Pie VI

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Pie VI
Image illustrative de l'article Pie VI
Biographie
Nom de naissance Giannangelo Braschi
Naissance
Cesena
Flag of the Papal States.gif États pontificaux
Décès (à 81 ans)
Valence (Drôme)
Drapeau français République française
Pape de l’Église catholique
Élection au pontificat (57 ans)
Intronisation
Fin du pontificat
(&&&&&&&&&&&0896124 ans, 6 mois et 14 jours)
Précédent Clément XIV Pie VII Suivant

Peregrinus apostolicus

Giannangelo, comte Braschi ou Giovanni Angelico Braschi à sa naissance, Jean Ange Braschy pour l'état civil français[1], né le à Cesena (Romagne) et mort le à Valence (France), est le 250e pape de l'Église catholique, sous le nom de Pie VI (nom latin : Pius VI ; nom italien : Pio VI) du à sa mort.

Début de carrière[modifier | modifier le code]

Giannangelo Braschi est issu d'une famille noble de Romagne. Il est l'aîné des huit enfants du Comte Marco Aurelio Tommaso Braschi (1684-1759) et de Anna Teresa Bandi (1690-1730).

Élevé par les Jésuites, il effectue des études de droit in utroque jure, c'est-à-dire en droit civil et en droit canonique, à l'université de Ferrare. Il devient ensuite secrétaire du cardinal Tommaso Ruffo, légat pontifical à Ferrare.

Braschi accompagne Ruffo à Rome pour le conclave qui suit la mort du pape Clément XII en 1740.

Quand son maître est nommé doyen du Sacré Collège, il devient auditeur, chargé de l'administration des diocèses de Velletri et d'Ostie. Il noue alors des liens avec l'infant don Carlos, alors que ce dernier devient le premier souverain Bourbon du royaume des Deux-Siciles. Son habileté diplomatique lui obtient la charge de camérier secret.

En 1753, à la mort du cardinal Tommaso Ruffo, Braschi devient secrétaire particulier du pape Benoît XIV. Il est ordonné prêtre en 1758.

En 1766, sous le pontificat de Clément XIII (1758/1769), il obtient la charge de trésorier de la Chambre apostolique, qui le rend maître de l'administration financière des États pontificaux.

Le , il est élevé à la dignité de cardinal-prêtre de Sant'Onofrio al Gianicolo par le pape Clément XIV.

Grâce au soutien français, le conclave qui s'ouvre à la mort de Clément XIV (1774) l'élit à la dignité pontificale. Il choisit le nom de Pie VI en hommage à Pie V, pape de l'application du concile de Trente et de la bataille de Lépante.

Élu le 15 février 1775, il fut consacré évêque et couronné simultanément le 22 février.

Pontificat[modifier | modifier le code]

Début du pontificat[modifier | modifier le code]

Pie VI, alors âgé de 58 ans, souhaite renouer avec les fastes de Léon X, ce qui lui vaut les critiques du poète Pasquino.

Il est confronté au joséphisme autrichien et effectuera même un voyage à Vienne en 1782 dans le but d'amener l'Empereur Joseph II à renoncer à sa politique anti-cléricale. C'est le premier voyage d'un pape hors de Rome.

Pie VI et la Révolution française[modifier | modifier le code]

Quelque temps plus tard, Pie VI doit affronter les événements de la Révolution française :

  • la nationalisation des biens du clergé,
  • l'abolition par l'assemblée constituante des vœux monastiques (loi du 13 février 1790) et la suppression des ordres réguliers hors ceux ayant pour activité l'éducation et les œuvres de charité, conduisant à la mise à l'écart de 100 000 religieux (moines, chanoines, etc.), soit les deux tiers du clergé de l'époque en France,
  • le projet de constitution civile du clergé (adopté par la Constituante le ),
  • ainsi que la situation de schisme qu'elle entraîna entre les prêtres et les évêques « constitutionnels » et les prêtres et les évêques « réfractaires ».

Pie VI fait savoir le au roi de France Louis XVI qu'il s'oppose au projet de constitution civile du clergé. Il écrit aussi dans ce sens aux archevêques de Bordeaux et de Vienne le .

Le Pie VI envoie son bref « Quod Aliquantum » au Cardinal de La Rouchefoucault. Il y analyse le contenu de la Constitution civile du clergé pour le condamner. Toutefois il précise: « Nous n'avons pas encore jusqu'ici lancé les foudres de l'Église contre les auteurs de cette malheureuse constitution du clergé »[2]. Les menaces d'excommunication et d'anathème ne sont qu'implicites. Dans sa lettre apostolique « Caritas » du Pie VI critique sévèrement les nouvelles élections d'évêques, et leur bénédiction par l'évêque d'Autun. Il déclare schismatiques les propos suivants du nouvel évêque de Quimper: « Cette constitution n'altère en rien le dogme; qu'elle réforme seulement la discipline, et la rapelle à la pureté des premiers siècles »[3]. Ses actes sacerdotaux sont déclarés irréguliers; il est menacé d'anathème. Toutefois Pie VI réaffirme une position prudente vis-à-vis de l'Assemblée Nationale : « Nous avons déclaré Nous être abstenu jusqu'ici de déclarer retranchés de l'Église les auteurs de cette fatale constitution ».

