Parnasse (poésie)

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Le terme parnasse, dans son usage commun, désigne la poésie en général et les poètes.

Le mouvement poétique appelé Parnasse est apparu en France dans la seconde moitié du XIXe siècle : il tire son nom du recueil poétique le Parnasse contemporain publié entre 1866 et 1876 par l'éditeur Alphonse Lemerre. Il apparaît en réaction au lyrisme et aux sentiments du romantisme.

Ses principes sont la valorisation de l’art poétique par la retenue, l'impersonnalité et le rejet de l'engagement social ou politique. L'art n'aurait pas à être utile ou vertueux et son but en serait uniquement la beauté : le slogan « L'art pour l'art » de Théophile Gautier, considéré comme précurseur, est adopté. Ce mouvement réhabilite aussi le travail acharné et minutieux de l'artiste en utilisant souvent la métaphore de la sculpture pour symboliser la résistance de la « matière poétique ».

Le parnasse, fresque réalisée par Raphaël de 1509 à 1511. c'est une représentation de l'habitation du Dieu Apollon, des Muses, et aussi la « maison de la poésie » et le « séjour des poètes ».
Les poètes du Parnasse, tableau de Paul Chabas, « Chez Alphonse Lemerre, à Ville d’Avray », Salon de 1895

Histoire du mouvement[modifier | modifier le code]

Le mouvement « parnassien » naît en 1866[Contradiction] alors que plusieurs revues de poésie pré-existent : la Revue Fantaisiste de Catulle Mendès elle-même future parnassienne, la Revue du Progrès en 1863 et L'Art de Louis-Xavier de Ricard. Une série de 18 brochures toutes nommées le Parnasse contemporain est alors publiée par l’éditeur Alphonse Lemerre : des textes d’une quarantaine de poètes y sont réunis. Une première anthologie de ces brochures est suivie par deux autres recueils, en 1871 et 1876, portant eux aussi le même nom. Beaucoup de poètes de l'époque ont été publiés dans ces trois recueils et d’autres comme Rimbaud, Verlaine, Mallarmé ou encore Baudelaire ont accompagné le mouvement avant de s’en détacher[réf. nécessaire].

On trouve des prémisses de l’écriture parnassienne dans les trois décennies précédentes : Théophile Gautier manifeste sa vision de l’art pour l’art dans la préface de Mademoiselle de Maupin en 1835 et il expose sa conception de la poésie dans le recueil Émaux et Camées en 1857.

La dernière édition de 1876 marque la fin publique du mouvement, toutefois les préceptes de l’« esprit parnassien » sont suivis[Quand ?] par certains[Lesquels ?] poètes.

Origine du nom[modifier | modifier le code]

Le mont Parnasse est une montagne de Grèce, qui dans la mythologie est consacrée à Apollon, le dieu des poètes, et aux neuf Muses : le parnasse est alors l'allégorie du séjour des poètes, incluant ces derniers ainsi que leurs œuvres.

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En 1863[Contradiction], plusieurs titres sont envisagés pour le recueil de poésies que la revue L'Art appartenant à, et dirigée par Louis-Xavier de Ricard, prévoit de publier:

  • Les Impassibles reprend un nom utilisé par des adversaires mais est écarté
  • Les Parnasses, les Cabinets de muses, les Étrennes de l'Hélicon reprennent des titres de recueils analogues publiés depuis le XVIe siècle
  • Les Poètes français est discrédité par une anthologie du même nom
  • La Double cime est proposé par Leconte de Lisle
  • Les Formistes, les Fantaisistes, et les Stylistes

Parnasse est celui retenu pour le mouvement et selon Lepelletier la paternité en reviendrait à Charles Marty-Laveaux. Catulle Mendès l'a revendiqué, ne l'ayant imaginé qu'en souvenir du Parnasse satirique de Théophile de Viau et d'autres parnasses autrefois publiés.

Caractéristiques du mouvement[modifier | modifier le code]

L’impersonnalité et le refus du lyrisme[modifier | modifier le code]

Al Borak
Alborak, le cheval mentionné par Leconte de Lisle dans son poème Le Désert, et dessiné par Jennie Wilde en 1910[1].

