Jean-Marie Straub et Danièle Huillet

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Jean-Marie Straub et Danièle Huillet
Naissance (82 ans)
à Metz (Moselle) : Straub

à Paris : Huillet
Nationalité Drapeau de France Français
Décès (à 70 ans) (Huillet)
Cholet (Maine-et-Loire)
Profession Réalisateur, réalisatrice
Films notables Chronique d'Anna Magdalena Bach
Antigone
Sicilia !

Jean-Marie Straub, né le à Metz (Moselle), et Danièle Huillet, née le à Paris, morte le [1] à Cholet (Maine-et-Loire), sont un couple de cinéastes français.

Parcours[modifier | modifier le code]

Jeune homme, Jean-Marie Straub anime des ciné-clubs à Metz[2] avant de retrouver à Paris plusieurs futurs auteurs de la Nouvelle Vague, comme Jean-Luc Godard, Jacques Rivette, François Truffaut et Claude Chabrol.

Il rencontre alors Danièle Huillet. Ensemble, ils préparent plusieurs projets. En 1954, ils proposent le scénario de Chronique d'Anna Magdalena Bach à Robert Bresson qui leur répond : « Mes amis, c'est votre sujet, c'est vous qui devez faire le film »[3]. En 1956, Jean-Marie Straub travaille comme assistant de Jacques Rivette sur le court métrage Le Coup du berger[4].

Appelé à se battre en Algérie, Jean-Marie Straub déserte en 1958 par solidarité avec les indépendantistes algériens et quitte la France. Danièle Huillet le rejoint bientôt en Allemagne de l'Ouest pour préparer Chronique d'Anna Magdalena Bach qu'ils tourneront en 1967. En attendant, ils réalisent Machorka-Muff et Non réconciliés, deux films d'après Heinrich Böll qui les rattachent malgré eux au Nouveau cinéma allemand.

Après Le Fiancé, la Comédienne et le Maquereau en 1968, film d'« adieux » à l'Allemagne, ils partent en Italie - où ils s'installeront définitivement - pour réaliser Les yeux ne veulent pas en tout temps se fermer ou Peut-être qu'un jour Rome se permettra de choisir à son tour, d'après la pièce Othon de Pierre Corneille, qui leur vaut l'hostilité d'une partie de la critique française.

Par la suite, assistés de collaborateurs fidèles comme Louis Hochet au son ou Renato Berta et William Lubtchansky à l'image, ils auto-produisent et réalisent des films très divers, de durée variable, en couleurs ou en noir et blanc, en Italie, en Allemagne et en France, et jusqu'en Égypte (Trop tôt, trop tard).

En septembre 2006, le jury de la 63e Mostra de Venise, où ils présentent Ces rencontres avec eux (Quei loro incontri), leur décerne un prix spécial pour l’ensemble de leur œuvre, saluant son « innovation dans le langage cinématographique ».

Depuis le décès de Danièle Huillet en octobre 2006, Jean-Marie Straub continue de réaliser de nombreux films, assisté entre autres par les producteurs Barbara Ulrich et Arnaud Dommerc et par le chef-opérateur et monteur Christophe Clavert.

Esthétique et politique[modifier | modifier le code]

  • Tous les films de Jean Marie Straub et Danièle Huillet sont des « adaptations » de textes littéraires et d’œuvres musicales.
  • Les deux cinéastes se qualifient d'« artisans » du cinéma, par opposition et/ou résistance à l’industrie cinématographique[5].
  • Jean-Marie Straub et Danièle Huillet ont souvent récusé le qualificatif de « minoritaire »[6] régulièrement employé pour évoquer leur cinéma, et ont au contraire toujours insisté sur le fait qu'ils n'étaient « pas des oiseaux rares ».
  • Straub et Huillet n'utilisent que le son direct des prises. Ils opposent à ce qu'ils appellent le « gaspillage » dans le cinéma dominant un cinéma de la modestie mais du luxe où l'on prendrait le temps de regarder et d'écouter, en particulier la nature qu'ils ont filmée avec de plus en plus d'insistance. La plupart de leurs acteurs sont des non-professionnels.
  • Straub et Huillet ont tôt reconnu leur dette envers Bertolt Brecht qu'ils ont adapté à plusieurs reprises (Leçons d'histoire, Introduction à la « Musique d'accompagnement pour une scène de film » d'Arnold Schoenberg, Antigone, Corneille-Brecht) et à qui ils y doivent le second titre de Non réconciliés : « Seule la violence aide où la violence règne. »

