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Gigondas (AOC)

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Gigondas
Image illustrative de l’article Gigondas (AOC)
Le vignoble de Gigondas dominé par son village.

Désignation(s) Gigondas
Type d'appellation(s) AOC / AOP
Reconnue depuis 1971[1]
Pays Drapeau de la France France
Région parente vignoble de la vallée du Rhône
Sous-région(s) vallée du Rhône méridionale
Localisation Vaucluse (pays des Dentelles de Montmirail)
Saison deux sèches (hiver et été) et deux pluvieuses (automne et printemps)
Climat tempéré méditerranéen sous influence du mistral
Ensoleillement
(moyenne annuelle)
2 700 heures
Sol grandes terrasses alluviales d'origine mindelienne sur le plateau, sols argilo-sableux sur molasses au pied des dentelles de Montmirail et sols marno-calcaires
Superficie plantée 1 205 hectares (en 2024)[2]
Nombre de domaines viticoles 72 caves particulières et 3 coopératives
Cépages dominants grenache N[3], syrah N, mourvèdre N, etc.
Vins produits 98 % rouges, 1 % blancs et 1 % rosés
Production 34 067 hl (en 2024)[2]
Pieds à l'hectare min. 4 300 ceps/ha, soit max. 2,2 m2 par pied[4]
Rendement moyen à l'hectare 28 hl/ha en rouge, 29 en blanc et 23 en rosé (en 2024)[2]
Site web gigondas-vin.com

Un gigondas[5] (prononcé : [ʒiɡɔ̃das]) est un vin rouge, rosé ou blanc d'appellation d'origine contrôlée produit sur la commune de Gigondas, dans le département de Vaucluse, au pied des dentelles de Montmirail.

La production de rouge représente plus de 98 % de la production totale[2] (2023 et 2024), les productions de blanc et de rosé restant anecdotiques.

Il s'agit d'une des appellations des côtes du Rhône méridionales, sur la rive gauche du fleuve, dans la vallée de l'Ouvèze. Les autres appellations en sont, du nord au sud : le vinsobres, le rasteau, le cairanne, le vacqueyras, le beaumes-de-venise, le châteauneuf-du-pape, le laudun, le lirac, le tavel, le côtes-du-rhône-villages (sur une grande partie du vignoble méridional, avec de nombreuses dénominations géographiques) et le côtes-du-rhône..

Si la colonisation romaine fut effective à Gigondas, les fouilles ou les déterrements accidentels par labourage de tombeaux en plomb pour incinération, d'urnes lacrymatoires, de statuettes, de lampes, de tuiles plates, etc[6], le prouvent, les vestiges archéologiques ayant trait à la vigne ou au vin sont rares. Seule une tête de Bacchus a été mise au jour, en 1866, par Eugène Raspail[7], le neveu de François-Vincent Raspail, sur les terres de son Château Raspail[8].

Vers 1120, Rostang III, évêque de Vaison, donna à son église cathédrale une mense qui comprenait une vigne sise à Gigondas, près de l'Ouvèze[9]. Il le fait en ces termes :

« Petro vero Alberto Gigundatis pro vinea quoe sita est juxta viam publicam est inter (... otam)) episcopalem et fluvium Ovicœ solidis ordo dedit[10]. »

C'est l'acte le plus ancien confirmant l'existence d'un vignoble sur ce terroir.

Il faut attendre le XIVe siècle pour connaître l'évolution de ce vignoble, fief des Princes d'Orange. Un de ceux-ci, Raymond V des Baux, en juillet 1341, tout en se réservant les droits de haute et basse justice, accorda aux Gigondassiens certaines libertés contre un droit de vingtain sur le vin de ce terroir pendant sept ans[11].

En 1376, au lieu-dit « Les Bosquets », les registres notariaux indiquent l'existence de « vinea culta », puis ceux des notaires d'Oussan, dans un acte daté de l'an 1380, font état de vignes qui couvraient un territoire descendant de la chapelle Notre-Dame des Pallières jusqu'à l'Ouvèze[9].

Époque moderne

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Tout au long du XVe siècle, les mêmes registres indiquent que le vignoble s'étendait alors des « Garrigues » au « Trignon », en passant par les « Beaumettes » et la « Coste de Saint-Cosme »[9].

