La Roche-aux-Fées

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Roche-aux-Fées
Vue d’ensemble de la Roche-aux-Fées.
Vue d’ensemble de la Roche-aux-Fées.
Présentation
Type dolmen
Date de construction Néolithique
Propriétaire commune
Protection  Classé MH (1840)[MH 1],[MH 2]
Géographie
Pays France
Région Bretagne
Département Ille-et-Vilaine
Localité Essé
Coordonnées 47° 56′ 11″ N 1° 24′ 17″ W / 47.93639, -1.4047247° 56′ 11″ Nord
       1° 24′ 17″ Ouest
/ 47.93639, -1.40472
  

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Roche-aux-Fées

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Roche-aux-Fées

La Roche-aux-Fées est un dolmen en forme d’allée couverte situé dans la commune d'Essé, dans le département français d’Ille-et-Vilaine en région Bretagne. Son nom vient d’une légende prétendant que les pierres auraient été apportées par des fées, légende souvent à l'origine du nom de « Roches aux fées » donné à des dolmens ou allées couvertes.

Le dolmen est composé de plus d’une quarantaine de pierres formant un couloir quatre fois plus long que large. Son orientation nord-nord-ouest – sud-sud-est est telle que le soleil se lève dans l’alignement de celui-ci lors du solstice d'hiver.

C’est un des mille premiers monuments historiques classés en France et un des quatre situés en Ille-et-Vilaine[n. 1].

Situation [modifier]

Le monument se situe sur la commune d’Essé, en Ille-et-Vilaine, à une trentaine de kilomètres au sud-est de Rennes et à trois kilomètres au sud-sud-est par rapport au bourg d’Essé. Il est situé à proximité du hameau de La Roche et de la ferme du Rouvray, non loin de la frontière avec la commune du Theil-de-Bretagne. Le dolmen se trouve le long de la route départementale 341 entre Essé et Retiers. Il est à une altitude d’environ 70 mètres dans la vallée de la Seiche.

Alors que la plupart des dolmens du même type se trouve en Anjou, la localisation isolée de la Roche-aux-Fées est une exception[1].

Seul mégalithe de la commune, on trouve cependant plusieurs autres sites dans les environs. Selon la légende, certains auraient été abandonnés par les fées lors de la construction du dolmen :

Le toponyme est déjà présent sur la carte de Cassini[2] et le dolmen est signalé sur la plupart des cartes modernes.

Historique [modifier]

Aucune fouille archéologique approfondie n’a été menée, ni céramique signalée sur le site[3]. L’époque exacte de la construction est donc inconnue, mais se situerait hypothétiquement au Néolithique final (soit entre 3 000 et 2 500 ans av. J.-C.[4]).

Des fouilles clandestines ont été effectuées par des paysans à la fin du XVIIIe siècle mais aucune découverte n’a été rapportée[5].

Une des toutes premières attestations est celle de l’abbé Roussel en 1752 :

« Il y en a une d’une grandeur prodigieuse dans la paroisse d’Essé à 5 ou 6 lieues de Rennes »

— Abbé Roussel, 1752[6]

Représentations de 1756.

En 1756, Anne Claude de Caylus en donne une description ainsi que plusieurs représentations :

« Sur les confins des Paroiſſes de Teil, & d’Eſſé, dans l’Evêché de Rennes, habité autrefois par les Rhedones, on trouve au milieu d’une ancienne forêt un ouvrage ſingulier, que les habitans du pays connoiſſent ſous le nom de la Roche aux Fées […] »

— Anne Claude de Caylus, Recueil d’antiquités égyptiennes, étrusques, grecques et romaines[7]

Le régiment d’Orléans dragons aurait fait la fête ainsi qu’un feu dans le dolmen en 1789 abimant ainsi le dessous des dalles de couvertures[5].

Depuis la première moitié du XIXe siècle, le site a fait l’objet de plusieurs visites par des sociétés d’archéologie locales, principalement la Société Archéologique d’Ille-et-Vilaine qui a publié plusieurs rapports et comptes-rendus. Le site devient touristique et vers 1855, des étrangers (des anglais selon un témoignage) détériorent la pierre supérieure du trilithe d’entrée[8].

