Blow Out

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Blow Out

Description de cette image, également commentée ci-après

La gare de Philadelphie où se situe plusieurs séquences du film.

Réalisation Brian De Palma
Scénario Brian De Palma
Acteurs principaux
Sociétés de production Filmways Pictures
Pays d’origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre Thriller
Sortie 1981
Durée 107 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Blow Out est un thriller américain de Brian De Palma sorti en 1981.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Un quai du métro dans la gare de Philadelphie, semblable à celui montré dans le film.

Jack est preneur de son. Il recherche un cri d'effroi pour un film de « Série B » sur lequel il travaille actuellement. Une nuit dans un parc, sur un pont enjambant une rivière et alors qu'à l'aide d'un capteur ultra-sensible, il prend des sons naturels (bruissement des feuilles des arbres animées par le souffle du vent, coassement de grenouille, hululement de hibou…), des crissements de freins se font entendre. Devant ses yeux, une voiture quitte la route, défonce une balustrade et s'abîme dans la rivière. Son capteur a enregistré tous les sons qui ont entouré et décrivent l'accident. Jack saute à l'eau afin de sauver les occupants du véhicule qui a coulé. Il n'arrive à extirper de celui-ci qu'une jeune femme, Sally. Le conducteur, un homme politique très important (qui avait de très bonnes chances de remporter la prochaine élection à la Présidence des États-Unis) est mort noyé. Le lendemain, en réécoutant l'enregistrement de l'accident, Jack (qui a l'oreille particulièrement exercée) discerne une détonation et l'éclatement d'un pneu ; il réalise qu'il s'agit en fait d'un attentat. Le même jour, les médias lui apprennent que par une étrange coïncidence, un photographe se trouvait sur les lieux du drame et qu'il a pu filmer toute la scène. Décidé à récupérer le film du photographe pour y caler sa bande-son afin de révéler l'attentat, Jack parvient à convaincre Sally (dont la présence insolite dans la voiture du défunt est clairement embarrassante pour la mémoire de celui-ci et qui, de plus, connaissait le photographe et avait trempé, en presque toute innocence, dans la machination visant à salir ledit défunt aux yeux de l'opinion publique) de l'aider dans son entreprise. Des sentiments réciproques rapprochent d'ailleurs les deux jeunes gens. Malheureusement pour eux, ceux qui complotaient la perte de leur adversaire politique entendent bien effacer toutes preuves de leurs agissements.

Au final, il ne restera à Jack que l'enregistrement d'un terrible et magnifique cri d'effroi, pile celui qu'il cherchait pour son film de « Série B ».

Fiche technique[modifier | modifier le code]

  • Titre : Blow Out
  • Titre de travail : Personal Effects[1]
  • Réalisation : Brian De Palma
  • Scénario : Brian De Palma et Bill Mesce Jr. (non crédité)
  • Musique : Pino Donaggio
  • Photographie : Vilmos Zsigmond
  • Montage : Paul Hirsch
  • Décors : Paul Sylbert
  • Costumes : Vicki Sánchez
  • Production : George Litto
Producteur délégué : Fred C. Caruso
États-Unis : Orion Pictures
France : UGC (1982), Mission (réédition 2012)
Canada : Ambassador Film Distributors
États-Unis : 24 juillet 1981
France : 17 février 1982, 17 juin 2000 (réédition), 15 août 2012 (réédition numérique)
  • Classement : interdit aux moins de 12 ans (France), R (16+, 18+) (Canada)

Distribution[modifier | modifier le code]

Photo noir et blanc d'une femme blonde aux cheveux courts, pommette marquées, qui parait souriante et vive
Nancy Allen en 1984

Production[modifier | modifier le code]

Genèse et scénario[modifier | modifier le code]

À cette époque, De Palma est attaché à beaucoup de projets après le succès de Pulsions : un série pour HBO, le film Flashdance et un script intitulé Personal Effects. Finalement, il se concentre sur ce dernier qui devient Blow Out[3].

C'est pendant le mixage de son film précédent, Pulsions, que Brian De Palma a eu l'idée de faire un film sur un preneur de son : le responsable des effets sonores de son film lui faisait écouter des sons et lui donnait leur provenance et le réalisateur a imaginé que ces sons pourraient être la « pièce manquante » d'une affaire aussi compliquée que l'Assassinat de John F. Kennedy[4]. Si le cinéaste n'a jamais voulu consacrer un film entier à cet assassinat, le thème de l'assassinat politique est régulièrement présent dans son œuvre[4]. Il s'avoue en effet « obsédé » par l'assassinat de Kennedy et souhaite faire un film sur l'histoire d'un personnage qui détiendrait la preuve d'un tel crime et réussirait à comprendre ce qui s'est passé[4]. Il s'inspire directement de l'accident de voiture du sénateur Edward Moore Kennedy sur l'Île de Chappaquiddick, en inversant le sort des protagonistes : dans la réalité le sénateur s'en est sorti et le jeune femme est morte[4].

