Clairette de Die
| Clairette de Die | |
Menglon, un des villages producteurs de la clairette de Die ; le vignoble est situé sur le coteau. | |
| Désignation(s) | Clairette de Die |
|---|---|
| Type d'appellation(s) | AOC / AOP |
| Reconnue depuis | 1942 |
| Pays | |
| Région parente | vignoble de la vallée du Rhône |
| Sous-région(s) | Diois (vallée de la Drôme) |
| Localisation | Drôme |
| Climat | tempéré méditerranéen sous influence montagnarde |
| Sol | argilo-calcaire |
| Superficie plantée | 1 449 hectares (en 2024)[1] |
| Nombre de domaines viticoles | 300 |
| Cépages dominants | Muscat blanc à petits grains B[2] et clairette B |
| Vins produits | mousseux blancs |
| Production | 54 403 hl (en 2024)[1] |
| Pieds à l'hectare | min. 4 500 pieds/ha[3] |
| Rendement moyen à l'hectare | 38 hl/ha (en 2024)[1] |
| Site web | clairette-de-die.com |
| modifier |
|
La clairette de Die[4] est un vin effervescent d'appellation d'origine contrôlée produit dans le Diois, qui fait partie du vignoble de la vallée du Rhône. L'aire d'appellation regroupe 31 localités (29 communes) du département de la Drôme, et est identique à celle du crémant de Die, dont il diffère en termes d'encépagement, et à celle du coteaux-de-die, qui est un vin tranquille.
Deux types de vins effervescents y sont produits[3] :
- la « clairette de Die méthode ancestrale », produite sur base d'une fermentation unique en bouteille, composée de muscat à petits grains B[2], éventuellement complétée de muscat à petits grains Rg, de clairette blanche B et de clairette rose Rs. Elle représente approximativement 95 % de la production[1].
- la « clairette de Die brut », produite sur base d'une double fermentation, suivant la méthode traditionnelle (auparavant appelée « champenoise »), composée exclusivement de clairette blanche B.
Outre la clairette de Die, le vignoble du Diois bénéficie de trois autres appellations contrôlées[5] :
- le crémant de Die ;
- le châtillon-en-diois ;
- les coteaux-de-Die.
Histoire
[modifier | modifier le code]De l'Antiquité au Moyen Âge
[modifier | modifier le code]L'origine de ce vignoble remonte à l'Antiquité. La cité de Dea Augusta Vocontiorum (Die) fut l’une des plus importantes de la Gaule narbonnaise. Pline l'Ancien[6] cite élogieusement le vin des Voconces. Il en distingue deux : l’aigleucos, dont on arrêtait la fermentation en plongeant les dolia dans l’eau froide jusqu’à l’hiver, et le vinum dulce.
Le naturaliste précise les moyens « naturels » utilisés pour obtenir ce vin liquoreux : torsion du pédoncule de la grappe, fente du sarment, séchage du raisin sur des tuiles plates. Ce passerillage augmentait la teneur en sucre et permettait d’avoir un degré alcoolique élevé, qui empêchait la transformation de la totalité du sucre en alcool. Il cite deux cépages bien adaptés à ce traitement : helvennaca et diachytos[7].
L’archéologie a confirmé le texte de Pline avec les découvertes :
- d'une villa viticole (Ier siècle) à Pontaix,
- d'une épitaphe bachique dédiée à Publicus Calistus (IIe siècle),
- d'un sarcophage des Amours vendangeurs (IIIe siècle).
L’histoire a même retenu le sacrifice taurobolique en l’honneur de Liber Pater (Bacchus) et de l’empereur Philippe célébré le 2 des calendes d’octobre (), à Die, par les prêtres de Valence, d’Orange, d’Alba et de Die.
Période moderne
[modifier | modifier le code]
On sait qu’aux alentours de 1700, le vignoble était planté en clairette et muscat. Les vignerons, d’après un manuscrit conservé au musée de Die, faisaient déjà prendre la mousse à leurs vins. Ils utilisaient « l’ancienne méthode » ou « méthode rurale » (nombreux transvasements sur lie avant l’hiver). Un vigneron de Saillans note que ce « procédé est fort long, très minutieux et coûteux ».
Le marché d’abord local (Grenoble, Lyon, les Alpes) se développe en 1885 avec l’inauguration de la voie ferrée reliant Die à la Ligne de Paris-Lyon à Marseille-Saint-Charles, puis pris son essor en 1925 avec l’adoption de la bouteille champenoise.
