Jules Goux

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Goux.

Jules Goux, dit Julo, né le 6 avril 1885 à Valentigney[1] et mort le 6 mars 1965 à Mirmande, est un pilote automobile français. En 1913, il devient le premier pilote européen à remporter -sur Peugeot L76- les 500 miles d'Indianapolis, épreuve à laquelle il participe à cinq reprises malgré le premier conflit mondial.

Jules Goux vers 1913-1915.

Biographie[modifier | modifier le code]

Avec Robert Peugeot patron depuis fév. 1910 (GP Fr. 1914).
Grand Prix de France 1914.
Grand Prix de San Sebastián 1926.

Jules, Eugène Goux, fils de Jules, Louis Goux et de Louise, Marguerite Vauthier, est le seul fils des époux, avec deux soeurs Marguerite et Jeanne. Marguerite est restée célibataire, et Jeanne a épousé Paul Charrière dont elle a eu un fils, le seul neveu de Jules. Le père de Jules était contremaître chez Peugeot, où il ne tarda pas à faire rentrer celui-ci, en 1903. S'occupant alors de cycles et de motocyclettes, Jules côtoie les champions de l'époque que sont Dominique Lamberjack[2], Giosué Giuppone[3] et Henri Cissac[4].

Jules Goux "mesurait 1 m 71, avait les yeux bleu foncé et les cheveux châtain fonçé", dixit son livret militaire.

Il fait partie de la classe de 1905, et est appelé sous les drapeaux dans le 4e régiment du Génie.

Après avoir eu son certificat de dessinateur, Jules a l'occasion de piloter des voiturettes Peugeot: sa première course a lieu en novembre 1906, sur le circuit de Rambouillet, lors de la Coupe des voiturettes du journal l'Auto (202 kilomètres parcourus en Lion-Peugeot monocylindre), se classant quatrième derrière Giuppone vainqueur, également sur Lion-Peugeot. L'année suivante lors de la même épreuve il termine premier des trois Peugeot engagées, et troisième de la catégorie voiturette avec la monocylindre. Le 6 juillet 1908 il est troisième du Grand Prix de l'A.C.F. voiturettes à Dieppe, et une nouvelles fois premier des véhicules Peugeot engagés. En 1909 il dispute sa première Targa Florio.

Dans les années 1910, il ouvre une agence à Besançon pour les automobiles et cycles Peugeot, magasin de vente et garage. Dès le début de la première guerre mondiale, il en confie l'administration à son beau-frère, Paul Charrière. En 1922, il lui cède l'agence.

Devenu ingénieur chez Peugeot, il effectue véritablement ses débuts en sport automobile dès 1909, et il arrête de courir en 1926 au sein de l'écurie Lion-Peugeot, le bras armé officiel de la marque sochalienne en compétition. Avec son coéquipier Georges Boillot, il remporte de nombreux succès en catégorie « voiturettes », ce qui attise l'intérêt de ses employeurs quant à une éventuelle montée dans la catégorie « Grand Prix ». Au sein d'une petite structure autonome basée en région parisienne et surnommée « Les Charlatans » par le personnel de l'usine Peugeot, il participe à la conception de la révolutionnaire Peugeot L76 dotée d'un double arbre à cames en tête (essentiellement due au coup de crayon de l'ingénieur suisse Ernest Henry), qu'il manque de peu de faire triompher dès sa première apparition en compétition au Grand Prix de l'ACF 1912 à Dieppe (la victoire revenant finalement à Boillot, Goux se classant deuxième).

L'année suivante, parti défendre les couleurs de Peugeot aux États-Unis, il domine les 500 miles d'Indianapolis devant 100.000 spectateurs, remportant les 20 000 $ US remis au vainqueur, et devient dès sa première participation (premier rookie[5]) le premier étranger à triompher dans ce qui est en train de devenir l'une des épreuves phares du calendrier international, avec une avance record de 13'8" sur son suivant Spencer Wishart tout en consommant un gallon d'essence tous les six miles. Pour lutter contre la chaleur accablante ce jour-là l'Indianapolis Motor Speedway, il s'asperge de champagne (six bouteilles durant la course) à chacun de ses arrêts aux stands, se plaignant alors à son manager (Johnny Aitken) de devoir respecter la consigne de ne pouvoir pousser le moteur de sa machine dans ses derniers retranchements. Cette victoire lui permet de finir l'année vice-champion des États-Unis (US AAA National Championship Trail)[6]. Il finit peu après deuxième du Grand Prix de l'A.C.F., derrière son équipier G. Boillot. Il est moins en réussite par contre lors de l'édition 1914 de l'Indy 500, où les Peugeot, pourtant grandes favorites, sont handicapées par une monte pneumatique inadaptée (il termine tout de même quatrième).

