Jean-Paul Ier

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Jean-Paul Ier
Serviteur de Dieu
Image illustrative de l'article Jean-Paul Ier
Jean-Paul Ier en 1978.
Biographie
Nom de naissance Albino Luciani
Naissance
Canale d'Agordo (Italie)
Ordination sacerdotale
Décès (à 65 ans)
Cité du Vatican
Pape de l’Église catholique
Élection au pontificat (65 ans)
Intronisation
Fin du pontificat
(1 mois et 2 jours)
Précédent Paul VI Jean-Paul II Suivant
Cardinal de l’Église catholique
Créé
cardinal
par le
pape Paul VI
Titre cardinalice Cardinal-prêtre
de San Marco
Évêque de l’Église catholique
Consécration épiscopale par le
pape Jean XXIII
Patriarche de Venise
Précédent Giovanni Urbani Marco Cé Suivant
Évèque de Vittorio Veneto
Précédent Giuseppe Carraro Antonio Cunial Suivant

Blason
Humilitas
(« Humilité »)
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org

Albino Luciani, né le à Canale d'Agordo, dans la province de Belluno, en Italie, et mort le à Rome, est un pape de l'Église catholique romaine, élu le 26 août 1978 sous le nom de Jean-Paul Ier (en latin Ioannes Paulus I, en italien Giovanni Paolo I). Son pontificat n'aura duré que 33 jours et 6 heures.

En Italie, il est surnommé il Papa del sorriso (« le Pape du sourire ») et il sorriso di Dio (« le sourire de Dieu »). Albino Luciani est en date le dernier pape de nationalité italienne, ses trois successeurs respectifs étant polonais pour Jean-Paul II , allemand pour Benoît XVI et argentin pour François.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

La maison où est né Jean-Paul Ier à Canale d'Agordo.

Luciani naît dans une famille très modeste dans une région montagneuse de l'Italie du Nord — région qui donna six papes à l'Église catholique au XXe siècle. Son père, Giovanni Luciani, fut travailleur saisonnier puis verrier à Murano, de tendance socialiste anticléricale. Sa mère, Bortola Tancon, était en revanche une fervente catholique qui travailla à la plonge à l'asile Saints-Jean-et-Paul de Venise.

Sa mère encourage la vocation précoce de son fils. Celui-ci entre au petit séminaire de Feltre, puis au grand séminaire de Belluno. Brillant élève, il rejoint ensuite à Rome l'université pontificale grégorienne. Il y obtient un doctorat de théologie, intitulé « l'origine de l'âme dans la pensée de Rosmini ».

Il a deux frères et une sœur : Federico, mort à l'âge d'un an, Edoardo (° 1917- † [1]) qui épouse Antonietta Marinelli dont il aura neuf enfants, et Nina qui épouse Ettore Petri dont elle aura deux enfants.

Sacerdoce[modifier | modifier le code]

Il est ordonné prêtre le , et nommé vicaire dans sa ville natale. Il enseigne à l'Institut technique minier, puis au grand séminaire de Belluno, dont il prend en charge la chaire de théologie dogmatique. Il en devient vice-directeur en 1937.

Il est consacré évêque de Vittorio Veneto par Jean XXIII le (il est l'un des premiers évêques du pontificat de Jean XXIII). En août 1962, il est confronté à un scandale immobilier dans son diocèse : deux prêtres spéculent avec l'aumône des paroissiens. L'évêque refuse de les couvrir, rembourse toutes les victimes en vendant un bâtiment et des trésors ecclésiastiques[2]. Il participe au concile Vatican II.

Le , il devient patriarche de Venise. Trois ans plus tard, il prend la vice-présidence de la conférence épiscopale italienne. En 1972, lors d'une visite à Venise, Paul VI remet au patriarche son étole papale (signe qu'il va bientôt l'élever au cardinalat). Il est effectivement élevé à la pourpre cardinalice en , par Paul VI.

Pontificat[modifier | modifier le code]

Élection[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Conclave d'août 1978.