Au siècle suivant, la Communauté rédigea ses statuts et les approuva le . L'article 45 intitulé « De ceux qui vendent du vin en gros qu'ils en vendent aux autres habitans » indique avec précision les conditions de ce négoce :

« Toute personne qui voudra vendre du vin en gros aux estrangiés sera tenue de vendre aux habitans dudit lieu, à quatrs ou à pichet, pour le prix qu'ils l'auront vendu auxdits estrangiés, à peine y contrevenant, de payer, pour chaque personne et fois XII deniers ; et qui aura du vin à vendre, et le vendra aux habitans en gros, sera tenu de le vendre à tous habitans, à quarts ou à pichets, pour emplir ses tonneaux, au prix qu'il l'aura vendu en gros pour ouiller lesdits tonneaux, à peine de contravention pour le regard des habitans de payer II sols applicables[9]. »

L'année suivante, cet article fut repris en faisant, cette fois, expressement mention du vin blanc. C'est un des rares textes faisant mention de ce type de vin sur le terroir gigondassien[9].

Même si Jean-Joseph Expilly[12] note que la commune est « fertile en vin », le XVIIIe siècle marqua une mutation importante dans les cultures. De plus en plus d'habitants délaissèrent la vigne pour se consacrer à la culture de l'olivier et du mûrier[9]. Ce qui n'empêcha point de proclamer la ban des vendanges sur tout le territoire de la commune. Un acte communal daté de 1771 décréta d'ailleurs que tout contrevenant à cette interdiction serait passible d'une amende de cinq livres[13].

Époque contemporaine

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Chateau Raspail à Gigondas.

Ce fut la famille Raspail, et plus particulièrement Eugène, qui prit sa retraite politique à Gigondas, qui relança la viticulture sur place. Au cours de l'année 1861, il fit l'acquisition du domaine des Bosquets, revalorisa les 37 hectares déjà existant, en fit planter 9 autres l'année suivante, puis 26 les années qui suivirent[14]. Par héritage paternel, il reçut le domaine du Colombier qu'il transforma en Château Raspail tout en valorisant son vignoble.

Dès 1864, la production de ses domaines fut telle qu'il put l'expédier, par le port de Roquemaure sur le Rhône, à des négociants de Valence, Lyon, Saint-Étienne et Paris[15], qui la lui avait acheté sur la base de 16, 50 l'hectolitre[14]. Des résultats assez probants pour qu'il reçut, en dépit de ses idées républicaines, et avec l'aval de Napoléon III, une prime d'honneur pour son exploitation[14]. Fier de ses résultats, le savant vigneron put noter :

« Les vins de Gigondas doivent à leur proportion d'alcool une valeur qui les fait rechercher. Au printemps de 1865, ils étaient tous achetés quand le Languedoc se plaignait de ne pas les vendre. »

Il put alors se consacrer à ses passions qu'étaient l'archéologie, la géologie et la paléontologie. Les vins de ses vignobles se vendant de mieux en mieux, il constata :

« Toujours est-il que la localité de Gigondas jouit du privilège de produire avec une main-d'œuvre peu élevée, des vins fort apprécié par le commerce et qui le seront bien plus encore lorsque leur réputation naissante sera plus étendue[15]. »

L'émulation qu'il parvint à susciter déboucha même sur les premières mises en bouteille[13]. Mais l'arrivée du phylloxéra et l'anéantissement du vignoble, au début des années 1870, réduisirent à rien ces efforts.

Plaque commémorative de la fondation de la cave des vignerons.

En 1956, après les grands gels qui avaient ravagé les oliveraies au pied des Dentelles de Montmirail, anéantissant la tombarelle, variété locale[16], Jean-Louis Alexandre, René Astran, Albin Gaudin, René Goubert, Jules Marcel, Fernand Pézenas et Jean Souchières décidèrent de fonder une cave coopérative et lui donnèrent le nom de « Cave des vignerons de Gigondas ».

Rapidement classée en côtes-du-rhône-villages les vins de ce terroir viticole de qualité obtinrent de la part de l'INAO le droit d'être protégé par une appellation locale (ou cru) le . C'était la première appellation villages des côtes-du-rhône qui accédait à cet honneur. Le cahier des charges de l’appellation a été modifié en décembre 2023[17], puis en décembre 2024[4], introduisant alors le vin blanc au sein de l'AOC.