Après avoir eu l'idée de départ, Brian Palma organise un concours de scénarios par le magazine Take One pour des étudiants canadiens[4]. Il est censé tourner le meilleur des scénarios envoyés mais n'en trouvant aucun suffisamment bon, il décide de l'écrire lui-même[4]. La première version, intitulée Personnal Effects (littéralement « Effets personnels »), lui permet d'avoir un financement[4].

Le personnage de Jack est fortement influencé par les recherches qu'avait faites De Palma pour une adaptation du livre de Robert Daley (en) Prince of the City qu'il n'a pas pu tourner, ayant été renvoyé par la production[5],[6]. Le livre raconte l'histoire vraie de Robert Leuci, un policier de la brigade des stupéfiants de New York qui dénonça la corruption qui régnait dans sa brigade[5]. De Palma a passé beaucoup de temps avec Leuci et voulait qu'il soit incarné par John Travolta[5]. C'est de là que vient le flash back de Blow Out où le personnage principal travaille pour la police. En outre, le sentiment de culpabilité éprouvé par Leuci a servi le personnage de Jack[5].

L'idée de l'épilogue de Blow Out, le cri de Sally utilisé par le héros pour sonoriser un film de série Z, est venue à Brian De Palma en découvrant que les anciennes bobines de film ayant été exploitées en salles étaient recyclées en amorce dans les salles de montage[7]. Il a, par exemple, découvert un jour en salle de montage qu'un morceau d'une ancienne copie de Lawrence d'Arabie servait d'amorce entre deux sons[7]. C'est le même processus qui est à l'œuvre dans le film : « De cette histoire tragique où un homme et une femme se sont retrouvés mêlés à un assassinat politique, que reste-t-il ? Un effet sonore dans un film. Un cri. C'est la vision la plus désespérée que j'ai jamais eue[7] ! »

Casting et équipe[modifier | modifier le code]

Le rôle principal aurait été destiné tout d'abord à Al Pacino[8],[9], mais comme ce dernier était indisponible il accepte de prendre John Travolta, qu'il avait dirigé dans Carrie au bal du diable. Il lui a fait lire le scénario et l'acteur s'est immédiatement montré enthousiaste à l'idée de jouer ce rôle[4].

Un producteur suggére alors d'engager Olivia Newton-John pour le rôle féminin, pour ainsi reformer le duo mythique de Grease, ce que De Palma refuse[8]. John Travolta insiste pour que le rôle soit tenu par Nancy Allen, l'épouse de De Palma à cette période, avec qui il a joué dans Carrie au bal du diable[7]. Le réalisateur n'est pas enchanté par cette idée, car le fait d'avoir tourner plusieurs fois avec elle a usé leur couple[7]. Il accepte néanmoins et, s'il se déclarera heureux du jeu de l'actrice, le tournage sera difficile pour eux et ils divorceront peu après[7].

Il s'agit de la deuxième collaboration entre Brian De Palma et son chef opérateur Vilmos Zsigmond avec qui il a travaillé sur Obsession[7]. Le réalisateur a expliqué apprécier en particulier la manière dont Zsigmond désature les couleurs[7].

Tournage[modifier | modifier le code]

John Travolta deux ans après Blow Out

Le projet de film, qui est censé au départ avoir un petit budget, est fortement modifié par la présence de Travolta qui est à l'époque une star importante[4]. Le budget du film passe à 18 millions de dollars[4].

Initialement prévu au Canada, le tournage se déroule finalement à Philadelphie, la ville natale du réalisateur[3]. Brian De Palma est séduit par l'idée de tourner une séquence qui se déroule pendant la fête du Liberty Day et qui utilise la cloche Liberty Bell[4]. Il voit aussi le rendu visuel que lui permet la ville comme il l'expliquera en 2001 : « Pensez au plan d'hélicoptère où l'on voit la voiture de Travolta traverser la ville et tous ces bâtiments imbriqués les uns dans les autres[4]. »

Nancy Allen souffre de claustrophobie, ce qui complique le tournage de la scène de l'accident durant lequel elle fait une crise violente[10]. Elle doit entrer dans un cube transparent lui-même placé dans la voiture qui se remplit d'eau ce qui est très angoissant pour une claustrophobe[10]. Brian De Palma pense la faire remplacer par une doublure mais l'actrice tient à jouer la scène elle-même[10]. « Pâle comme la mort, » elle commence à pleurer et à paniquer totalement lorsqu'il a lui est demandé d'entrer dans le cube[10]. Une dispute éclate entre elle et De Palma et il finit par annoncer qu'il tournera la scène d'une autre manière[10]. Entendant cela, Nancy Allen entre dans le cube et la scène peut être tournée[10].

