Abordage de la flottille pour Gaza

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32° 38′ 28″ N 33° 34′ 02″ E / 32.64113, 33.56727

Le Mavi Marmara quitte le port d’Antalya le 22 mai 2010.

L’abordage de la flottille pour Gaza est une opération de l'armée israélienne du 31 mai 2010 dirigée, en haute mer, contre une flottille de bateaux de militants pro-palestiniens qui tentaient de briser le blocus de la bande de Gaza. La « flottille de la liberté » ou « flottille Free Gaza » comprenait huit cargos transportant près de 700[1] passagers, de l’aide humanitaire et des matériaux de construction destinés à la population de la bande de Gaza.

L'intervention militaire a fait neuf morts et vingt-huit blessés parmi les militants, et dix blessés parmi les militaires israéliens[2]. La suite d'événements ayant conduit à ces morts a fait l'objet d'une bataille de communication. Les autorités israéliennes ont notamment diffusé une vidéo[3] qui montre des passagers menacer et attaquer avec des armes les soldats qui les arraisonnaient, à laquelle le mouvement organisateur a répliqué qu'il y avait eu agression israélienne sans provocation de leur part[4].

Cette action a été largement condamnée par la communauté internationale[5] et a placé Israël dans une situation délicate. Divers avis juridiques sur l’abordage du Mavi Marmara ont été donnés, certains dont Serge Sur estimant qu’il est « indiscutablement contraire au droit international[6] », d’autres, comme Alan Dershowitz, estiment qu’il est tout à fait légal. Le 2 septembre 2011, l'ONU rend public le rapport de sa commission d'enquête (Rapport Palmer) présentant les responsabilités des différentes parties : d'une part le blocus maritime est estimé légal, Israël étant donc justifié à intercepter la flottille ainsi qu'à faire usage de la force « à des fins de légitime défense » dès lors que les militaires « ont été accueillis par une résistance organisée et violente d'un groupe de passagers » ; d'autre part, la procédure israélienne d'arraisonnement du navire est estimée « excessive et déraisonnable », et le nombre de victimes est considéré « inacceptable »[7],[8]. La Turquie, qui estime toujours le blocus comme illégal, a décide de porter l'affaire devant la Cour internationale de justice[9].

Contexte[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Blocus de la bande de Gaza.
Article détaillé : Rapport Palmer.

Composition de la flottille[modifier | modifier le code]

Navires[modifier | modifier le code]

Le convoi compte huit navires, immatriculés dans différents États et appartiennent à différents organisateurs. Six seront arraisonnés le 31 mai, le septième, retardé à la suite d'avaries, sera arraisonné le 5 juin, et le huitième abandonnera le voyage.