Étymologie

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La plus ancienne graphie documentée est villa Jocundatis, datée de 951. Elle tire son origine du vocable latin Jucundus, surnom latin auquel a été adjoint le suffixe -atis[18] qui marque l'appartenance. La région étant sous domination romaine durant l'Antiquité, les villas qui étaient construites portaient le nom de leur propriétaire. Le nom a évolué ensuite : ad Gigundacium en 1137 et Gigondaz en 1155[19].

Aire d'appellation

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Images externes
Cartes cadastrales de l'appellation
Orthophoto du parcellaire de l'appellation

L'aire d'appellation du gigondas est située dans la partie française de la vallée du Rhône, dans le département de Vaucluse, sur la seule commune de Gigondas. Il s'agit d'une des appellations des côtes du Rhône méridionales, limitrophe avec l'aire produisant le vacqueyras en aval de l'Ouvèze (au sud), celui du côtes-du-rhône-villages Sablet en amont (au nord) et celui du côtes-du-rhône-villages Plan-de-Dieu sur la rive droite (à l'ouest).

Quartiers et lieux-dits : c'est en 1376 qu'apparaît le premier nom d'un vignoble sur le terroir gigondassien. Il s'agit des « Bosquets ». Au XVe siècle, les actes notariés livrent les noms des lieux-dits ou quartiers suivants : Les Hautes et Basses Garrigues, Teyssonnières, Chanteduc, Ventolon, Pallières, Trignon, Beaumettes et la Coste de Saint-Cosme[9].

Orographie et géologie

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Eugène Raspail, dans un ouvrage dédié à son oncle François-Vincent, a donné une description toujours actuelle du terroir de Gigondas à l'intérieur des Dentelles de Montmirail :

« Le relief du territoire de Gigondas présente trois chaînes principales et parallèles, courant de l'ouest au nord-est, suivant une courbe dont le centre serait au nord-ouest. La ligne de faîte de ces trois chaînes se compose d'un calcaire gris appartenant au terrain jurassique. Du côté du midi, la première ligne recouvre les argiles noires de l'oxfordien. Au nord, la troisième ligne est recouverte par le terrain néocomien inférieur, par le gault, les grès verts et la craie chloritée. Les deux vallées intermédiaires (Col d'Alsau, la Buissière) appartiennent exclusivement au terrain néocomien inférieur. Dans cette seconde vallée, au quartier du Cayron, les marnes argileuses alternent avec des bancs d'un calcaire bleu et jaune[20]. »

Climatologie

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Le climat de ce terroir est soumis à un rythme à quatre temps : deux saisons sèches (une brève en hiver, une très longue et accentuée en été), deux saisons pluvieuses, en automne (pluies abondantes et brutales) et au printemps[21]. Sa spécificité est son climat méditerranéen qui constitue un atout exceptionnel :

  • Le mistral assainit le vignoble
  • La saisonnalité des pluies est très marquée
  • Les températures sont très chaudes pendant l'été.

La station météorologique d'Orange (sur la BA 115 d'Orange-Caritat, à 57 mètres d'altitude : 44° 08′ 40″ N, 4° 51′ 39″ E)[22] est à onze kilomètres à l'ouest de l'aire d'appellation.

Données météorologiques d'Orange de 1961 à 1990
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Température minimale moyenne (°C) 1,3 2,6 4,4 7,2 10,8 14,4 17 16,3 13,8 9,7 4,9 1,9 8,7
Température moyenne (°C) 5,4 6,9 9,4 12,5 16,4 20,2 23,3 22,5 19,4 14,7 9,1 5,7 13,8
Température maximale moyenne (°C) 9,4 11,3 14,4 17,8 22,1 26,1 29,6 28,8 25 19,7 13,3 9,5 18,9
Ensoleillement (h) 132 137,1 192,5 230,4 264,6 298,9 345,3 310,7 237,6 187,1 135,2 123,8 2 595,3
Précipitations (mm) 44,4 57,5 61,1 58,9 72,4 43,6 27,8 56,3 67,6 97,4 57,7 48,9 693,4
Source : Infoclimat.fr[23].


