Elsa Triolet

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Elsa Triolet
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Elsa Triolet en 1925.
Nom de naissance Ella Kagan
Alias
Laurent Daniel
Naissance 12 septembre 1896 ( dans le calendrier grégorien)
Moscou
Décès (à 73 ans)
Moulin de Villeneuve, Saint-Arnoult-en-Yvelines
Activité principale
Écrivain, résistante
Distinctions
Auteur
Langue d’écriture Français, Russe

Œuvres principales

Compléments

Elsa Triolet, née Ella Yourievna Kagan (russe : Элла Юрьевна Каган) le 12 septembre 1896 ( dans le calendrier grégorien) à Moscou et morte le à Saint-Arnoult-en-Yvelines, est une femme de lettres et résistante française d'origine russe, née de parents juifs. Première femme à obtenir le prix Goncourt, elle est également connue sous le pseudonyme de Laurent Daniel.

Elle est la sœur de Lili Brik et la compagne de Louis Aragon.

Biographie[modifier | modifier le code]

Née dans une famille aisée d'intellectuels russes juifs, Ella Kagan (puis Triolet après son premier mariage, nom qu'elle gardera toute sa vie) est fille d'Elena Yourievna Berman, pianiste de grand talent, et de l'avocat Youri Alexandrovitch Kagan spécialisé dans les contrats d'édition d'artistes et d'écrivains[1]. Elle a une sœur, Lili, de cinq ans son aînée, qui la fascine mais dont elle est jalouse. Elle écrira à partir de ses souvenirs d'enfance un de ses premiers romans en russe Fraise des bois (Ziemlianika, surnom qu'on lui donnait quand elle était enfant), largement empreint du sentiment de n'être pas aimée[2].

Elle fait de brillantes études, s'initie au piano, apprend l'allemand auprès de ses parents qui parlent cette langue, ainsi que le français dès l'âge de six ans. Après le lycée, elle suit des cours d'architecture qu'elle termine avec le certificat de fin d'études de la section féminine à Moscou en 1918[1]. Elle voyage en Europe avec sa sœur et sa mère pour laquelle les arts et la musique en particulier tiennent une grande place[3].

Lili se joint en 1905 aux révolutionnaires russes dont fait partie son futur époux Ossip Brik. Le couple introduit Ella dans leur cercle d'amis qui compte notamment Boris Pasternak, Victor Chklovski et le linguiste Roman Jakobson, amoureux d'elle et qui demeurera toujours son ami. En 1911, elle rencontre le poète Vladimir Maïakovski, son premier grand amour[3].

Après la mort de son père de 1915, elle vit avec sa mère dans des difficultés financières. En 1917, elle rencontre André Triolet, un officier français en poste à Moscou, héritier d'une riche famille de Limoges. Elle quitte la Russie avec lui et l'épouse à Paris en 1919. Le couple séjourne à Tahiti pendant un an[4]. Elle qui avait souhaité quitter la Russie de la Révolution dont elle embrassait les idées, mais détestait les conséquences sur les conditions de vie : guerre civile, misère, famine, etc., se morfond dans l'indolence d'une île où elle cultive la nostalgie de son cher cercle littéraire de Moscou. Malheureuse dans son couple, Elsa quitte son mari en 1921.

Connaissant un temps d'errance, elle va d'abord Londres, puis à Berlin en 1923 où Victor Chklovski, très épris d'elle et la voyant dépressive, insiste pour qu'elle écrive. Il publie l'échange épistolaire qu'ils ont eu sous le titre de Zoo, lettres qui ne parlent pas d'amour ou la Troisième Héloïse. Ce recueil de lettres est lu par Maxime Gorki qui, ayant particulièrement apprécié les lettres d'Elsa, demande à la rencontrer. Durant leur entrevue, Gorki encourage la jeune femme à se consacrer à l'écriture[5].

De retour à Paris en 1924, elle loge à l'hôtel au 29 rue Campagne-Première dans le Quartier du Montparnasse où habitent des écrivains surréalistes et des artistes comme Marcel Duchamp, Francis Picabia ou Man Ray. Elle écrit en russe son premier livre À Tahiti (paru à Léningrad en 1925), où elle mène une réflexion sur l'écriture, puis Fraise-des-Bois (Moscou, 1926), en s'inspirant de son journal d'enfance, et Camouflage (Moscou, 1928)[5].

Plaque 5 rue Campagne-Première (14e arrondissement de Paris), où elle vit avec Louis Aragon de 1929 à 1935.
Plaque 56 rue de Varenne (7e arrondissement), où le couple vécut également.
Avec Louis Aragon chez leur ami Pierre Seghers à Villeneuve-lès-Avignon en 1941.

