Marguerite d'Anjou (1430-1482)

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Marguerite d'Anjou
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Marguerite d'Anjou. Détail d'une miniature du Livre de Talbot-Shrewsbury par le Maître de Talbot, 1445, British Library.

Titres

Reine consort d'Angleterre (première fois)


(15 ans, 10 mois et 9 jours)

Prédécesseur Catherine de Valois
Successeur Élisabeth Woodville

Reine consort d'Angleterre (seconde fois)


(6 mois et 8 jours)

Prédécesseur Élisabeth Woodville
Successeur Élisabeth Woodville
Biographie
Titulature Duchesse d'Anjou
Duchesse de Lorraine
Dynastie Maison de Valois
Naissance
Pont-à-Mousson ( Duché de Lorraine)
Décès (à 52 ans)
Duché d'Anjou
Sépulture Cathédrale Saint-Maurice d'Angers
Père René d'Anjou
Mère Isabelle Ire de Lorraine
Conjoint Henri VI d'Angleterre
Enfants Édouard de Westminster
Religion Catholicisme
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Reines consorts d'Angleterre

Marguerite d'Anjou (née le 23 ou 24 mars 1430[1], probablement à Pont-à-Mousson ou Nancy[1], morte le 25 août 1482 à Dampierre-sur-Loire[1]), princesse de Lorraine et de Bar, est l'épouse du roi Henri VI d'Angleterre. Elle a donc été reine consort d'Angleterre de 1445 à 1461 puis de 1470 à 1471.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

Marguerite est la fille de René Ier d'Anjou, roi de Naples, duc d'Anjou, de Bar, de Lorraine et comte de Provence, et d'Isabelle Ire, duchesse de Lorraine.

Sa tante Marie d'Anjou ayant épousé le roi Charles VII de France, Marguerite est la cousine germaine du roi Louis XI. Sa grand-mère paternelle se trouve la fameuse Yolande d'Aragon, sa grand-mère maternelle, la bienheureuse Marguerite de Bavière.

Mariage[modifier | modifier le code]

Le cardinal de Beaufort et le comte de Suffolk William de la Pole convainquent Henri VI que le meilleur moyen de conclure la paix avec la France consiste à épouser Marguerite d'Anjou, nièce du roi Charles VII. Henri donne son accord et charge Suffolk d'aller négocier avec le roi de France. Ce dernier accepte à condition qu'il n'ait pas à payer de dot et qu'il reçoive en échange le Maine et l'Anjou alors sous domination anglaise. Ces conditions s'officialisent dans le traité de Tours en 1444, la cession des terres reste cependant cachée au Parlement.

Le mariage d'Henri VI et de Marguerite d'Anjou. Miniature issue du manuscrit de Martial d'Auvergne, Les Vigiles de Charles VII, vers 1484, BNF.

Le 23 avril 1445, elle est mariée par procuration[2], en la collégiale Saint-Georges de Nancy, à Henri VI. Le mariage est ensuite célébré en personne, en la cathédrale de Westminster, le 30 mai de la même année.

Le couple a un fils Édouard de Westminster, né le 13 octobre 1453. Certains soupçonnent le duc de Somerset Edmond Beaufort d'être le véritable père du petit prince.

Femme active, Marguerite d'Anjou fonde le Queen's College de Cambridge.

Les intrigues de la cour[modifier | modifier le code]

En février 1447, Suffolk, avec l'aide du vieux cardinal Beaufort, fait arrêter le duc de Gloucester Humphrey de Lancastre, oncle du roi, accusé de trahison. Ce dernier est emprisonné pour être jugé mais il meurt rapidement (probablement d'une attaque cardiaque). Certains accusent néanmoins Suffolk d'avoir fait assassiner le propre oncle et héritier du roi. Le duc d'York Richard Plantagenêt est envoyé rétablir l'ordre en Irlande et maintenu ainsi éloigné.

Suffolk et son allié le duc de Somerset Edmond Beaufort, alliés à la reine Marguerite, deviennent maîtres de la cour.

L'exécution du duc de Suffolk.

Accusé de complot contre la Couronne en ayant rendu la Maine et l'Anjou à la France, Suffolk est arrêté en janvier 1450 et emprisonné à la Tour de Londres[3]. Il est banni pour cinq ans mais son bateau l'emmenant en France est intercepté par une bande de soldats mécontents appartenant au duc d'Exeter qui le condamnent à mort et le décapitent[4] le .

En septembre 1450, Richard d'York revient d'Irlande et commence à recevoir des soutiens. La situation s'avère si instable à Londres que Somerset est emprisonné dans la Tour de Londres pour sa propre sécurité tandis que Richard contrôle le Parlement. Somerset retrouve ses positions en avril 1451 tandis que York se retire à Ludlow.

