Bharata natyam

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Le bharata natyam est une forme de danse classique indienne originaire du sud de l'Inde.

Bharata Natyam Performance DS.jpg
Une danseuse de bharata natyam dans une figure de Nataraja.

C'est l'une des plus anciennes danses indiennes. Mélange de danse classique et d'art martial à la base, elle était liée aux pratiques religieuses dès son origine. Avec le temps, elle fut interdite sous la domination anglaise, mais autorisée dans les comptoirs français (Sud du pays).

La pratique de la danse a souffert au XIXe siècle d'une dévalorisation de cet art par les colonisateurs anglais. La tradition a été sauvée puis renouvelée au cours du XXe siècle, notamment après l'indépendance.

Il existe différents styles de bharata Natyam. Le bharata natyam est souvent une danse de soliste dont l'apprentissage est très difficile et très long. Souvent enseignée aujourd'hui aux jeunes filles, elle est restée ouverte aux garçons.

Origines possibles de l'expression[modifier | modifier le code]

Initialement connue sous le nom de sadhiraattam (tamoul : சதிராடாட்டம்), la danse classique indienne de bharata natyam doit son nom actuel à E Krishna Iyer et Rukmini Devi Arundale, qui ont contribué à renouveler cette danse, en l'apurant et en lui redonnant sa dimension spirituelle initiale. Le mot bharatha (bha-ra-tha) est composé de trois syllabes qui pourraient faire référence respectivement à trois mots : bavam (l'expression du visage), ragam (la musique et le rythme) et thalam (rythme imprimé par la main ou par le karuvi)>[1],[2],[3].

Le mot natyam est un mot sanskrit pour la combinaison de mouvement, musique et théâtre, une façon de définir l'art de la danse[4].

Les phases de la danse[modifier | modifier le code]

Un spectacle typique comprend :

Pushpanjali ou Kautuam[modifier | modifier le code]

Une prière traditionnelle d'ouverture au dieu Ganesha, qui écarte les obstacles. Elle comprend une courte partie d'abinaya (expressions du visage).

Une présentation du tala (rythme), suite de syllabes chantées par la danseuse. Cette danse est entièrement dédiée au dieu Nataraja. Entièrement technique, elle représente l'ouverture : les postures et les mouvements de plus en plus complexes symbolisent l'épanouissement d'une fleur et de l'art.

Allaripu est constitué de pas de base dont le nombre total s'élève à 218, mais pour faire du bharathanatyam il y a une chose importante : l'Aramandi ou Ardha Mandalam (अर्ध मंडलम्)[5].

Figure de dos : Géraldine-Nalini

Jathiswaram[modifier | modifier le code]

C'est une danse technique et abstraite où le rythme est scandé par le tambour. La danseuse montre ici sa dextérité dans le travail des pieds et la grâce des mouvements de son corps. Les pas (ou Jatis), composés d'adavus (enchaînements de mouvements) sont chorégraphiés en harmonie avec les notes (ou Svara) sur une mélodie (appelée raga).

Shabdam[modifier | modifier le code]

La danse est ici accompagnée par un poème ou une chanson sur un thème dévotionnel ou amoureux. Cette danse parle souvent des dieux, racontant une histoire ou un récit épique. Dans le déroulement d'un récital, c'est la première danse narrative, développant l'abhinaya qui signifie l'expression du visage ou du corps.

Varnam[modifier | modifier le code]

La pièce centrale du spectacle. C'est aussi la partie la plus longue qui montre les mouvements les plus complexes et les plus difficiles. Les positions des mains et du corps racontent une histoire, habituellement d'amour et de désir. Elle varie entre sa partie technique et sa partie d'abinaya et dure de 20 à 30 minutes.

Padam[modifier | modifier le code]

Probablement la partie la plus lyrique où la danseuse exprime certaines formes d'amour : dévotion à l'être suprême, amour maternel, amour des amants séparés puis réunis. Tout comme le shapdam ou le jaavali, c'est une danse d'abhinaya.

Figure de face

Tillana[modifier | modifier le code]

Cette dernière partie est une danse abstraite où la virtuosité de la musique trouve son parallèle dans le travail des pieds et les poses captivantes de la danseuse. C'est la danse la plus technique qui clôture le spectacle.

En sanscrit thillana signifie « explosion de joie ».