Période contemporaine
[modifier | modifier le code]L'appellation a été reconnue par un décret du [8].
Le , un nouveau cahier des charges autorise la production de clairette de Die rosée ; l'opposition des producteurs de cerdon (un mousseux rouge/rosé de l'appellation bugey) entraîne l'interpellation du ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll, puis une altercation au Sénat en entre Patrick Chaize (sénateur LR de l'Ain) et Didier Guillaume (sénateur PS de la Drôme), chacun défendant ses viticulteurs[9]. Finalement, la clairette de Die reste limitée au blanc. Le cahier des charges de l’appellation a été modifié en février[10] puis en [3].
Étymologie
[modifier | modifier le code]Le nom de la ville Die, Diá en occitan vivaro-alpin, tire son nom du culte de la déesse (dea « déesse ») voconce Andarta qui fut adoptée par les Romains[11].
Vignoble
[modifier | modifier le code]Aire d'appellation
[modifier | modifier le code]| Images externes | |
| Carte des communes concernées | |
| Cartes cadastrales de l'appellation | |
| Orthophotos du parcellaire de l'appellation | |
Ce terroir viticole est situé dans le Sud-Est de la France dans les Alpes du Sud ; il se trouve au pied du massif du Vercors et au bord de la rivière de la Drôme. Le vignoble se trouve à environ une heure (60 km) au sud-est de Valence, préfecture du département. Il a la même délimitation parcellaire que le crémant de Die.
Les communes faisant partie de l'appellation sont au nombre de 29 (dont deux fusionnées), toutes situées dans le département de la Drôme : Aouste-sur-Sye, Aubenasson, Aurel, Barsac, Barnave, Beaufort-sur-Gervanne, Châtillon-en-Diois (pour la partie correspondant au territoire des communes déléguées de Châtillon-en-Diois et Treschenu-Creyers, au ), Die, Espenel, Laval-d'Aix, Luc-en-Diois, Menglon, Mirabel-et-Blacons, Montclar-sur-Gervanne, Montlaur-en-Diois, Montmaur-en-Diois, Piégros-la-Clastre, Ponet-et-Saint-Auban, Pontaix, Poyols, Recoubeau-Jansac, Saillans, Saint-Benoit-en-Diois, Saint-Roman, Saint-Sauveur-en-Diois, Sainte-Croix, Solaure-en-Diois (fusion d'Aix-en-Diois et Molières-Glandaz), Suze-sur-Crest, Vercheny et Véronne[3].
Orographie et géologie
[modifier | modifier le code]La vallée est dominée par la montagne de Glandasse à 2 041 mètres d'altitude, barrière rocheuse massive et raide composant l'extrémité méridionale du massif du Vercors.
Le relief est marqué par l’érosion des chaînons subalpins du Mésozoïque. Le vignoble repose sur des matériaux issus de l’érosion de ces calcaires mais également sur des sols développés sur des formations constituées d’alternance de marnes noires et de calcaires argileux. Ce sol argilo-crayeux a la particularité de conserver suffisamment les eaux de pluie pour maintenir un approvisionnement hydrique constant de la vigne au cours des étés longs et secs[12].
Climatologie
[modifier | modifier le code]Le Diois se situe à la frontière des Alpes et de la Provence, ce qui lui donne une grande diversité biologique. Le col de Rousset (altitude 1 367 mètres), porte d'entrée nord du Diois en venant du Vercors, est considéré comme la frontière géographique et climatique entre Alpes du Nord et Alpes du Sud.
L'été est sec, les journées chaudes mais les nuits toujours fraîches. Sans parler des sommets enneigés tout l'hiver jusqu'au printemps (contreforts du Vercors : montagne du Glandasse, réserve naturelle des hauts plateaux), dans le reste de la vallée l'hiver est froid et souvent neigeux, en particulier du côté du col de la Croix-Haute. L'été les températures peuvent monter jusqu'à 40 degrés et l'hiver descendre à –15 degrés.