Navires arraisonnés le 31 mai
Le Mavi Marmara.
  • Drapeau des États-Unis Challenger I[10]
    Battant un pavillon des États-Unis, le Challenger I est exploité par le mouvement Free Gaza.
  • Drapeau de la Grèce Sfendoni[11]
  • Drapeau de la Grèce Eleftheri Mesogeios[11]
    La Mésogée Eleftheria (« méditerranéenne de libre ») est un cargo battant un pavillon grec et le Sfendoni («fronde, lance-pierre») est un navire à passagers, exploités par l'association grecque Un bateau pour Gaza et la Campagne européenne pour mettre fin le siège de Gaza. Les deux navires ont quitté Pirée le 25 mai pour rejoindre le reste de la flotte à Chypre.
  • Drapeau des Comores MV Mavi Marmara (Blue Marmara)[12]
    Le Mavi Marmara (« Marmara bleue ») est un navire à passagers turc sous un pavillon des Comores, anciennement exploité par la Istanbul Fast Ferries Co. Inc dans la mer de Marmara. Il a été spécialement acheté pour le voyage à Gaza par la Fondation pour les droits de l'homme et la liberté et d'assistance (IHH).
    Il a quitté l'Anatolie, le 22 mai 2010 pour rejoindre le reste de la flotte. Il porte a son bord 581 passagers, dont la grande majorité des ressortissants turcs.
  • Drapeau de la Turquie Gazze[13]
    La Gazza (Gaza) est un navire exploité par l'IHH. Il est chargé de 2 104 tonnes de ciment, 600 tonnes d'acier pour la construction et 50 tonnes de tuiles. Il possède treize membres d'équipage turcs à bord et cinq passagers sont à bord.
  • Drapeau des Kiribati Defne Y[13]
    Le Y Defne («laurier Y ') est un cargo battant un pavillon de Kiribati exploité par l'IHH. Il transporte 150 tonnes de fer, 98 groupes électrogènes, 50 maisons préfabriquées, 16 unités de terrains de jeux d'enfants et d'équipements médicaux spécialisés, ainsi que 23 membres d'équipage et sept passagers. Il part d'Anatolie, le 22 mai.
Navire arraisonné le 5 juin
  • Drapeau du Cambodge MV Rachel Corrie[14]
    Affrété par l'organisation irlandaise, sous pavillon cambodgien, ce navire tire son nom de Rachel Corrie, militante pacifiste américaine écrasée par un bulldozer israélien au cours d'une manifestation à Gaza en 2003. Le bateau n'arrive pas à temps pour rejoindre la flotte, à cause de problèmes mécaniques qui l'ont forcé à faire des réparations à Malte. Il est en route, le 31 mai 2010, lorsque le reste de la flottille est interceptée. Les 11 membres d'équipage décident de poursuivre le voyage vers la bande de Gaza, en dépit des avertissements en provenance d'Israël. Le bateau est un ancien Merchant exploité par Free Gaza. Le 5 juin 2010 en fin de matinée, l'armée israélienne prend le contrôle du cargo irlandais et le déroute, sans faire de victime, vers le port d'Ashdod.
Autre navire
  • Drapeau des États-Unis Challenger II[10]
    À la suite d'avaries mécaniques, ce navire abandonne le trajet.

Cargaison[modifier | modifier le code]

Quatre des sept navires de la flottille sont chargés de 2 000 tonnes de matériaux de construction (outils, gravats, toilettes, éviers, ciment…) destinés à la population de la bande de Gaza, ainsi que de matériel d'aide humanitaire. Sur les 26 camions ayant transporté cette aide au 7 juin, on trouvait : 300 fauteuils roulants, 300 scooters, 100 scooters spéciaux pour handicapés, des centaines de béquilles, 250 lits d’hôpital, 50 canapés, quatre tonnes de médicaments, 20 tonnes de vêtements, tapis, sacs d’école, tissus et chaussures usagés, des équipements hospitaliers divers – des placards et des armoires, des jouets, des matelas.

Entre le 30 mai et le 5 juin (après l'abordage), 484 camions ont ainsi transféré d'Israël à Gaza par voie terrestre 12 413 tonnes de denrées alimentaires, de produits hygiéniques, de médicaments, de vêtements et de matériaux[15]. Selon Israël, le Hamas refuse dans un premier temps cette aide humanitaire, bloquant les camions à Kerem Shalom. Le ministre des Affaires sociales du gouvernement Hamas, Ahmad al-Kurd, a pour sa part affirmé à des journalistes que l'aide ne devrait entrer qu'à condition que "rien ne soit volé aux activistes et sans aucune exception". "Cela inclut les maisons préfabriquées, le ciment, le fer, et les générateurs électriques", a-t-il souligné, en référence à des produits régulièrement bloqués par Israël[16].

Passagers[modifier | modifier le code]

Le convoi compte 682 passagers originaires de 42 pays : 380 Turcs, 38 Grecs, 32 Algériens, 31 Britanniques, 30 Jordaniens, 15 Koweïtiens, 12 Indonésiens, 11 Suédois, 11 Américains, 11 Allemands, 11 Malaisiens, Français, Australiens, Irlandais, Marocains, Italiens, Belges, Arabes Israéliens, Syriens, Tchèques, Yéménites, Bahreïniens, Canadiens, Libanais, Égyptiens, Macédoniens, Norvégiens, Mauritaniens, Pakistanais, Bulgares, Néerlandais, Azerbaïdjanais, Serbe, Kosovar, Omanais, Néo-zélandais, Sud-africain et Bosniaque[17].

