Yole de Bantry

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Amitié, une yole de Bantry de Treizour, en baie de Douarnenez.

La yole de Bantry (ou "Yole 1796"[1]) est une embarcation de bois se manœuvrant soit à l'aviron soit à la voile. Un "canot du commandant" du XVIIIe siècle a servi de modèle pour la réalisation des yoles de Bantry actuelles. Depuis 1986, environ 70 yoles ont été construites sur le même modèle et la popularité de l’activité est grandissante.

Historique[modifier | modifier le code]

Une ancre de l'Expédition d'Irlande (1796) découverte en Baie de Bantry

Au XVIIIe siècle, une yole était « petit canot élégant, très léger »[2]. Cette embarcation était utilisée comme annexe d'un navire de la marine nationale. Il existait à l’époque plusieurs types d'embarcations sur les navires[3],[2]. La yole de 1796 qui a servi de modèle aux yoles de Bantry actuelles est du type du « canot du commandant » ou « canot de l'amiral »[4] qui servait à transporter le capitaine d’un navire de guerre vers un autre navire ou bien vers la rive ; celui-ci, toutefois, n’était pas aux commandes de la yole.

Original ayant servi à la construction des yoles de Bantry, la yole annexe de la frégate La Résolue est le plus vieux navire de la Marine française encore intact à ce jour.

C’est en 1796, alors que la France était en pleine Révolution, qu’une flotte de bateaux français fut envoyée en Irlande afin de soutenir les Irlandais dans leur lutte contre l’Angleterre. Arrivée en Baie de Bantry, la flotte dut faire face à un violent orage qui endommagea plusieurs bateaux. Le 22 décembre, La Résolue, une frégate française, est percutée par un vaisseau qui deviendra célèbre et héroïque Le Redoutable. Deux jours plus tard, le commandant de La Résolue, l'amiral Nielly, envoie sa yole afin de demander des secours. Malgré des vents forts, la yole, commandée par un jeune lieutenant originaire de l'île de Groix, aborde le rivage sans dommage. Peu après son débarquement, l'équipage est capturé par des irlandais pro-britanniques.

Richard White, le capitaine du détachement, conserve la yole dans sa maison familiale, la Bantry House ou Seafield, au sud de la Baie de Bantry, où elle est préservée pendant plus d’un siècle. En 1944 elle est offerte au Musée national maritime d’Irlande à Dun Laoghaire. Cette embarcation est exposée actuellement au Musée national d'Irlande à Dublin[5].

En 1982, l’Américain Lance Lee et le Français Bernard Cadoret découvrent la yole en Irlande et en dressent les plans pour servir de modèle afin d’organiser des compétitions amicales entre jeunes marins des deux bords de l'Atlantique (Atlantic challenge).

L’appel de la revue Chasse-Marée pour le « Défi Jeunes Marins 2000 »[6] a permis le lancement en France d'une trentaine de yoles de Bantry qui se sont retrouvées aux Fêtes maritimes de Brest 2000.

Plus de 30 yoles de Bantry en France[modifier | modifier le code]

Les yoles de Bantry aux fêtes maritimes

Il existe actuellement une trentaine de yoles de Bantry en France : De Dunkerque à Villefranche, en passant par Cherbourg ou Niort, elles sont présentes tout au long de la Mer du Nord, la Manche, l’Atlantique et la Méditerranée.

Deux yoles (Fraternité et Amitié) ont été lancées dans les années 1980 pour l’Atlantic challenge. Les autres yoles de Bantry répondent au concours du Chasse-Marée pour le « Défi Jeunes Marins 2000 »[6] ou ont été construites depuis.

Les yoles se confrontent régulièrement lors de grands rassemblements de yoles de Bantry : « Défis Jeunes Marins » de Brest (2000), Toulon (2004), Québec (2008) et Dunkerque (2011), Régates internationales de yoles de Bantry de Marseille (chaque année en septembre).

Elles participent à de nombreux rassemblements locaux de bateaux traditionnels et se retrouvent souvent à de grands évènements comme les Fêtes maritimes de Brest / Douarnenez, la Semaine du Golfe du Morbihan, la Vogalonga de Venise, Toulon Voiles de Légende 2013, etc.

Les yoles de Bantry de France sont regroupées, avec d’autres petits bateaux traditionnels, au sein de la Fédération Voile Aviron (F.V.A.) qui actualise constamment l’annuaire des yoles.

Description[modifier | modifier le code]

Une yole de Bantry exposée avec voiles et avirons dans un bassin.
La yole Massalia de Marseille lors d'une régate d'aviron.

La yole de 1796 était, pour l’époque, un bateau très rapide, mais surtout très manœuvrant. Elle pouvait facilement se déplacer entre des quais et des bateaux. De plus, son faible tirant d’eau lui permettait de se déplacer dans des zones peu profondes.

La yole de Bantry est une longue embarcation de 11,64 m. légèrement relevée à l’avant et à l’arrière.

Sa fine étrave comporte une courte tête permettant d’amarrer la yole.

La poupe est équipée d’un tableau. Le safran, facilement amovible, est habituellement surmonté par une barre à tire-veille permettant son utilisation quand le mât de tapecul, situé en bordure du tableau, est en place.

Entre les bancs de nage et le tableau, la partie arrière de la yole est appelée la « chambre ». Disposant de bancs de chaque côté de la yole, elle permet de recevoir des passagers.

En version aviron, la yole borde dix avirons, de plus de 5 m. de long. Ils sont disposés « en pointe » : Placés en quinconce, un par banc, les équipiers utilisent leurs avirons face au bord opposé en les faisant reposer dans des « portières de fargue » creusées dans le plat-bord.

