Didier Conrad

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Didier Conrad

Naissance (54 ans)
Marseille Drapeau de la France France
Nationalité Drapeau de la France France
Profession dessinateur et scénariste de bande dessinée

Didier Conrad, dit Conrad, né le à Marseille, est un dessinateur et scénariste de bande dessinée.

Biographie[modifier | modifier le code]

Début[modifier | modifier le code]

Didier Conrad naît à Marseille le de parents d'origine suisse. Il se passionne rapidement pour la bande dessinée et, à 14 ans, il envoie une planche au Journal de Spirou qui sera publié dans la Carte Blanche du no 1865. Cinq ans plus tard, en 1978, Conrad publie sa première bande dessinée dans le journal : Jason, sur un scénario de Mythic. Thierry Martens, le rédacteur en chef de l'époque, l'avait mis en contact, deux ans plus tôt, avec un autre auteur qui habite lui aussi Marseille : Yann. Les deux jeunes dessinateurs, bien qu'ayant des personnalités différentes, se trouvent des goûts communs et décident de travailler ensemble[1]. Après des tentatives ratés d'être publié dans Fluide glacial, ils proposent de nouveau leur travail au journal de Spirou. Ils publient leur première histoire en 1979. Sawfee : La Saga du pendu paraît dans le no 2143 du journal de Spirou. Le trait de Conrad est nerveux, proche de celui de Franquin. Les deux auteurs travaillent à la fois sur le dessin et sur le scénario.

Les années Spirou[modifier | modifier le code]

Après quelques autres courts récits, le nouveau rédacteur en chef, Alain De Kuyssche, propose au duo l'animation du journal. Mais Yann et Conrad sont des provocateurs dans l'âme et ils détournent le concept d'animation du journal. Ils prennent d'assaut les hauts de pages et y introduisent des gags voraces qui, la plupart du temps, raillent les autres auteurs de Spirou. Tous y passent et les réactions sont à la hauteur de la provocation. En plus, cette révolution est faite dans un contexte bien particulier car le journal s'enlise artistiquement. Certains auteurs vedettes, aux contrats mirobolants, proposent des histoires souvent médiocres qui occupent beaucoup trop de place dans les pages du journal. Il reste peu de pages pour publier des jeunes auteurs, pourtant talentueux. Alain De Kuyssche est très conscient de cette situation mais est totalement impuissant. Il couvre donc les forfaits de Yann et Conrad. Le journal se divise en deux : les pour et les contre.

Les hauts de pages racontent en quelque sorte les coulisses du journal mais sur un ton plus qu’inhabituel pour ce journal de BD classique. Exemple de haut de page, à propos de la bande dessinée Le Scrameustache de Gos : « Les galaxiens n'ont qu'une couille et ils l'ont sur la tête. » Yann et Conrad s'alimentent aussi des ragots d'auteurs qui sont de leur côté, comme Degotte. Ils font de leurs hauts de pages une espèce de croisade contre la médiocrité ambiante de journal, les poussant à fouiller même la nuit dans les bureaux de la rédaction pour y trouver des secrets inavouables afin de les publier par la suite. Des auteurs comme De Gieter ou Leloup se plaignent de ces interventions irrespectueuses à Charles Dupuis qui décide de nommer José Dutilleu directeur du concept. Il sera chargé, en quelque sorte, de juguler les forfaits du duo. Il eut été plus simple de les remercier mais il subsistait un problème : Yann et Conrad étaient appréciés de Franquin, « dieu vivant » au sein du journal, ce qui les rendait en quelque sorte intouchables.

Forts de leur révolution, Yann et Conrad décident de proposer une nouvelle série régulière pour le journal. À cette époque, Buck Danny disparaît des pages de Spirou. Yann et Conrad proposent alors un nouveau personnage qui évolue dans le même cadre, un aviateur du nom de Chuck Willys. Quelques dessins sont suffisants pour convaincre le rédacteur en chef et le premier épisode de Chuck Willys, Matricule triple zéro, est annoncé dans la page du journal. La semaine suivante, les auteurs proposent les premières planches qui mettent en scène ce nouveau héros mais, oh stupeur, il meurt écrasé dès les premières cases. Trois personnages, Mac, Tim et Tony, descendent de la jeep. Trois personnages qui s'avèrent être finalement les personnages centraux de cette histoire. Il est trop tard pour faire marche arrière et l'histoire est publiée. Ces trois personnages sont qualifiés d'innommables par Mythic. Yann et Conrad les baptiseront ainsi : les Innommables.

C'est Conrad qui met en place la première mouture du scénario de cet épisode qui devait être ensuite dessiné par Yann. Mais Yann a du mal avec le dessin, Conrad l'aide. Yann trouve par contre que cela manque de gags, il retravaille donc l'histoire. L'histoire est alors remise en scène par le duo. Conrad fait le crayonné. Yann l'encre. Conrad retouche l'encrage... Un vrai travail à quatre mains. Au cours des épisodes suivants, Shukumeï, Cloaques et Aventure en jaune, les tâches peu à peu se redéfinissent. Finalement, le scénario devient la charge de Yann, avec de nombreuses interventions de Conrad. Yann propose ensuite un découpage et Conrad s'occupe alors du dessin.