Quelques semaines plus tard, la Première Guerre mondiale éclate, l'obligeant à mettre sa carrière sportive entre parenthèses puisqu'il est mobilisé. Il prend des photos aériennes des différents lieux de conflits et d'événements majeurs rencontrant des sommités militaires. Il retrouve la compétition en 1919, avec une troisième place à l'Indy 500, participant encore à l'épreuve en 1920 (15e sur Peugeot), et en 1922 (sur Ballot), constructeur pour lequel il remporte en 1921 à Brescia le premier Grand Prix automobile d'Italie, se classant encore cinquième de l'épreuve en 1924, cette fois sur Rolland-Pilain-Schmid. Il finit sa carrière chez Bugatti à partir de 1925, constructeur avec lequel il remporte en 1926 le Grand Prix de l'ACF et celui d'Europe sur le circuit de Lasarte en Espagne, sur Bugatti T39A Grand Prix. Bugatti termine la saison Champion du monde des manufacturiers grâce à ses deux victoires, ainsi qu'à celle de Louis Charavel au GP d'Italie (sur cinq épreuves retenues pour l'année). Sa dernière apparition a lieu lors de la première Coupe de la Commission Sportive en 1927 (8e sur T37A).

Divorcé d'une Américaine, Jerry Dawis, il devient le locataire de Jeanne, Marcelle Cardin à Bordeaux, rue Wustimberg au milieu de la seconde guerre mondiale. Ils se marient puis partent ensuite au château d'Ermenonville, où il occupe le poste de régisseur à la demande de M. Bugatti. Effectuant des missions ponctuelles pour ce dernier, il effectue aussi quelques recherches sur la production d'essence synthétique. Sa carrière prend fin à Clamart, alors qu'il participe avec son épouse au Tour de France automobile en 1951 sur Peugeot 203 1.3L. (25e)[7]. Il se retire alors avec madame pour passer sa retraite dans un petit village drômois, Mirmande. Il est enterré dans le cimetière près de l'église Sainte Foy.

Victoires[modifier | modifier le code]

(23 victoires au total, sur deux décennies)

Jules Goux, vainqueur de l'édition 1913 de l'Indy 500.
  • 1906 : Course de côte du ballon d'alsace sur voiturette Peugeot, coupe Lederlin,
  • 1906 : Course du côte du Val Suzon sur voiturette Peugeot,
Jules Goux, vainqueur à San Sébastian en 1926.
  • 1909 : Targa Florio -Sicile- sur voiturette Peugeot, (432 kilomètres, victoire de catégorie)
  • 1909 : Coupe de Catalogne (Sitges/Barcelone) sur voiturette Peugeot (364 kilomètres),
  • 1909 : Course de côte à Nancy sur voiturette Peugeot,
  • 1909 : Course de côte du Limonest sur voiturette Peugeot,
  • 1910 : Course de Catalogne, où il remporte la coupe de Catalogne définitivement, la coupe du Royal Automobile Club et la coupe du roi,
  • 1910 : Coupe de Normandie à Caen sur Peugeot bicylindre en V de l'ingénieur Michaux (circuit de la Maladrerie, devant G.Boillot),
  • 1910 : Course de côte de Gaillon sur voiturette Peugeot,
  • 1910 : Course de côte de Nancy sur voiturette Peugeot,
  • 1911 : Course de côte du Limonest sur voiturette Peugeot,
  • 1911 : Victoire de catégorie à la Course de côte du Mont Ventoux sur voiturette Peugeot,
  • 1911 : Coupe des voiturettes à Ostende (Belgique) sur une quatre cylindres (450 kilomètres),
  • 1912 : Grand Prix de la Sarthe - Le Mans (grosse voiture Peugeot de cylindrée 7,6 litres, règlement ACF pour formule libre),
  • Record européen de moyenne sur route : 119 km/h
  • 1912 : Course de côte du Val Suzon (Dijon), record de l'épreuve,
  • 1912 : Meeting de Saint-Sébastien : kilomètre lançé et course de tête,
  • 1913 : 100mph Short Handicap au Brooklands Easter Meeting du 23 mars (aussi 2e des 100 Long et Sprint Handicap du meeting), sur Peugeot 7,6 litres;
  • 1913, le 12 avril : Record du monde de l'heure à Brooklands sur Peugeot 7,6 litres (106.22 mph, malgré un changement de roues), des 50, et des 100 miles[8],
  • 1913 : Grand Prix d'Amérique à Indianapolis 500 Miles sur Peugeot 7,6 litres (3e ed.; 6h31'33.45"),
  • ...interruption à cause de la première guerre mondiale...
  • 1921 : Meeting de Calais (à Boulogne-sur-Mer) sur voiture Ballot 5 litres (France), record,
  • 1921 : Coupe des As 300 mètres lancés arrivée arrêtée, record,
  • 1921 : Coppa Florio sur Ballot 3L,
  • 1921 : Grand Prix d'Italie (1re édition à Montichiari/Brescia[9]) à Brescia sur voiture Ballot 3 litres : 500 km à 144,729 km de moyenne horaire le 4 septembre 1921, et Record du monde de moyenne sur route en circuit fermé,
  • 1921 : Course de côte de Gaillon sur voiture Ballot 3 litres, meilleur temps de la journée pour 141 kilomètres 732 (Rouen),
  • 1922 : Course de côte de Griffoulet (Toulouse),
  • 1926 : Grand Prix de France (ACF) (Miramas) 500 kilomètres sur Bugatti 39A, avec pole position et meilleur tour en course (après avoir été 5e la saison précédante),
  • 1926 : Grand Prix d'Europe (Lasarte-Oria/San Sébastian) 500 kilomètres sur Bugatti, avec pole position devant Robert Benoist.