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • 1979 : De la Nuée à la résistance (Dalla nube alla resistenza), d’après Dialogues avec Leuco (1947) et La Lune et les Feux (1949) de Cesare Pavese, 35 mm, couleur, 105 min
  • 1982 : En rachâchant, d’après le conte Ah Ernesto ! de Marguerite Duras (1971), 35 mm, noir et blanc, 7 min
  • 1982 : Trop tôt, trop tard (Zu Früh/Zu Spät; Too Early/Too Late; Troppo presto/troppo tardi), d’après une lettre de Friedrich Engels de 1887 à Karl Kautsky, et La Lutte de classes en Egypte de 1945 à 1968 de Mahmoud Hussein (1970), 16 mm, couleur, quatre versions linguistiques, 105 min
  • 1984 : Amerika-Rapports de classe (Klassenverhältnisse), d’après le roman inachevé L'Amérique de Franz Kafka (1927), 35 mm, noir et blanc, 130 min
  • 1985 : Montaggio in quattro movimenti per La Magnifica ossessione, vidéo, couleur et noir et blanc, 40 min
  • 1987 : Der Tod des Empedokles oder Wenn dann der Erde Grün von neuem Euch erglänzt (La Mort d'Empédocle ou Quand le vert de la terre brillera à nouveau pour vous), d’après La Mort d'Empédocle de Friedrich Hölderlin (1798), 35 mm, couleur, quatre montages différents, 132 min
  • 1989 : Schwarze Sünde (Noir péché), d’après la troisième version de La Mort d'Empédocle de Friedrich Hölderlin (1799), 35 mm, couleur, quatre montages différents, 40 min
  • 1989 : Cézanne : Conversation avec Joachim Gasquet (Paul Cézanne im Gespräch mit Joachim Gasquet), d’après Joachim Gasquet, 35 mm, couleur, deux versions linguistiques, 51 min
  • 1992 : Die Antigone des Sophokles nach der Hölderlinschen Übertragung für die Bühne bearbeitet von Brecht 1948 (Suhrkamp Verlag) (Antigone), d’après la version pour la scène de Bertolt Brecht (1947) de la traduction par Friedrich Hölderlin (1803) de la tragédie de Sophocle, 35 mm, couleur, deux montages différents, 100 min
  • 1994 : Lothringen !, d’après le roman Colette Baudoche de Maurice Barrès (1909), 35 mm, couleur, deux versions linguistiques, 21 min
  • 1997 : Von heute auf morgen (Du jour au lendemain), d’après l'opéra d'Arnold Schoenberg (1928-29), 35 mm, noir et blanc, 62 min
  • 1999 : Sicilia!, d’après Conversation en Sicile d'Elio Vittorini (1939), 35 mm, noir et blanc, trois montages différents, 66 min
  • 2001 : Operai, contadini (Ouvriers, paysans), d’après Les Femmes de Messine de Elio Vittorini (1949), 35 mm, couleur, 123 min
  • 2001 : Il Viadante (Le Vagabond), d’après Elio Vittorini, 35 mm, couleur, 5 min
  • 2001 : L'Arrotino (Le Rémouleur), d’après Elio Vittorini, 35 mm, couleur, 7 min
  • 2003 : Il ritorno di figlio prodigo - Umiliati (Umiliati che niente di fatto o toccato da loro, di uscito dalle mani loro, risultasse esente dal diritto di qualche estraneo (Operai, contadini - seguito e fine)) (Le retour du fils prodigue - Humiliés), d’après Les Femmes de Messine de Elio Vittorini (1949), 35 mm, couleur, 25 min
  • 2004 : Une visite au Louvre, d'après des propos de Cézanne rapportés par Joachim Gasquet, 35 mm, couleur, 49 min
  • 2006 : Quei loro incontri (Ces rencontres avec eux), d'après Dialogues avec Leuco de Cesare Pavese (1947), 35 mm, couleur, 68 min ; prix Marguerite-Duras 2007
  • 2006 : Europa 2005 - 27 octobre, miniDV (Sony PD150), format 4/3, couleur, 11 min (caméra et montage : Jean-Claude Rousseau, assistant : Christophe Clavert)
  • 2007 : Le Genou d'Artémide, d'après Dialogues avec Leuco de Cesare Pavese (1947), 35 mm, couleur, deux versions, 26 min et 27 min (réal. J-M Straub seul)
  • 2008 : Le Streghe - Femmes entre elles, d'après Dialogues avec Leuco de Cesare Pavese (1947), 35 mm, couleur, 21 min (réal. J-M Straub seul)
  • 2008 : Itinéraire de Jean Bricard, 35 mm, noir et blanc, environ 40 minutes (film co-signé par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub)