Déroulement des événements[modifier | modifier le code]

Départ de la flottille[modifier | modifier le code]

Le 27 mai, Israël invite la flottille à venir décharger sa cargaison à Ashdod avant inspection et transfert à Gaza[22], offre à laquelle les organisateurs de la flottille ne donnent pas suite, la qualifiant de « ridicule et d'offensante »[23].

Les huit navires de la flottille commencent leur voyage à partir de différents ports européens et tentent de se réunir le samedi 29 mai 2010 dans les eaux internationales près de Chypre. Sur les huit bateaux, seulement six parviennent au rendez-vous, deux d'entre eux ayant été immobilisés pour des raisons mécaniques « suspectes » d’après le mouvement organisateur. Selon le Colonel israélien Itzik Turgeman, cinq navires auraient été sabotés par des agents israéliens, dont le MV Rachel Corrie, affrété par la branche irlandaise de Free Gaza[24]. Ce dernier sera arraisonné à son tour le 5 juin 2010[25]. Ces autres bateaux ont évoqué en outre des « désaccords » avec les autorités chypriotes[26],[27].

Le convoi appareille de Chypre le 30 mai 2010 en fin d’après-midi, sans tenir compte de la proposition israélienne d’accoster dans le port d’Ashdod afin qu’Israël transfère la cargaison, après vérification, par voie terrestre[28],[29],[30].

La médiatisation de la flottille, d’abord faible, prend de l'ampleur lorsqu’Israël indique que les autorités ne permettront pas à ce convoi de rejoindre Gaza, même si cela devait impliquer l’utilisation de la force militaire[31].

Assaut du 31 mai[modifier | modifier le code]

Les commandos israéliens du Shayetet 13 donnent l’assaut sur la flottille le 31 mai, à environ 4 heures 30 IST, alors qu’elle se trouve dans les eaux internationales, à environ 150 kilomètres des côtes israéliennes[21]. Cette opération, appelée « Vents du ciel », fait neuf morts parmi les passagers du convoi humanitaire (dont huit ressortissants turcs et un Américain de 19 ans[32], d'origine turque[33]).

Arraisonnement du Mavi Marmara[modifier | modifier le code]

La route pour Gaza.

L’abordage de la flottille Free Gaza, « opération Vents du ciel » pour l'état-major israélien, se déroule le 31 mai 2010 dans les eaux internationales[21],[34], au large de la bande de Gaza. Au cours de l'assaut donné aux navires, des coups de feu sont tirés sur l’un des navires, le Mavi Marmara, faisant neuf morts et vingt-huit blessés parmi les militants et dix blessés parmi les militaires israéliens[2]. Les versions divergent quant au déroulement des événements.

Version israélienne[modifier | modifier le code]

Selon le gouvernement israélien, ce sont les passagers qui déclenchent les violences et ouvrent le feu avec des armes qu’ils possèdent à bord[35],[36].

Le ministère de la défense israélien indique qu'une cinquantaine d’entre eux seraient liés à des groupes du Jihad islamique, principalement à Al-Qaida : ils n’ont pas de papiers d’identité, portent sur eux d’importantes sommes d’argent, sont équipés de gilets pare-balles en kevlar et de lunettes de vision nocturne et armés de couteaux, de barres de fer et de frondes[37],[38],[39].

The Jerusalem Post suggère que le manque de renseignements serait la cause principale de l’issue tragique de l’opération[40].

Selon Yediot Aharonot, la décision d’aborder la flottille dans les eaux internationales est prise par le chef de la marine israélienne pour surprendre les militants pro-palestiniens avant le lever du jour, en dépit du risque qu’Israël puisse être accusé d’« acte de piraterie » : l’amiral Eliezer Marom aurait assisté lui-même à l’opération sur un bâtiment de guerre à proximité[41].

