Muhammad Nasir-ud-Din al-Albani

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Muhammad Nassiruddine al Albani
Muhammad Nasiruddin al-Albani 2.png
Biographie
Naissance
Décès
Nationalités
Activités
Autres informations
Religion
Maître
Ṭabbākh, Muḥammad Rāghib (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Influencé par
Distinction
Œuvres principales
Silsalat al-Hadith as-Sahiha (d), سلسلة الأحاديث الضعيفة والموضوعة (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Muhammad Nasir-ud-Din al-Albani (en arabe : محمد ناصر الدين الألباني), né en 1914 à Shkodër (Albanie) et mort apatride le à Amman (Jordanie), est un théologien, juriste et savant de l'islam, spécialisé dans la jurisprudence islamique et dans l'authentification des hadiths.

Biographie[modifier | modifier le code]

Cheikh Al-Albani naît en 1914 dans une famille musulmane pauvre de la ville de Shkodër, dans le nord de l'Albanie[1]. Son père est un savant (alim) appartenant à l'école hanafite[2]. En 1923, sa famille quitte l'Albanie de Zog Ier pour s'installer à Damas, en Syrie.

C'est là qu'il commence à étudier l'arabe, le Coran, les hadiths et la jurisprudence islamique, en grande partie de façon autodidacte[3] mais aussi auprès de son père et de théologiens et juristes locaux, tout en travaillant comme charpentier puis horloger. Il passe beaucoup de son temps libre à al-maktaba al-zahriyya et lit de nombreuses publications, notamment Al-Manar[4]. Il acquiert une notoriété croissante, commence à enseigner et à rédiger des ouvrages d'exégèse et de jurisprudence. Il écrit plusieurs articles publiés dans la revue Al-Manar (magazine).

Il devient au cours de la deuxième moitié du XXe siècle l'une des principales figures de référence au sein des courants salafistes, au sein desquels il promeut une option quiétiste, impliquant l'obéissance aux autorités politiques en place.

Au cours des années 1960, il est invité à enseigner à l'université islamique de Médine, en Arabie saoudite, où ses positions vont à l'encontre de celles défendues par la majorité des théologiens et juristes. En effet, il s'oppose aux théologiens locaux qu'il considère comme étant trop proches du hanbalisme, qu'il considère comme étant éloigné de la voie des salaf[4]. Il fait le même constat au sujet de Mohammed Ben Abdelwahhab, qu'il estime par ailleurs comme n'étant pas compétent dans le domaine de la sunna (sources? ) . Il n'y reste que peu de temps avant de retourner en Syrie après avoir remis en cause l'obligation pour la femme de se couvrir le visage. Il reviendra brièvement à La Mecque au cours des années 1970 en tant que responsable de l'enseignement supérieur du droit islamique, mais il rencontre beaucoup d'opposition et rentre, de nouveau, en Syrie. Après avoir été placé en résidence surveillée par les autorités syriennes à plusieurs reprises au cours des années 1970, il s'installe en Jordanie en 1979, où il passe les vingt dernières années de sa vie[4].

Oppositions[modifier | modifier le code]

Parmi les nombreux savants ayant écrit pour remettre en doute les compétences de al-Albani, des dizaines de shouyoukh du Hadith comme al-Ghumari, al-A’dami, as-Sakaf, abu-Ghudda, Sheykh Mamdouh Saïd (qui l’a réfuté dans un ouvrage de 6 tomes) on écrit des livres entiers pour dénoncer ce qu'ils considèrent comme étant être de grave erreurs. Parmi ces réfutations, on peut citer :

