Léon X

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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Jean de Médicis, Léon et Famille de Médicis.
Léon X
Image illustrative de l'article Léon X
Portrait de Léon X (détail) par Raphaël.
Biographie
Nom de naissance Giovanni di Lorenzo de Medici
Naissance
Florence (République florentine)
Ordination sacerdotale
Décès (à 45 ans)
Rome (États pontificaux)
Pape de l’Église catholique
Élection au pontificat (37 ans)
Intronisation
Fin du pontificat
(8 ans 8 mois et 20 jours)
Précédent Jules II Adrien VI Suivant
Cardinal de l’Église catholique
Créé
cardinal
par le
pape Innocent VIII
Titre cardinalice Cardinal-diacre
de Santa Maria in Domnica
Consécration épiscopale par le
card. Raffaele Sansoni Riario

Blason
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org

Jean de Médicis (italien : Giovanni di Lorenzo de' Medici) naît le à Florence et meurt à Rome le . Il est pape sous le nom de Léon X (en latin Leo X, en italien Leone X, ou Leon X) de 1513 à 1521. Il est le second fils de Laurent le Magnifique et de Clarisse Orsini.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Très jeune, ses parents le destinèrent à l'état ecclésiastique. Il eut plusieurs précepteurs hommes de lettres : Niccolò Michelozzi, secrétaire de son père, écrivain et homme politique, les humanistes Ange Politien, Démétrius Chalcondyle et Gregorio da Spoleto. Il se lia d'amitié avec son cousin Jules, futur pape Clément VII, et avec Bernardo Dovizzi, futur cardinal Bibbiena, qui restèrent proches de lui toute sa vie. Il reçut la tonsure en 1482, puis connut une série de promotions dues au pouvoir et à la richesse de ses parents. En 1483, il fut nommé protonotaire apostolique par Innocent VIII. Il reçut en 1486 la célèbre abbaye du Mont-Cassin, fondée par Benoît de Nursie, en commende.

En 1489, alors qu'il n'avait que 13 ans, il entra à l'université que son père avait rétabli à Pise et étudia trois ans la philosophie et la théologie. Il reçut le chapeau de cardinal au titre de Santa Maria in Domnica des mains d'Innocent VIII. Il dut néanmoins s'abstenir de porter les insignes de sa dignité jusqu'en 1492. Cette année-là, il participa au conclave qui porta au trône Rodrigo Borgia sous le nom Alexandre VI, élection à laquelle le cardinal Médicis était farouchement opposé.

Après l'élection, il retourna à Florence, où son père venait de mourir. Sa famille fut expulsée de la ville en 1494, et il dut lui-même fuir, accoutré en franciscain. Il mena alors une vie de dilettante, conservant cependant des mœurs personnelles plus réservées que celles de ses collègues cardinaux, la maladie de Jules II, en 1511, lui ayant donné l'idée de se porter candidat à sa succession. La même année, il fut nommé légat à Bologne et en Romagne. En 1512, alors qu'il séjournait avec l'armée pontificale, il fut fait prisonnier à la suite de la bataille de Ravenne. Il réussit à s'évader, alors que sa famille regagnait le pouvoir à Florence.

Le , Jules II mourut et Jean de Médicis fut élu pape le , sous le nom de Léon X.

Pape[modifier | modifier le code]

Bulla Contra errores Martini Lutheri de 1521.

Léon X s'avéra un grand protecteur des arts. Il fit travailler pour lui Raphaël, qui peignit son portrait, que l'on peut admirer de nos jours à la galerie des Offices de Florence. Raphaël acheva également les chambres (stanze) du palais pontifical commandées par Jules II. Il commanda une édition critique de Dante et constitua une grande collection de manuscrits.

Par ailleurs, il donna au début de son règne des fêtes fastueuses, ce qui eut pour résultat de dilapider la fortune laissée par Jules II. Léon X eut alors recours à la création d'offices et à la dispense d'indulgences, moyen auquel Jules II avait déjà eu recours pour reconstruire la basilique Saint-Pierre.

Sous son règne se déroula l'affaire Reuchlin. Jean Reuchlin, auteur d'une grammaire de l'hébreu, soutenu par les humanistes de l'époque, affrontait l'Inquisition au sujet du Talmud. En 1515, Léon X prend parti en faveur du savant. Il s'entoure d'amis d'Érasme et paraît ouvert aux idées nouvelles. Il importe de savoir que son éducation avait été soignée, ayant eu pour tuteur dans sa jeunesse le philosophe Marsile Ficin. Il avait appris le grec avec Déméter Chalcondyle et la philosophie avec Bernardo da Bibbiena[1].

Le , il signe avec François Ier le traité de Viterbe par lequel il reconnaît à François Ier le titre de duc de Milan, en échange de sa protection.

Article détaillé : Réforme protestante.
Affiche du centenaire de la réforme protestante allemande, illustrée par le rêve prophétique de Frédéric III de Saxe au sujet de l'affichage par Luther des 95 thèses à Wittemberg; on voit à gauche Martin Luther écrivant sur une porte d'église avec une grande plume, dont la pointe traverse les oreilles d'un lion, faisant tomber la tiare du pape Léon X. La gravure porte un titre en allemand et en latin, et incorpore beaucoup de texte, dont des citations de la Bible, et l'identification des personnages importants.