Relevé à Orange de 1991 à 2020
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Température minimale moyenne (°C) 2,1 2,4 5,3 7,9 11,9 15,6 18 17,7 14 10,6 6 2,8 9,5
Température moyenne (°C) 6,2 7,2 10,8 13,6 17,7 21,9 24,5 24,2 19,7 15,4 10,1 6,7 14,8
Température maximale moyenne (°C) 10,3 11,9 16,2 19,3 23,6 28,1 31,1 30,8 25,5 20,3 14,2 10,6 20,2
Nombre de jours avec gel 9,2 7,4 2,1 0 0 0 0 0 0 0,1 2,3 8,1 29,2
Précipitations (mm) 54,8 36,6 44,5 63 60,1 37,4 38,4 40,2 105,3 94,5 96,6 48,2 719,6
Source : Météo-France[24].
Diagramme climatique
JFMAMJJASOND
 
 
 
10,3
2,1
54,8
 
 
 
11,9
2,4
36,6
 
 
 
16,2
5,3
44,5
 
 
 
19,3
7,9
63
 
 
 
23,6
11,9
60,1
 
 
 
28,1
15,6
37,4
 
 
 
31,1
18
38,4
 
 
 
30,8
17,7
40,2
 
 
 
25,5
14
105,3
 
 
 
20,3
10,6
94,5
 
 
 
14,2
6
96,6
 
 
 
10,6
2,8
48,2
Moyennes : • Temp. maxi et mini °C • Précipitation mm
Vaucluse AOC gigondas moyenne nationale
Ensoleillement 2 595 h/an 2 800 h/an 1 973 h/an
Pluie 693 mm/an 700 mm/an (sur 80 jours) 770 mm/an
Neige 4 j/an 14 j/an
Vent 110 j/an essentiellement du Mistral
Orage 23 j/an 22 j/an
Brouillard 31 j/an 40 j/an
Mois Jan Fev Mar Avr Mai Jui Jui Aou Sep Oct Nov Dec
Records de températures minimales °C (Année) -13,4 (1985) -14,5 (1956) -9,7 (2005) -2,9 (1970) 1,3 (1979) 5,7 (1984) 9,0 (1953) 8,3 (1974) 3,1 (1974) -1,1 (1973) -5,4 (1952) -14,4 (1962)
Records de températures maximales °C (Année) 20,3 (2002) 23,0 (1960) 27,2 (1990) 30,7 (2005) 34,5 (2001) 38,1 (2003) 40,7 (1983) 42,6 (2003) 35,1 (1966) 29,6 (1985) 24,6 (1970) 20,2 (1983)
Source: https://www.linternaute.com/ville/ville/climat/25721/orange.shtml


Tableau comparatif des précipitations relevées en nord Vaucluse lors de l'année 2006[25].
Pluie. Oct. Nov. Dec. Jan. Fev. Mars. Avril. Mai Juin Juil. Août Sept.
% de précipitations
comparé à la normale[26]
90 % 100 % 48 % 103 % 61 % 84 % 16 % 42 % 5 % 174 % 60 % 175 %
Fort orage
(grêle)
0 0 0 0 0 0 0 0 0 7 2 2
Températures relevées en nord Vaucluse lors de l'année 2006[25].
Température. Oct. Nov. Dec. Jan. Fev. Mars. Avril. Mai Juin Juil. Août Sept.
t° la plus chaude
(date)
25,2°
(le 09)
21,7°
(le 03)
14,2°
(le 04)
13,3°
(le 19)
15,5°
(le 13)
23,9°
(le 31)
26,7°
(le 26)
30,9°
(le 17)
35,2°
(le 28)
38,9°
(le 21)
34,1°
(le 01)
34,2°
(le 04)
Nombre de jours
t° > à 30°
0 0 0 0 0 0 0 2 16 31 2 8
t° la plus froide
(date)
6,6°
(le 05)
-5,8°
(le 28)
-6,9°
(le 30)
-6,8°
(le 15)
-4,7°
(le 03)
-3,2°
(le 02)
-2,8°
(le 08)
4,9°
(le 01)
9,4°
(le 02)
17°
(le 07)
11,1°
(le 15)
10,3°
(le 01)
Nombre de jours
t° < à -6° (forte gelée)
0 1 2 5 0 0 0 0 0 0 0 0
Tableau des différentes vitesses du mistral enregistrées et à sa fréquence au cours de l'année 2006. Une partie du vignoble est protégée du mistral par les arêtes rocheuses des Dentelles de Montmirail.
Mistral. Oct. Nov. Dec. Jan. Fev. Mars. Avril. Mai Juin Juil. Août Sept.
Vitesse maximale relevée sur le mois 87 km/h 91 km/h 118 km/h 96 km/h 97 km/h 112 km/h 97 km/h 94 km/h 100 km/h 90 km/h 90 km/h 90 km/h
Tendance : jours
avec une vitesse >
16 m/s (58 km/h)
--- = ++ -- +++ --- ++++ ++++ = = ++++ +
"=" : idem à la normale ; "+" : supérieur à la normale ; "-" : inférieur à la normale.