À la suite d'un vol du négatif, des scènes de la Liberty Parade ont dû être retournées[7]. Plusieurs plans sur Jack ont pu être conservés mais la parade, c'est à dire la partie la plus coûteuse de la scène, a dû être refaite, demandant trois jours de tournage[7]. Brian De Palma pense l'avoir filmé exactement de la même manière qu'au premier tournage[7]. Comme le chef opérateur Vilmos Zsigmond n'était plus disponible, il est remplacé par László Kovács[8].

Musique[modifier | modifier le code]

La bande originale a été composée par l’Italien Pino Donaggio, qui avait déjà collaboré avec Brian De Palma en 1976 pour Carrie au bal du diable, en 1980 pour Home Movies et Pulsions. Ils se retrouveront en 1984 pour Body Double, en 1992 pour L'Esprit de Caïn et enfin en 2012 pour Passion.

Liste des titres[11]
  1. Love is illumination (04:10) (Musique : Jean-Claud / Paroles : Billie Cosby / Arrangements : Don Rivers)
  2. Blow Out Opening Theme (02:12)
  3. Sally & Jack (01:23)
  4. Dormitory (03:21)
  5. Public phone (01:58)
  6. Suspension bridge (01:19)
  7. On the premises (02:31)
  8. Motel (02:14)
  9. Blow Out Last theme (03:17)
  10. Freedom jubilee (03:38) (musique : Jean-Claud / paroles : Billie Cosby / arrangements : Don Rivers)
  11. Photo studio (02:08)
  12. Subway (03:20)
  13. Fireworks (02:27)
  14. Tape & Film (01:40)
  15. Liberty Bell jubilee (04:28)
  16. Sally's Death (02:11)
  17. Prelude (02:18)

Analyse[modifier | modifier le code]

Dans son film, De Palma fait plusieurs allusions, avouées ou non, à la politique américaine : l'assassinat de John F. Kennedy, ou encore le scandale du Watergate[12],[3].

Contrairement à d'autres thrillers politiques tels que Les Trois Jours du Condor ou À cause d'un assassinat, le réalisateur ne cherche pas à narrer dans ce film « le combat de l'individu contre une corporation » mais à montrer le cynisme qu'il peut y avoir à vouloir prouver la vérité à tout prix : Jack va jusqu'à mettre en danger la femme qu'il aime pour tenter de faire admettre sa théorie, théorie qui ne pourra jamais être dévoilée au public[5]. À la fin du film, tout ce qu'il restera de l'affaire sera le cri de l'héroïne, dérisoirement utilisé dans un film de série Z[5]. Cette vision très sombre s'explique d'une part par l'environnement familial du réalisateur, « un environnement scientifique […] où le facteur humain était négligeable » ainsi que par sa vision de la politique : pour De Palma le communisme, la Guerre du Viêt Nam ou la théorie des dominos n'étaient au départ que des idées, des théories qui, mises en application, ont provoqué la mort de millions de personnes[5].

Plusieurs éléments du film rappellent aussi un des films préférés de Brian De Palma, Sueurs froides d'Alfred Hitchcock : la culpabilité du personnage principal concernant la mort d'un policier, le sauvetage d'une femme en train de se noyer, l'incapacité à sauver la femme aimée et la frustration qui en découle et même pa présence d'une cloche dans la scène finale[13]. Tout comme Scottie, le héros du film d'Hitchcock, Jack est « dépassé, enfermé dans une machination plus large[13]. »

Le film est aussi très influencé par deux films qui sont à l'époque parmi les préférés de Brian De Palma : Blow-Up de Michelangelo Antonioni et Conversation secrète de Francis Ford Coppola[7]. D'après Brian De Palma, ces deux films, tout comme Blow Out, racontent des histoires spécifiquement cinématographiques, qui ne pourraient pas être racontées ailleurs qu'au cinéma[7]. Dans Blow-Up, auquel le titre du film se réfère[13], un photographe de mode, prend une photo, apparemment banale, dans un espace vert. Au tirage, il découvre un détail intrigant : un agrandissement semble révéler, au fond de l'image, un revolver sortant des feuillages. Dans Conversation secrète, un spécialiste de la filature écoute et ré-écoute la conversation d'un couple qu'il a espionné, découvrant peu à peu un sens caché à leurs paroles. Dans ces trois films la preuve par le son ou l'image sont des moyens d'accéder à une vérité dont les personnages n'ont au départ qu'une perception partielle[13]. En s'inspirant de ces films, Brian De Palma effectue un « travail de montage » qui se rapproche de celui du personnage principal : dans Blow-Up il y a de l'image sans son, dans Conversation secrète c'est du son sans image ; Blow out réunit deux histoires en une seule[13].

