Boulevard Voltaire (site web)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Boulevard Voltaire
Logo de Boulevard Voltaire (site web)

Adresse bvoltaire.fr
Type de site Politique
Langue Français
Siège social Paris
Drapeau de la France France
Directeur de la publication Alix Charbonneau
Lancement
État actuel En activité

Boulevard Voltaire est un site d'actualité français d'extrême droite, lancé le par Robert Ménard et Dominique Jamet. Le site, accusé d'avoir publié plusieurs fausses informations, est condamné en 2014 pour provocation à la haine envers les musulmans.

Histoire[modifier | modifier le code]

D'après Jean-Yves Le Gallou, c'est la réunion de sa fondation identitaire Polémia du 15 octobre 2011 qui « a soufflé l'idée de Boulevard Voltaire à Ménard. À l'époque, il ne connaissait pas trop les blogs. J'ai contribué à son site, et je lui ai donné des noms de blogueurs qui pourraient y contribuer »[1].

Robert Ménard et son épouse Emmanuelle Ménard fondent officiellement, le 1er octobre 2012, Boulevard Voltaire[2]. Dominique Jamet participe aussi à la fondation.

Robert Ménard déclare avoir quitté Boulevard Voltaire en avril 2014, après son élection comme maire de Béziers[3].

À la suite de la démission de Dominique Jamet au début du mois d'avril 2016, se disant en désaccord avec l'évolution et l'orientation de la ligne éditoriale du site[4] et pour consacrer plus de temps à sa fonction de vice-président de Debout la France[2], Emmanuelle Ménard devient directrice de la rédaction[2]. Elle démissionne le 21 juin 2017 pour se consacrer à son mandat de députée[5], remplacée par l'écrivaine et journaliste Gabrielle Cluzel[6].

Boulevard Voltaire est reconnu en tant que « service de presse en ligne d'information politique et générale », par la Commission paritaire des publications et agences de presse[7].

Le 27 janvier 2021, le compte Twitter du site est suspendu par décision de la modération. La raison en est que sa bannière affiche le tableau d'Eugène Delacroix La Liberté guidant le peuple et enfreint les règles de Twitter sur l'incitation à la haine et la nudité. Le compte est rétabli dans son fonctionnement le 28 janvier 2021 sans que la bannière soit modifiée[8].[pertinence contestée]

Campagne contre les annonceurs du site[modifier | modifier le code]

En 2017, le réseau de militants Sleeping Giants mène une campagne dirigée contre les médias d’extrême droite français, dont Boulevard Voltaire, visant à réduire leurs revenus publicitaires. Pour cela, ils contactent les entreprises et leur expliquent la marche à suivre auprès de leur régie publicitaire pour exclure Boulevard Voltaire des sites susceptibles d'accueillir leurs publicités. Selon Télérama, le préjudice financier pour Boulevard Voltaire est « difficile à évaluer, mais il est important ». Les Sleeping Giants annoncent avoir réduit de 90 % les revenus publicitaires du site, information ni confirmée ni infirmée par Boulevard Voltaire[9].

Condamnation pour provocation à la haine[modifier | modifier le code]

Le 18 novembre 2014, Dominique Jamet, directeur de publication, et une militante et contributrice, Christine Tasin, sont condamnés chacun à 1000 euros d'amende dont la moitié avec sursis pour provocation à la haine envers les musulmans. Dans son texte, Christine Tasin imagine qu'une loi interdisant l'islam est votée, et prédit alors des « émeutes et même menaces terroristes »[10],[11]. Ce jugement est confirmé en appel en novembre 2015[12].

Orientation politique et prises de position[modifier | modifier le code]

Classé à l'extrême droite[modifier | modifier le code]

Boulevard Voltaire est classé parmi les sites Internet de l'extrême droite française, plusieurs de ses contributeurs étant issus des courants de cette tendance idéologique et certains textes parus sur Boulevard Voltaire étant jugés islamophobes, contre le multiculturalisme et contre le mariage homosexuel[13],[14],[15],[16],[17],[18].

Pour L'Obs, la proximité de Robert Ménard avec le Front national et avec des « militants catholiques du Printemps français » classe Boulevard Voltaire comme site d'extrême droite, de même que sa référence à Voltaire lui permettrait de revendiquer l'irrévérence à l'égard des religions, principalement orientée vers l'islam[19]. Boulevard Voltaire a publié des textes de personnalités liées à la Nouvelle Droite comme Alain de Benoist, ou à la mouvance identitaire comme Renaud Camus.