Assemblage et encépagement

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Selon le cahier des charges de l'appellation, la production de gigondas rouge et rosé doit se faire obligatoirement par assemblage, avec du grenache N[3] (au moins 50 %), étant le « cépage principal », complété par les « cépages complémentaires » que sont la syrah N, le mourvèdre N et le cinsault N. Sont aussi autorisés comme « cépages accessoires » le bourboulenc B, le brun argenté N (localement dénommé camarèse ou vaccarèse), la clairette B, la clairette rose Rs, la counoise N, le grenache blanc B, le grenache gris G, la marsanne B, le muscardin N, le piquepoul blanc B, le piquepoul noir N, la roussanne B, le terret noir N, l'ugni blanc B et le viognier B ; s'y rajoute comme « variété d'intérêt à fin d'adaptation » le piquepoul gris G (limité à 10 %)[4].

Pour faire du gigondas blanc (reconnu dans l'AOC depuis le millésime 2023)[27] l'assemblage doit comporter au moins 70 % du « cépage principal » qu'est la clairette B, avec comme « cépages complémentaires » le bourboulenc B, la clairette rose Rs, le grenache blanc B, le grenache gris G, la marsanne B, le piquepoul blanc B et la roussanne B, ainsi que des cépages accessoires que sont le viognier B et l'ugni blanc B[4] et la variété d'intérêt à fin d'adaptation qu'est le piquepoul gris G[4].

Encépagement

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Pour la production de gigondas rouge et rosé, l’encépagement de l’exploitation doit être constitué à hauteur d’au moins 90 % de l’ensemble des cépages principaux et complémentaires. La proportion du cépage grenache doit être supérieure ou égale à 50 % de l'encépagement. La proportion de l'ensemble des cépages cinsaut N, mourvèdre N et syrah N doit être supérieure ou égale à 15 % de l'encépagement. S'y rajoute comme « variété d'intérêt à fin d'adaptation » le piquepoul gris G (limité à 5 % de l'encépagement).

Pour la production de gigondas blanc, la proportion du cépage principal doit être supérieure ou égale à 70 % de l'encépagement et la proportion des cépages accessoires ne pourra pas dépasser 5 % de l'encépagement.

Méthodes culturales

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Pour tous les cépages, les vignes sont taillées en taille courte (gobelet ou cordon de Royat), avec un maximum de six coursons par pied. Chaque courson porte un maximum de deux yeux francs. Seuls les cépages syrah N et viognier B peuvent être taillés en Guyot simple avec un maximum de huit yeux francs sur le long du bois et un ou deux coursons à deux yeux francs au maximum.

Le rendement est limité à 36 hl/ha pour le rouge et le rosé (40 hl/ha pour le blanc), et le rendement butoir est de 40 hl/ha pour le rouge et le rosé (44 hl/ha pour les blancs). Pour la vinification, il est préconisé une cuvaison longue et un élevage en fûts ou foudres de chêne anciens ce qui évite aux vins de l'appellation les goûts exogènes de vanille qu'apportent des futailles neuves. Les vins rouges et rosés de Gigondas titrent au moins et naturellement 12,5 ° d'alcool (12 % pour les blancs).