En 1452, Richard tente une seconde démonstration de force. Il demande le départ de Somerset et à être reconnu comme héritier d'Henri, toujours sans enfant. La reine intervient pour protéger Somerset. York se rebelle mais devant le peu de soutien des nobles, il se soumet à Henri. Il doit jurer de ne plus reprendre les armes contre la Couronne et Somerset.

Rivalité avec le duc d'York[modifier | modifier le code]

Doux et pieux, Henri VI, petit-fils de Charles VI de France, connaît des accès de démence en août 1453. Cette situation pousse Richard d'York, avec l'aide des comtes de Salisbury et de Warwick à écarter du pouvoir la reine Marguerite et à se proclamer Lord Protecteur du royaume le 27 mars 1454[5]. Somerset est emprisonné à la Tour de Londres et York fait entrer au Conseil du roi ses alliés.

Le retour du roi à ses sens à la Noël 1454 contrarie les ambitions de Richard qui est écarté de la cour en février 1455 par la reine Marguerite d'Anjou. Cette dernière noue des alliances contre Richard et conspire avec d'autres nobles pour réduire son influence. Elle forme ainsi le clan des Lancastriens. Richard, de plus en plus pressé, recourt finalement aux armes en mai 1455.

La Guerre des Deux-Roses[modifier | modifier le code]

Richard bat les troupes royales lors de la bataille de Saint-Albans le 22 mai 1455. Somerset et son allié le comte de Northumberland sont tués, ce qui satisfait en grande partie York, Salisbury et Warwick. Les troupes yorkistes découvrent Henri VI abandonné par son escorte. Il vient de subir une seconde crise de folie.

York et ses alliés recouvrent leur position influente, et pendant quelque temps les deux côtés paraissent choqués qu'une bataille réelle se soit déroulée, si bien qu'ils font tout leur possible pour apaiser leurs différends. Puisque le roi est malade, York se voit, de nouveau, nommé Protecteur et la reine Marguerite, chargée de soigner le roi, est écartée du pouvoir[6].

La famille royale doit quitter Londres qui est acquise au clan York pour s'installer à Coventry. Les problèmes à l'origine du conflit ressurgissent cependant, surtout quand il s'agit de savoir si c'est le duc d'York ou le jeune fils d'Henri et Marguerite, Édouard de Westminster, accusé d'être un enfant illégitime, qui doit succéder à Henri sur le trône. Marguerite refuse toute solution qui déshériterait son fils et il devient clair qu'elle ne tolére la situation qu'aussi longtemps que le duc d'York et ses alliés gardent la suprématie militaire. Le protectorat d'York prend fin en février 1456 ; Marguerite s'empresse d'annuler toutes les mesures de son rival.

Les hostilités reprennent en septembre 1459. Les troupes yorkistes du comte de Salisbury battent celles du roi à Blore Heath le 23 septembre. Le 12 octobre, Henri VI défait à Ludford Bridge la puissante armée du duc d'York. York s'enfuit en Irlande tandis que Salisbury, Warwick et le fils aîné d'York, Édouard, comte de March s'exilent à Calais. Ils sont tous déchus de leurs droits civiques par le Parlement le 20 novembre. Les Lancastriens contrôlent de nouveau la situation. Cependant, les Yorkistes commencent à lancer des raids sur la côte anglaise depuis Calais à partir de janvier 1460, ajoutant ainsi un sentiment de chaos et de désordre.

Salisbury, Warwick et March envahissent l'Angleterre à l'été 1460. À la bataille de Northampton le 10 juillet 1460, Warwick fait prisonnier le roi, à nouveau frappé d'une crise de folie. Les Yorkistes entrent peu après à Londres. Richard d'York revient d'Irlande et revendique le trône. Il obtient finalement du Parlement d'être nommé une troisième fois Lord Protecteur et se voit désigné héritier du trône le 25 octobre par l'Acte d'Accord, au détriment du prince Édouard de Westminster.

Loin de mettre fin au conflit, cet arrangement est considéré comme inacceptable par la reine Marguerite, ainsi que par la majorité des partisans de la Maison de Lancastre. La guerre se poursuit et Richard d'York et Salisbury sont tués le 30 décembre 1460 à Wakefield. Le fils de Richard, Édouard prend la tête de la Maison d'York. Ce dernier défait les Lancastriens à bataille de Mortimer's Cross le 2 février 1461, avant d'être à son tour battu le 17 février à Saint-Albans. Le roi Henri VI est libéré par sa femme et adoube une trentaine de chevaliers à l'issue de la bataille. Marguerite d'Anjou fait prononcer au jeune Édouard de Westminster la sentence de mort de Thomas Kyriell et William Bonville, chargés de garder le roi pendant la bataille[7]. Édouard ordonne qu'ils soient tous deux décapités.

Néanmoins, Édouard d'York se réfugie à Londres où il est proclamé roi le 4 mars sous le nom d'Édouard IV, en lieu et place d'Henri VI, qui a selon lui perdu ses droits à la Couronne en permettant à la reine de prendre les armes contre ceux que l'Acte d'Accord avait faits ses héritiers légitimes. Lors de la terrible bataille de Towton le 29 mars, les troupes lancastriennes sont détruites par celles d'Édouard IV et du comte de Warwick.

En exil[modifier | modifier le code]

Henri VI s'enfuit en Écosse avec Marguerite et Édouard auprès du jeune roi Jacques III, mis sous la régence de Marie d'Egmont. Marguerite mène plusieurs raids dans le Nord de l'Angleterre et s'empare ainsi du château de Bamburgh en 1462.

Une anecdote célèbre raconte qu'en 1463, peu après avoir été vaincue par Édouard IV, la reine s'engage, accompagnée de son fils Édouard, dans une forêt où des brigands la dépouillent. Enivrés d'une telle capture, ils prennent querelle ensemble sur le partage du butin, et Marguerite saisit cette occasion pour s'échapper. Accablée de lassitude, elle s'enfonce dans le plus épais du bois, lorsqu'elle est à nouveau abordée par un voleur. Marguerite ranime son courage, présente au voleur son fils Édouard et d'un ton de dignité qui lui est naturel, lui dit : « Mon ami, sauve mon fils et ton roi. » À cette injonction, le voleur laisse tomber son épée, et offre à la reine et son fils tous les secours dont elle peut le croire capable. Ils sortent tous les trois de la forêt ; quelques seigneurs du parti des Lancastre les rencontrent heureusement sur leur chemin et tous ensemble fuient vers Carlisle, de là en Écosse, et peu de temps après en France, où ils sont accueillis sans chaleur par le roi Louis XI. Marguerite et Édouard vivent ensuite chez René d'Anjou en Provence.

Les dernières tentatives d'Henri VI pour reprendre le pouvoir se soldent par des échecs à Hedgeley Moor et à Hexham en 1464. Il est capturé en juillet 1465 dans le nord et est emprisonné à la Tour de Londres par son rival Édouard IV. Il sombre complètement dans la folie.

Restauration et défaite finale[modifier | modifier le code]

Marguerite d'Anjou souhaite remettre son mari sur le trône en majeure partie pour que son fils puisse prétendre à sa succession et permettre à la maison de Lancastre de continuer à régner.

Marguerite profite qu'Édouard IV ne s'entende plus avec le comte de Warwick et avec son frère le duc de Clarence Georges Plantagenêt pour, sous la houlette de Louis XI, conclure une alliance avec eux à l'été 1470. La seconde fille de Warwick, Anne Neville, épouse Édouard de Westminster le 13 décembre 1470.

Édouard IV est contraint par Warwick à s'exiler, ce dernier remet ensuite Henri VI sur le trône le 3 octobre 1470. Étant trop diminué par la folie et les années passées en prison, c'est Warwick qui gouvernera à sa place. Henri ne reste sur le trône que six mois, sa fin est précipitée par le comte de Warwick qui déclare en janvier 1471 la guerre à la Bourgogne, celle-ci décidant en réponse d'apporter son aide à Édouard IV.

La bataille de Tewkesbury.

Ce dernier débarque le 14 mars 1471 en Angleterre pour reprendre son trône de force : il se réconcilie avec son frère Georges et tue Warwick à la bataille de Barnet le 14 avril. Le même jour, Marguerite débarque dans le sud. L'armée lancastrienne est vaincue à Tewkesbury le 4 mai ; Marguerite est capturée tandis qu'Édouard de Westminster est décapité sur ordre du duc de Clarence.

Emprisonnement[modifier | modifier le code]

Marguerite est emprisonnée au château de Wallingford. Elle est ensuite transférée à la Tour de Londres le 21 mai 1471. Son époux Henri VI y meurt le même jour, probablement assassiné sur ordre d'Édouard IV. Marguerite est confiée en 1472 à la garde d'Alice de la Pole, la veuve du duc de Suffolk.

Son père, le bon roi René, doit payer une rançon de 50 000 écus pour la libération de sa fille, mais l'état de ses finances ne le permet pas. Louis XI, son cousin qui avait favorisé son mariage, accepte de verser la rançon, mais à condition que le roi René lui cède ses duchés d'Anjou, de Bar, de Lorraine et de Provence[8].