Le quotidien turc Hurriyet publie des photos de soldats israéliens battus par les passagers à bord du Mavy Marmara. Sur les photos, prises au moment où Tsahal prend le contrôle du navire, les soldats sont montrés en sang et d'autres sont soignés par l'équipage[42]. Le porte-parole de Tsahal exprime sa satisfaction avec la décision de la presse turque de publier les photos : « C'est bien la preuve des allégations répétées d'Israël, que le bateau transportait des mercenaires, dont le seul but était de tuer les soldats. Les images auraient pu être différentes si les soldats n'avaient choisi de tirer. Grâce à leur profonde compréhension de l'événement, les commandos de la Marine ont réussi à établir une distinction entre un militant pacifique et un terroriste. »[43],[44],[45],[46] Selon le journal, les soldats auraient au préalable détruit les clichés pour ne pas montrer leurs commandos d'élite dans des situations humiliantes. Le journal a réussi à se procurer les clichés en reconstituant les données numériques effacées[42],[47].

Version des membres de la flottille[modifier | modifier le code]

Les passagers, de leur côté, affirment que les soldats ont ouvert le feu immédiatement après l’embarquement[48], bien qu’ils n’aient pas tiré à balles réelles[49]. Pour le journaliste Dan Israel, du magazine français Arrêt sur images, les vidéos présentées par l'armée israélienne sont peu convaincantes[50].

Manuel Tapial, membre de l’ONG espagnole Cultura, déclare à la radio privée Cadena Ser que les militaires israéliens « sont arrivés en tuant. D’abord avec des Zodiac, tirant des fumigènes, des bombes assourdissantes, des bombes à fragmentations » entraînant selon lui la mort de deux ou trois militants. De son côté, après trois jours de détention et d’interrogatoire en Israël, Bulent Yildirim, le président de l’organisation humanitaire qui a affrété le bateau, confirme que des membres de la flottille se sont emparés des armes d’une dizaine de soldats israéliens. Il estime que « cela aurait été de la légitime défense y compris si nous en avions fait usage », mais indique qu'ils les ont jetées à la mer sans les utiliser[51].

Srdjan Stojiljkovic, caméraman serbe, témoigne d'une « scène d’apocalypse » sur les ondes de B92 : il décrit au quotidien Blic que les soldats israéliens « sont arrivés sans bruit et ont tenté de monter à bord, lançant des bombes assourdissantes alors que l’équipage braquait des projecteurs et des lances d’incendie contre eux ». Il explique que des membres d’un commando descendant en rappel un à un d’un hélicoptère sont alors arrivés sur le navire et que « la panique s’est répandue, des coups de feu ont retenti. Des personnes à bord, non armées, se sont emparés de l’un des soldats, l’ont désarmé et l’ont expulsé du pont [sic] ». Selon le caméraman, « l’une des victimes a été abattue d’un coup de feu tiré entre les yeux ». Srdjan Stojiljkovic tente de filmer la scène, mais les Israéliens « ont tout pris, à l’exception des documents d’identité » des personnes interpellées. Les journalistes sont séparés des autres passagers et les personnes venues des pays arabes se voient d'après lui réserver un « traitement bien plus dur que pour nous, venus d’Europe ou du monde occidental »[52].

Youssef Benderbal, responsable de la communication du Comité de bienfaisance et de secours aux Palestiniens (CBSP), a déclaré au quotidien Le Monde : « l'agression, ce n'est pas nous qui l'avons cherchée, nous avons été agressés »[53].

Un parlementaire égyptien, Mohamed Beltagy, qui était également à bord d'un bateau, a quant à lui affirmé avoir, avec ses collègues, capturé trois soldats israéliens et pris le contrôle de leurs armes. Ces déclarations, admettant l'emploi de la force par des membres de la flottille contre les soldats israéliens, ont suscité une grande émotion en Égypte[54].