  1. Le savant du hadith Indien Habib al-Rahman al-A’zami (raa) qui a écrit : – Al Albani Shudhudhuh wa Akhta’uh (Les erreurs et les aberrations de Albani) en quatre volumes.
  2. Le savant syrien Sa’id Ramaban Al Buti qui a écrit les deux classiques : – Al-Lamadhhabiyya Akhtaru Bid`atin Tuhaddidu al-Shari`a al-Islamiyya (le non suivi d’une école de jurisprudence est l’innovation la plus dangereuse menaçant la loi sacrée islamique) – As-Salafiyya Marhalatun Zamaniyyatun Mubaraka La Madhhabun Islami (Du temps des pieux prédécesseurs c’était une époque historique bénie, pas une école islamique de la pensée)
  3. Le savant du hadith marocain ‘Abd Allah Ibn Al Siddiq Al-Ghumari, soufi et lié aux frères musulmans (innovations clairement réfutées par al Albani) qui a écrit : – Irgham al-Mubtadi` al-Ghabi bi Jawaz al-Tawassul bi al-Nabi fi al-Radd `ala al-Albani al-Wabi (réfutation d’Al Albani en ce qui concerne le tawassul du Prophete) – al-Qawl al-Muqni` fi al-Radd `ala al-Albani al-Mubtadi` (le discours persuasif dans la réfutation d’Al-Albani l’innovateur) – Itqan al-Sun`a fi Tahqiq Ma`na al-Bid`a (ouvrage sur la signification précise de ce qu’est l’innovation).
  4. Le savant du hadith marocain ‘Abd al-‘Aziz ibn Muhammad ibn al Siddiq Al-Ghumari, soufi et lié aux frères musulmans (innovations clairement réfutées par al Albani) qui a écrit : – Bayan Nakth al-Nakith al-Mu`tadi (l’exposition de la trahison du rebelle).
  5. Le savant du hadith syrien ‘Abd Al-Fattah Abu Ghudda qui a écrit : – Radd `ala Abatil wa Iftira’at Nasir al-Albani wa Sahibihi Sabiqan Zuhayr al-Shawish wa Mu’azirihima (réfutation des fabrications de nasir al Albani, de son ami Zuhayr al Shawish et de leurs défenseurs)
  6. Le savant du hadith égyptien Mohammad Awwama qui a écrit : – Adab Al-Ikhtilaf (les règles pour exprimer la divergence d’opinion).
  7. Le savant de hadith égyptien Mahmud Sa`id Mamduh qui a écrit : – Wusul al-Tahani bi Ithbat Sunniyyat al-Subha wa al-Radd `ala al-Albani (la confirmation mutuels que les Dhikr avec des Perles sont une Sunna dans la réfutation d’Al-Albani) – Tanbih al-Muslim ila Ta`addi al-Albani `ala Sahih Muslim (avertissement aux musulmans concernant l’attaque de Al Albani sur le sahih muslim)
  8. Le savant du hadith Saoudien Isma’il ibn Muhammad Al-Ansar qui a écrit : – Ta`aqqubat `ala « Silsilat al-Ahadith al-Da`ifa wa al-Mawdu`a » li al-Albani (critique du livre de hadith de Al-Albani) – Tashih Salat al-Tarawih `Ishrina Rak`atan wa al-Radd `ala al-Albani fi Tad`ifih (établissement en tant que correct de salat Tarawih en vingt Rak`as et la réfutation de son affaiblissement par Al-Albani) – Ibahat al-Tahalli bi al-Dhahab al-Muhallaq li al-Nisa’ wa al-Radd `ala al-Albani fi Tahrimih (Le fait qu’il est licite pour la femme le port de bijoux contrairement à la refutation d’Al Albani)
  9. Le savant syrien Badr al-Din Hasan Diab qui a écrit : – Anwar al-Masabih `ala Zulumat al-Albani fi Salat al-Tarawih (éclaircir l’obscurité d’Al-Albani sur la prière du Tarawih).
  10. Le directeur des activités religieuses à Dubaï ‘Isa ibn ‘Abd Allah ibn Mani’Al-Himyari qui a écrit : – al-I`lam bi Istihbab Shadd al-Rihal li Ziyarati Qabri Khayr al-Anam (l’avis en ce qui concerne la recommandation de se déplacer pour visiter la tombe du Prophete) – al-Bid`a al-Hasana Aslun Min Usul al-Tashri (la bonne innovation est une des sources de législation islamique)
  11. Le ministre des affaires islamiques et religieuses des Emirats Arabes Unis Shaykh Muhammad Ibn Ahmad al Khazraji qui a écrit : – L’article : al-Albani : Tatarrufatuh (les Positions Extrémistes d’Albani).
  12. Le savant syrien Firas Muhammad Walid Waysdans son édition : – Ibn al-Mulaqqin’s Sunniyyat al-Jumu`a al-Qabliyya (les prières Sunna qui doivent précéder salat Al-Jumu`a).
  13. Le savant syrien Samer Islambuli qui a écrit : – Al-Ahad, Al-Ijma`, Al-Naskh.
  14. Le savant jordanien As`ad Salim Tayyim qui a écrit : – Bayan Awham al-Albani fi Tahqiqihi li Kitab Fadl al-Salat `ala al-Nabi

Positions[modifier | modifier le code]

Al-Albani est considéré comme l'une des principales figures savantes d’Arabie Saoudite au XXe siècle. Il rejette l'opinion dans le sunnisme suivant laquelle les musulmans doivent se tourner vers un madhab (école juridique) pour y trouver une jurisprudence (fiqh) mais que l’on peut s’y référencer tout en suivant des savants contemporains. Durant une grande partie de sa vie il s’est consacré à l’étude des hadiths et de leur chaîne de transmission, ses avis juridiques étant pour certains controversés[5]. Il a fait l'objet de nombreuses critiques détaillées de la part d'autres auteurs, notamment Abdullah al-Harari (fondateur de l'organisation al-Ahbash), Habib al-Rahman al-'Azmi, Abdullah al-Ghumari, Mohamed Saïd Ramadân al Boutî ou encore Abd al-Fattah Abu Ghudda.