Les données de production des années récentes, telles que publiées par les Douanes, sont[2] :

Année gigondas rouge gigondas rosé gigondas blanc
superficie (ha) production (hl) rendement (hl/ha) superficie (ha) production (hl) rendement (hl/ha) superficie (ha) production (hl) rendement (hl/ha)
2020 1 189 36 892 31 9,00 214 24 reconnue en 2023
2021 1 183 33 670 28 8,51 208 24
2022 1 174 36 777 31 9,55 235 25
2023 1 177 37 124 32 9,34 239 26 12,36 400 32
2024 1 180 33 398 28 8,39 190 23 15,97 464 29

Vinification

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Comme de nombreux vignobles en dessous du 45e parallèle, les côtes-du-rhône méridionales sont des vins assemblant plusieurs cépages. Ceci est justifié par les caractéristiques climatiques régionales avec des étés très chauds, sinon torrides, et la présence du mistral, vent excessif, qui participent à la surmaturation des cépages. Tous les essais de vinification mono-cépage ont démontré que ces vins ne peuvent atteindre une qualité élevée et donner ce qui est présenté comme l'expression du terroir. Par contre, l'assemblage de plusieurs variétés permet d'obtenir un parfait équilibre entre acidité, alcool et tanins[28].

Gigondas rouge

Cépage roi de la vallée du Rhône méridionale, le grenache noir s’exprime dans toute sa plénitude sur ce terroir. En effet, en limitant l’ensoleillement du matin, les Dentelles allongent considérablement la maturation du grenache qui a besoin de lenteur pour s’exprimer au mieux. Il domine largement les assemblages et apporte aux vins de Gigondas, les tanins, le corps et une grande aptitude au vieillissement. Associée en quantités modérées, la syrah renforce la couleur grenat et donne de l’éclat aromatique. Le mourvèdre, pour sa part, rehausse la complexité aromatique des épices du gigondas et se distingue par sa tenue qui convient parfaitement aux élevages en bois. Viennent enfin le cinsault, la clairette et quelques souches de terret noir, counoise et picardan.

Gigondas rosé

Le Gigondas rosé représente une petite production (moins de 1 %) mais il présenté comme remarquable par son ampleur en bouche. Sa robe est d’une couleur très soutenue, rose aux reflets violacés. Son nez rappelle l’amande et les petits fruits cuits. Sa bouche est à la fois capiteuse, généreuse et équilibrée. Le gigondas rosé pourra étonner à l’apéritif ou régner sur tout un repas.

Gigondas blanc

Bien que la production reste encore modeste – 400 hectolitres en 2023 et 464 en 2024 – elle est en plein développement. La clairette blanche, variété reine du gigondas blanc, à hauteur de 70 % minimum de l’encépagement et de l’assemblage, a trouvé sa maison à Gigondas. La clairette blanche est vinifiée seule ou en assemblage avec les cépages traditionnels de la région rhodanienne présents à Gigondas : bourboulenc, clairette rose, grenache blanc et gris, marsanne, piquepoul blanc ou encore roussanne. Messagère fidèle, elle transcrit le terroir gigondassien où le calcaire sert de trait d’union à une mosaïque de sols complexes et variés. Cette forte présence du calcaire se traduit dans le verre par des blancs élégants et ciselés. Pas de gras ni d’opulence mais des notes rafraîchissantes d’anis, de fenouil et des touches minérales de craie et de pierre à fusil, portées par une salinité salivante. La clairette apporte ossature et structure au vin, les cépages complémentaires enrichissent l’aromatique de notes florales, de fruits exotiques ou d’agrumes.

Le Caveau du Gigondas

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Le Caveau du Gigondas, véritable vitrine de l’appellation.

Vitrine de l’appellation au cœur du village, le « Caveau du Gigondas », à Gigondas, accueille tout au long de l’année pour déguster les gigondas de l’ensemble des producteurs de l’appellation. Plus de 130 cuvées sont disponibles à la dégustation et en vente au même prix qu’à la propriété.

Le caveau du Gigondas est situé sur la place du village, place Gabrielle Andéol.

Dégustation et gastronomie

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Le gigondas rouge présente une couleur chatoyante, comme ensoleillée, qui va du rubis au grenat foncé. Au nez, il dévoile un bouquet de fruits rouges (cerise bigarreau, fraise écrasée) et de fruits noirs très mûrs (mûre, cassis, myrtille) dans sa jeunesse. Il évoluera vers des nuances sauvages de sous-bois et de truffe. En bouche, le gigondas est corsé, avec une attaque charnue. Son terroir, si complexe, lui permet une grande palette aromatique, entre arômes fruités (pruneau, figue) et notes épicées (poivre blanc, garrigue, thym, réglisse).