La station météorologique de Die (à 384 mètres d'altitude : 44° 46′ 03″ N, 5° 20′ 36″ E)[13] se situe dans la vallée de la Drôme, rive droite juste en aval de la ville.
| Mois | jan. | fév. | mars | avril | mai | juin | jui. | août | sep. | oct. | nov. | déc. | année |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Température maximale moyenne (°C) | 8,4 | 10,3 | 14,6 | 17,8 | 21,9 | 26,3 | 29,4 | 29,1 | 23,9 | 18,9 | 12,6 | 8,5 | 18,5 |
| Température moyenne (°C) | 3,4 | 4,3 | 7,8 | 10,8 | 14,8 | 18,8 | 21,3 | 21 | 16,7 | 12,8 | 7,4 | 3,7 | 11,9 |
| Température minimale moyenne (°C) | −1,7 | −1,8 | 0,9 | 3,8 | 7,8 | 11,2 | 13,1 | 12,9 | 9,6 | 6,6 | 2,2 | −1 | 5,3 |
| Nombre de jours avec gel | 19,5 | 18,7 | 14,3 | 5,2 | 0,3 | 0 | 0 | 0 | 0 | 2 | 10,2 | 18 | 88,2 |
| Précipitations (mm) | 70,6 | 51,4 | 62,1 | 82,4 | 86,7 | 69,4 | 61,8 | 66,9 | 97,5 | 98,1 | 114,2 | 78 | 939,1 |
| Ensoleillement (h) | 107,3 | 131,7 | 176,6 | 175,5 | 226,3 | 227,7 | 281,2 | 265,5 | 159 | 112,1 | 86,3 | 75,6 | 2 024,8 |
Encépagement
[modifier | modifier le code]
Les vins susceptibles de bénéficier de la mention « méthode ancestrale » sont issus du muscat à petits grains B[2] comme cépage principal (qui doit composer au minimum 65 % de l'encépagement) et du muscat à petits grains Rg, de la clairette blanche B, et de la clairette rose Rs comme cépages accessoires[3].
Les vins susceptibles de bénéficier de la mention « brut » sont issus du seul cépage clairette B[3].
Vins
[modifier | modifier le code]Les données de production des années récentes, telles que publiées par les Douanes, sont[1] :
| Année | Superficie (ha) | Production (hl) | Rendement (hl/ha) |
|---|---|---|---|
| 2020 | 1 560 | 73 764 | 47 |
| 2021 | 1 425 | 68 579 | 48 |
| 2022 | 1 146 | 75 193 | 52 |
| 2023 | 1 558 | 69 548 | 45 |
| 2024 | 1 450 | 54 404 | 38 |
Ce tableau reprend les volumes et superficies des deux méthodes de production. Les données séparées des deux productions (clairette de Die méthode ancestrale et clairette de Die brut) étaient publiées séparément par le service des Douanes jusqu'en 2022. La production de la méthode ancestrale représentait alors plus de 95 % du total de la production[1].
Le rendement visé par le cahier des charges est de 60 hectolitres par hectare (ramené à 54 hl/ha pour certaines parcelles en fonction de l'écartement des pieds de vigne). Le rendement butoir est de 70 hl/ha[3].
Vinification
[modifier | modifier le code]Deux méthodes sont utilisées pour générer la prise de mousse de la clairette de Die : la méthode ancestrale pour la « clairette de Die méthode ancestrale », et la méthode traditionnelle pour la « clairette de Die brut » :
- la méthode ancestrale est unique ; le vin fermente et devient naturellement pétillant en bouteille, sans aucune adjonction. La première fermentation en cuve est régulée par le froid (0 °C) et arrêtée avant que le sucre du raisin ne soit totalement transformé en alcool. La seconde fermentation en bouteille est réalisée à partir du sucre résiduel du raisin, sans ajout de liqueur de tirage (levures et sucre) contrairement à la méthode traditionnelle auparavant dite « champenoise ».
- Avantages : des arômes très fruités, ainsi qu'un vin peu alcoolisé (qui titre entre 7 et 8 degrés).
- Inconvénient : c'est un vin qui par ses arômes de muscat doit être consommé jeune (un à trois ans).
- La méthode traditionnelle (auparavant appelée « méthode champenoise »), quant à elle, repose sur une première fermentation, comme pour n'importe quel vin, qui est suivie d'une seconde fermentation en bouteille, avec ajout de levure et d'une petite quantité de sucre (appelée liqueur de tirage), où le dioxyde de carbone se trouve piégé, ce qui crée la prise de mousse[3].
Type de vins et gastronomie
[modifier | modifier le code]La robe de la clairette de Die méthode ancestrale est parsemée de fines bulles, pouvant aller du jaune très pâle au doré. On détecte des arômes de fleurs blanches tels que la rose, l’églantine, le chèvrefeuille et les fruits à chair blanche[12].