Mangalam[modifier | modifier le code]

Le spectacle se termine par la récitation de quelques versets religieux en forme de bénédiction.

Musique et instruments[modifier | modifier le code]

La musique est dans le style carnatique du sud de l'Inde[6], considérée par certains comme une forme plus pure que celle de la musique du nord de l'Inde.

Les instruments utilisés dans l'ensemble cinna mêlyam (« petit ensemble ») accompagnant le bharata natyam sont le mridangam (tambour), le nâgasvaram (un hautbois), la flûte venu, le violon et la vînâ (un instrument à cordes, luth indien)[7].

Histoire[modifier | modifier le code]

Les fondements théoriques du bharata natyam se trouvent dans le Nâtya-shâstra, une œuvre encyclopédique de l'hindouisme, antique, donnant les bases du théâtre indien[8],[9],[10].

Des références historiques au bharata natyam sont présentes également dans les épopées tamoules, telle que le Silappatikaram[1]. Le texte du Silappatikaram inclut l'histoire d'une danseuse nommée Madhavi et décrit la formation à cette danse. Les sculptures du temple Shiva de Kanchipuram, datées du VIe et Xe siècles de notre ère, suggèrent que le Bharatanatyam était un art de la performance bien développé vers le milieu du premier millénaire[8],[1],[11].

Avec la domination coloniale britannique, à partir du XIXe siècle, de nombreuses formes de danse classique indienne ont été ridiculisées, dévalorisées, et découragées[12] .Des missionnaires chrétiens et des responsables britanniques ont présenté les danseuses kathak de l'Inde du Nord et les devadasis (danseuses dans les temples) du Sud (pratiquant le bharata natyam) comme preuves d'une dépravation sexuelle[13],[14],[15]. La pratique de la danse a été accusée de n'être qu'une façade pour la prostitution[16],[17].

En 1910, la Présidence de Madras, représentant la monarchie britannique en Inde, interdit la danse dans les temples, portant un coup à la pratique traditionnelle du bharata natyam, toute professionnalisation du métier de danseuse devenant également peu recommandable pour la «bonne société» indienne[18].

Rukmini Devi Arundale (1904-1986) lance en 1936 la Fondation Kalakshetra près de Chennai, pour la sauvegarde de cet art millénaire. La pratique du bharata natyam se renouvelle d'autant plus facilement après l'indépendance de l'Inde en 1947, notamment grâce à l'intérêt des gouvernements indiens pour cet élément du patrimoine culturel du pays, grâce à l'action de la Fondation Kalakshetra, mais aussi par des artistes telle que Balasaraswati, issue d'une lignée de danseuse. Ce style de danse classique indienne devient le plus populaire en Inde. Il jouit également d'un grand soutien dans les communautés indiennes expatriées. Dans la seconde moitié du XXe siècle, le bharata natyam devient à la tradition de la danse indienne, ce qu'a été le ballet en occident[19]. Des danseuses et chorégraphes comme Mrinalini Sarabhai jouent dans ce retour au premier plan un rôle majeur[20],[21].