Les parnassiens préfèrent favoriser la distance et l’objectivité, s'opposant ainsi au lyrisme et à la subjectivité des écrivains romantiques, à leurs épanchements sentimentaux et à leur utilisation récurrente et surabondante du moi. Ces caractéristiques héritées de la poésie d'Alfred de Musset et Lamartine et de la dramaturgie de Gérard de Nerval et Victor Hugo y seraient en excès et nuiraient à la perfection formelle du poème[2]. Ils rejettent ce lyrisme par l'impersonnalité et la neutralité de point de vue[réf. nécessaire] en refusant l'emploi de la personne « je » et en néantisant ainsi les sentiments personnels. On retrouve ces caractéristiques dans Le Désert de Leconte de Lisle[3] où il est question d'un bédouin et du désert :

« Quand le bédouin qui va de l’Horeb en Syrie [...] Il rêve qu’Alborak, le cheval glorieux, L’emporte en hennissant dans la hauteur des cieux ; »

Le style utilisé dans ce poème est en accord avec les idées parnassiennes : il n’y est absolument pas question de l’auteur et de ses sentiments personnels.

Bien que présents, les registres épique et exotique ne sont là que pour mettre en valeur le rêve, le mythe et la légende. Par exemple « glorieux » et « la hauteur des cieux » sont employés pour témoigner de la grandeur du cheval : l’auteur s'abstient d'en juger et cela renforce l'impersonnalité du texte.

L'art pour l'art[modifier | modifier le code]

Article détaillée : L'art pour l'art

En réaction au romantisme qui s'attaque à des sujets sociaux et politiques, les parnassiens, eux, ne s'intéressent qu'au beau, Théophile Gautier formalisant sa vision de « L'art pour l'art » en 1834. Les parnassiens ne recherchent que le beau et ils rejettent l’engagement pris par les romantiques de l'allier à l'utile : ce serait selon eux impossible.

Rien n’importerait si ce n’est le beau qui serait d'après eux l'égal de l'art :

  • Ils refusent alors tout engagement politique ou social qu'ils pourraient transmettre par leurs écrits.
  • Ils vouent un culte à l'art par l'érudition et la maîtrise de différentes techniques pour arriver au beau.

Le culte du travail[modifier | modifier le code]

vignette avec le texte " (la) Fac et Spera "
Vignette du bêcheur dessinée par Félix Bracquemond. Elle serait affichée chez Alphonse Lemerre, il s'en est servi comme illustration pour l'édition du 3e numéro du Parnasse contemporain

Le culte du travail est un des principes fondamentaux des parnassiens : ils recherchent la perfection et cette recherche les mène à être encore plus rigoureux. C'est le cas en particulier dans le choix du vocabulaire et de la métrique.

La comparaison avec le sculpteur ou le laboureur est utilisée : il s'agit de transformer une matière difficile, ici le langage, en beau par et grâce à un travail patient. Chez l'éditeur du Parnasse, Alphonse Lemerre, on trouve une vignette illustrant un paysan au-dessus de laquelle est inscrite une maxime qui témoigne de la volonté des parnassiens d’atteindre la perfection, en remettant plusieurs fois leur ouvrage sur le métier : « (la) Fac et Spera : agis et espère ». La métaphore de l'effort physique est par exemple transcrite avec une énumération de verbes du champ lexical de la sculpture :

« Sculpte, lime, cisèle »

— l’Art, Théophile Gautier

À l'opposé des romantiques pour qui l’inspiration prime, chez les parnassiens c'est le travail qui redonne ses lettres de noblesse à la poésie : l’emploi du sonnet témoigne de cet effort de perfection et les décasyllabes sont préférés aux alexandrins[réf. nécessaire].

Les parnassiens[modifier | modifier le code]

Les précurseurs[modifier | modifier le code]

Deux poètes ont particulièrement inspiré les idées des parnassiens, et ont même vu quelques-uns de leurs poèmes édités dans les recueils du Parnasse contemporain.

Les parnassiens les plus célèbres[modifier | modifier le code]

Les parnassiens, qui considèrent Leconte de Lisle comme leur maître, peuvent être divisés en quatre sous mouvements complémentaires.

Les parnassiens, stricto sensu[modifier | modifier le code]

Parmi les 99 poètes qui ont contribué au Parnasse contemporain, plusieurs ont marqué l'histoire littéraire comme romanciers :

Les grands poètes associés[modifier | modifier le code]

Le mouvement est accompagné par quelques grands poètes, surnommés « Poètes Maudits », qui le côtoient à des titres divers, sans être réductibles à ses thèses, comme :

Influence exercée par les parnassiens[modifier | modifier le code]

En dépit de ses origines française, le parnasse s'est étendu à des auteurs d'autres pays :

Critiques[modifier | modifier le code]

Gerard Manley Hopkins utilise le terme « (en) parnassian » pour décrire une poésie compétente mais non inspirée. Il identifie cette tendance particulière dans le travail de Alfred Tennyson, citant son poème Enoch Arden comme exemple[réf. nécessaire].