C'est dans cette optique que Martin Luther, en août 1518, lui dédie ses Resolutiones. Jusqu'alors, Léon X ne s'était guère préoccupé de théologie. Néanmoins, Luther était déjà accusé d'hérésie. Léon X lui envoya en octobre un légat apostolique, le cardinal Thomas Cajetan, général des dominicains, à la diète d'Augsbourg. Luther refusa de se rétracter. Conciliant, Léon X poursuivit dans la voie de la diplomatie en chargeant un chevalier allemand, Carl von Militz, de négocier une réconciliation. Ces tentatives de conciliation tenaient davantage de la politique que de la théologie, pour laquelle Léon X n'avait pas grande affinité. Le pape voulait alors ménager Frédéric le Sage et empêcher, si possible, le futur Charles Quint — dont il redoutait l'ascendant — d'être élu empereur du Saint-Empire. En vain, le petit-fils de l'empereur Maximilien Ier fut élu en 1519.

Léon X ne voulait pas de rupture avec Luther. Il revint sur les questions théologiques. Mais entretemps, Luther était devenu le champion de la nation allemande. Le , Léon X adressa la bulle Exsurge Domine, condamnant les positions de Luther. Elle fut brûlée en place publique le soir de Noël. Le , Martin Luther fut excommunié. Léon X mourut peu après cet échec. Il n'avait que 46 ans.

Esthète, cultivé, Léon X, fils de Laurent le Magnifique, offre l'image typique d'un prince de la Renaissance. En 1513, il avait contribué à la réunion de deux institutions romaines érudites et appauvries : Le Studium sacri palatii (le Collège du Saint-Palace) et le Studium urbis (le Collège de la Cité) dès lors l'université de Rome (logée dans un édifice surnommée Sapienza)[2]. De tous les papes, il fut avec Jules II le plus grand des mécènes. Rome lui doit quantité de chefs-d'œuvre. Par ailleurs, nul historien n'a pu lui imputer de crimes comparables à ceux d'Innocent VIII ou d'Alexandre VI.

Concordat de Bologne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Concordat de Bologne.

En décembre 1515, le roi de France François Ier vient à sa rencontre, et en 1516, après plusieurs décennies de crise entre la papauté et le royaume de France, le concordat de Bologne est signé, par l'intermédiaire du chancelier Antoine Duprat. Il abroge la Pragmatique Sanction édictée en 1438 par le roi Charles VII, ordonnance qui limitait fortement les interventions du pape dans la nomination du clergé de France, et en contrepartie donne au roi un pouvoir sur l’Église catholique dans son royaume, en lui permettant notamment de nommer désormais la plupart des responsables ecclésiastiques, évêques et abbés.

Une citation apocryphe fameuse[modifier | modifier le code]

Statue de Léon X dans l'église de Santa Maria à Aracoeli, Rome.

Le polémiste anglais anticatholique John Bale (1495-1563), dans un pamphlet contre la papauté : Acta Romanorum Pontificum, traduit en anglais par John Studley (en) en 1574 sous le titre The Pageant of the Popes[3] mit dans la bouche de Léon X une réponse au cardinal Pietro Bembo, citation apocryphe qui allait devenir célèbre[4] (en latin « Quantum nobis nostrique ea de Christo fabula profuerit, satis est omnibus seculis notum », en français « On sait de temps immémoriaux combien cette fable du Christ nous a été profitable. »).

La même légende semble avoir été déjà colportée sur Boniface VIII puisque Voltaire écrit dans L’Essai sur les Mœurs qu’au cours du procès intenté par Philippe le Bel à la mémoire de Boniface VIII treize témoins auraient déclaré avoir entendu dire à ce pape : « Ah ! que de biens nous a faits cette fable du Christ ! » Voltaire ajoute d’ailleurs : « Le grand nombre de témoins fortifie ordinairement une accusation, mais ici il l’affaiblit : il n’y a point du tout d’apparence qu’un souverain pontife ait proféré devant treize témoins ce qu’on dit rarement à un seul[5]. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Will Durant, Histoire de la civilisation, tome 15., Lausanne, Société Coopérative Éditions Rencontre, , 431 p., p. 348.
  2. (en) Hastings Rashdall, The Universities of Europe in the Middle Ages, Salerne, Bologne, Paris, Cambridge University Press, 2010 (1895), 600 p. (ISBN 9781108018104), p. 39.
  3. Jesse W. Harris, John Bale, a study in the minor literature of the Reformation, Library of English Renaissance literature, Ayer Publishing, 1970, p. 120-124, extraits sur Google Books.
  4. p. 179 Elizabeth M. Knowles, What they didn't say : a book of misquotations.
  5. Œuvres complètes de Voltaire, vol. 13.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) « Léon X », dans Catholic Encyclopedia, 1913.
  • Yves-Marie Hilaire, Histoire de la papauté. 2 000 ans de mission et de tribulations, Seuil, coll. « Points », 2003.
  • Arthur Heulhard, Histoire abrégée de l'Église de Jésus-Christ, principalement pendant les siècles du Moyen Âge, éd. Émile Guers, 1908.
  • Fred Bérence, Les Papes de la Renaissance, Éditions du Sud & Albin Michel, Paris, 1966.
  • Alfred Jourdain, Les Médicis, Éditions Rencontre, Lausanne, 1968.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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