Parmi les professeurs de bharata-natyam, on peut citer : Minakshisundaram Pillai, Chokkalingam Pillai, Ram Goppal. Raghunath Manet, « fils spirituel » de Ram Gopal, est apprécié pour avoir innové et introduit une certaine notion de chorégraphie dans le bharata-nâtyam. La danseuse et chorégraphe indienne Chandralekha, admirée par la chorégraphe allemande Pina Bausch, a insuflé également un certain renouvellement de ce type de danse[22],[23],[24]. Yamini Krishnamurthy est une danseuse indienne de bharata natyam et de kuchipudi. D’autres artistes, comme Malavika Sarukkai ont été des interprêtes de cette danse sur les scènes internationales[25],[26],[27],[28],[29].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c (en) James G. Lochtefeld, The Illustrated Encyclopedia of Hinduism: A-M, The Rosen Publishing Group, (ISBN 978-0-8239-3179-8, lire en ligne), p. 103–104
  2. (en) Anjani Arunkumar, Compositions for Bharatanāṭyam: A Soulful Worship of the Divine, Bharatiya Vidya Bhavan, (lire en ligne), xxi–xxii
  3. (en) Brenda P McCutchen, Teaching Dance as Art in Education, Human Kinetics, (ISBN 978-0-7360-5188-0, lire en ligne), p. 450–452
  4. (en) Douglas Knight, Balasaraswati: Her Art and Life, Wesleyan University Press, (lire en ligne), p. 290
  5. (en) « Bharatanatyam Postures or Positions »
  6. (en) Siyuan Liu, Routledge Handbook of Asian Theatre, Routledge, (ISBN 978-1-317-27886-3, lire en ligne), p. 132
  7. (en) P. K. Ravindranath, Bhavaṁ, ragaṁ, talam, natyaṁ: a hand-book of Indian dance, Savita Damodaran Arengetra Samiti, (lire en ligne), « Music in Bharata Natyam », p. 44-84
  8. a et b (en) Mohan Khokar, Traditions of Indian Classical Dance, Clarion Books, , p. 73–76
  9. (en) Eugenio Barba et Nicola Savarese, A Dictionary of Theatre Anthropology : The Secret Art of the Performer, Routledge, (ISBN 978-1-135-17634-1), p. 208}
  10. (en) Peter Fletcher et Laurence Picken, World Musics in Context : A Comprehensive Survey of the World's Major Musical Cultures, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-517507-3), p. 262
  11. (en) George Kilger, Bharata Natyam in Cultural Perspective, Manohar American Institute of Indian Studies, , p. 2
  12. (en) Leslie C. Orr, Dons, Devotees, and Daughters of God : Temple Women in Medieval Tamilnadu, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-535672-4, lire en ligne), p. 11-13}
  13. (en) Mary Ellen Snodgrass, The Encyclopedia of World Folk Dance, Rowman & Littlefield, (ISBN 978-1-4422-5749-8), p. 165-168
  14. (en) Nalini Ghuman, Resonances of the Raj : India in the English Musical Imagination, 1897-1947, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-931489-8), p. 97 (note 72)
  15. (en) Margaret E. Walker, India's Kathak Dance in Historical Perspective, Routledge, (ISBN 978-1-317-11737-7), p. 94-98
  16. (en) « The Hindu Temple-dancer : Prostitute or Nun ? », The Cambridge Journal of Anthropology, vol. 8, no 1,‎ , p. 73-99 (JSTOR 23816342)
  17. (en) Leslie C. Orr, Dons, Devotes et Daughters of God : Temple Women in Medieval Tamilnadu, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-535672-4), p. 5, 8-17
  18. (en) Pallabi Chakravorty et Nilanjana Gupta, Dance Matters : Performing India on Local and Global Stages, Routledge, p. 30
  19. (en) Anne-Marie Gaston et Julia Leslie, Roles and Rituals for Hindu Women, Motilal Banarsidass, , 149–150, 170–171 p. (ISBN 978-81-208-1036-5)
  20. (en) « Mrinalini Sarabhai passed away », The Hindu,‎ (lire en ligne)
  21. (en) Nida Najar, « Mrinalini Sarabhai, Indian Classical Dancer and Choreographer, Dies at 97 », The New York Times,‎ (lire en ligne)
  22. Dominique Frétard, « Les leçons d'amour iconoclastes de Chandralekha », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  23. (en) « Chandralekha : Controversial Indian dancer whose ideas challenged convention », The Guardian,‎ (lire en ligne)
  24. Milena Salvini, « Chandralekha Prashudas Patel, dite Chandralekha [Wada, Maharashtra 1928 – Madras, 2006] », dans Béatrice Didier, Antoinette Fouque et Mireille Calle-Gruber (dir.), Le Dictionnaire universel des créatrices, Éditions des femmes, , p. 829
  25. « Danse. Malavika Sarukkai et Mdhavi Mudgal au Rond-Point / Théâtre Renaud-Barrault. Deux Indiennes entre la terre et l'espace », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  26. (en) « Dance has been my life since I was 7 : Malavika Sarukkai », The Times of India,‎ (lire en ligne)
  27. (en) Brian Seibert, « Stories Told With a Leap, Even a Shake », The New York Times,‎ (lire en ligne)
  28. (en) Mark Swed, « Review : In dance, Malavika Sarukkai explores and expresses the essence of the Ganges », Los Angeles Times,‎ (lire en ligne)
  29. (en) Naseem Khan, « Malavika Sarukkai. Queen Elizabeth Hall, London », The Independent,‎ (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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