Extrait d’œuvre commenté[Par qui ?][modifier | modifier le code]

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Si mon berceau flottant sur la Thétis antique,
Ne fut point caressé de son tiède cristal ;
Si je n’ai point prié sous le fronton attique,
Beauté victorieuse, à ton autel natal ;

Allume dans mon sein la sublime étincelle,
N’enferme point ma gloire au tombeau soucieux ;
Et fais que ma pensée en rythmes d’or ruisselle,
Comme un divin métal au moule harmonieux.

Les deux dernières strophes du poème « Vénus de Milo » tiré des Poèmes antiques de Leconte de Lisle montrent bien toutes les facettes du Parnasse.

  • On remarque que les vers sont tous composés de 12 syllabes, ce sont des alexandrins ; donc des vers parfaitement équilibrés, qui montrent une certaine rigueur.
  • Cette rigueur se manifeste aussi par la ponctuation répétitive ainsi que par les rimes croisées qui s’écrivent de la même façon
  • Ces strophes sont impersonnelles car le poète ne donne pas son point de vue, elles ne sont pas lyriques et sont non engagées
  • Ces deux strophes pourraient être interprétées comme une courte prière que le poète adresse à Vénus, déesse de la beauté. Cela montre la théorie de l’art pour l’art qui consiste en une recherche du beau, sans but
  • Puis lorsqu’on regarde les mots "tombeau soucieux" et "moule harmonieux" ainsi que les vers auxquels ils appartiennent, on observe que l’un se transforme en l’autre
  • Le poète compare sa "gloire" donc sa poésie à quelque chose de "divin", donc de parfait. Cela nous amène au travail acharné du poète et également à la théorie de l’art pour l’art

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Al Borak :: Mistick Krewe of Comus 1910 Float Designs », sur the louisiana digital library,‎ 1910
  2. cf. Claude Millet, « Le Parnasse » in Michel Jarrety (dir.), La Poésie en France du Moyen Âge à nos jours, PUF, Quadrige, 2007, p. 349.
  3. Leconte de Lisle, Poèmes barbares, Librairie Alphonse Lemerre,‎ (lire en ligne), « Le Désert », p. 143

Témoignages directs[modifier | modifier le code]

Études littéraires[modifier | modifier le code]

  • Maurice Souriau, Histoire du Parnasse, Éditions Spes, 1929. Réédition Slatkine, Genève, 1977, 466 p.
  • Yann Mortelette, Histoire du Parnasse, Paris, Fayard, 2005, 566 p.
  • Yann Mortelette, Parnasse Mémoire critique, Paris, PUPS, 2006, 444 p.
  • Christophe Carrère, Leconte de Lisle ou la passion du beau, Paris, Fayard, 2009, 674 p.
  • André Thérive, Le Parnasse, édition Paul-Duval, 1929.
  • Luc Decaunes, La Poésie parnassienne. Anthologie, Seghers, 1977.
  • Michel Pierre, La Poésie parnassienne, Foucher.
  • V. Anglard, Les grands mouvements de la littérature française, Paris, Seuil, 1992
  • A. Benoit-Dusausoy et G. Ontaine, Lettres européennes, histoire de la littérature, Paris, De Boeck, 1992
  • N. Casalaspro, La littérature française : les grands auteurs du Moyen Âge à nos jours, Paris, Hachette pratique, 2007
  • A. Lagarde et L. Michard, Les Grands auteurs français, Paris, Bordas, 1966
  • J.-B. Barionan, Catulle Mendès, rapporteur du parnasse, in Magazine Littéraire, no 482, 2009
  • T. Bayle, Panorama littéraire, in Magazine Littéraire, no 348, 1996

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Le Parnasse (page consultée le 25.11.2009)
  • Courants littéraires : Le Parnasse, [1] (page consultée le 25.11.2009)
  • J.I. Ayoub, Le Parnasse (page consultée le 25.11.2009)
  • F. Gadeyne, Le Parnasse (page consultée le 25.11.2009)
  • J.-P. Leclercq, Le cours de français [2] (page consultée le 25.11.2009)
  • Le Parnasse, [3] (page consultée le 25.11.2009)
  • Le Parnasse, [4] (page consultée le 25.11.2009)
  • J.E. Gadenne, Les principaux mouvements littéraires, [5]
  • Cabanes, XIXe Siècle, [6]
  • Charles Marie René Leconte de Lisle
  • poèmes barbares de Leconte de Lisle, sur Wikisource