Elle est libérée le 29 janvier 1476. Marguerite rejoint son père à Aix-en-Provence.

Fin de vie[modifier | modifier le code]

En 1480, après la mort de son père, Marguerite d'Anjou termine sa vie entre le manoir de Reculée, à Angers, et celui de Saumur[9]. En faveur de Louis XI, elle renonce de nouveau à ses droits sur les duchés de Bar et de Lorraine[10].

Statue de Marguerite d'Anjou dans la série Reines de France et Femmes illustres du jardin du Luxembourg.

Elle meurt en Anjou en août 1482 à l'âge de 52 ans. Sur un mur du château de Morains (le manoir de Morains, depuis le XVe siècle), à Dampierre-sur-Loire, il existe une plaque[11] :

Château de Morains

où mourut le 25 août 1482[12]

Marguerite d'Anjou

Reine d'Angleterre fille du Roi René

héroïne de la guerre des Deux-Roses

la plus malheureuse des Reines

des Epouses et des Mères.

Sa dépouille mortelle est déposée dans le tombeau que le roi René avait fait construire pour lui-même dans le chœur de la cathédrale d'Angers. Elle rejoint ainsi dans le même caveau son père René Ier d'Anjou et sa mère, Isabelle Ire de Lorraine[13].

Postérité dans les arts[modifier | modifier le code]

La reine Marguerite figure parmi les personnages de Henry VI et de Richard III, tragédies historiques de Shakespeare.

Elle est l'héroïne de l'opéra Margherita d'Anjou de Giacomo Meyerbeer.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Diana E. S. Dunn, « Margaret (1430–1482) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004.
  2. Les lices furent ouvertes pendant huit jours. Charles VII et le Dauphin y assistèrent, ainsi que le duc de Bretagne. Chacun devait faire huit coups de joutes. Les mieux joutants avaient un diamant de mille escus, chanfrain à pincer l'escu et le tymbre, armorié. Quiconque vuiderait la selle, en estait quitte pour dire aux dames je n'en peulx mais. Parmi les tenants forains à couvert du tournoys, vint Mr. de Lohéac. Vie du Roi René, édit. de Quatrebarbes, t. I.
  3. D’après les Rolls of Parliament, v. 176–177
  4. Cf. Ramsay, op. cit., vol. II, p. 121; le recueil des Paston Letters, vol; I, p. 125; et Gascoigne, op. cit., p. 7
  5. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées Hocmard.
  6. Hicks 2012, p. 114.
  7. (en) David Bret, The Yorkist Kings & The Wars of The Roses Part One: Edward IV, Lulu.com (ISBN 978-1-291-52917-3, lire en ligne), p. 85
  8. Revue anglo-française p.42, 1837
  9. Revue anglo-française p.38, 1837
  10. Lettres patentes de Louis XI, le 19 octobre 1480
  11. Visité et vérifié le 2 février 2011
  12. Cette date de décès est douteuse, car Louis XI a expédié une lettre auparavant, le 12 août 1482, à Madame de Montsoreau : Madame, j'envoye devers vous mon escuier d'escuirye, Jehan de Chasteaudreux, pour m'amener tous les chiens que vous avez euz de la feue royne d'Angleterre. Vous scavez qu'elle m'a fait son heritier, et que ce sera tout le meuble que j'en aure ; ...... Escript a Mehun sur Loire, le XIIe jour d'aoust. Joseph Vaesen et Étienne Charavay, Lettres de Louis XI, tome IX p. 276, Librairie Renouard, Paris 1905.
  13. Revue anglo-française p.41, 1837

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Helen H. Maurer, Margaret of Anjou : Queenship and Power in Late Medieval England, Woodbridge / Rochester (New York), The Boydell Press, , XII-240 p. (ISBN 0-85115-927-3, présentation en ligne).
  • Helen H. Maurer, « Un pouvoir à négocier : le cas de Marguerite d'Anjou », dans Éric Bousmar, Jonathan Dumont, Alain Marchandisse et Bertrand Schnerb (dir.), Femmes de pouvoir, femmes politiques durant les derniers siècles du Moyen Âge et au cours de la première Renaissance, Bruxelles, De Boeck, coll. « Bibliothèque du Moyen Âge », , 656 p. (ISBN 978-2-8041-6553-6), p. 113-127.
  • (en) Patricia-Ann Lee, « Reflections of Power : Margaret of Anjou and the Dark Side of Queenship », Renaissance Quarterly, University of Chicago Press, vol. 39, no 2,‎ , p. 183-217 (lire en ligne).