Le deuxième épisode, Shukumeï, est publié dans son intégralité, Charles Dupuis aime beaucoup, contrairement à l'épisode suivant, Cloaques, qui reflète l'état d'esprit de Conrad à l'époque : il désacralise ses personnages et prévoit même, au bout du futur quatrième et dernier épisode, de tuer Mac dans une histoire qui devait se situer au Katanga[2]. Mais Cloaques est refusé : Jean Dupuis n'apprécie par la scène de bagarre entre deux femmes aux seins nus ; il demande à ce que la scène soit modifiée mais le compromis ne fait pas partie du fonctionnement du duo. Ils proposent alors une nouvelle histoire : Aventure en jaune, s'étalant sur 60 planches ; on leur refuse dans un premier temps, prétextant qu'il n'est plus possible de publier des albums au-delà de 46 planches. Mais le duo se moque d'une sortie en album ; on leur accorde donc d'étaler l'épisode sur 60 pages. Les deux compères poussent toujours plus loin les limites de leur provocation : l'immoralité des personnages, la nudité, des prostituées, de la violence et les fameuses cases sur fond noir qui énervent tant les imprimeurs... Ce qui devait arriver arriva : au bout de 46 planches, Aventure en jaune est interrompue et le duo quitte le journal. En 1983, Aventure en jaune sort en album, complété par sa fin inédite aux éditions du Temps Futur, maison qui fera rapidement faillite.

Au cours de leur passage dans le journal de Spirou, Yann et Conrad auront également participé à la réalisation de quelques épisodes de l'Oncle Paul. Ils feront aussi un essai pour la reprise de Spirou et Fantasio, à la suite de l'abandon de Fournier, mais le contrat proposé était bien trop contraignant pour ces deux rebelles.

Les années Circus[modifier | modifier le code]

Yann et Conrad sont à la recherche d'un nouveau journal pour publier leurs bandes. Ils sonnent à plusieurs portes et atterrissent chez Circus, un magazine tout neuf des éditions Glénat. Dans un premier temps, l'éditeur leur propose de rééditer l'exploit des hauts de pages mais le duo refuse car ils ne voient pas l'intérêt car le journal ne possède pas le même passif que le journal de Spirou. Ils proposent alors de reprendre la parodie de Bob Morane dont ils avaient déjà publié deux courtes histoires en 1981 dans Spirou. Le premier épisode de Bob Marone, Le Dinosaure blanc, démarre en octobre 1983. Le second épisode, L'Affrontement, démarre un an plus tard. Il marquera aussi la fin de la collaboration du duo, pour un moment du moins. Yann et Conrad se brouillent au cours de la parution de cet épisode et c'est Lucie, la compagne de Conrad, qui termine le scénario.

Aventures exotiques[modifier | modifier le code]

Après sa séparation avec Yann, Conrad devient moins productif. Il crée des histoires d'aventures exotiques en poursuivant sa collaboration avec Lucie qui signe désormais les scénarios de Conrad sous son vrai nom, Sophie Commenge. L'Avatar, le premier épisode des aventures d'Ernest Poildu, est publié directement en album en 1985 chez Bédéfil. Un second épisode, Jatra - La Chute d'Allyor, est annoncé mais ne verra jamais le jour, bien que réalisé et en partie pré-publié dans le trimestriel éponyme des éditions Bédéfil. Pendant 5 ans, Didier Conrad ne produit plus rien de nouveau. Ses seules apparitions dans les rayons de bande dessinée sont la réédition en 1986 par Bédéscope d'Aventure en jaune et la première édition de Shukumeï l'année suivante. Au dos de ces albums sont annoncés Cloaques et un quatrième épisode nommé Les Innommables qui eux non plus ne verront jamais le jour, du moins chez cet éditeur.

Le retour de Conrad[modifier | modifier le code]

1990 est une année décisive pour Conrad. Il est de retour et chez Dupuis qui plus est. Entre temps, la maison d'édition a beaucoup évolué et propose une collection qui se destine plus à un public adulte : Aire Libre. Conrad publie dans cette collection le diptyque Le Piège malais qui met en scène le personnage de L'Avatar, Ernest Poildu, dans une histoire similaire. La même année, est publié par l'auteur, sur un tirage limité, Tatum : La Machine écarlate, scénarisé de nouveau par Sophie Commenge. Dans ces deux nouvelles œuvres, le trait de Conrad a changé. Il est moins nerveux, moins influencé par Franquin et glisse peu à peu vers celui de Morris.

Revenu dans les bonnes grâces de l'éditeur, Conrad propose alors une nouvelle série régulière, Donito, les aventures d'un petit garçon qui parle aux animaux et qui se passe dans les Caraïbes. Une série on ne peut plus classique, aux antipodes de la provocation des années précédentes. Graphiquement, Donito est une bande aux couleurs directes vives et au trait simplifié. Sur cinq albums, Conrad exploite toute sa sensibilité. Le "sale gosse" devient un conteur d'histoires merveilleuses plus proches de Walt Disney et de Pépito que Conrad lisait enfant, que de Fluide glacial.