  • 2009 : Corneille-Brecht ou Rome, l'unique objet de mon ressentiment, lecture de Le Procès de Lucullus de Bertolt Brecht (1940) et de deux stances de Pierre Corneille extraites de Horace et Othon, miniDV (Panasonic AG DVX 100), format : 4/3, couleur, trois versions de 27 minutes environ (réal. J-M Straub seul)
  • 2009 : O somma luce, d'après Dante Alighieri, 35 mm, couleur, 18 min (réal. J-M Straub seul)
  • 2009 : Joachim Gatti, vidéo, couleur, 1 min 30 s (réal. J-M Straub seul)
  • 2010 : L'inconsolabile (L'inconsolable), d'après Dialogues avec Leuco de Cesare Pavese (1947), miniDV (Panasonic AG DVX 100), format : 4/3, couleur, deux versions de 15 min environ (réal. J-M Straub seul)
  • 2010 : Un héritier, d'après un chapitre d'Au service de l'Allemagne de Maurice Barrès (1903), miniDV (Panasonic AG DVX 100), format 4/3, couleur, deux versions de 21 min environ (réal. J-M Straub)
  • 2011 : Schakale und Araber (Chacals et Arabes), d'après la nouvelle de Franz Kafka (1917), miniDV (Panasonic AG DVX 100), format : 4/3, couleur, deux versions de 11 min environ (réal. J-M Straub seul)
  • 2011 : La Madre, d'après Dialogues avec Leuco de Cesare Pavese (1947), HD (Canon 5D), format : 4/3, couleur, deux versions de 20 min environ (réal. J-M Straub seul)
  • 2012 : Un conte de Michel de Montaigne, d'après « De l'exercitation », chapitre VI du livre deux des Essais de Montaigne, HD (Canon 5D), format : 4/3, couleur, 34 min (réal. J-M Straub seul)
  • 2013 : Dialogue d'ombres, d'après la nouvelle de Georges Bernanos (1928), HD (Canon 5D), format : 4/3, couleur, 29 min (film co-signé par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub)
  • 2014 : À propos de Venise (Geschichtsunterricht), d'après La Mort de Venise de Maurice Barrès (1903), HD (Canon 5D), format : 4/3, couleur, 24 min (réal. J-M Straub seul)
  • 2014 : Kommunisten, d'après André Malraux, film constitué d'une scène tournée en HD (Canon 5D), format : 4/3, couleur, et d'extraits de quatre films précédents de J-M Straub & Danièle Huillet, 70 min
  • 2014 : La Guerre d'Algérie, d'après Jean Sandretto, HD (Canon 5D), format : 4/3, couleur, 2 min (réal. J-M seul)
  • 2015 : L'Aquarium et la Nation, d'après Les Noyers de l'Altenburg d'André Malraux (1943), HD (Canon 5D), format : 4/3, couleur, 32 min (réal. J-M seul)
  • L’édition de leur œuvre complète en DVD a débuté en octobre 2007 par les éditions Montparnasse.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. AlloCine, « Décès de la cinéaste Danièle Huillet » (consulté le 3 août 2015)
  2. « Je m'intéressais au cinéma. J'avais eu deux ciné-clubs de type différent à Metz. Je venais à Paris en auto-stop pour voir les derniers films de Renoir, de Buñuel, de Bresson ou de John Ford, comme L'Homme tranquille. » Rencontres avec Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, Beaux-Arts de Paris les éditions, 2008, p. 98-99.
  3. Rencontres avec Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, Beaux-Arts de Paris les éditions, 2008, p. 98.
  4. « Le seul réalisateur pour lequel j'ai travaillé est Rivette, et j'ai juste porté des cartons. J'ai fait ça parce que c'était une réunion d'amis, et qu'ils n'avaient pas assez d'argent pour payer des assistants. J'étais très content de le faire, bien sûr, mais ma participation se bornait à porter des cartons » (entretien réalisé en 1976 par Joel Rogers pour Jump Cut. Traduction de Mehdi Benallal)
  5. cf. la conférence sur « l'acte de création » de Gilles Deleuze
  6. « Je ne sais pas ce que c’est qu’une minorité. De toute manière, Lénine a répondu à cette question en disant que la minorité d’aujourd’hui sera la majorité de demain. Donc ça n’a pas de sens. Mais on ne peut pas savoir… Si on donnait les mêmes chances, en termes de distribution et de publicité, aux films accusés d’être faits pour une minorité qu’à ceux dits « commerciaux », la question n’aurait pas lieu d’être. Mais ce n’est pas le cas. » Conversation entre Pierre Clémenti, Miklós Jancsó, Glauber Rocha et Jean-Marie Straub