Il rejette généralement les interprétations trop littérales, ainsi que celles qui conduisent à la violence ou au rejet de l'autorité politique. Pour lui, les musulmans doivent, avant tout, purifier leurs croyances et leurs pratiques ; la victoire sur l'erreur et l'incroyance ne dépend que de Dieu[6].

Parmi ses positions les plus controversées, on trouve : le rejet du mihrab dans les mosquées (considérant qu'il s'agit d'une bidʻa)[7], sa recommandation aux Palestiniens de quitter les Territoires occupés s'ils sont opprimés, dans lesquels il estime que les conditions dans certaines régions ne sont pas réunies pour qu'ils puissent pratiquer leur foi[8], l'interdiction pour les femmes de porter l’or « circulaire »[9], son opinion suivant laquelle les femmes n'ont pas nécessairement à couvrir leur visage dans l'espace public, son point de vue selon lequel le commandeur des croyants doit descendre de la tribu des Quraych[10] .

Rejetant également l'exégèse de Ben Abdelwahhab, qu'il estime suivant l'école hanbalite plutôt que les salaf en ce qui concerne le fiqh, il considère que le croyant doit pouvoir interpréter les textes religieux[11].

Il remet aussi en cause l'authenticité de plusieurs hadiths reconnus comme authentiques par les hanbalites et il a authentifié d'autres hadiths généralement considérés comme non authentiques. Il estime que la science du hadith est la base de la théologie[4].

Ses fatwas et ses compétences juridiques[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

Il est l'auteur de 217 livres dans les domaines des hadith mais aussi en fiqh et aqidah[12], parmi lesquels on compte :

  • At-Targhib wa't-Tarhib
  • At-Tasfiyah wa't-Tarbiya
  • At-Tawassulu: Anwa'uhu wa Ahkamuhu
  • Irwa al-Ghalil
  • Talkhis Ahkam al-Jana'iz
  • Sahih wa Da'if Sunan Abu Dawood
  • Sahih wa Da'if Sunan at-Tirmidhi
  • Sahih wa Da'if Sunan ibn Majah
  • Al-Aqidah at-Tahawiyyah Sharh wa Ta'liq
  • Sifatu Salati An-Nabiyy
  • Silsalat al-Hadith ad-Da'ifa
  • Silsalat al-Hadith as-Sahiha
  • Salat ut-Tarawih
  • Fatâwî al-Albânî fî al-Madînah wa al-Imârât
  • Tamâm al-Minnah
  • Tahdhîru as-Sâjid
  • Al-Ajwiba an-Nâfi`a `an as’ilati lujnati masjidi al-Jâmi`ati
  • Âdâb az-Zafâf

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Joas Wagemakers, Salafism in Jordan: Political Islam in a Quietist Community, Cambridge, Cambridge University Press, 2016, p. 100, (ISBN 978-1-10716-366-9).
  2. Stéphane Lacroix, « L’apport de Muhammad Nasir al-Din al-Albani au salafisme contemporain », Bernard Rougier éd., Qu'est-ce que le salafisme ?, Presses universitaires de France, 2008, pp. 45-64.
  3. (en) Stéphane Lacroix et George Holoch, Awakening Islam, Harvard University Press, 2011, p. 119, (ISBN 9780674061071).
  4. a b c et d « Les islamistes saoudiens », sur Google Books (consulté le ).
  5. (en) Anabel Inge, The Making of a Salafi Muslim Woman: Paths to Conversion, Oxford University Press, 2016, p. 25, (ISBN 9780190611675).
  6. (en) Jonathan A.C. Brown, Misquoting Muhammad: The Challenge and Choices of Interpreting the Prophet's Legacy, Oneworld Publications, 2014, p. 129 (ISBN 978-1780744209).
  7. Stephane Lacroix, Al-Albani's Revolutionary Approach to Hadith. Leiden University's ISIM Review, Spring 2008, No. 21. Page 6
  8. Stephane Lacroix et George Holoch, Awakening Islam, Harvard University Press, , 373 p. (ISBN 978-0-674-04964-2, lire en ligne), p. 87
  9. (en) Jonathan Brown, The Canonization of Al-Bukhari and Muslim : The Formation and Function of the Sunni Hadith Canon, Leiden, BRILL, , 431 p. (ISBN 978-90-04-15839-9, lire en ligne), p. 325
  10. Jonathan Kahn et Vincent Lloyd, Race and Secularism in America, Columbia University Press, , 304 p. (ISBN 978-0-231-54127-5, lire en ligne), p. 130
  11. « Salafisme (1) : Origines et évolutions doctrinales - Les clés du Moyen-Orient », sur www.lesclesdumoyenorient.com (consulté le ).
  12. Hamdeh, Emad (2021). Salafism and Traditionalism: Scholarly Authority in Modern Islam. Cambridge University Press. p. 41.

Liens externes[modifier | modifier le code]