C’est un des 1034 monuments historiques classés dans la liste des monuments historiques protégés en 1840 et un des quatre situés en Ille-et-Vilaine[n. 1],[MH 1],[MH 2].

Description [modifier]

Schéma de la vue du dessus de la position des pierres
Schéma de la vue du dessus.

C’est un dolmen à couloir de type angevin[n. 2], composé d’une succession de portiques, plutôt qu’une allée couverte[9]. Elle comprend une chambre principale et une antichambre. La chambre principale est elle-même divisée en quatre parties (peut-être des caveaux de famille) par trois pierres transversales placées sur la paroi de la chambre côté sud.

Selon les sources, la structure est composée de quarante à cinquante pierres. Le schéma ci-contre représente les quarante-et-une pierres principales :

  • 9 pierres horizontales (table) dont une beaucoup plus petite que les autres,
  • 32 pierres verticales (orthostates) dont une inclinée et une plus importante pour le chevet.

Une pierre se trouve à part, entourée par les racines d’un arbre.

La table du portique d’entrée est un linteau de 5,5 mètres de longueur reposant sur deux piliers d'un mètre de hauteur. Elle était instable apparemment jusqu’en 1855[n. 3].

Les pierres plus lourdes pèsent quarante tonnes. Elles peuvent être transportées par trois cents hommes, selon une expérience d'archéologie expérimentale de transport par traction sur rondins de bois à l'aide de cordes et de soulèvements par leviers en bois et mise en place de cales provisoires.

La structure se rapproche d‘un parallélépipède qui mesure 19,5 m de long pour environ 4,70 m de large et au maximum 4,10 m de haut. L’antichambre de 3,5 mètres de long est légèrement moins haute que la chambre principale avec qui elle communique par une porte constituée de deux dalles transversales.

Les pierres sont en schiste pourpré ordovicien affleurant (et non extrait). La forêt du Theil à environ 5 km est l’endroit le plus proche où l'on trouve ce type de roches[1].

Bien qu’aucune fouille ne le prouve, la structure devait à l’origine être recouverte d‘un tumulus de blocailles ou d'un cairn comme la plupart des monuments de ce type. De la même façon, du fait d’ossements trouvés dans des monuments semblables, on peut supposer que la Roche-aux-Fées avait un rôle funéraire.

Aujourd’hui, la structure est entourée d’arbres.

Légendes et croyances [modifier]

Plusieurs légendes et croyances ont pour sujet la Roche-aux-Fées, notamment celle de fées s'installant à Essé et se partageant le travail pour construire leur demeure. Lorsque l'édifice fut achevé, les fées bâtisseuses n'avertirent que tardivement les fées qui transportaient de gros blocs devenus inutiles. Aussi ces dernières laissèrent tomber les rochers de leurs tabliers, essaimant ainsi des menhirs comme celui de Runfort ou ceux de la lande des Trois-Marie[n. 4].

Plusieurs croyances portent sur le nombre de pierres du monument qui varierait sans cesse[10]. Une croyance en particulier veut que les jeunes mariés doivent à la nouvelle lune compter le nombre de pierres en faisant le tour du dolmen chacun de son côté, les femmes dans le sens des aiguilles d'une montre et les hommes en sens inverse ; s’ils obtiennent le même nombre alors leur union sera durable.

Une croyance recueillie au XIXe siècle présente la Roche-aux-Fées comme une grotte construite par les fées pour protéger les âmes des bonnes gens, mais ces fées se sont enfuies depuis la mort des arbres il y a plus de deux siècles. Les jours de tempêtes, le sifflement du vent entre les pierres serait les lamentations des âmes auxquelles elles ne rendent plus visite[11].

Il est aussi dit que « celui qui détruira le dolmen d'Essé mourra dans l'année »[12].