Selon Michalis Grigoropoulos, membre de l’équipage de l’Elefthéri Mesogeio, les soldats israéliens « ont tiré des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc. […] les commandos ont ensuite fait subir des électrochocs à certains des militants »[55]. Les passagers français évoquent l’usage de « matraques et de Taser »[49]. Mounia Cherif, membre du CBSP, affirme également que les soldats israéliens les « ont frappés avec des matraques, des Tasers ». Elle confirme par ailleurs que l'arraisonnement a bien eu lieu dans les eaux internationales[56].

Norman Paech, ancien député de Die Linke au Bundestag, a expliqué que « c’était une attaque sur une mission pacifique dans les eaux internationales. Les Israéliens peuvent vouloir défendre leur zone militaire, mais nous étions en dehors de ces limites, ce n’était donc pas un acte de légitime défense mais un crime de guerre »[57].

L’écrivain suédois Henning Mankell, un des passagers de la flottille, pose les questions en ces termes : « Que se passera t-il l’an prochain lorsque nous viendrons avec une centaine de bateaux ? Tireront-ils une bombe atomique ? » Pour lui « Israël est sur les genoux. Personne n’aurait pu s’attendre à ce que le reste du monde réagisse de cette façon. Ils sont complètement isolés. »[58] Il réfléchit à interdire la traduction de ses livres en Israël[59].

Thomas Sommer, coordinateur de la Campagne civile internationale pour la protection du peuple palestinien (CCIPPP), déclare au journal Le Monde : « nous avons été attaqués par des bâtiments de guerre, nous avons eu droit aux frégates, à des navires énormes, et aussi des Zodiac remplis de commandos cagoulés, habillés en noir, et des hélicoptères de combat » ; « Ils ont sorti des Taser et ont tiré à bout portant sur les copains qui étaient les premiers devant eux. Ils sont tombés sur le coup puis ils se sont fait tabasser » Quant aux armes que les soldats israéliens ont trouvées, couteau, barre de fer, hache, il affirme que ce genre de matériel se trouve dans « n’importe quel bateau civil »[60]. Les propos de Thomas Sommer sont corroborés par Henning Mankell[59].

Lors d'un interview à la chaîne Al-watan (Koweït) le député Dr Waleed Al-Tabtabaei, qui était à bord du Mavi Marmara, a décrit « comment les activistes ont résisté aux soldats israéliens qui attaquaient leur Flottille de la Liberté. Il a expliqué qu'après que des activistes aient pris en otage trois soldats puissamment armés les troupes israéliennes ont ouvert le feu sans discrimination tuant 16 activistes. »

Il dit qu'« à 23:00 les troupes israéliennes entourèrent leur navire … elles abordèrent à l'aube le jour suivant. Il expliqua que les troupes israéliennes tuèrent deux activistes à bord de leur bateau avant de monter sur le vaisseau le Mavi Marmara, tirant sur l'un à partir d'un hélicoptère et sur le second depuis une embarcation. Les troupes utilisèrent ensuite des bombes fumigènes pour prendre contrôle du navire ce qui amena les activistes turcs à leur résister. »[61]

Après l'arraisonnement[modifier | modifier le code]

Les passagers sont d’abord enfermés à la prison de Beer-Sheva avant d’être rapidement libérés par Israël et expulsés du pays, à l’exception de quelques blessés intransportables qui restent hospitalisés[62].

Selon le Jerusalem Post un rapport au sujet des interrogations lors de l'enquête montre que le capitaine et l'équipage du Mavi Marmara ont essayé d'empêcher des actes de violence de la part des militants d'IHH qui avaient pris le contrôle du navire. Svante Cornell, un Suédois expert en sécurité, dit : « Il n'est pas concevable que l'opération Gaza de l'IHH ait pu être réalisée en l'absence d'un aval à un haut niveau du gouvernement [turc] » et un journaliste qui était à bord parle de soutien du gouvernement turc et d'instructions pour le départ données par le premier ministre Erdogan[63].