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Louis Seguin, Aux distraitement désespérés que nous sommes..., Paris, 2007.
  • Barton Byg, Landscapes of Resistance: The German Films of Danièle Huillet and Jean-Marie Straub, Berkeley, 1995.
  • Riccardo Rossetti, Straub-Huillet Film, Rome, 1984.
  • Richard Roud, Jean-Marie Straub, New York, 1972.

Articles[modifier | modifier le code]

  • Frustration of Violence, in Cahiers du Cinéma in English (New York), janvier 1967.
  • Roud, Richard, in Sight and Sound (London), été 1968.
  • Polt, Harriet, in Film Quarterly (Berkeley), hiver 1968–69.
  • Baxter, B., Jean-Marie Straub, in Film (London), été 1969.
  • Engel, Andi, Jean-Marie Straub, in Second Wave, New York, 1970.
  • Armes, Roy, Jean-Marie Straub, in London Magazine, septembre 1970.
  • Roth, W., and G. Pflaum, Gesprach mit Danièle Huillet und Jean-Marie Straub, in Filmkritik (Munich), février 1973.
  • Die Filmographie – Jean-Marie Straub, in Information (Wiesbaden), janvier 1974.
  • Walsh, M., Political Formations in the Cinema of Jean-Marie Straub, in Jump Cut (Chicago), novembre-Décembre 1974.
  • Seguin, L., La Famille, l'histoire, le roman, in Cahiers du Cinéma (Paris), octobre-Novembre 1975.
  • Greene, N., Report from Vienna: Cinema and Ideology, in Praxis (Berkeley), no. 2, 1976.
  • Danièle Huillet/Jean-Marie Straub's Fortini/Cani,in Filmkritik (Munich), Janvier 1977.
  • Dermody, S., Straub/Huillet: The Politics of Film Practice, in Cinema Papers (Melbourne), septembre-Octobre 1976.
  • Simsolo, Noël, Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, in Cinéma (Paris), Mars 1977.
  • Grant, J., Le Combat contre l'impression, in Cinéma (Paris), janvier 1978.
  • Nau, P., Die Kunst des Filmesehens, in Filmkritik (Munich), janvier 1979.
  • Vatrican, V., Tout est musique, in Cahiers du Cinéma (Paris), no. 492, juin 1995.

Films documentaires[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]