Elle rencontre Louis Aragon en 1928 à Paris[6], au café La Coupole, fréquenté par beaucoup d'artistes. Il devient l'homme de sa vie, celui par qui elle peut enfin s'enraciner dans la société française. Elle devient sa muse. En 1929-1930, Elsa crée des colliers pour la haute couture pour subvenir à ses besoins et écrit des reportages pour des journaux russes . Les années suivantes, elle traduit, en russe, des auteurs français : Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline en 1934; Les Cloches de Bâle (1937) et Les Beaux Quartiers (1938)[7], les deux premiers romans du cycle Le Monde réel d'Aragon. Elle traduira également, au cours de sa vie, de nombreux auteurs russes en français, dont notamment Tchékhov et Maïakovski. Elle collabore, par de nombreux textes[8], au quotidien Ce soir, dirigé par Louis Aragon et Jean-Richard Bloch. En 1937 elle commence à écrire un premier roman en français, Bonsoir Thérèse, publié en 1938 aux éditions Denoël.

Elle se marie avec Aragon le . Elle participe avec lui à la Résistance, dans la zone SudLyon et dans la Drôme notamment) et contribue à faire paraître et à diffuser les journaux La Drôme en armes et Les Étoiles. Elle continue à écrire des nouvelles et le roman Le Cheval blanc. Entrée avec Aragon dans la clandestinité, sa nouvelle Les Amants d'Avignon est publiée aux Éditions de Minuit en octobre 1943 sous le pseudonyme de Laurent Daniel, en hommage à Laurent et Danielle Casanova déportée à Auschwitz[9]. Cette nouvelle et trois autres[10] sont réunies sous le titre Le premier accroc coûte deux cents francs (phrase qui annonçait le débarquement en Provence) et obtiennent le prix Goncourt 1945 au titre de l'année 1944. Elsa Triolet est ainsi la première femme à obtenir ce prix littéraire[11],[12].

Elle assiste en 1946 au procès de Nuremberg sur lequel elle écrit un reportage dans Les Lettres françaises.

La période de la guerre lui inspire le roman L’Inspecteur des ruines, puis la menace atomique, au temps de la guerre froide, Le Cheval roux. Appartenant au comité directeur du Comité national des écrivains (CNE), elle s’attache à promouvoir la lecture et la vente de livres dans les années cinquante et participe activement à un mouvement lancé par le Parti communiste français en 1950-52 : « Les Batailles du Livre »[13]. Elle voyage beaucoup dans les pays socialistes avec Aragon, mais, si elle a conscience de l’antisémitisme qui atteint sa sœur et des crimes qui sont commis en Union soviétique (le compagnon de Lili Brik, le général Vitaliy Primakov, est exécuté par le régime stalinien), elle ne fait aucune déclaration publique sur ces événements[réf. nécessaire]. Elle exprime sa critique du stalinisme en 1957 dans Le Monument. Elle démissionne la même année du comité directeur du CNE, puis écrit les trois romans du cycle L’Âge de Nylon. Elle intervient activement en 1963 pour faire traduire et paraître en France le récit d’Alexandre Soljénitsyne Une journée d'Ivan Denissovitch. La façon dont la biographie de Vladimir Maïakovski était falsifiée en Union soviétique est une des raisons qui l’entraîne à écrire les romans Le Grand Jamais (1965) et Écoutez-voir (1968).

En 1965, elle préface le premier livre de Dominique Oriata Tron, Stéréophonies, publié par Pierre Seghers. En 1966, Agnès Varda réalise un court-métrage documentaire, Elsa la rose, sur son histoire d'amour avec Aragon.

Après avoir publié La Mise en mots (collection « Les Sentiers de la création », éditions Skira, 1969) et Le rossignol se tait à l'aube (1970), Elsa Triolet meurt d'un malaise cardiaque le dans la propriété qu'elle possède avec Aragon, le Moulin de Villeneuve, à Saint-Arnoult-en-Yvelines[14]. Elle repose aux côtés d’Aragon, dans le parc de six hectares entourant ce vieux moulin. Sur leurs tombes, on peut lire cette phrase d’Elsa Triolet :

« Quand côte à côte nous serons enfin des gisants, l'alliance de nos livres nous unira pour le meilleur et pour le pire, dans cet avenir qui était notre rêve et notre souci majeur à toi et à moi. La mort aidant, on aurait peut-être essayé, et réussi à nous séparer plus sûrement que la guerre de notre vivant, les morts sont sans défense. Alors nos livres croisés viendront, noir sur blanc la main dans la main s'opposer à ce qu'on nous arrache l'un à l'autre. ELSA »

Décoration[modifier | modifier le code]

Postérité et hommages[modifier | modifier le code]

De nombreuses villes ont donné le nom d'Elsa Triolet à une de leurs rues, allées, places ou squares, notamment :

Des collèges et lycées portent son nom, à Paris 13e, Champigny-sur-Marne, Lucé, Marseille, Saint-Denis, Vénissieux,

des médiathèques et bibliothèques à :

Plusieurs écoles (maternelles ou primaires) sont aussi nommées à son nom, entre autres à :

Une école de Saint-Donat-sur-l'Herbasse, où elle séjourna avec Aragon durant la guerre, porte son nom.

