Conditionnel

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Dans plusieurs langues, le conditionnel est un mode employé pour exprimer un événement ou un état soumis à une précondition (d'où son nom), pour rapporter des faits tout en exprimant un doute à leur sujet. En tant que mode, pour exprimer un événement ou un état soumis à une précondition, une proposition au conditionnel (présent ou passé) s'emploie généralement avec une proposition à l'imparfait ou au plus-que-parfait de l'indicatif - ou au passé simple dans de rares cas. Cette proposition peut aussi être sous-entendue.

En français, il est maintenant largement considéré comme un[Contradiction] temps de l'indicatif[1]. Il se compose de deux temps, l'un possible sous deux formes[2] : conditionnel présent identique au futur du passé ; conditionnel passé 1re forme identique au futur antérieur du passé ; conditionnel passé 2e forme identique au plus-que-parfait du subjonctif. En tant que temps, il exprime un événement futur par rapport à un événement exprimé à un temps du passé dans le discours rapporté ou le récit.

Les formes du conditionnel[modifier | modifier le code]

Le conditionnel en français comporte trois temps, dont les formes sont tirées de temps d'autres modes :

  • un temps du présent
    • conditionnel présent (ex : je mangerais), calqué sur le futur du passé ;
  • deux temps du passé, considérés comme équivalents en nuance
    • conditionnel passé 1re forme (ex : j'aurais mangé), calqué sur le futur antérieur du passé ;
    • conditionnel passé 2e forme (ex : j'eusse mangé), calqué sur le subjonctif plus-que-parfait, qui peut apparaître comme expression du mode conditionnel dans des textes anciens ou littéraires;

Morphologie[modifier | modifier le code]

Dans la plupart des langues romanes, futur et conditionnel se sont formés à partir d'une périphrase composée de l'infinitif du verbe concerné et de l'auxiliaire avoir conjugué au présent (pour le futur) ou à l'imparfait (pour le conditionnel). Soit, pour le verbe cantare, les formes *cantare habeo et *cantare habebam (j'ai pour destin de chanter, j'avais pour destin de chanter). On suppose que cette tendance à la périphrase, déjà présente en latin classique, s'est imposée lorsque le futur, malmené par l'évolution phonétique, devenait de moins en moins discernable. Quant au conditionnel, il n'existait pas en latin. On peut remarquer que l'usage de futurs périphrastiques est une constante de la langue, et que des formes telles que « je vais partir » ou « je dois partir » sont fréquemment utilisées dans le langage courant.

Emplois dans la langue française[modifier | modifier le code]

Le parallélisme entre futur et conditionnel se vérifie au niveau de l'emploi de ces deux temps (ou plutôt quatre, en comptant le futur antérieur et le conditionnel passé, qui s'ajoutent au futur « simple » et au conditionnel présent). Certains grammairiens, notamment au niveau scolaire, distinguent des valeurs temporelles et des valeurs modales du futur et du conditionnel. L'idée n'est pas mauvaise en soi, même si elle est surtout utilisée pour tenter de surmonter l'incohérence apparente qu'il y a à considérer le conditionnel comme un mode, et pas le futur.[réf. nécessaire]

Fait soumis à une condition[modifier | modifier le code]

C'est cet emploi qui a valu au conditionnel son nom. Les exemples suivants sont appelés par les grammaires traditionnelles potentiel, irréel du présent et irréel du passé, selon un schéma calqué sur le latin :

  • Potentiel : « Si tu venais demain, je serais content. » (sous-entendu : tu as encore le temps de venir)
  • Irréel du présent : « Si tu venais aujourd'hui, je serais content. » (sous-entendu : tu es trop loin pour venir rapidement)
  • Irréel du passé : « Si tu étais venu hier, j'aurais été content. » (sous-entendu : tu n'es pas venu de toute façon).

On note qu'en français, au contraire du latin, il n'existe aucune distinction morphologique entre le potentiel et l'irréel du présent : la différence est sémantique et se fait grâce au contexte.

On peut également traduire certaines clauses conditionnelles par le futur de l'indicatif ; on parle de futur à valeur modale de conditionnel ou hypothétique :

  • Hypothétique : « Si tu viens demain, je serai content. »

Expression d'une hypothèse[modifier | modifier le code]

Une valeur propre au conditionnel, mais aussi au futur antérieur. Dans le premier cas on a affaire à une hypothèse fréquemment employée par les journalistes pour bien montrer qu'ils ne reprennent pas à leur compte le fait qu'ils citent (procédé de modalisation). Dans le second cas, il s'agit souvent de se rassurer en transformant une hypothèse en quasi-certitude :

  • « Le voleur se serait caché dans les bois environnants ; il aurait entendu la police arriver. » (conditionnel)
  • « Jean-Pierre est en retard ; il aura sans doute été retardé par les embouteillages. » (futur antérieur)

L'usage fait par les journalistes a débouché sur l'expression désignant une information incertaine « une information à mettre au conditionnel » (on la trouve dans la chanson Au conditionnel du disque Archie Kramer de Matmatah).

Expression de l'imaginaire[modifier | modifier le code]

Là encore, futur et conditionnel peuvent être mis en parallèle. Par exemple dans ce jeu enfantin, le futur indique comment va se réaliser le jeu, tandis que le conditionnel expose quelles pourraient être les conditions de ce jeu :

  • « Moi je serai le docteur et toi tu seras la malade. » (futur)
  • « Moi je serais le docteur et toi tu serais la malade. » (conditionnel)

Le conditionnel traduit ici la constitution d'une actualité autre, une actualité ludique (c'est pour cette raison que le conditionnel, dans ces conditions d'emploi, est d'ordinaire appelé "conditionnel ludique"), ou une demande implicite de l'accord de la partenaire. On peut donc l'interpréter comme un passage dans un espace mental parallèle, celui du jeu, distinct du monde réel (de même que Il était une fois signale le passage dans le monde du merveilleux).