Il est élu pape le , dès le premier jour du scrutin. Lorsque s’ouvre le conclave de 1978, destiné à élire le successeur de Paul VI, deux camps sont en présence : les conservateurs, menés par l’archevêque de Gênes, le cardinal Giuseppe Siri et les libéraux, représentés par l’archevêque de Florence, le cardinal Benelli. Ces derniers reporteront ensuite leurs suffrages sur le cardinal Pignedoli.

Albino Luciani est élu au quatrième tour de scrutin, obtenant entre 99 et 107 voix sur 110 votants. Il n'était pas parmi les favoris[3], et semble avoir été choisi à l'issue d'un vote de compromis entre les différentes tendances. Il prononce les mots « tempestas magna est super me » (« une grande tempête est sur moi »)[4].

Le « pape au sourire »[modifier | modifier le code]

À l'âge de 65 ans, il prend le nom de règne de Jean-Paul Ier (Ioannes Paulus I), en hommage à ses deux prédécesseurs immédiats Jean XXIII et Paul VI, mais aussi par allusion à la basilique de San Zanipolo (« Saints-Jean-et-Paul »), où reposent un grand nombre de doges de Venise et où travaillait sa mère. Ce choix est fait à la surprise générale : il faut remonter au Xe siècle pour trouver un pape « inaugurant » un nouveau nom de règne. De plus, jamais un nom composé n'a encore été utilisé.

Le nom italien est Giovanni Paolo, sans trait d'union, et dans sa version française Jean Paul comme Jean-Paul ont été utilisés dans un premier temps par la presse, qui adopta ensuite l'usage français du trait d'union, comme l'a fait le site du Vatican sur les pages en français.

Les innovations introduites par le pape Luciani[modifier | modifier le code]

On remarquera que dès son avènement, Jean-Paul Ier s’efforce d’humaniser la charge pontificale: en s’exprimant à la première personne, abandonnant ainsi le "nous de majesté". De même il refusa de paraître sur la sedia gestatoria (il y est cependant contraint par son entourage, afin de pouvoir être vu par la foule) et refusant, le jour de son intronisation, de coiffer la tiare, à laquelle il préfère une simple mitre d’évêque et la remise du pallium.

Il fut le premier Pape à parler de lui-même en termes humains, et n'a pas hésité à parler de sa personnalité, l'humilité et la timidité de son caractère, rappelant publiquement le moment où, encore patriarche de Venise, le pape Paul VI avait placé sur ses épaules son étole, le rendant « rouge de honte », ainsi que la peur qu'il éprouvât le jour de son élection.

Sa pensée et son style[modifier | modifier le code]

Sur le plan doctrinal, il se montre orthodoxe, défendant les positions prises par Paul VI dans l’encyclique Humanae Vitae et confirmant l’opposition de l’Église catholique à l’avortement et à la contraception. Pourtant, encore cardinal à l'époque du Concile Vatican II (auquel il avait participé en tant que membre du Grand Conseil sur les problèmes de la famille et sur le contrôle des naissances), il avait montré des idées plutôt progressistes en parlant de «maternité responsables» et de soutenir certaines conditions sur l'utilisation de contraceptifs.

Informé de suppositions d'actes répréhensibles à la Banque du Vatican, il demande à Jean-Marie Villot, le cardinal secrétaire d'État et chef de la curie papale, de mener une enquête de fond.

Il est immédiatement aimé des catholiques, touchés par sa simplicité, qui le surnomment « le pape au sourire »[5]. Son bref règne ne lui permet cependant pas de mener à bout des actions de grande ampleur.