(nb: il termina également second de la Targa Florio en 1922 sur Ballot 2LS 1995 cm³, ainsi qu'en 1926 sur Bugatti T35 de 2292 cm³ deuxième du Grand Prix d'Espagne à Lasarte puis lors du Grand Prix de Milan à Monza, et troisième lors de la Targa Florio[10])

Records[modifier | modifier le code]

  • 1913 : Recordman du monde du 1/2 mile départ lancé (177 km/h, sur le circuit de Brooklands, avec le véhicule qui le rendit peu de temps après victorieux à Indianapolis, sur le premier anneau de vitesse permanant au monde dédié à la course automobile en parcourant alors également 160 miles et 307 yards en 60 minutes à 170,94 km/h, record du monde de l'heure).

Remarque[modifier | modifier le code]

Le dynamique importateur américain de la marque Peugeot Alphonse Kaufman fournit à l'époque en véhicules EX3 / L76 des coureurs tels Dario Resta, Johnny Aitken (vice-champion Champ Car AAA et vainqueur de la Harvest Auto Racing Classic à Indianapolis, en 1916), ou encore Howdy Wilcox (vainqueur de l'édition 1919 des 500 milles d'Indianapolis), Eddie Rickenbacker (ponctuellement entre 1914 et 1916, pilote 3e du championnat AAA en 1916), Ralph DePalma (en 1916, alors 4e du championnat AAA et vainqueur de l'Indy 500 l'année précédente sur Mercedes) et "Charlie" Merz (Champ Car AAA 1916, et 2e en 1911).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (fief de l'entreprise Peugeot)
  2. (vainqueur de la course de côte du Mont Ventoux moto en 1905 sur Griffon)
  3. (décédé lors d'un repérage pour la Coupe des voiturettes de l'Auto dans la descente de la côte de Wirwignes près du circuit de Boulogne-sur-Mer, en septembre 1910)
  4. (décédé au Grand Prix de Dieppe en 1908, sur Panhard)
  5. René Thomas étant le second l'année suivante, l'année 1910 étant exclue par définition
  6. 1913 AAA National Championship Trail
  7. J. Goux et Mme (RacingSportsCars).
  8. Détails du record du monde de l'heure de Goux à Brooklands, sur MotorSportMagazine (Where have all the Peugeots gone, The Editor attempts to - article de juin 1968, p.24 de la revue).
  9. (deuxième Jean Chassagne son compagnon d'écurie, et troisième un autre français, Louis Wagner sur Fiat)
  10. Éditions de la Targa Florio: 1906-1977

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Victoire à la Coupe de la Sarthe 1912.
  • L'Automobile pour tous n° 173, septembre 1960, article Jules Goux vainqueur d'Indianapolis;
  • 500 Miles d'Indianapolis - Vive la France!, Frederick Lloren, éd. FL Livres, Bordeaux, 104p., janvier 2012. ISBN 978-2-9534861-0-0;
  • Peugeot en Compétition, Rétroviseur no 241, janvier 2009, Éditions LVA;
  • French Correction, Rétroviseur no 253, février 2010, Éditions LVA;
  • Fiche Hachette l'univers automobile: Jules Goux - Une carrière bien remplie.

Liens externes[modifier | modifier le code]