Selon Olivier Bonpas, « les gigondas rouges encore jeunes révèlent tout leur potentiel avec les viandes rôties telles que l’agneau, le lapin, les cailles ou le poulet, accompagnées de légumes méditerranéens, comme un tian, ou d’un tajine aux fruits secs pour une touche d’originalité. À maturité, ils s’accordent avec les plats mijotés, comme la daube de joue de bœuf, mais aussi avec des plats à base de gibier, des garnitures de champignons et la puissance de la truffe. Ils accompagnent également les fromages comme le salers ou le saint-nectaire »[29].

Le rosé, capiteux et généreux, à la couleur soutenue et ensoleillée, se distingue par des arômes marqués d’amande et de fruits compotés. Ne manquant pas de corps, d'esprit et de bouquet, c'est un vin à boire à table avec les charcuteries et les fromages. Il s'accorde parfaitement avec la cuisine asiatique. Le rosé, en fonction de sa vinification – par saignée ou par pressurage – peut se garder entre deux ou quatre ans. C'est à boire à table avec les charcuteries et les fromages. Il s'accorde parfaitement avec la cuisine asiatique[1].

Volaille au bois de fenouil et un gigondas blanc.

Le blanc ne présente pas de gras ni d'opulence mais des notes rafraîchissantes d’anis, de fenouil et des touches minérales de craie et de pierre à fusil, portées par une salinité salivante. La clairette apporte ossature et structure au vin, les cépages complémentaires enrichissent l’aromatique de notes florales, de fruits exotiques ou d’agrumes. La texture en bouche des vins est aérienne, dense ou soyeuse selon la nature du sol. Partout, ils se caractérisent par une fraîcheur qui les distingue dans le Rhône méridional. Ces vins fins et structurés possèdent un degré alcoolique naturellement bas et une grande aptitude à la garde. Ils s'accordent parfaitement avec des plats comme la volaille de Bresse, les poissons et crustacés ou encore des fromages à pâte dure comme le comté ou le beaufort.

Commercialisation

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En 1924, la commercialisation des vins plafonnait à 4 784 hl, elle passa en 1967 à 25 887 hl[13], pour atteindre actuellement 40 000 hl[30] les meilleures années..

Principaux producteurs de l'appellation

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Les principaux producteurs de gigondas sont[31] :

Gigondas
  • Pierre Amadieu ; Château de Saint-Cosme ; Gigondas la Cave ; Domaine Raspail-Ay  ; Domaine du Cayron ; Domaine Les Pallières ; Domaine du Grapillon d'Or ; Domaine du Grand Bourjassot ; Les Goubert ; Moulin de la Gardette ; Gabriel Meffre, Domaine de Longue Toque ; Domaine du Terme ; Domaine La Fourmone; Château Raspail ; Domaine du Pesquier ; Domaine Santa-Duc ; Gabriel Rey ; Domaine Saint-Gayan ; Mas des Restanques ; Domaine de La Daysse ;Domaine Tourbillon.
Ampuis
  • Domaine E. Guigal.
Beaumes-de-Venise
  • Domaine de Durban, Leydier et fils ; Domaine Font-Sante, Pierre Rougon
Bédoin
  • Les vignerons du Mont-Ventoux
Cairanne
  • Domaine Brusset ; Camille Cayran, Cave de Cairanne
Castillon-du-Gard
  • La Compagnie Rhodanienne
Châteauneuf-du-Pape
  • Ogier, Caves des Papes ; Maison Brotte ; Caves Saint-Pierre ; Château de Vaudieu
Courthézon
  • Caves Jean-Paul Jamet ; Perrin et fils, Château de Beaucastel ; Cellier des Princes
Entrechaux
  • Le Mas des Flauzières
Laudun
  • Dauvergne-Ranvier, Château Saint-Maurice
Lourmarin
  • Maison Tardieu-Laurent
Sablet
  • Domaine de Boissan, Christian Bonfils ; Domaine des Pasquiers ; Cave des vignerons du Gravillas
Saint-Jean-de-Muzols
  • Delas frères
Sarrians
  • Montirius
Tain-l'Hermitage
  • M. Chapoutier ; Paul Jaboulet aîné
Tupin-et-Semons
  • J. Vidal-Fleury
Vacqueyras
  • Château de Montmirail ; Domaine du Grand Montmirail ; Cave des Vignerons de Caractère ; Clos des Cazaux[32], Archimbaud ; Domaine de la Garrigue, Earl Bernard et fils ; Vieux Clocher, Maison Arnoux ; Domaine les Semelles de Vent