Il existe aussi une croyance qui fait de la structure le tombeau d’un général romain. Un ingénieur géographe du XVIIIe siècle indique :

« Les gens des environs veulent que ce ſoit un ancien temple des Fées, pour leſquelles leurs ancêtres avoient beaucoup de vénération ; opinion ridicule, mais peu étonnante, ſi l’on fait attention que ce ſont des paysans les plus groſſiers qui penſent ainſi. […] Les gens ſenſés croient que ce monument eſt le tombeau d’un Général Romain. »

— Jean-Baptiste Ogée, Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne[13]

En 1904, Adolphe Orain en donne une description en introduction de son conte La Fée des Houx. Dans ce conte reprenant le thème de la boîte de Pandore, la Fée des Houx, un bûcheron et sa femme enterrent un pot à l’intérieur de la Roche-aux-Fées. Dans d’autres légendes, un paysan trompe une fée qui cherche à échanger le nouveau-né de la ferme soit en utilisant un crible soit en l'aveuglant avec de l'eau bouillante, répondant à la fée qui cherche qui a osé lui faire cela « C’est moi-même »[14] (comme Ulysse se nomme « personne » devant Polyphème).

Autres mégalithes similaires [modifier]

Il existe plusieurs mégalithes similaires. Bien que l’on trouve des allées couvertes partout en France, les mégalithes les plus semblables sont ceux de la famille des dolmens angevins à portique. Ceux-ci se trouvent principalement dans la région de l’Anjou, il n’y en a que quelques-uns en Bretagne. En plus de la Roche-aux-Fées, on en compte deux autres dans le Morbihan[15] à Cournon[MH 5] et La Chapelle-Caro[MH 6].

Le dolmen de Bagneux à Saumur est un des monuments les plus proches de par sa structure et ses dimensions.

Notes et références [modifier]

Notes [modifier]

  1. a et b Dans le rapport au ministre Liste des monuments pour lesquels des secours ont été demandés, 6 monuments ont été proposés : l’ancienne Cathédrale Saint-Samson de Dol-de-Bretagne, la chapelle Sainte-Agathe de Langon, le dolmen d'Essé, l’église Notre-Dame de Vitré, l’Église Saint-Ouen-la-Rouerie, et la tribune du château de Vitré (les deux derniers n’ont pas été retenus).
  2. Le terme fait l’objet de débat à propos de sa définition. Selon Jean l’Helgouach, la terminologie la plus courante est « dolmen angevin à portique » et exclut les allées couvertes. Ce type de mégalithe a été identifié et utilisé par Michel Gruet en 1956 puis 1967 dans son Inventaire des mégalithes de la France et présenté dans « Dolmens angevins à portique », Bulletin de la Société préhistorique française, 1956, volume 53, no 7-8, p. 397-401. En 1941, Glyn Daniel avait déjà décrit les galery graves of type Loire.
  3. Cette mobilité a fait l’objet de plusieurs visites et de compte-rendu de la part de la Société Archéologique d’Ille-et-Vilaine.
  4. Voir notamment Contes et légendes de Bretagne, Mikaël Lascaux, ISBN 2-7048-0400-1, pp. 91 à 94 qui reprend le Collectionneur Breton, t. III, p.  55.

Références [modifier]

  1. a et b Le Roux 1998
  2. La Roche aux fées sur la carte Cassini sur Géoportail.
  3. Boulé 1981
  4. Selon Boulé 1981, « en se basant sur la thèse évolutionniste qui fait dériver ce style des sépultures à couloir » (peut-être d'après Jean L'Helgouach). Mais Briard 1990, p. 35 retient entre 3 500 et 3 000 ans av. J.-C., sans préciser pourquoi.
  5. a et b Bézier 1883-1886, p. 137
  6. Cité par Boulé 1981
  7. de Caylus 1756
  8. Passim dont Bézier 1883-1886, p. 146, 147
  9. Mémoires de la société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne, tome LIII, Charles-Tanguy Le Roux, 1975-1976, p.  197-198.
  10. Bézier 1883-1886, p. 138
  11. Croyances populaires Site de Essé
  12. Millon 1923, p. 89, citant « Mémoires de l'Académie celtique, V, p. 41 ».
  13. Ogée 1778, p. 94
  14. Bézier 1883-1886, p. 139
  15. Jean L’Helgouac’h, Les dolmens de type « Loire » en Bretagne, 1956.