Selon le quotidien britannique The Guardian, plusieurs passagers de la Flottille pour Gaza ont constaté que leurs cartes de crédit ainsi que leurs portables, confisqués par les autorités israéliennes lors de l’arraisonnement des bateaux, avaient été utilisées en Israël[64].

Les marchandises sont quant à elles transférées par voie routière vers la bande de Gaza.

Bilan[modifier | modifier le code]

Parmi les passagers, on dénombre neuf morts et vingt-huit blessés[65].

Le 1er juin 2010, des représentants du Comité International de la Croix-Rouge rendent visite à tous les ressortissants de pays n’entretenant pas de relations diplomatiques avec l’État d’Israël, tant dans les hôpitaux que dans les centres de détention. Une partie de la presse israélienne s'en émeut, le Jerusalem Post sous-titrant ainsi l’article traitant de cette visite par « pendant ce temps Gilad Shalit, lui, attend toujours la visite de l’organisation internationale »[66].

Le Guardian révèle le 4 juin le contenu du rapport d'autopsie des autorités turques. Plusieurs corps présentent plusieurs impacts de balles tirées à bout portant (dans la tempe ou le visage) ou dans le dos et à l'arrière de la tête[67],[68] :

  • Cengiz Alquyz (42 ans) : quatre blessures par balles, une dans le cou, côté droit du visage, du dos, la jambe gauche.
  • Ibrahim Bilgen (60 ans) : quatre blessures par balle à la poitrine droite, le dos, la hanche droite, la tempe droite.
  • Bengie Ali Haydar (39 ans) : six blessures par balles dans la poitrine, le ventre, le bras droit, jambe droite, main gauche (deux).
  • Furkan Dogan (19 ans) : cinq coups de feu à moins de 45 centimètres, face à l'arrière de la tête, deux jambes et l'autre sur le dos.
  • Cegdet Kiliclar (38 ans) : blessure par balle au front.
  • Cengiz Songur (47 ans) : une blessure par balle à l'avant du cou.
  • Topcuoglu Çetin (54 ans) : trois balles dans le cou, le côté gauche de la tête, du côté droit de l'estomac.
  • Yaldiz Sahri (âge inconnu) : quatre balles dans la poitrine à gauche, la jambe gauche, jambe droite (deux).
  • Necdet Yildirim (32 ans) : deux blessures par balle à l'épaule droite, à gauche en arrière.

Réactions internationales[modifier | modifier le code]

Cette action est largement condamnée par la communauté internationale[5] et place Israël dans une situation délicate dans la mesure où, effectuée dans les eaux internationales, elle est « indiscutablement contraire au droit international »[6] pour certains, et tout à fait légale pour d'autres[69],[70].

Refusant le principe d'une mission d'enquête internationale comme le demandait une résolution adoptée par le Conseil des droits de l'homme des Nations unies[71], Israël met sur pied sa propre commission d'enquête dirigée par un ancien juge de la Cour Suprême israélienne avec pour mission d'« enquêter sur les aspects relatifs à l’action entreprise par l’État d’Israël pour empêcher des navires d’atteindre les côtes de Gaza »[72].

À la suite des pressions de la communauté internationale, Israël décide le 20 juin de lever l'embargo sur les « biens à usage civil », tout en maintenant le blocus maritime afin d'empêcher l'importation de matériel de guerre[73] Alain Gresh signalera tout de même « dans le même temps, ne surestimons pas ce qui a été fait : le blocus se poursuit (même si le terminal de Rafah est désormais ouvert). Avant le blocus, le nombre moyen de camions se rendant chaque mois à Gaza était de 12 350, soit 400 par jour. Au mois de juillet 2008, ce nombre était tombé à un millier, avant de s’effondrer en novembre à… 23 camions ! Au printemps 2010, il en passait 2 500 par mois, soit moins du quart des besoins estimés. En juillet 2010, à la suite de l’assouplissement, ce chiffre grimpait à 4 000, bien moins qu’avant le blocus. »[74]