Demande/Politesse[modifier | modifier le code]

On a affaire à des tournures utilisant les verbes pouvoir ou vouloir comme semi-auxiliaires. Ce genre de phrase peut faire usage du présent, du futur ou du conditionnel, tout étant une affaire de nuances :

  • « Pourras-tu faire la vaisselle ? » (futur)
  • « Pourriez-vous me passer le sel ? » (conditionnel)
  • « Voudriez-vous bien fermer la porte ? » (conditionnel)

Le conditionnel apporte un degré de politesse de plus par rapport au futur, lui-même plus poli que le présent.

L'expression du futur[modifier | modifier le code]

Dans le discours indirect, la concordance des temps impose que, lorsque la principale est à un temps du passé, le conditionnel présent se substitue au futur (on parle de futur dans le passé). Ainsi la phrase :

  • « Dès qu'il ne pleuvra plus, j'irai chercher des champignons. »

devient, dans un récit au discours indirect au présent :

  • « Jacques annonce que, dès qu'il ne pleuvra plus, il ira chercher des champignons. »

mais devient, au passé :

  • « Jacques annonça que, dès qu'il ne pleuvrait plus, il irait chercher des champignons. »

Cette valeur du conditionnel est essentielle, car c'est certainement la plus fréquente dans les textes écrits, qu'on utilise le discours indirect ou le discours indirect libre. Le conditionnel y joue le rôle de futur par rapport au passé, tout à fait conforme à sa morphologie. Cet emploi pousse certains linguistes (mais ce point est très disputé) à considérer le conditionnel comme un temps de l'indicatif (voir plus loin statut de mode)[3].

Dans un récit dont le temps de narration est au passé, le conditionnel exprime un procès futur par rapport à celui exprimé par le verbe au temps de narration : « Justine avait étalé ses plus beaux vêtements sur son lit. Elle réfléchit longtemps avant de choisir la tenue qu'elle porterait dimanche. »

Le conditionnel dans d'autres langues[modifier | modifier le code]

Conjugaison du verbe chanter au conditionnel présent en français et dans quelques autres langues européennes :

Français
Conditionnel présent
chanter
Italien
Condizionale presente
cantare
Espagnol
Condicional presente
cantar
Roumain
Condițional prezent
a cânta
Anglais
Conditional present
to sing
Allemand
Konditional präsens
singen
je chanterais io canterei yo cantaría eu aș cânta I would sing ich würde singen
tu chanterais tu canteresti tú cantarías tu ai cânta you would sing du würdest singen
il/elle chanterait egli/ella canterebbe él/ella cantaría el/ea ar cânta he/she/it would sing er/sie/es würde singen
nous chanterions noi canteremmo nosotros cantaríamos noi am cânta we would sing wir würden singen
vous chanteriez voi cantereste vosotros cantaríais voi ați cânta you would sing ihr würdet singen
ils/elles chanteraient essi/esse canterebbero ellos/ellas cantarían ei/ele ar cânta they would sing sie/Sie(*) würden singen

(*) En allemand, le pronom personnel "sie" correspond à "ils" ou "elles" en français, alors que "Sie" correspond à la forme de politesse.

En russe, le conditionnel présent se forme à partir du temps passé auquel on adjoint la particule бы :

  • Я пел бы (ja pjel by, masculin) / Я пела бы (ja pjela by, féminin) : « je chanterais ».

Mode ou temps ?[modifier | modifier le code]

Actuellement, les linguistes s'accordent pour ranger le conditionnel parmi les temps de l'indicatif, comme un futur particulier, futur dans le passé ou futur hypothétique.

Le terme même de conditionnel est contesté à cause des nombreux usages autres que le fait soumis à une condition.

Le conditionnel a longtemps été considéré par les grammaires traditionnelles et scolaires comme un mode, il a en effet autant d'emplois modaux que d'emplois temporels. Cependant, dans la langue française tout au moins, sa morphologie (il se forme exclusivement à partir de marques temporelles, celles du futur et de l'imparfait) et ses divers emplois montrent que tous ses usages sont aussi valables, à une nuance de sens près, pour le futur simple, temps de l'indicatif. Dans ces conditions, il est malaisé d'en faire un mode, ou bien il faudrait envisager un mode incluant à la fois conditionnel et futur (solution proposée par Henri Yvon, qui appelait ce mode suppositif). D'ailleurs le conditionnel à sens futur a été classé par certains linguistes comme un cinquième temps de l'indicatif, le conditionnel-temps. Cela amènerait donc à placer le futur et le conditionnel dans deux modes à la fois, à cause de leurs différents usages.

Autre solution : considérer que le futur et le conditionnel sont tous deux des temps de l'indicatif. C'est ce que proposait le linguiste Gustave Guillaume, qui suggérait d'appeler le premier futur catégorique et le second futur hypothétique. Cela éviterait de dupliquer un temps en le faisant apparaître dans deux modes. Des conditions morphologiques peuvent appuyer cette proposition (similarité étroite entre les formes du futur simple et du conditionnel présent).

Notes[modifier | modifier le code]

  1. GREVISE, M. et GOOSSE, A., Le Bon usage, Grevisse de la langue française, 14e édition, 2008, Bruxelles.
  2. Albert Hamon, grammaire française : classe de 4e et classes suivantes, classiques Hachette,‎ 1966, 319 p.
  3. http://www.btk.elte.hu/cief/Espace_recherche/Budapest/REF7_articles/05MESZAROS.PDF

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :