Bérengère de Navarre

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Bérengère de Navarre
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Bérengère de Navarre

Titres

Reine consort d'Angleterre


(7 ans, 10 mois et 25 jours)

Prédécesseur Aliénor d'Aquitaine
Successeur Isabelle d'Angoulême

Comtesse usufruitière du Maine


(26 ans)

Prédécesseur Jean Ier d'Angleterre
Successeur Domaine royal français
Biographie
Titulature Princesse de Navarre
Dynastie Maison de Jiménez
Naissance Vers 1170
Tudela (Royaume de Navarre)
Décès
Le Mans (Comté du Maine)
Sépulture Abbaye de l'Épau (Comté du Maine)
Père Sanche VI de Navarre
Mère Sancha de Castille
Conjoints Richard Cœur de Lion
Religion Catholicisme
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Bérengère de Navarre (1163-1230), première née du roi Sanche VI de Navarre dit « le Sage » (Sancho el Sabio), fut l'épouse de Richard Cœur de Lion.

La date de naissance est incertaine. On la situe entre 1163 et 1165. Bérengère de Navarre a entre 26 et 28 ans lorsque Richard Ier Plantagenêt la demande en mariage. Elle ne possède aucune terre en propre. Apparentée aux comtes du Maine par sa grand-mère, elle n'a pas de lien de parenté direct avec Richard Ier d'Angleterre et donc pas de motif d'annulation du mariage à redouter du pape. Le royaume de Navarre pour petit qu'il soit est la cible de l'appétit des royaumes puissants. Bien que considérée comme âgée pour un premier mariage, la main de Bérengère n'en est pas moins convoitée, ce qui explique — par la crainte pour l'autonomie du royaume — la résistance du roi de Navarre à faire contracter un mariage à sa fille aînée.

La demande en mariage[modifier | modifier le code]

En juin 1190, Richard Cœur de Lion entame des pourparlers avec Alphonse II d'Aragon et Sanche VI de Navarre afin de prévenir une hostilité de Raymond V de Toulouse avec lequel il était en litige pour la Provence. Il en profite pour demander la main de Bérengère de Navarre. Malgré les suspicions qui pèsent sur Richard, du fait de son long refus du mariage, de ses amitiés particulières et de la promesse faite à Philippe Auguste d'épouser sa demi-sœur Adélaïde de France, Sanche VI accepte. Le prestige d'une alliance entre le petit royaume de Navarre et l'empire Plantagenêt remédiait à certains défauts de forme. Le projet est cependant gardé secret, celui-ci impliquant l'acquiescement du Roi de France, forcément mécontent de la rupture des fiançailles avec sa demi sœur. Le départ prévu pour la 3e croisade, demandée par la bulle audita tremendi du 29 octobre 1187 prononcée par le pape Grégoire VIII, permettra l'éloignement du royaume.

Départ pour la croisade[modifier | modifier le code]

Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion ont longtemps remis leur départ, chacun craignant que l'absence de l'autre soit un prétexte à quelques acquisition territoriales, sans compter le peu de confiance qu'a Richard en son jeune frère Jean, dit Jean sans Terre. Frédéric Barberousse s'était mis en route pour l'Orient en mai 1189, par la voie terrestre. Les Pisans et Vénitiens arrivèrent les premiers, au printemps 1189, en passant par la mer, suivi par les Danois et les Frisons en septembre. Puis suivirent quelques Français, menés par Robert de Dreux, les Flamands et les Bretons. Les deux rois ne partirent qu'après leur entrevue de Vézelay, du 2 au 4 juillet 1190. Le 7 août, Richard embarquait de Marseille, tandis que Philippe poursuivait vers Gênes. Les deux rois s'arrêtent en Sicile ou Richard intervient dans le jeu politique local, voulant faire entrer l'île dans la sphère des Plantagenêts. Bérengère de Navarre, accompagnée d'Aliénor d'Aquitaine rejoint le 30 mars 1191 le roi d'Angleterre à Messine. Entre-temps, un accord de dédit a eu lieu entre Richard et Philippe, évalué à 10 000 marcs et quelques concessions sur le Vexin normand.

Mariage à Chypre[modifier | modifier le code]

Le 5 mai 1191, la flotte de Richard arrive dans le port de Limassol, où Isaac Doukas Comnène, usurpateur et cousin du défunt empereur de Byzance Andronic Ier, veut faire prévaloir son droit d'épave. Arrivé le 6 Richard s’empare de la ville. Isaac Doukas Comnène arrive pour stopper les croisés, il découvre qu’il est trop tard, et se retire à Kolossi. Richard fait appeler Isaac pour négocier, mais ce dernier réclame le départ de Richard. Celui-ci se lance alors avec sa cavalerie contre l’armée d’Isaac à Tremetusia. Les quelques catholiques romains de l’île se joignent à Richard, ainsi que les nobles de l’île, en révolte contre les sept années subies sous le joug tyrannique d’Isaac.

Bien qu’Isaac se défende bravement, l’armée de Richard est plus importante et mieux équipée, ce qui lui assure la victoire. Isaac continue la résistance à partir des châteaux de Pentadactylos, mais après le siège de son château de Kantaras, il se rend finalement, et Richard devient le nouveau maître de Chypre.

Il pille l’île, et massacre ceux qui tentent de lui résister. Pendant ce temps, la promise de Richard, Bérengère, l’a enfin rejoint sur sa route vers la Terre sainte. Leur mariage est célébré à Limassol, le 12 mai 1191, en la chapelle St George. La sœur de Richard, Jeanne, l’a suivi de Sicile, et assiste à la cérémonie. L'évêque d'Évreux couronne la nouvelle reine d'Angleterre.