À sa mort, une tour de la Cité du Coq de Jemappes (entité de Mons) portera son nom. L'autre étant appelée Flora Tristan.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Romans, nouvelles et essais[modifier | modifier le code]

  • À Tahiti (1925) en langue russe, traduit en français par Elsa Triolet en 1964.
  • Fraise des bois (1926) en langue russe
  • Camouflage (1928) en langue russe
  • Bonsoir Thérèse, Denoël, 1938
  • Maïakovski, ESI, 1939
  • Monstre 42, Poésie 42 no 2, Seghers, 1942
  • Clair de lune, Poésie 42 no 4, Seghers, 1942
  • Mille regrets (1942)
  • Le Cheval blanc, Denoël, 1943
  • Les Amants d'Avignon. Publié sous le nom de Laurent Daniel, qui était son pseudonyme, en clandestinité, par les Éditions de Minuit, 1943.
  • Qui est cet étranger qui n'est pas d'ici ? ou le mythe de la Baronne Mélanie, Éditions Seghers, 1944
  • Le premier accroc coûte deux cents francs, Denoël, 1944, Prix Goncourt en 1944
  • Personne ne m'aime, La Bibliothèque française, 1946
  • Les Fantômes armés, La Bibliothèque française, 1947
  • L'Inspecteur des ruines, Denoël, 1948
  • Le Cheval roux ou les Intentions humaines, Éditeurs français réunis (EFR), 1953
  • L'Histoire d'Anton Tchekhov, préface aux œuvres complètes, EFR, 1954
  • Le Rendez-vous des étrangers, Gallimard, 1956
  • Le Monument, Gallimard, 1957
  • L'âge de nylon (1) : Roses à crédit, Gallimard, 1959
  • L'âge de nylon (2) : Luna-Park, Gallimard, 1959
  • Les Manigances, Gallimard, 1961
  • L'âge de nylon (3) : L'Âme, Gallimard, 1962
  • Le Grand Jamais, Gallimard, 1965
  • Écoutez-voir, Gallimard, 1968
  • La Mise en mots, Skira, 1969
  • Le Rossignol se tait à l'aube, Gallimard, 1970.

Traductions[modifier | modifier le code]

Du français vers le russe[modifier | modifier le code]

  • Voyage au bout de la nuit, Céline, 1934[15]
  • Les Cloches de Bâle, Aragon, 1937
  • Les Beaux Quartiers, Aragon, 1938

Du russe vers le français[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Marianne Delranc, « TRIOLET Elsa née KAGAN Ella - Maitron », sur maitron.fr (consulté le 1er juin 2020)
  2. « Maryvonne Lebec, synopsis de quelques romans d’Elsa Triolet », sur louisaragon-elsatriolet.org, .
  3. a et b Marie-Thérèse Eychart, Elsa, la célèbre inconnue, p. 11.
  4. Marie-Thérèse Eychart, Elsa, la célèbre inconnue, p. 15.
  5. a et b Marie-Thérèse Eychart, Elsa, la célèbre inconnue, p. 16.
  6. Jean-Pierre Énard, « TRIOLET ELSA (1896-1970) », sur Encyclopædia Universalis (consulté le 20 février 2019)
  7. Marie-Thérèse Eychart, « Elsa Triolet, éléments de chronologie », Les Annales de la Société des amis de Louis Aragon et Elsa Triolet, no 1-1999, p. 229-254.
  8. Faites entrer l'infini, revue de « Société des Amis de Louis Aragon et Elsa Triolet (SALAET) » : n° 64-2017, « Cinq textes d'Elsa Triolet de 1938 », pp. 40-44; n° 65-2018, « Cahier Elsa », pp. 54-61.
  9. a et b Mariane Delranc-Gaudric, « L'écrivaine, la RÉSISTANTE et la féministe », l'Humanité (hors série),‎ .
  10. La Vie privée ou Alexis Slavsky, Cahiers enterrés sous un pêcher et Le premier accroc coûte deux cents francs.
  11. Lucile Quillet, Assma Maad, « Ces rares femmes qui ont eu le prix Goncourt », sur madame.lefigaro.fr (consulté le 29 juillet 2015).
  12. Maurice Ulrich, « Le feu d'Elsa Triolet : à la découverte d’une célèbre inconnue », sur L'Humanité, (consulté le 12 juin 2020)
  13. Marc Lazar, « « Les Batailles du livre » du Parti communiste français », vingtième sècle, no 10,‎ , p.37-50 (lire en ligne).
  14. Le Figaro, « Mort d'Elsa Triolet », sur Le Figaro.fr, (consulté le 1er juin 2020)
  15. Olga Chtcherbakova, "Voyage au bout de la nuit" de L.-F. Céline: traduction et réception en Russie, (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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