Références monuments historiques [modifier]

  1. a et b Notice no PA00090553, base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. a et b Notice no IA00007313, base Mérimée, ministère français de la Culture
  3. « Menhir dit de La Pierre des Fées » selon la Notice no PA00090606, base Mérimée, ministère français de la Culture
  4. Notice no PA00090885, base Mérimée, ministère français de la Culture
  5. Notice no IA00009714, base Mérimée, ministère français de la Culture
  6. Notice no PA00091151, base Mérimée, ministère français de la Culture

Voir aussi [modifier]

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Bibliographie [modifier]

Ouvrages anciens [modifier]

  • Anne Claude de Caylus, Recueil d’antiquités égyptiennes, étrusques, grecques et romaines, t. 6, Paris, 1756 [lire en ligne], p. 388-389 et pl. CXXIII 
  • Jean-Baptiste Ogée, Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne, t. 2, Rennes, 1778, 1re éd. [lire en ligne], p. 93-94 
  • (en) Alexander Blair et Sir Francis Ronalds, Sketches at Carnac (Brittany) in 1834 : or, notes concerning the present state of some reputed celtic antiquities in that adjoining communes with a postscript, containing an account of the great Roche aux Fées of Essé, &c., Londres, 1836 
  • Louis Du Bois, La Roche aux fées : galerie druidique, Vitré, Vve Antignac, 1837, 12 p. 
  • Paul Bézier, Inventaire des monuments mégalithiques du département d’Ille-et-Vilaine, Rennes, Hyacinthe Caillière, 1883-1886, 2 vol. dont un supplément, 360 p. [lire en ligne], p. 133-151 et pl. XVIII-XX 
    Les deux légendes des pages 140 et 141 sont reprises du Collectionneur breton, t. III, p. 55. Les pages 144 à 150 sont deux procès verbaux des 21 décembre 1882 et 7 janvier 1883 et une lettre de 1837.
  • Paul Bézier, La forêt du Theil et la Roche aux fées d’Essé, Rennes, 1887 

Ouvrages modernes [modifier]

  • Gérard Boulé, Le monument mégalithique de la Roche-aux-Fées, Châteaulin, Jos Le Doaré, coll. « Images de Bretagne », juin 1981, 16 p. (notice BnF no FRBNF34666073v) [présentation en ligne] 
Réédition de 1973 (notice BnF no FRBNF35172109j), 11p.
  • Olivier Eudes, Dolmen et menhir de Bretagne, Paris, Pygmalion, coll. « Richesses de notre patrimoine », 1981, 95 p. (ISBN 2-85704-102-0), p. 38 
  • Jacques Briard, Dolmens et menhirs de Bretagne, Jean-Paul Gisserot, 1990 [lire en ligne], p. 35 

Articles [modifier]

  • Bulletin et Mémoires de la Société Archéologique d’Ille-et-Vilaine, (ISSN 0750-1412) (OCLC 51910025).
    • F. Saulnier, « Rapport de M. Saulnier, président de la société (séance du 10 juin 1884) », Bulletin et Mémoires de la Société Archéologique d’Ille-et-Vilaine, Rennes, vol. 17, 1885, p. 187-190 [texte intégral] 
    • A Millon, « Les mégalithes et leurs Légendes II. Les légendes c) Les Fées », Bulletin et Mémoires de la Société Archéologique d’Ille-et-Vilaine, Rennes, vol. 50, 1923, p. 55, 64, 78, 89 [texte intégral] 
    • Émile Evellin, « Excursion de la Société archéologique d’Ille-et-Vilaine », Bulletin et Mémoires de la Société Archéologique d’Ille-et-Vilaine, Rennes, vol. 56, 1930, p. 170-171 [texte intégral] 
    • Léon Collin, « Quelques monuments mégalithiques du Sud-Est de l’Ille-et-Vilaine », Bulletin et Mémoires de la Société Archéologique d’Ille-et-Vilaine, Rennes, vol. 59, 1933, p. 52-56 [texte intégral] 
      Cet article reprend plusieurs parties de l’Inventaire des monuments mégalithiques du département d’Ille-et-Vilaine par Paul Bézier.
    • Charles-Tanguy Le Roux, « La Roche-aux-Fées en Essé », Bulletin et Mémoires de la Société Archéologique d’Ille-et-Vilaine, Rennes, vol. 101, 1998, p. 37-43 

Articles connexes [modifier]

Lien externe [modifier]