Bèrengère accompagne désormais son mari. Ils débarquent devant Acre assiégée le 8 juin 1191. La ville est prise dès juillet 1191 et Bérengère s'y installe le temps de la croisade.

Après la bataille de Jaffa, Richard prépare son retour vers l'occident. Pressé de retourner dans ses États, il renvoie le gros de ses troupes par voie maritime tandis que lui-même, avec une faible escorte, prevoit de les regagner plus rapidement en passant incognito par l'Europe centrale. Ainsi Bérengère se sépare de son mari et s'embarque à Acre le 29 septembre 1192. Elle débarque bientôt à Brindisi et se rend à Rome pour y séjourner. Richard quitte à son tour Acre le 9 octobre 1192. Il sera fait prisonnier par Léopold V de Babenberg en décembre 1192 et maintenu en captivité en Allemagne.

Richard captif[modifier | modifier le code]

Le mari de Bèrengère va rester captif en Allemagne jusqu'en février 1194. Durant ce temps Bérengère et sa belle-mère Aliénor d'Aquitaine vont négocier les conditions de la libération de Richard. Cette libération survient suite au paiment d'une partie d'une énorme rançon et de l'envoi d'otages en Allemagne. Parmi ces otages se trouve le prince Ferdinand de Navarre, frère cadet de Bérengère. Il retournera en Navarre en 1196, une fois la rançon totalement payée.

Retour et mort de Richard[modifier | modifier le code]

Durant l'absence de son mari Bérengère séjourne en Gascogne où, avec l'aide de son frère Sanche VII de Navarre, elle lutte contre divers soulèvements féodaux.

Richard regagne l'Angleterre sans elle en mars 1194 puis s'engage aussitôt dans la guerre contre Philippe Auguste. C'est seulement après que Bérengère et son mari sont à nouveau réunis.

Le mariage - tardif pour l'un et l'autre des époux - ne produit pas d’héritier (ni fille ni garçon). Les opinions divergent par ailleurs sur l’entente entre les époux. Ce qui est assuré, c'est que les époux vécurent très peu de temps ensemble, l'absence de postérité du couple ne peut donc pas surprendre. Richard meurt le 6 avril 1199 des conséquences d’un carreau d'arbalète reçu durant le siège du château de Châlus en Limousin. Bérengère sera la seule reine d'Angleterre à ne jamais mettre le pied sur l'île.

Une de ses dernières interventions comme reine semble être l'organisation du mariage de sa jeune sœur Blanche de Navarre avec Thibaud III de Champagne. Le mariage fut finalement célébré le 1er juillet 1199 à Chartres alors qu'elle venait de devenir veuve.

Le Maine[modifier | modifier le code]

Gisant de Bérengère de Navarre à l'abbaye de l'Epau

Veuve, elle renonce à se remarier. Elle est bientôt écartée du pouvoir par le successeur de Richard, le roi Jean sans Terre. Quelques années après, Philippe Auguste fera de Bérengère la comtesse usufruitière du Maine, confisqué à Jean sans Terre. Elle vient s'installer au Mans, la capitale plantagenêt, en 1204. Selon la légende, elle se serait installée dans la fameuse maison de la reine Bérengère. Mais il n'en est rien car elle passera la totalité de son temps au palais des comtes du Maine. Il est communément rappelé que la reine trouva asile dans la ville, mais non le bonheur. Une partie des pouvoirs locaux, de mèche avec Jean sans Terre, ne cessèrent de batailler contre elle afin de prendre possession de son douaire.

Voyant sa mort approcher, et n'ayant pas la possibilité de se faire enterrer aux cotés de son mari dans l'abbaye de Fontevraud, elle fonde en 1229 l'abbaye cistercienne de l'Epau au Mans où elle est enterrée.

Le comté du Maine est alors rattaché au domaine royal français.

Héritière du royaume de Navarre[modifier | modifier le code]

Le frère de Bérengère, Sanche VII de Navarre, n'ayant pas de postérité légitime, l'héritier du royaume de Navarre était son frère cadet Ferdinand de Navarre. À la mort de ce dernier en 1207, Bérengère, ainée des sœurs de Sanche VII, devint alors héritière du royaume. Mais elle était alors veuve sans enfants et avait renoncé à se remarier. Après elle la suivante dans l'ordre de succession était sa jeune sœur Blanche de Navarre, veuve de Thibaud III de Champagne, mais mère d'un fils unique, Thibaud IV de Champagne, né posthume en 1201. Thibaud IV devenu majeur, il semble que Bérengère et sa sœur Blanche aient peut-être renoncé de leur vivant à la succession de Navarre puisque Thibaud IV fera le voyage à Pampelune en 1225 pour se faire reconnaitre héritier par son oncle Sanche VII. Dans tous les cas ces précautions furent inutiles car Bérengère (en 1230) et Blanche (en 1229) moururent avant leur frère.

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Favier, Les Plantagenêts. Origine et destin d'un empire, éd. Fayard, Paris, 2004.
  • Martin Aurell, L'empire des Plantagenêt, 1154-1224, éd. Perrin, coll. Tempus, 2003.
  • François Lebrun, Histoire des Pays de Loire, éd. Privas, coll. Univers de la France, 1972.
  • John Gillingham, « Richard I and Berengaria of Navarre », Historical Research, volume 53, no 128 (nov 1980), p. 157–173. [lire en ligne] DOI:10.1111/j.1468-2281.1980.tb01739.x