Très sensible sur la question de la pauvreté, en particulier au Sud du globe, il mit l'accent sur l'opulence du monde. Sur la question sociale, il parle de l'importance de donner un «salaire équitable» aux travailleurs. Les quatre et uniques audiences générales de son pontificat ont toutes réunies le sens de son message pastoral. La première consacrée à l'humilité, où le pape appela un enfant de chœur à comprendre le sens et l'importance de l'humilité. La seconde est dédiée à la foi, et en cette occasion spéciale, Jean-Paul Ier lit un poème de Trilussa. La troisième est consacrée à l'espérance, où le Pape parle en citant saint Thomas d'Aquin. Dans la quatrième et dernière audience, un jour avant sa mort, le Pape parle de la charité, il cite quelques passages de Populorum Progressio (l'encyclique de Paul VI). Au début de cette dernière audience, la foule l'acclame et lui souhaite longue vie.[6],[7],[8],[9]

Le , un musée en son honneur est inauguré dans sa ville natale de Canale d'Agordo pour les 38 ans de son élection[10]. À l'occasion de l'inauguration, la messe est célébrée par Pietro Parolin.

Autour de sa mort[modifier | modifier le code]

Tombe de Jean-Paul Ier.

Jean-Paul Ier meurt dans la nuit du d'un infarctus. Son corps est retrouvé à h du matin par la Sœur Vincenza Taffarel : assis sur son lit, la lampe de chevet allumé, il porte ses lunettes de lecture et tient quelques feuillets dans ses mains[11].

Inhumé le 4 octobre, Jean-Paul Ier repose dans la crypte de Saint-Pierre de Rome. Sa tombe consiste en un sarcophage rectangulaire en marbre veiné de gris, flanqué de deux petites colonnes précédées de deux anges ailés (œuvres d'Andrea Bregno issues du tabernacle de la Sainte Lance)[12]. Le conclave à l'issue duquel sera désigné son successeur s'ouvre le .

Des rumeurs commencent à circuler dès l'annonce de sa mort, amplifiées par le fait que le corps du défunt pape ne sera jamais autopsié.

Ainsi, dans un ouvrage polémique (Au nom de Dieu, Bourgois, 1984), David Yallop prétend que le pape aurait été empoisonné sur ordre du cardinal Villot et de Mgr Paul Marcinkus. On aurait retrouvé dans ses papiers le texte de la destitution de Villot, qui n'attendait que sa signature. Ces rumeurs ne reposent sur aucun fait concret prouvé.

Une première libre évocation cinématographique de cette théorie est tournée en 1982, Meurtre au Vatican de Marcello Aliprandi, avec Terence Stamp dans le rôle du pape fictif « Jean-Clément Ier », empoisonné à peine quelques jours après son élection. Une version analogue apparaît également dans le film Le Parrain III, dont une partie du scénario lie également la mort du pape en 1978 au scandale de la Banque Ambrosiano.

Les services secrets, et des organisations criminelles comme la Loge P2 ou la mafia, sont également mis en cause par certaines rumeurs[13],[14],[15].

Procès en béatification[modifier | modifier le code]

Après sa mort, de nombreux fidèles catholiques ayant gardé un bon souvenir du pape défunt[16] ont demandé par l'intermédiaire d'une pétition signée par des évêques brésiliens en 1990 l'ouverture de la cause de béatification d'Albino Luciani[17], renforcée suite à la guérison de Giuseppe Denora d'une tumeur en 1992[18], puis abandonné en avril 2015, mais relancée en juillet 2016 (une nouvelle guérison miraculeuse lui serait attribuée mais cette fois en Amérique latine)[19].

Le 23 novembre 2003, le procès en béatification est ouvert dans la cathédrale de Belluno[20]. La procédure diocésaine est close le 10 novembre 2006. Le 27 juin 2008, la Congrégation pour les causes des saints publie le décret de validité du procès diocésain[21].