La clairette de Die brut est un effervescent clair et limpide, qui a une mousse très fine qui initie de la légèreté en bouche[12].
Commercialisation
[modifier | modifier le code]Le vignoble du Diois s’étend sur près de mille cinq cents hectares que se partagent trois cents producteurs. La Cave de Die Jaillance est la plus grosse coopérative, avec deux cent cinquante viticulteurs. D’autres ont choisi de se regrouper au sein de plus petites unités : coopérative ou groupement agricole d'exploitation en commun (GAEC). On retrouve enfin les exploitations familiales, dans lesquelles les viticulteurs indépendants se transmettent leur savoir-faire de génération en génération[15].
Principaux producteurs de l'appellation
[modifier | modifier le code]Quelques producteurs :
- le domaine Raspail Jean Claude
- la maison Jaillance
- le domaine Maillefaud
- Vincent Achard
- Côté Cairn
- Carod Frères
- Cave Monge Granon
- Domaine de Maupas, Cayol et Fille
- etc.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- « Open Data | Portail de la Direction Générale des Douanes et Droits Indirects », sur www.douane.gouv.fr (consulté le )
- Le code international d'écriture des cépages mentionne de signaler la couleur du raisin : B = blanc, N = noir, Rg = rouge, Rs = rose, G = gris.
- « Cahier des charges de l’appellation d’origine contrôlée « Clairette de Die » » [PDF], homologué par l'arrêté du publié au JORF du .
- ↑ Le nom d'un vin est un nom commun, donc ne prend pas une majuscule, cf. les références sur la façon d'orthographier les appellations d'origine.
- ↑ « Accueil | Vins Rhône », sur www.vins-rhone.com (consulté le )
- ↑ Pline, Histoire naturelle, XIV.
- ↑ Ophélie Neiman, « La clairette-de-die cherche ses fans », Le Monde, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Décret du 30 décembre 1942 définissant les conditions de contrôle de l'appellation « clairette de Die », publié au JORF du 27 janvier 1943, p. 248.
- ↑ « Appellations d'origine bugey-cerdon et clairette de Die », sur senat.fr, .
- ↑ « Cahier des charges de l'appellation d'origine contrôlée « Clairette de Die » » [PDF], homologué par l'arrêté du publié au JORF le .
- ↑ P. Duval,, Les Dieux de la Gaule, Paris, Payot, coll. « Petite bibliothèque », , p. 58
- « AOC Clairette de Die | Vins Rhône », sur www.vins-rhone.com (consulté le )
- ↑ « 26113003 – DIE – CHAMARGES » [PDF].
- ↑ « Fiche 26113003 Die » [PDF], sur donneespubliques.meteofrance.fr.
- ↑ « Clairette de die - Les Producteurs », sur clairette-de-die.com (consulté le )
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Étienne Sauvan, Évolution économique du haut Diois, Revue de Géographie alpine, no 9, 1921.
- Pline l'Ancien, Histoire Naturelle, T. XIV, Éd. J. André, Paris, 1958.
- Vins, vignes et vignerons du Diois, Cahiers culturels du parc du Vercors, no 4, Éditions à Die, 1983, 95 p..
- Charles Pomerol (dir.), Terroirs et vins de France. Itinéraires œnologiques et géologiques, Éd. du BRGM, Orléans, 1990.
- Ophélie Neiman, « La clairette-de-die cherche ses fans », Le Monde, (lire en ligne
).
Liens externes
[modifier | modifier le code]- « Clairette de die – Maison de la Clairette de Die (site officiel) », sur clairette-de-die.com (ODG de l'appellation).
- « Clairette de Die – Vins Rhône », sur vins-rhone.com (l'appellation sur le site de l'Inter Rhône).
- Paul Minvielle, « La viticulture dans les Alpes du Sud entre nature et culture », Méditerranée : revue géographique des pays méditerranéens, no 107, , p. 73-86 (lire en ligne).
Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Inter Rhône
- D'autres vins effervescents, dont (par ordre décroissant du volume) :
- Champagne (AOC)
- Crémant d'Alsace
- Crémant de Loire
- Crémant de Bourgogne
- Crémant de Bordeaux
- Saumur (AOC) (en mousseux)
- Vouvray (AOC) (en mousseux)
- Crémant de Limoux
- Crémant du Jura
- Touraine (AOC) (en mousseux)
- Blanquette de Limoux
- Montlouis-sur-loire (AOC) (en mousseux)
- Cerdon (AOC)