connexe : Siège de Toulon (1793).

Armement[modifier | modifier le code]

Bien que dénommés « vaisseaux de 118 canons », les unités de la série portent de 124 (selon le règlement de 1786) à 136 (selon le règlement de 1806) pièces d'artillerie si on compte les caronades :
32 canons de 36 livres en première batterie ;
34 canons de 24 livres en deuxième batterie ;
34 canons de 12 livres en troisième batterie ;
18 canons de 8 livres et 6 obusiers de 36 livres sur les gaillards.
Le poids total d'une bordée est de 1 368 livres de boulets en fonte.

À partir de l’Impérial, lancé en 1803, les canons de 12 livres de la troisième batterie sont remplacés par des 18 livres.
Le poids d'une bordée passe à 1 470 livres de fonte.

À partir de l’Austerlitz, lancée en 1806, l'armement des gaillards est modifié, ils portent désormais 14 canons de 8 livres et 12 caronades de 36 livres.
Le poids d'une bordée passe à 1 562 livres de fonte.

Sous la monarchie de Juillet et le Second Empire, les vaisseaux de la série sont successivement réarmés avec 120 canons de 30 livres.
Le poids d'une bordée passe alors à 1 902 livres de fonte.

Équipage[modifier | modifier le code]

Selon le règlement français du 1er janvier 1786[3], l'équipage de temps de guerre doit être théoriquement de 1 117 hommes (780 en temps de paix) : soit 16 officiers, 9 élèves ou volontaires, 81 officiers-mariniers, 66 canonniers (des troupes de marine), 8 timoniers, 638 matelots, 180 soldats (troupes de marine ou infanterie de ligne), 80 mousses, 19 surnuméraires et 17 valets.


Les officiers sont : un capitaine de vaisseau (le commandant), un major (c'est un nouveau grade dans la marine), sept lieutenants, sept sous-lieutenants (le nouveau nom pour les enseignes).

Les officiers-mariniers sont ceux de manœuvre (2 premiers maîtres, 3 seconds maîtres, 4 contre-maîtres et 24 quartiers-maîtres), de pilotage (2 premiers pilotes, 2 seconds pilotes, 6 aides-pilotes et 2 pilotes côtiers), de canonnage (4 maîtres-canonniers, 7 seconds maîtres-canonniers, un maître-armurier et un garde-armurier), de charpentage (un maître-charpentier, 2 seconds maîtres-charpentiers et 6 aides-charpentiers), de calfatage (un maître-calfats, 2 seconds maître-calfats et 6 aide-calfats) et de voilerie (un maître-voilier, un second maître-voilier et 3 aides-voiliers).

Les surnuméraires correspondent au chirurgien, aides-chirurgiens, apothicaires, premiers commis du munitionnaire, seconds commis, maîtres-valets, coqs, bouchers, boulangers et au tonnelier.


Sous la République et l'Empire, l'équipage théorique passe à 1 130 hommes (825 en temps de paix), dont 17 officiers (un capitaine de vaisseau, un capitaine de frégate, six lieutenants et neuf enseignes) auxquels se rajoutent neuf aspirants.

Navires de la classe[modifier | modifier le code]

Article connexe : Liste des vaisseaux français.
Nom Arsenal Construction Historique Fin
le Commerce-de-Marseille Toulon 1786-1790 capturé par les Britanniques à Toulon en août 1793 il est renommé le HMS Commerce-de-Marseille; très endommagé par un ouragan en 1795, il est transformé en ponton-prison démoli en 1802
les États-de-Bourgogne Brest 1786-1790 renommé la Montagne en 1793, il est le navire amiral de Villaret-Joyeuse et de l'escadre de l'Atlantique lors de la Bataille du 13 prairial an II, et de la désastreuse campagne du Grand Hiver, décembre 1794, février 1795. Renommé le Peuple le 27 mai 1795, et portant toujours la marque de Villaret-Joyeuse, il participe le 23 juin 1795 au combat de Groix. Il devient l’Océan le 26 juin 1795 et sous ce nom il participe à la non moins infortunée expédition de Saint-Domingue en 1801. Sous l'Empire il reste longtemps à Brest mais en 1809, il est le navire amiral de l'escadre commandée par l'amiral Zacharie Allemand qui s'apprête à partir pour les Antilles quand elle est attaquée par des brûlots lors de la bataille de l'île d'Aix où il échappe de peu à l'incendie. démoli en 1855
le Dauphin-Royal Toulon 1790-1793 renommé le Sans-Culotte en 1792, il participe aux combats autour des iles d'Hyère, puis à la Bataille de Gênes le 14 mars 1795. Rebaptisé l’Orient en 1795, il est le navire amiral de l'escadre de la Méditerranée qui échappe à la flotte de Nelson, s'empare de Malte et conduit et débarque l'armée de Bonaparte à Alexandrie lors la campagne d'Égypte en 1798. explose lors de la bataille d'Aboukir
le Peuple Brest 1793-1803 renommé le Vengeur en 1794 puis l’Impérial en 1805 sabordé après la bataille de San Domingo en 1806
la République-française Rochefort 1794-1803 renommé le Majestueux en 1803, navire amiral de Zacharie Allemand lors de sa chasse dans l'Atlantique Nord en 1805-1806 démoli en 1839
l’Austerlitz Toulon 1806-1809 démoli en 1837
le Marengo Rochefort 1807-1851 renommé la Ville-de-Vienne en 1807, le Comte-d'Artois en 1814 et la Ville-de-Paris en 1830 démoli en 1882
le Monarque Toulon 1809-1810 renommé le Wagram en 1810 démoli en 1837
le Montebello Toulon 1810-1813 démoli en 1867
l’Impérial Toulon 1810-1814 renommé le Royal-Louis en 1814 démoli en 1825
le Tonnant Rochefort 1811-1854 renommé le Louis-XIV en 1828 démoli en 1880
le Roi-de-Rome Brest 1811- renommé l’Inflexible en 1814 puis le Sans-Pareil en 1815 construction abandonnée en 1815
l’Inflexible Cherbourg 1812-1840 renommé le Duc-de-Bordeaux en 1824, le Friedland en 1830 et le Colosse en 1865 démoli en 1864
le Héros Toulon 1812-1813 démoli en 1828
le Formidable Toulon 1813-1824 renommé le Trocadéro en 1823 démoli en 1836
le Souverain Toulon 1813-1840 démoli en 1885

Références[modifier | modifier le code]

  1. les Anglophones utilisent le terme d’Océan class ship of the line pour désigner ces vaisseaux d'architecture semblable.
  2. Archives nationales, fonds Marine, série B-5, carton no 29.
  3. Source : Archives nationales, fonds Marine, B5-28.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gérard Delacroix, Le Commerce de Marseille 1788-1801, éditions Gérard Delacroix,‎ 2006.
  • Jean Boudriot, « Le vaisseau trois-ponts l'Océan 1785-1855 », Neptunia, no 102,‎ 1971.
  • Michel Vergé-Franceschi, Dictionnaire d'Histoire maritime, éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins »,‎ 2002
  • Jean Meyer et Martine Acerra, Histoire de la marine française, Rennes, éditions Ouest-France,‎ 1994

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]