L'enquête diocésaine sur le cas de la guérison de Giuseppe Denora a commencé en 2008[22]. Elle a été close le 30 mai 2009 et a été transmise à la Congrégation pour les causes des saints[23]. Le 25 mars 2010, elle a validé l'enquête diocésaine sur le miracle[24]. La bibliographie en forme de dossiers pour cette béatification a été livrée entre les mains du préfet de la Congrégation pour la Cause des Saints, Angelo Amato par Mgr Enrico dal Covolo le 17 octobre 2012, anniversaire de sa naissance, afin d'examiner la cause pour que Jean-Paul Ier soit ou non déclaré vénérable[25],[26]. Après une pause en avril 2015, sa béatification a été relancée en juillet 2016 par le cardinal Beniamino Stella[27],[28].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Vatican Information Service.
  2. The Smiling Pope, op. cit., p. 25.
  3. Parmi les noms les plus cités : Sebastiano Baggio, Giovanni Benelli, Paolo Bertoli, Sergio Pignedoli, Ugo Poletti et Eduardo Francisco Pironio.
  4. Patrick Pesnot, émission Rendez vous avec X sur Jean-Paul Ier, France Inter, 2 avril 2011.
  5. Adelaide Patrignani, « Portrait du Pape Jean-Paul Ier, élu il y a 35 ans », Vie de l'Église, sur radionotredame.net, (consulté le 10 mars 2014).
  6. https://www.youtube.com/watch?v=MsAyVAbasvU
  7. https://www.youtube.com/watch?v=QiRDOXTrYSY
  8. https://www.youtube.com/watch?v=OLlAGuQ8JXc
  9. https://it.wikipedia.org/wiki/Papa_Giovanni_Paolo_I
  10. « Le « pape au sourire » va bientôt avoir son musée ! ».
  11. Aldo Maria Valli, Le Petit Monde du Vatican, Tallandier, , p. 129.
  12. (en) Maria Beltramini, The Basilica of St Peter in the Vatican, F.C. Panini, , p. 888.
  13. « Lo strano caso della morte di Albino Luciani ».
  14. (it) «La Banca Vaticana e la Loggia P2 ».
  15. (it) «InStoria - I 33 giorni di Papa Luciani ».
  16. [1].
  17. [2].
  18. [3].
  19. [4].
  20. http://visnews-fr.blogspot.fr/2003/11/ceremonies-presidees-par-le-pape.html.
  21. http://www.30giorni.it/articoli_id_19080_l4.htm.
  22. (it) http://www.30giorni.it/articoli_id_19079_l4.htm.
  23. (it) http://www.altamuralife.it/magazine/notizie/sancita-la-validita-del-processo-diocesano-sulla-guarigione-di-giuseppe-denora/.
  24. (it) https://giovannipreziosi.wordpress.com/tag/giovanni-paolo-i/.
  25. fr.zenit.org/articles/jean-paul-ier-vers-la-gloire-des-autels/.
  26. [5].
  27. [6].
  28. [7].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bernard Lecomte, Les Secrets du Vatican, Paris, Perrin, , 387 p. (ISBN 978-2262024161), chap. 10 (« La mort du "pape au sourire" »), p. 208-226.
  • Hilaire, Yves-Marie :
    • article « Jean-Paul Ier », Dictionnaire historique de la papauté, Philippe Levillain (s. dir), Fayard, 1994.
    • (s. dir), Histoire de la papauté. 2 000 ans de missions et de tribulations, Tallandier, 1993.
  • Mgr Yves Marchasson, Les Papes du XXe siècle, Desclée, 1990.
  • Jean Mathieu-Rosay, Les Papes au XXe siècle, Presses du Châtelet, 2002.
  • L'Osservatore Romano, Édition du 26 octobre 1978.
  • David Yallop : Au nom de Dieu, traduit de l’anglais par C. Gilbert, édit. Bourgois, 1984.
  • Pierre Bérubé, «  Jean-Paul I » « Il y a 30 ans, Jean-Paul 1er… Un passage qu’on ne veut pas oublier! » Le Soleil, (Québec), 2 octobre 2008, p. 27, Opinion (présentation version papier), article complet : Cyberpresse
  • (en) Raymond en Lauretta Seabeck, The Smiling Pope, Our Sunday Visitor Publishing, 2004.
  • Édouard Brasey : Le Dernier pape, chap. 45, p. 280-191, Éditions Télémaque, 2013, dans lequel la mort du pape est mise en scène.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]