Changeling

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Changeling

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Deux trolls avec leur changeling. John Bauer, 1913.

Créature

Autres noms Changelin, chanjon, changeon
Groupe Créature du folklore
Caractéristiques Leurre remplaçant un enfant volé

Origines

Origine Folklore d'Europe
Première mention Xe ‑ XIe siècle

Dans le folklore européen, un changeling ou changelin est un leurre laissé par les fées, trolls, elfes (ou autres créatures du Petit peuple) à la place d'un nouveau-né humain qu'elles enlèvent.

Terminologie et étymologie[modifier | modifier le code]

En français, les termes modernes utilisés sont « changeling » Prononciation du titre dans sa version originale Écouter[1] emprunté à l'anglais ou bien « changelin » Prononciation du titre dans sa version originale Écouter, un anglicisme inventé par les folkloristes. Anciennement, le français comprenait les vieux termes chanjon et changeon[réf. nécessaire].

Le terme anglais changeling Prononciation du titre dans sa version originale Écouter est attesté dès le XVIe siècle. Il est formé du nom change et du suffix diminutif -ling[2]. Le nom change, attesté en anglais vers 1200, est emprunté à l'ancien français change, cange (verbe changier) signifiant « troc, échange » ; lui-même dérivé du latin cambire (même sens) ; lui-même d'origine celtique[3].

Le terme anglais changeling a le sens « d'objet ou chose laissée à la place d'une chose subtilisée » vers 1560 ; et ce changeling a le sens moderne de « nourrisson ou jeune enfant laissé par les fées » vers 1580[2].

Anciennement, en vieil anglais, le changeling était désignée par le terme oaf (pluriel oaves) aussi écrit auf, auph, oph, ouphe, aulf. Ce terme d'origine scandinave est encore attesté en anglais au XVIIe siècle. Il dérive du vieux norrois álfr (pl. álfar) avec le sens « elfe » ou au figuré de « personne stupide ». Oaf prenait aussi le sens de « bâtard, idiot malformé »[2].

Les plus anciennes mentions d'enfants « changés » dateraient du début XIe siècle. Dans la légende de Saint Étienne décrite dans une Vita Fabulosa du Xe ‑ XIe siècle, Satan (le personnage de la fée diabolisée, selon Doulet) vole un enfant et laisse à sa place une statuette (idolum)[4].

Présentation[modifier | modifier le code]

On trouve l'évocation des changelings chez à peu près toutes les nations. Les motivations présidant à l'enlèvement des enfants humains sont variables, selon les sources. Il peut s'agir :

  • de la fascination des fées pour les bébés humains (dans le cas où les fées ne peuvent se reproduire entre elles) ;
  • du paiement d'une dette contractée par les parents ;
  • de simple malice de la part des fées.

Le changeling en lui-même peut être de différentes natures, qui varient au fil des contes. Il peut s'agir :

  • d'un enfant fée (dans le cas où le folklore admet la reproduction des fées) ;
  • d'une fée « âgée » ;
  • d'un simple bout de bois dont on a dissimulé la nature par le biais de magie féerique.

Les parents dont l'enfant était ainsi victime de substitution pouvaient reconnaître le changeling suivant différentes méthodes. Une coutume irlandaise veut par exemple qu'on puisse pousser un changeling à se dévoiler en piquant sa curiosité (par exemple, en faisant bouillir des coquilles d'œufs et ce dernier, tout étonné, écrira son âge et son origine). Dans certains villages anglais, les changelings étaient également réputés « brûler » comme du bois si on les mettait au feu — ce qui a conduit à des massacres d'enfants, probablement non désirés ou frappés de diverses tares physiques, sous le prétexte qu'ils auraient été des changelings et non des enfants humains[réf. nécessaire]. Au XIXe siècle encore, on parle d'enfants maltraités parce qu'on les regardait comme des changelings issus du Diable[5].

Cette histoire folklorique est une incitation pour les mères, à toujours surveiller leur nouveau-né.

Scandinavie[modifier | modifier le code]

Dans le folklore scandinave, on dit que ces créatures ont généralement peur du fer, c’est pourquoi les parents de ces pays avaient souvent coutume de placer un objet en fer comme une paire de ciseaux ou un couteau au-dessus du berceau d'un enfant non baptisé. On croyait que si, en dépit de ces précautions, un enfant humain était pris, les parents pouvaient forcer l'enfant à revenir en traitant cruellement le changeling, et ils utilisaient des méthodes comme des coups de fouet ou même mettaient le changeling dans un four chauffé. Dans un cas au moins, une femme a été poursuivie en justice pour avoir tué son enfant dans un four[6].

Dans un conte de changeling suédois[7], on conseille à la mère humaine de brutaliser le changeling pour que les trolls lui rendent son fils, mais elle refuse, incapable de maltraiter un enfant innocent bien qu’elle connaisse sa nature. Lorsque son mari exige qu'elle abandonne le changeling, elle refuse, et il quitte sa femme — après quoi il rencontre son fils dans la forêt, errant en liberté. Le fils explique que puisque sa mère n'avait jamais été cruelle envers le changeling, la mère troll n'avait jamais été cruelle envers lui, et quand elle a sacrifié ce qu’elle avait de plus cher, son mari, les trolls avaient compris qu'ils n'avaient aucun pouvoir sur elle et avaient relâché l’enfant.