Si Blow Out fait beaucoup penser à Blow-Up, il est néanmoins possible de distinguer une importante différence dans la façon dont les personnages cherchent la vérité[13]. Chez Antonioni, c'est en agrandissant la photo, en essayant d'avoir la meilleure définition que la vérité est recherchée[13]. L'information est déjà dans la prise de vue, il faut l'améliorer pour la distinguer[13]. À l'inverse, dans Blow Out, « il ne faut pas resserrer le cadre mais plutôt l'élargir », le voir différemment, trouver ce qui n'y figure pas[13]. Le titre du film, littéralement « explosion » peut alors se comprendre comme le fait de faire exploser l'événement qui a été vu dans la série de photos auquel Jack associe sa bande son[13]. Le film d'Antonioni est donc un film qui se base plus sur des questions photographiques, alors que celui de De Palma, par cet usage de l'idée du montage, fait une recherche plus cinématographique[13].

Accueil[modifier | modifier le code]

Le film reçut globalement de bonnes critiques, avec notamment 90% d'opinions favorables sur l'agrégateur Rotten Tomatoes pour 41 critiques[14].

Le film est important échec commercial qui affecte profondément Brian De Palma[4]. Il estime à l'époque que le choix de Travolta pour le rôle explique en partie cet échec au box-office : l'acteur est à l'époque une telle star que le public s'imagine nécessairement une histoire d'amour avec le personnage de Nancy Allen et n'est pas préparé à une fin aussi dure[4].

Blow Out totalise 13 747 234 dollars de recettes aux Etats-Unis, pour un budget de 18 millions[2]. Cependant le film deviendra peu à peu un film culte. C'est un des films préférés de Quentin Tarantino[15],[4], pour lui le meilleur des De Palma. Il a engagé eu l'idée d'engager John Travolta pour Pulp Fiction grâce à Blow Out[4] et il a utilisé un extrait de Sally & Jack pour son propre film Boulevard de la mort en 2007.

Autour du film[modifier | modifier le code]

  • Dans la scène où Dennis Franz est dérangé par Sally qui vient chez lui à l'improviste, c'est un extrait d'un des premiers longs métrages de Brian de Palma qui passe à la télévision : Murder à la mod[16].
  • Dans la version française, Gérard Depardieu prête sa voix à John Travolta, à la demande de ce dernier avec qui il est ami[17].
  • Le magnétophone utilisé par John Travolta est un Nagra III de la firme suisse Kudelski.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Titres et dates de sortie - Internet Movie Database
  2. a et b Business - Internet Movie Database
  3. a, b et c The De Palma Cut: The Films of America's Most Controversial Director de Laurent Bouzereau - publié en 1988.
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o et p Blumenfeld et Vachaud, p. 96-97.
  5. a, b, c, d, e, f et g Blumenfeld et Vachaud, p. 98.
  6. Le film Le Prince de New York sera réalisé par Sidney Lumet.
  7. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Blumenfeld et Vachaud, p. 99-102.
  8. a, b et c (en) Anecdotes - Internet Movie Database
  9. En 2001, De Palma a déclaré ne plus se souvenir de qui était son premier choix pour le rôle, voir Blumenfiel et Vachaud p.96
  10. a, b, c, d, e et f Blumenfeld et Vachaud, p. 118.
  11. (en) Bande originale de Blow Out - Soundtrack Collector.com
  12. (en) Blow Out Article du Chicago Sun-Times écrit par Roger Ebert en janvier 1981
  13. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Lagier, p. 95-97.
  14. (en) Review - Rotten Tomatoes
  15. (en) Les films préférés de Tarantino - Tarantino.info
  16. Blumenfeld et Vachaud, p. 26-27.
  17. Blumenfeld et Vachaud, p. 112.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Samuel Blumenfeld et Laurent Vachaud, Brian de Palma : Entretiens avec Samuel Blumenfeld et Laurent Vachaud, Calmann-Lévy,‎ 2001, 214 p. (ISBN 2-7021-3061-5)
  • Luc Lagier, Les Mille Yeux de Brian de Palma, Cahiers du cinéma,‎ 2008, 199 p. (ISBN 978-2-86642-499-2)

Liens externes[modifier | modifier le code]