En version voile, la yole utilise trois voiles au tiers :

Habituellement la yole de Bantry ne fonctionne pas simultanément à la voile et à l’aviron. A la voile, des avirons placés à l’avant peuvent parfois aider à virer de bord.

Caractéristiques de la yole de Bantry[7]
Longueur 11,64 mètres (38 pieds)
Barrot (largeur) 2,05 mètres
Tirant d'eau 0,79 mètres
Déplacement 0,8 tonnes
Longueur des avirons 5,49 mètres maximum
Nombre de voiles Trois voiles au tiers

Fonctionnement[modifier | modifier le code]

La yole de Bantry Laïssa Ana aux "Rencontres des Yoles de Méditerranée" à Villefranche-sur-Mer.

Un équipage complet pour une yole de Bantry comporte 13 personnes soit 10 nageurs (rameurs), 1 brigadier avant, 1 brigadier arrière et 1 chef de bord. Ce nombre n’est cependant pas obligatoire pour la bonne marche du bateau. En fonction des conditions, de l’expérience des marins et des membres disponibles, l’embarcation pourra fonctionner avec un équipage réduit ou, au contraire, embarquer quelques passagers de plus.

Le responsable de l’embarcation est appelé chef de bord ou encore patron[8]. Le chef de bord prend place face aux nageurs, à l’arrière du bateau. Son rôle consiste à commander les manœuvres, qu’il s’agisse des mouvements d'aviron ou des manœuvres des voiles. Il est aussi à la barre, c'est-à-dire qu’il dirige l’embarcation.

Dix membres de l’équipage sont appelés nageurs, bien qu’ils soient également responsables des manœuvres des voiles. Chaque nageur est assis seul sur un banc faisant face au chef de bord (donc tournant dos à l’avant du bateau). Les cinq nageurs assis du côté bâbord manœuvrent les avirons du côté tribord et de la même manière les cinq autres nageurs assis côté tribord utilisent les avirons bâbord. Étant donné la taille imposante des avirons, la majorité des mouvements doit être synchronisée et une très bonne coordination de l'équipe est nécessaire pour des manœuvres plus complexes, comme la mise à l’eau des avirons.

Le nageur situé le plus à l’arrière de la yole est appelé chef de nage. Il a la tâche supplémentaire de devoir donner et garder la cadence pour les autres nageurs.

Bien qu’il y ait certaines exceptions, la navigation sous voile se fait lorsque tous les avirons sont rangés à bord du bateau. À ce moment, chaque nageur adopte un rôle différent afin d’exécuter les manœuvres des voiles. Malgré le fait que le rôle, le titre et la position des membres de l’équipage varient d’équipe en équipe lors de ces manœuvres, on retrouve généralement des postes fixes comme le maître de mât, qui hisse et affale la voile du mât dont il a la responsabilité, ou encore les responsables des écoutes, qui s’occupent du réglage des voiles.

Pour compléter cet équipage, deux brigadiers sont placés respectivement à l’avant du bateau et à l’arrière, dans la chambre arrière. Ils servent pendant les phases d'arrivée et de départ du bateau à l'amarrer et à larguer les bouts. Pendant les phases de voile, le brigadier avant surveille le plan d'eau pour éviter tout risque de collision, tandis que le brigadier arrière aide le chef de bord pendant les manœuvres.

Atlantic Challenge[modifier | modifier le code]

Yole de Bantry de Treizour, Volonté sur le fleuve Saint-Laurent, durant l'Atlantic Challenge.

L'Atlantic Challenge est la principale compétition internationale de yoles de Bantry. Elle se déroule tous les deux ans dans un pays différent.

Autre titre de l'épreuve : " International Contest of Seamanship ".

La prochaine épreuve de l'Atlantic Challenge aura lieu en juillet 2014 en France dans le Golfe du Morbihan.

Article détaillé : Atlantic challenge.

Galerie photos[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://maquettes.ge.pagesperso-orange.fr/yole.htm
  2. a et b Capitaine de vaisseau Pâris et capitaine de vaisseau de Bonnefoux, "Dictionnaire de marine à voile" (1847), réédité aux Editions du Layeur, ISBN 2-911468-25-2
  3. Le "dictionnaire de marine à voile" de Pâris et Bonnefoux, en 1847, distingue trois catégories d'embarcation sur les vaisseaux de guerre, les plus légères étant les yoles ou canot-yoles, les plus lourdes les chaloupes et, au milieu, les canots. La chaloupe correspond pour eux à l'embarcation la plus lourde susceptible de porter de l'artillerie tandis que la yole "est une construction légère propre à effectuer les sauvetages ou à servir pour les communications pressées". Dans ce contexte, la yole de Bantry est bien une yole et non une chaloupe
  4. http://www.tipsimages.it/Photo/ShowImage_Editorial_Popup.asp?IMID=1269112&pgsz=250&chcr=cr "Le canot de l'amiral" par Alfred Paris (illustration du journal "Paris illustré")
  5. http://www.museum.ie/en/list/overview-arts-history.aspx National Museum of Ireland, Decorative Arts & History, Collins Barracks, Benburb Street, Dublin
  6. a et b Présentation de ce Défi dans le Chasse-Marée no 103
  7. http://defi.jeunes.2004.free.fr/construction.htm
  8. Bien que son rôle soit similaire à celui d’un capitaine, le chef de bord n’était pas traditionnellement le capitaine du navire principal mais plutôt un officier de ce dernier ; de nos jours, cette distinction n'a plus cours

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]