L'Art pour l'art

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« L'Art pour l'art » est un slogan apparu au début du XIXe siècle. Il énonce que la valeur intrinsèque de l'art est dépourvue de toute fonction didactique, morale ou utile. Les travaux désignés par cette formule sont dits autotéliques, du grec ancien αυτοτελές / autotelés : « qui s'accomplit par lui-même ».

Histoire[modifier | modifier le code]

La théorisation de « l'art pour l'art » est attribuée à Théophile Gautier (1811–1872). Elle apparait dans la préface de Mademoiselle de Maupin en 1834 :

« À quoi bon la musique ? à quoi bon la peinture ? Qui aurait la folie de préférer Mozart à M. Carrel, et Michel-Ange à l’inventeur de la moutarde blanche ? Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid. [...] Je préfère à certain vase qui me sert un vase chinois, semé de dragons et de mandarins, qui ne me sert pas du tout[1]. »

Il est le premier à en faire un slogan[réf. nécessaire] mais l'idée le précède : elle apparait par exemple dans les écrits de Victor Cousin[2], Benjamin Constant, et Edgar Allan Poe. Ce dernier déclare dans son essai Du Principe poétique (en) en 1850, que :

« Nous nous sommes mis dans la tête, qu’écrire un poème uniquement pour l’amour de la poésie, et reconnaître que tel a été notre dessein en l’écrivant, c’est avouer que le vrai sentiment de la dignité et de la force de la poésie nous fait radicalement défaut — tandis qu’en réalité, nous n’aurions qu’à rentrer un instant en nous-mêmes, pour découvrir immédiatement qu’il n’existe et ne peut exister sous le soleil d’œuvre plus absolument estimable, plus suprêmement noble, qu’un vrai poème, un poème per se, un poème, qui n’est que poème et rien de plus, un poème écrit pour le pur amour de la poésie[3]. »

Influences[modifier | modifier le code]

En France[modifier | modifier le code]

C'est un crédo bohémien du XIXe siècle érigé contre ceux, de John Ruskin aux plus récents partisans du réalisme socialiste, qui pensent que la valeur de l'art est de servir un but moral ou didactique. « L'art pour l'art » affirme que l'art a une valeur comme art, et que le dessein artistique en est sa propre justification. Son application permettrait la neutralité de point de vue, voire la subversion[réf. nécessaire].

À la même période, ce slogan est aussi suivi par le mouvement parnassien en réaction au romantisme : il refuse de prendre un quelconque engagement politique ou social et il cherche la perfection artistique à travers le travail.

À Monaco[modifier | modifier le code]

C'est une exposition d'Art contemporain dirigée et organisée par l'expert en peinture ancienne et marchand d'Art Franck Monsonego, qui eu lieu à Monaco en 2016 fût intitulée "Art for Art". En effet, les artistes et les oeuvres qui étaient représentées n'étaient jugées que sur des critères visuelles et d'esthétismes, jugeant ainsi l'œuvre uniquement sur sa valeur intrinsèque purement basée sur des critères plastiques et non sur la renommée du peintre. Cet exercice donna naissance à la formation d'un groupe de 10 peintres qui agissent ensemble et au nom de la beauté picturale, travaillant ainsi sous des pseudonymes qu'ils ont choisi eux-mêmes. Ces artistes jouissaient déjà d'une forte notoriété dans le domaine de l'Urban Art et se lancèrent se défi avec le support d'une Fondation privée anglo-saxonne laquelle soutient financièrement ce groupe et détient les droits d'auteurs.

En Angleterre[modifier | modifier le code]

Le slogan « (en) art for art's sake » apparait pour la première fois en anglais en 1868, simultanément :

Il est associé à la littérature anglaise et l'esthétisme alors en rébellion contre la morale victorienne[réf. nécessaire]. Une seconde version de la critique de Walter Pater apparait en 1873 dans un des textes les plus influents de son mouvement : Studies in the History of the Renaissance.

Aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Les tonalistes critiquent l'habitude faite depuis la Contre-Réforme du XVIe siècle de mettre l'art au service de l'état ou de la religion par les mots :

« L'art devrait être indépendant de tout claptrap – devrait se tenir seul [...] et solliciter le vrai sens artistique de l’œil et de l'oreille, sans le confondre avec des émotions qui lui seraient entièrement étrangères, comme le dévouement, la piété, le patriotisme et le goût[4]. »

— James McNeill Whistler, fondateur du tonalisme

Il marque ainsi sa distance d'avec le sentimentalisme : dans sa déclaration, tout ce qui reste du romantisme est la confiance dans l'arbitrage qu'il fait de ses propres vision et perception[réf. nécessaire].

En Allemagne[modifier | modifier le code]

Le poète Stefan George est un des premiers artistes à le traduire en « (de) Die Kunst für die Kunst » et à l'adopter pour une proclamation littéraire présentée dans sa revue Blätter für die Kunst en 1892. Il est principalement inspiré par Charles Baudelaire et les symbolistes français qu'il rencontre à Paris, étant ami avec Albert Saint-Paul et dans l'entourage de Stéphane Mallarmé[réf. nécessaire].

Critiques[modifier | modifier le code]

George Sand écrit en 1872 que « l'art pour l'art est un vain mot. L'art pour le beau et le bon, voilà la religion que je cherche... » [5].

Walter Benjamin en débat dans son essai de 1936 L'Œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique : il le mentionne principalement par rapport à la réaction du milieu traditionnel[Lequel ?] de l'art face aux innovations de la reproduction, en particulier pour la photographie. Il a même défini ce slogan comme étant une théologie de l'art dénigrant les aspects sociaux. Dans l'épilogue de son essai il disserte des liens entre le fascisme et l'art, son principal exemple étant celui du futurisme et de la pensée de son fondateur Filippo Tommaso Marinetti : un des slogans des fascistes futuristes italiens était : « (la) Fiat ars - pereat mundus : Que l'art soit - périsse le monde[réf. nécessaire] ». Par provocation, Walter Benjamin conclut que tant que le fascisme verra la guerre comme « un moyen de satisfaire une vision artistique elle-même influencée par la technologie » alors « l'art pour l'art » sera appliqué et réalisé[6].

Des écrivains post-colionalistes contemporains écrivent :

« L'art pour l'art est juste un quelconque morceau de merde de chien désodorisé[7]. »

— Chinua Achebe, Morning Yet on Creation Day

« C'est dire qu'en Afrique noire,« l'art pour l'art » n'existe pas. Tout art est social en Afrique noire[8]. »

— Léopold Sédar Senghor, Négritude et humanisme

Ils critiquent ce slogan comme étant une vision limitée et eurocentriste de l'art et de la création artistique. LeRoi Jones les nuance en écrivant que « Tout art est social. Cependant, l'art et la littérature noirs africans ne sont pas seulement utiles [...]. Bien au contraire[9]. »

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Une traduction latine « (la) Ars gratia artis » est inscrite dans le cercle autour de la tête du lion rugissant des séquences d'ouverture des films de la Metro-Goldwyn-Mayer.

Références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Art for art's sake » (voir la liste des auteurs).

  1. Théophile Gautier, Mademoiselle de Maupin, G. Charpentier, (lire en ligne), « Préface », p. 22
  2. (en) « Art for art’s sake », sur Encyclopædia Britannica, (consulté le 30 mars 2015)
  3. Edgar Allan Poe (trad. de l'anglais par Félix), Derniers Contes, Albert Savine, (lire en ligne), « Du principe poétique », p. 311
  4. (en) Owen Edwards (en), « Refined Palette », sur Wiktionary, Smithsonian Magazine, (consulté le 30 mars 2015)
  5. George Sand, Correspondance (1812-1876), Calmann Lévy, (lire en ligne), « Lettre à Alexandre Saint-Jean »
  6. (en) Walter Benjamin, « The Work of Art in the Age of Mechanical Reproduction », dans Illuminations, Fontana Press, London, 1973, 23. (ISBN 0-00-686248-9).
  7. (en) Chinua Achebe, Morning Yet on Creation Day. Michigan: Heinemann Educational, 1975. Page 19. Print.
  8. Léopold Sédar Senghor, Liberté 1 : Négritude et humanisme, Paris, Le Seuil, (ISBN 978-2020022422), p. 283
  9. (en) LeRoi Jones, revue The Negro Digest, n° d'Avril 1967, John H. Johnson (lire en ligne), « What the Arts Need Now », p. 6

Liens externes[modifier | modifier le code]