Notes et références

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  1. a et b Fiche techniqueVitis
  2. a b c d et e « Portail de la Direction Générale des Douanes et Droits Indirects : superficies et volumes en production par produit », sur douane.gouv.fr (consulté le ).
  3. a et b Le code international d'écriture des cépages mentionne de signaler la couleur du raisin : B = blanc, N = noir, Rs = rose, G = gris.
  4. a b c d et e « Cahier des charges de l’appellation d’origine contrôlée « GIGONDAS » » [PDF], homologué par l'arrêté du publié au JORF du .
  5. Le nom d'un vin est un nom commun, donc ne prend pas une majuscule, cf. les références sur la façon d'orthographier les appellations d'origine.
  6. Joseph Sautel, Carte archéologique de la Gaule romaine : le Vaucluse, Éd. Lerroux, Paris, 1936, p. 45, n° 79.
  7. Eugène Raspail, archéologue, géologue et paléontologue
  8. Bailly 1978, p. 8.
  9. a b c d e f et g Bailly 1978, p. 70.
  10. Louis Anselme Boyer de Sainte-Marthe, Histoire de l’Église cathédrale de Vaison, Avignon, 1731.
  11. Barthélemy, Inventaire chronologique et analytique des chartes de la Maison des Baux, Marseille, 1882, charte, 1 198
  12. Jean-Joseph Expilly, Dictionnaire géographique des Gaules et de la France, 1762-1770, 6 vol. Reprint : Éd. de Paris, Desaint et Saillant, (ISBN 3262000450).
  13. a b et c Bailly 1978, p. 71.
  14. a b et c Bailly 1978, p. 86.
  15. a et b Bailly 1978, p. 114.
  16. Les olives de Vaucluse, sur le site bibdigital
  17. « Cahier des charges de l'appellation d'origine contrôlée « GIGONDAS » » [PDF], homologué par l'arrêté du publié au JORF du .
  18. Albert Dauzat et Charles Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France, Éd. Larousse, 1968, p. 1798.
  19. Bénédicte et Jean-Jacques Fénié, Toponymie provençale, Éditions Sud-Ouest, coll. « Sud Ouest Université », , 128 p. (ISBN 978-2-87901-442-5), p. 54.
  20. Eugène Raspail : description des étages géologiques du terroir de Gigondas à l'intérieur des Dentelles de Montmirail
  21. La climatologie du Vaucluse
  22. « 84087001 – ORANGE – CARITAT » [PDF], sur donneespubliques.meteofrance.fr.
  23. « Relevés météorologiques d'Orange, (Vaucluse), de 1961 à 1990 », sur infoclimat.fr.
  24. « Fiche 84087001 Orange-Caritat » [PDF], sur donneespubliques.meteofrance.fr.
  25. a et b Source : Services techniques d'Inter Rhône Données météorologiques concernant le millésimes 2006
  26. La normale correspond à la moyenne des 53 dernières années pour les relevés météorologiques d'Orange et à celle des 42 dernières pour Carpentras (Sources : Services techniques d'Inter Rhône).
  27. « Que vaut le premier millésime de Gigondas blanc ? », sur Le Figaro Vin, (consulté le ).
  28. Charnay 1985, p. 172.
  29. Olivier Bonpas, « Gigondas, le cru dans la dentelle », sur lepoint.fr, .
  30. Présentation de l'AOC Gigondas
  31. Liste des producteurs de l'AOC gigondas
  32. « Le Clos Des Cazaux », sur Le Clos Des Cazaux

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Bibliographie

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  • Robert Bailly, Histoire du vin en Vaucluse : Domaines viticoles historiques, Avignon, Éd. F. Orta, .

Liens externes

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Articles connexes

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