Le retour des Innommables[modifier | modifier le code]

En 1994, apparaît dans les libraires un nouvel album inédit des Innommables, Le Crâne du Père Zé, publié par Dargaud. Entre temps, la série est devenue culte et le premier album rencontre un véritable succès. Il sort sous trois couvertures différentes et au dos de cet album est annoncé deux autres épisodes inédits. L'histoire est la suite d'Aventure en jaune. Le marketing est le même que pour une autre série de Yann publiée elle aussi à cette époque avec Philippe Berthet : Pin-Up. Yann et Conrad sont de retour en même temps que les Innommables. Le deuxième épisode, Ching Soao, sort l'année suivante et remporte tout autant de succès. Il propose un supplément : la liste des tarifs du Lotus Pourpre, la maison de passe dans laquelle évoluent Mac et ses deux compères. Les albums suivants sortent régulièrement avec, pour les premières éditions, des suppléments toujours plus originaux les uns que les autres. Après quatre épisodes, Aventure en jaune est réédité. Son supplément est la première édition de Matricule Triple Zéro. La série est une première fois réorganisée. Cloaques est réadapté sur deux tomes. De nouveaux épisodes voient le jour. La série est renumérotée plusieurs fois jusqu'à la réédition de Shukumeï qui impose une dernière numérotation.

Le mystérieux Pearce[modifier | modifier le code]

Alors que les deux premiers épisodes des Innommables sont sortis en librairie, un nouvel auteur, au graphisme très proche de celui de Conrad, fait son apparition. Pearce dessine Kid Lucky ou les aventures du jeune Lucky Luke qui parcourt l'Ouest en compagnie d'un vieux trappeur. Le monde de la bande dessinée s'interroge sur cet auteur. C'est le trait de Conrad et l'humour de Yann, bien que les scénarios soient de Jean Léturgie. Plus tard, on apprend que sous le pseudonyme de Pearce se cache réellement le duo Yann et Conrad, de retour tous deux aux dessins et aux scénarios. Morris leur laisse carte blanche pour ce spin-off de Lucky Luke mais au bout du second album, Oklahoma Jim, Morris remercie le trio et le projet est abandonné. Jean Léturgie et Pearce recyclent leurs idées dans une nouvelle série assez proche, Cotton Kid, dont le premier épisode, prépublié dans Bodoï, paraît en album chez Vents d'Ouest en 1999. La série continue jusqu'en 2002 et s'étale sur cinq albums.

Conrad aux États-Unis[modifier | modifier le code]

En 1996, il est embauché par le studio DreamWorks pour collaborer au film La Route d'Eldorado. Il décide alors de s'installer aux États-Unis. C'est de là qu'il mènera ses deux projets : Les Innommables, sous son vrai nom, et Kid Lucky puis Cotton Kid, sous le pseudonyme commun avec Yann de Pearce. Le duo Yann et Conrad scénarise également de nouveaux épisodes de Bob Marone dans Fluide glacial à partir de 2003. Leur intention de départ était de proposer plusieurs dessinateurs pour la reprise de Bob Marone sur leur liste figurent Hardy, Verron, ou encore Tarrin qui proposera un projet qui sera finalement refusé par Fluide glacial. C'est finalement Yoann, sous le pseudo Janus, qui sera choisi au dessin. Sept histoires de 5 à 7 planches sont publiées de 2003 à 2005.

La vie de Conrad aux États-Unis influence sa vision du pays. Elle transparaît dans le dernier cycle des Innommables qui démarre avec À l'est de Roswell. Au bout de ce dernier cycle, Conrad et Yann proposent une nouvelle histoire qui met en scène uniquement Alix Yin Fu, l'asiatique dont Mac tombe amoureux dans les Innommables. L'éditeur leur propose, plutôt que d'intégrer cet album à la série, d'en faire une série spin-off. C'est ainsi que naît Tigresse Blanche. Dans ce premier épisode, de nombreuses références sont faites à l'épisode Shukumeï des Innommables. Yann quitte le poste de scénariste après le second épisode, c'est Wilbur, alias Sophie Commenge, qui reprend le scénario pour les quatre albums suivants. En 2007, toujours scénarisé par Wilbur, Conrad publie une nouvelle série chez Dargaud. RAJ, qui raconte les débuts du colonialisme britannique en Inde. Un cadre qu'il connaît pour l'avoir exploité dans L'Avatar puis le diptyque Le Piège malais.

Astérix[modifier | modifier le code]

Il est choisi par Albert Uderzo pour le remplacer comme dessinateur d'Astérix [3], série créée par René Goscinny et Albert Uderzo en 1959, à partir de 2013. Le 35e tome Astérix chez les Pictes, scénarisé par Jean-Yves Ferri, est sorti le 24 octobre 2013[4].

Albums[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bibliographie de Didier Conrad.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  • Vivian Lecuivre et Serge Buch, Yann et Conrad une monographie, Mosquito, 2007.