Cependant, l'un des points soulève des questions. La réaction de Pie VI par rapport à la constitution civile du clergé n'est, aujourd'hui encore, pas élucidée. On lui reproche souvent sa réaction tardive par rapport aux événements. Ce retard aurait laissé les prêtres et les évêques dans l'embarras pour la conduite à tenir par rapport au serment de fidélité à la Nation, à la loi, au roi, créant un malaise dans les provinces françaises durant les six premiers mois de l'année 1791, et créant un véritable schisme. Cette question fait l'objet de discussions de la part des historiens des religions ; il existe des archives sur ce sujet en France.

En 1793, après la proclamation de la République en France, une commission décide de supprimer le calendrier grégorien, et de le remplacer par un calendrier républicain avec des semaines de dix jours, sans dimanche. Les campagnes françaises ne reçoivent plus les agendas traditionnels.

Pie VI et le Directoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Campagne d'Italie (1796-1797).
Pius VI, Pont.Max. engraving BNF Gallica.jpg

La France annexe Avignon et le Comtat Venaissin. Le 19 février 1797, Napoléon Bonaparte contraint Pie VI à signer le traité de Tolentino (appelé aussi Paix de Tolentino) avec la France du Directoire, qui concède à la France les légations de Romagne, de Bologne et de Ferrare.

À la nouvelle de l'assassinat du général Duphot, le Directoire ordonne le 11 janvier 1798 l'occupation de Rome. Gaspard Monge part le 6 février pour Rome. La Révolution éclate dans la ville le 15 février. La "République romaine" est proclamée par le peuple réuni au Campo Vaccino (ancien forum).

Le pape Pie VI est contraint par la république française de renoncer à son pouvoir temporel et de se contenter de son pouvoir spirituel. Déposé le 15 février lors de la proclamation de la République romaine, il est en fait prisonnier. Octogénaire et très malade, il demande la grâce de pouvoir mourir à Rome. Le général français a la délicatesse de lui répondre: « Mourir cela peut se faire partout ». Pie VI quitte Rome dans la nuit du 19 au 20 février 1798.

Il est conduit à Sienne puis à la chartreuse de Galluzzo de Florence (en juin 1798) où il reste jusqu'au printemps 1799. La Deuxième Coalition se traduisant par l'avancée des troupes autrichiennes venant de Vénétie, et des troupes napolitaines qui ont repris Rome et détruit la République romaine, les français envoient le pape en France, tandis que leurs troupes reculent sur tous les fronts, dans ces débuts de la seconde campagne d'Italie. Le Pape passe par Bologne, Parme, Turin. On lui fait traverser les Alpes sur une civière. C'est ensuite Briançon, Grenoble et enfin Valence, chef-lieu du département de la Drôme. Il n'ira pas plus loin.

Malgré les bouleversements que connaissait alors la France, le pape octogénaire reçut de nombreuses marques de respect et de compassion de la part du peuple, tout au long de sa route, entre Briançon et Valence. Le poète Paul Claudel le surnommera le "père commun des fidèles".

Extrait de l'acte d'état civil de décès du pape Pie VI en date du (12 fructidor an VII) à Valence (Drôme).

Prisonnier du Directoire, il meurt à Valence, épuisé, le (12 fructidor an VII) à l'âge de 82 ans. Son acte de décès figure dans le registre d'état civil de la ville de Valence, où il est nommé « Jean Ange Braschy Pie VI pontife de Rome[4] ». C'est en son honneur qu'un pâtissier de la ville eut l'idée de confectionner le fameux biscuit suisse de Valence.

Pie VI est d'abord enseveli civilement au cimetière de Valence. Les États pontificaux sont rétablis à la fin de l'année 1799, avec l'entrée des troupes napolitaines dans Rome et la chute de l’éphémère république romaine. Le conclave qui assure l'élection du successeur de Pie VI se tient à Venise, sous contrôle de l'Autriche depuis le traité de Campo-Formio de 1797. En mars 1800, Pie VII devient le nouveau pape. Napoléon Bonaparte, désormais Premier consul de la République française, engage une offensive en Italie au printemps 1800 et sa victoire à Marengo marque la fin du front italien de la seconde coalition, qui se disloque complétement en 1801. La République française normalise ses relations diplomatiques avec les états pontificaux reconstitués, et signe le concordat de juillet 1801 avec l’Église catholique. Ces évolutions permettent le retour du corps de Pie VI à Rome, le , où il reçoit des funérailles conduites par son successeur le , dans la basilique Saint-Pierre de Rome.

Tombeau de Pie VI (1775-1799), au Vatican.