Le rapport Palmer est le résultat de l’enquête sur l'abordage de la flottille pour Gaza du 30 mai 2010 menée à la demande du Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon le 2 août 2010. Le rapport qui a été publié le 2 septembre 2011 conclut que le blocus israélien de la bande de Gaza est légal mais, en référence à l'abordage, estime que « la décision d'Israël de prendre le contrôle des bateaux avec une telle force à grande distance de la zone du blocus et sans mise en garde préalable était excessive et déraisonnable ». La commission note toutefois que « [les soldats de] l'armée israélienne ont été accueillis par une résistance organisée et violente d'un groupe de passagers » durant l'arraisonnement du Mavi Marmara et que « l'usage de la force était nécessaire à des fins de légitime défense » mais également que « les pertes de vie et les blessures résultant de l'usage de la force par les forces israéliennes lors de la prise de contrôle du Mavi Marmara étai[en]t inacceptable[s] » tout en considérant que les militants à bord des six bateaux de la flottille avaient « agi de façon imprudente en essayant de forcer le blocus naval »[75],[7],[76],[77].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) « La flottille : six navires, 10 000 tonnes d’aide humanitaire, 700 passagers », Libération (consulté le 3 juin 2010).
  2. a et b « Assaut israélien meurtrier contre la flottille pour Gaza », sur La Croix,‎ 31 mai 2010 (consulté le 13 janvier 2011)
  3. vidéovidéo 2.
  4. Un des membres de la flottille parle d’une « agression » israélienne.
  5. a et b http://www.leparisien.fr/international/un-tolle-international-apres-l-assaut-sanglant-d-israel-31-05-2010-944750.php
  6. a et b Serge Sur, « Israël a commis un acte indiscutablement contraire au droit international », sur Le Monde,‎ 10 juin 2010
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  13. a et b (en) « Turkey-led aid flotilla to Gaza anchored at Mediterranean coast », World Bulletin,‎ 25 mai 2010 (lire en ligne).
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  15. « Ambassade d'Israël en France : Le Hamas continue d'empêcher le transfert d'aide humanitaire », TV5 Monde, Ambassade d'Israël en France,‎ 9 juin 2010 (lire en ligne)
  16. « Gaza : où est la cargaison de la flottille internationale ? », L'Express,‎ 4 juin 2010 (lire en ligne)
  17. (en)Israel transfers hundreds of Gaza flotilla activists to airport for deportation, Haaretz, publié le 1er juin 2010.
  18. (pt) « Brasileira estava na frota atacada por Israel, diz amiga » (consulté le 1er juin 2010).
  19. Abordage meurtrier de la flotille [sic à Gaza : Israël confirme des morts], Le Parisien, publie le 31 mai 2010.
  20. a, b et c (en) Dover Tsahal Toplevel Islamic extremists linked to Gaza flotilla.
  21. a, b et c (en) Amos Harel, Avi Issacharoff, Anshel Pfeffer et News Agencies, « Israel Navy commandos: Gaza flotilla activists tried to lynch us », Haaretz,‎ 31 mai 2010 (lire en ligne).
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  24. (en) Irish ship Rachel Corrie was sabotaged by Israeli intelligence says report
  25. Israël a empêché le «Rachel Corrie» d'atteindre Gaza
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  28. Info-PalestineHésitations israéliennes face à la « Flotte de la Liberté »
  29. Le Post Analyse : La flotte de la liberté, une mascarade médiatique humanitaire de propagande.
  30. (en) Yediot Aharonot Turkey rejects Israeli deal on Gaza sail.
  31. Info-palestine.net La « Flotte de la liberté » et le traitement de l’information.
  32. « romandie.com »
  33. Flottille : 8 Turcs et un Américain tués.
  34. (fr)Pierre Haski, « Israël gagne la bataille navale en se tirant une balle dans le pied », Maariv,‎ 31 mai 2010 (lire en ligne).