Dans un autre conte de fées suédois[8], une princesse est enlevée par des trolls et remplacée par leur propre progéniture contre la volonté de la mère troll. Chacun des changelings grandit avec ses nouveaux parents, mais tous les deux ont du mal à s'adapter : la fille humaine éprouve du dégoût envers son futur époux, un prince troll, tandis que la jeune troll s’ennuie de la vie qu’elle mène et du caractère ennuyeux de son futur mari, un humain. Refusant les conditions de leur vie, toutes les deux s'égarent dans la forêt, en se croisant l’une l'autre sans s'en rendre compte. À la suite de quoi, la princesse arrive au château où la reine la reconnaît immédiatement, tandis que l'autre fille tombe sur une femme troll qui pousse des jurons pendant qu'elle travaille ; elle s’écrie alors que cette femme troll est beaucoup plus amusante que tous les autres gens qu'elle a jamais vus, et sa mère est tout heureuse de voir que sa vraie fille est revenue. Aussi bien la fille humaine que la fille troll se marient le même jour et sont heureuses.

Irlande[modifier | modifier le code]

Dans certaines parties d'Irlande, les gauchers étaient parfois désignés comme des fées changeling.

Espagne[modifier | modifier le code]

Le folklore asturien contient un grand nombre de légendes sur des enfants échangés, échanges qu'on attribue fréquemment aux xanas ou injanas, sortes de créatures féeriques, belles mais pas toujours bienveillantes ; elles remplacent les bébés humains par leurs xanines, pour qu'une mère humaine les baptise et les allaite. Le folkloriste (es) Aurelio del Llano a recueilli, entre autres, cette légende :

Une femme de Vidiago, dans la commune de Llanes, était en train de nettoyer de ses mauvaises herbes un champ de maïs à côté de la grotte de Santa Marina. Sur le bord du terrain où elle se trouvait, elle avait placé son enfant couché dans une grande corbeille sans anse à l'ombre d'un cerisier. Quand il commença à faire nuit, elle reprit la corbeille avec l'enfant, la replaça au-dessus de sa tête et se mit en route vers sa maison. Mais avant d'arriver, elle se rendit compte du changement. Alors elle revint à la grotte de Santa Marina et dit :

— Injana mora, rends-moi mon enfant et prends le tien. L'injana répondit :
— Apporte-le ici, méchante femme, je ne te l'ai pas donné pour que tu me l'élèves, je te l'ai donné pour que tu me le baptises[9].

Normandie[modifier | modifier le code]

Dans le folklore normand, on les appelle « caungeon » ou « faéeté » (pl. faéetiâos)[10]. Ce sont les enfants des fées qu'elles ont échangé contre des enfants humains dans leur berceau quand leur mère, partie aux champs, avait oublié de les signer[11]. Ils sont réputés manger beaucoup et ne pas grandir, peser lourd malgré une maigreur excessive, être méchants et criards, et être moins beaux que les enfants humains[12].

Art et littérature[modifier | modifier le code]

Le thème du changeling a été maintes fois transposé dans la littérature et à l'écran.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.larousse.fr/dictionnaires/anglais-francais/changeling/569445
  2. a, b et c http://www.etymonline.com/index.php?search=changeling
  3. http://www.etymonline.com/index.php?term=change
  4. Doulet 2003, p. 98.
  5. (de) Eckhard Rohrmann : Mythen und Realitäten des Anders-Seins. Gesellschaftliche Konstruktionen seit der frühen Neuzeit. Springer VS, Wiesbaden 2011, p. 69–71, (ISBN 978-3531168258).
  6. (sv) Bengt af Klintberg ; Svenska Folksägner (1939) (ISBN 91-7297-581-4).
  7. L’histoire est en particulier reprise par Selma Lagerlöf sous le titre de Bortbytingen dans son livre Troll och människor paru en 1915. On en trouvera sur la Toile le texte en suédois ainsi qu'une traduction en anglais.
  8. L’histoire est racontée en particulier par Helena Nyblom sous le titre de Bortbytingarna dans son livre Bland tomtar och troll [1].
  9. Llano, A. de (1972). Del folklore asturiano: mitos, supersticiones, costumbres. Oviedo: Instituto de Estudios Asturianos. p. 36. OCLC 795826.
  10. Eric Marie, Dictionnaire Normand-Français, éditions OREP, 2012
  11. Fernand Lechanteur, La Normandie traditionnelle, Tome I, Coutances, OCEP, 1953
  12. Amélie Bosquet, La Normandie romanesque et merveilleuse ; traditions, légendes et superstitions populaires de cette province, Paris, Techener, Rouen, Le Brument, 1845

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • André-François Ruaud, Le Dictionnaire Féerique, l'Oxymore, 2002.
  • Jean-Michel Doulet, Quand les démons enlevaient les enfants, Les changelins : étude d'une figure mythique, Paris, 2003.
  • Schmitt Jean-Claude, Le Saint Lévrier, Guinefort guérisseur d'enfant depuis le XIIIe siècle, Flammarion, 1979.
  • (en) Katharine Briggs, A Dictionary of Fairies, Penguin Books, 1977.
  • (en) Bob Curran, A Field Guide to Irish Fairies, Chronicle Book, 1998.