Mais, sur réclamation des habitants de Valence, le cœur et les entrailles de Pie VI retournent et reposent dans la cathédrale Saint-Apollinaire de Valence, après une cérémonie solennelle en ce lieu le . On peut lire l'inscription suivante (rédigée en latin) sur ce monument de Valence : « Les entrailles saintes de Pie VI sont rendues aux Français ; Rome possède son corps ; son nom retentit en tous lieux ; il est mort à Valence le 29 août 1799 »[5]. Depuis 1949, sa dépouille romaine repose dans la nécropole papale de la basilique Saint-Pierre, dans un sarcophage antique.

Moins de dix ans avant la mort du Saint-Père, Madame Vigée-Lebrun, la célèbre portraitiste de la reine de France Marie-Antoinette, qui avait elle-même fui les excès de la Révolution en se réfugiant à Rome, pouvait rapporter cette anecdote: "L'abbé Maury, qui n'était pas encore cardinal, vint chez moi pour me dire que le Pape voulait que je fisse son portrait ; je le désirais infiniment ; mais il fallait que je fusse voilée pour peindre le Saint-Père, et la crainte de ne pouvoir ainsi rien faire dont je fusse contente m'obligea à décliner cet honneur. J'en eus bien du regret, car Pie VI était encore un des plus beaux hommes qu'on pût jamais voir."

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lors de son décès à Valence (Drôme).
  2. Pie VI dans son bref « Quod Aliquantum » du 10 mars 1791, §66
  3. Pie VI dans sa lette apostolique « Caritas » du 13 avril 1791, § Hérésie, schisme, sacrilège.
  4. Extrait du registre d'état civil de la ville de Valence (Drôme) : Aujourd'hui douze fructidor an sept de la république française, à l'heure de trois après-midi, par-devant moi Jean-Louis Chauveau, administrateur municipal de la commune de Valence, élu pour rédiger les actes destinés à constater les naissances, mariages et décès des citoyens, est comparu M. Joseph Spina, archevêque de Corinthe, lequel, accompagné de M. Jean Puis Ramera, prêtre, âgé de quarante ans environs, et de M. Jérôme Fantiny, aussi prêtre, et de M. Caracciola, dont le prénom est Innico, prélat âgé aussi d'environ quarante ans, et ledit Fantiny âgé de soixante-quatre ans, tous les quatre demeurant à Valence, dans la maison dépendante de la citadelle, et attachés au décédé ci-après, m'a déclaré que Jean Ange Braschy, Pie VI, pontife de Rome, est décédé cejourd'hui, à une heure vingt-cinq minutes du matin, dans ladite maison, âgé de quatre-vingt-un ans huit mois et deux jours. D'après cette déclaration, certifiée véritable par le déclarant et les témoins, je me suis de suite transporté en ladite maison d'habitation, accompagné des membres composant l'administration centrale et le commissaire du directoire exécutif près d'elle, ainsi que de deux membres de l'administration municipale ; y étant, nous dits officier public et administrateurs ci-dessus avons fait appeler les citoyens Duvaure, officier de santé, et Vidal père, officier de santé en chef de l'hospice militaire de cette commune, lesquels, après avoir fait l'examen du corps dudit Braschy, Pie VI, nous ont confirmé son décès. De tout quoi j'ai rédigé acte, en présence du commandant de la place et du juge de paix de ce canton, que j'ai signé avec eux, les membres desdites autorités constituées, lesdits officiers de santé, le déclarant et les témoins ; le citoyen Doux, secrétaire de la commune, écrivant. Valence, en la maison commune, les jours, mois et an que dessus. Signé : Spina, archevêque de Corinthe : Innico Riego Caracciola ; Daly, administrateur du département ; Abate Ramera ; Deydier, administrateur du département ; Gaillard, président municipal ; Boveron, administrateur du département ; Algoud, administrateur du département ; Brosset, commissaire du directoire près l'administration centrale ; Gastoud, secrétaire général ; Regnard, commissaire du directoire exécutif près la commune ; Mermilliod, commandant de la place de Valence ; Colombiez aîné, juge de paix ; Vidal, major ; Duvaure ; Chauveau, officier public ; Doux, secrétaire. Archives départementales de la Drôme.
  5. Nicolas Delacroix, Statistique du département de la Drôme, Valence, Borel, 1835, page 628.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marina Cappiero, Philippe Levillain (dir.), Dictionnaire historique de la papauté, Paris, Fayard,‎ 2003 (ISBN 2-213-618577) ;
  • Jacques Le Goff et René Rémond, Histoire de la France religieuse, tome III, Seuil, coll. « Points », Paris, 2001 ; un chapitre complet analyse les mesures de déchristianisation de 1793-1794 ;
  • Gérard Pelletier, Rome et la Révolution française. La théologie et la politique du Saint-Siège devant la Révolution française (1789-1799), Collection de l'École française de Rome, no 319, 2004.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]


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