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  40. Tsahal manquait d’informations, Jerusalem Post, 2 juin 2010.
  41. Le raid contre la flottille pour Gaza raconté par les journaux israéliens, dépêche AFP publiée dans Le Monde, le 4 juin 2010.
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  44. (he) Maariv Un journal turc présente les soldats battus et ensanglantés
  45. (tr) Hurriyet Photos publiées par le quotidien turc Hurriyet
  46. (tr) Hurriyet Israël a retiré les photos
  47. Slate.fr Des images des soldats israéliens tabassés sur la flottille
  48. (en) Isabel Kershner, « At Least 10 Are Killed as Israel Halts Flotilla With Gaza Aid », The New York Times,‎ 31 mai 2010 (lire en ligne).
  49. a et b Les Français de retour à Paris fustigent l’assaut israélien.
  50. http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=3050
  51. Raid : le bilan officiel israélien contesté par des militants, nouvelobs.com, publié le 3 juin 2010.
  52. http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/06/04/97001-20100604FILWWW00418-flottille-une-scene-d-apocalypse.php Flottille : « une scène d’apocalypse »], dépêche de l’AFP publiée dans Le Figaro du 4 juin 2010.
  53. http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2010/06/01/le-sort-incertain-d-une-dizaine-de-francais_1365894_3218.html
  54. (en) « Egyptian lawmaker slammed for speaking of beaten troops », sur Ynetnews,‎ 9 juin 2010
  55. Le Monde avec AFP et Reuters, « Israël face aux témoignages des militants et à la colère de la communauté internationale », 2 juin 2010.
  56. « Les premiers militants français sont à Paris », Le Point, 3 juin 2010.
  57. Israël : arraisonnement irraisonnable, l’Allemagne hausse le ton, La Gazette de Berlin.
  58. « Israël assure que tous les détenus de la flottille ont été libérés. », Le Monde, 2 juin 2010.
  59. a et b L’intervention israélienne racontée par Henning Mankell, Jens Littorin, Dagens Nyheter, 3 juin 2010.
  60. « Un militant de la flottille : "Nous nous sommes sentis abandonnés par la France" », Le Monde, 4 juin 2010.
  61. « http://www.kuwaittimes.net/read_news.php?newsid=MTIxMzM1OTI2MA== » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)
  62. Tous les militants de la flottille ont quitté Israël, LeFigaro.fr, publié le 3 juin 2010.
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  65. (en) In Bid to Quell Anger Over Raid, Israel Frees Detainees, NY Times, MICHAEL SLACKMAN, publié le 2 juin 2010.
  66. (en) « Red Cross visits wounded activists », Jerusalem Post,‎ 2010-06-01 (lire en ligne)
  67. Le Monde.
  68. http://www.guardian.co.uk/world/2010/jun/04/gaza-flotilla-attack-autopsy-results
  69. Autour de la liberté, Surprise, surprise, où est le droit international dans l'affaire de Gaza ?
  70. "Israel’s Actions: Entirely Lawful"
  71. « Le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU se prononce pour une enquête internationale », LeMonde.fr, 2 juin 2010.
  72. « Flottille de Gaza : Israël crée une commission d'enquête », Libération, 14 juin 2010.
  73. dépêche AFP, « Israël lève l'embargo de Gaza sur les biens « à usage civil » », L'Express,‎ 20 juin 2010 (lire en ligne)
  74. Le Monde diplomatique, 21 octobre 2010, Henning Mankell persiste et signe
  75. http://www.lemonde.fr/international/article/2011/09/01/flottille-pour-gaza-l-onu-juge-le-blocus-legal-mais-critique-le-raid-israelien_1566630_3210.html#xtor=AL-32280184
  76. (en) http://www.nytimes.com/2011/09/02/world/middleeast/02flotilla.html?_r=1
  77. (en) http://www.jpost.com/DiplomacyAndPolitics/Article.aspx?id=236369

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Réponse israélienne
Réponse des activistes