Émile-Paul Frères

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Émile-Paul Frères (ou Émile-Paul frères) est une maison d'édition française, créée en 1901 par deux frères, Albert et Robert Paul. Elle fut active jusqu'en 1955.

Présentation[modifier | modifier le code]

Il s'agit à l'origine d'une librairie, située au 14, rue de l'Abbaye dans le 6e arrondissement de Paris, et qui restera inchangée[1] pendant près de soixante ans. Les éditions Émile-Paul Frères ont été un pôle de créativité important, en particulier sous la direction artistique de Jean-Gabriel Daragnès et ont largement participé à l'âge d'or des « illustrés modernes » entre les années 1920 et 1940. Quelques-uns des plus beaux ouvrages de bibliophilie (à l'initiative le plus souvent de sociétés de bibliophiles) de l'entre-deux-guerres sortiront de ses presses : Suzanne et le Pacifique de Jean Giraudoux, illustré par Daragnès ; La Ballade de la geôle de Reading d'Oscar Wilde, illustré par le même (gravures « à la manière noire »), ou encore À bord de l'étoile matutine de Pierre Mac Orlan.

En 1908, ils obtiennent le prix Goncourt avec Écrit sur de l'eau de Francis de Miomandre. En 1924, ils nomment directeur littéraire Edmond Jaloux.

Parmi d'autres réalisations de cet éditeur, peut être citée une remarquable édition du texte de Coleridge, The Rhyme of the Ancient Marinere, illustrée par André Lhote, qui fait date dans l'histoire du livre illustré[2]. Jules Supervielle, Jules Renard, Gustave Flaubert (La Tentation de saint Antoine), François Mauriac (La Chair et le Sang et Préséances) ou encore, parmi d'autres, Léon-Paul Fargue, ont également été édités par Émile-Paul Frères.

Mais surtout, Alain-Fournier y a publié l'édition originale de son ouvrage Le Grand Meaulnes en 1913, qui produira suffisamment de droits pour permettre aux deux frères fondateurs d'en vivre.

La maison périclita après la mort d’Albert Paul (1954) et de Robert Paul (1955) puis la librairie fut liquidée à la fin des années 1960.

Historique[modifier | modifier le code]

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Pendant les années 1939-1945, la maison va faire partie d’un groupe d’éditeurs souhaitant rester « digne » sous l’occupation. Elle va cesser son activité pour marquer une résistance face aux occupants et va donc être la seule maison française à ne rien publier pendant cette période. Cependant, une convention de censure va être mise en place et tous les éditeurs vont devoir la signer mais la maison Emile-Paul va refuser.

La maison va aussi accueillir sous son toit « Les Amis d’Alain-Fournier», un groupe de résistant. Il vont participer par la suite à la réalisation d’un bulletin sur la résistance qui sera distribué dans les boîtes aux lettres et qui transmettra des messages contre l’invasion des occupants : « Résistez ! C’est le cri qui sort de votre cœur à tous, dans la détresse où vous a laissés le désastre de la Patrie. C’est le cri de vous tous qui ne vous résignez pas, de vous tous qui voulez faire votre devoir ». Il y aura 5 numéro de Résistance publiés chacun à 500 exemplaires.

Elle va tout de même par la suite reprendre son activité en novembre de la même année en publiant Chroniques de fin d’un monde de Pierre Mac Orlan. Pendant cette période, les frères Paul vont insister sur les devoirs de la profession d’éditeur en voulant faire réagir les autres maisons. En effet, le but étant de ne pas ployer le genou sous l’occupation. La maison voit ses publications censurées telle que Dialogue de prisonniers (1940) pour « atteinte au prestige de l’armée ».

De nombreuses maisons d’édition vont par la suite se regrouper sous une bannière qui va énoncer leurs intentions « « Pour le livre » en faveur du « vrai » livre, celui qui donne à penser et non simplement à se distraire ». Puis la bannière va laisser place à une association nommée « Le Groupement de la Fidélité française » présidée par la maison Emile-Paul.

Mais avec la guerre froide les maisons les plus solidement implantées vont être les seules à pouvoir résister.

Après la guerre, Robert Paul qui était le président du groupement, va protester contre les sanctions jugées trop indulgentes envers les collaborateurs. «  Non seulement les éditeurs et libraires sont émus par l’abandon de toutes poursuites contre les éditeurs coupables de collaboration avec l’ennemi, mais le public lui aussi est surpris qu’il n’y ait aucune sanction ».    

Sources[modifier | modifier le code]

Sources bibliographique[modifier | modifier le code]

  • Marie-Gabrielle Slama in Dictionnaire encyclopédique du Livre, Ed. cercle de la Librairie, 2005, T. 2, p. 48
  • Edition, presse et pouvoir en France au XXe siècle, Ed. Fayard, 2008
  • L’Edition française sous l’Occupation 1940-1944 de Pascal Fouché, Editions de l’IMEC Tome I et II

Sources web[modifier | modifier le code]

Note[modifier | modifier le code]

  1. Toutefois, les locaux de l'édition s'établiront un temps au 100 rue du Faubourg Saint-Honoré.
  2. Édition émise en même temps en anglais et en français, traduction par Odette et Guy Lavaux pour le texte français, citée par le graphiste et maquettiste Massin dans son ouvrage de référence L'ABC du métier