Le site Conspiracy Watch souligne en outre la présence sur le site « salué dès sa naissance par l’ancien vice-président du Front national Bruno Gollnisch », de personnalités liées au conspirationnisme et à l'extrême droite tel que Pierre Hillard et Alain Soral et des liens de Robert Ménard avec le conspirationniste Thierry Meyssan président du Réseau Voltaire, Alain Benajam et Étienne Chouard[20].

Selon Slate, Boulevard Voltaire, avec Valeurs actuelles, est l’un des relais de la « droite hors les murs », l'équivalent français de l'Alt-right américaine[21].

Le psychologue Didier Pleux dit avoir cessé sa collaboration à Boulevard Voltaire après avoir constaté que « Le mariage homosexuel est diabolisé, l'expression « racisme antiblanc » valorisée, l'islamophobie banalisée. Je m'informe illico sur la biographie des chroniqueurs, j'y vois un dénominateur commun : des thèses « intolérantes », pas voltairiennes pour un sou ! »[14].

Mediapart affirme que « sous couvert d'une liberté d'expression totale, et alors que pendant un temps, certains contributeurs proviennent des rangs de la gauche, le site se mue rapidement en catalogue de toutes les pensées réactionnaires issues de la droite « hors les murs » ». Médiapart présente Boulevard Voltaire comme faisant partie des « nouveaux médias des droites » comme TV Libertés et Figaro Vox, une « nouvelle génération » apparue à l'époque de la présidence de François Hollande et faisant suite à un renouveau de la « presse d’entre-deux-droites » avec la création d'Atlantico en 2011[22]. Pour Libération, « Pensé au départ comme un «Mediapart de droite», un «vrai lieu de débats», le pure player est aujourd'hui un agglomérat d'éditoriaux droitiers sur les sujets d'actualité, tendance xénophobe, islamophobe et pro-sécuritaire.  »[23].

Plusieurs contributeurs de Boulevard Voltaire interviennent sur d'autres médias ː FigaroVox[24], Cnews, Valeurs Actuelles, Causeur et LCI. Gabrielle Cluzel, rédactrice en chef est invitée régulière  sur les plateaux de Cnews, Figaro Live, BFM, France Inter et LCI[25].

Boulevard Voltaire participe à la cérémonie parodique des Bobards d'or, organisée par la fondation Polémia, un think tank identitaire [26].

En mai 2016, Robert Ménard, coorganise le « Rendez-vous de Béziers » avec son épouse Emmanuelle Duverger, patronne de Boulevard Voltaire, et Yves de Kerdrel, directeur du magazine de droite Valeurs actuelles, un rassemblement de ce qu'il appelle la « droite hors des murs » (La Dépêche du Midi parle d'une « extrême droite réactionnaire »). Parmi les participants, on compte Renaud Camus créateur de la théorie conspirationniste du grand remplacement, l'inventeur de la « préférence nationale » Jean-Yves Le Gallou ou des personnalités du Front national telles que Marion Maréchal-Le Pen et Louis Aliot[17].

Défense[pas clair][modifier | modifier le code]

Lors du lancement de Boulevard Voltaire, Dominique Jamet déclare son attachement à la liberté d'expression et au pluralisme, et affirme vouloir « permettre à des opinions qui ne sont pas forcément officielles et autorisées par les grands groupes de presse et les grands partis politiques de s'exprimer  »[27],[28],[29].

Valeurs actuelles voit dans le qualificatif d'extrême droite accolé à Boulevard Voltaire par les médias mainstream - généralement classés à gauche - une volonté de discréditer les médias dits de réinformation[30].

En 2012, juste après la création du site, Philippe Bilger estime qu'il existe une « pluralité » au sein des rédacteurs[31]. Selon un article de Têtu de 2018, les billets du blog de Philippe Bilger « sont presque systématiquement repris par le site Boulevard Voltaire » et il « flirte depuis longtemps avec l'ultra-droite »[32].

Désinformation[modifier | modifier le code]

Selon le quotidien Libération, Boulevard Voltaire, comme d'autres membres moins éminents de la « fachosphère », s'est livré à plusieurs reprises à de la désinformation et aux fake news, relayant par exemple une « intox » concernant une fausse nouvelle taxe sur les familles, une citation inventée de Bernard Cazeneuve sur les racines chrétiennes de la France, et également de nombreuses désinformations de droite et d'extrême droite comme l'intoxication de droite fustigeant le « laxisme de Christiane Taubira » qui aurait « facilité la fuite » de 236 détenus (alors que la loi en question, sur les permissions, est antérieure au mandat de la ministre). De plus, Libération s'amuse que le site Boulevard Voltaire reconnaisse lui-même en 2017 que sa « famille de pensée » est « le groupe social qui diffuse le plus de fausses nouvelles ». Robin de La Roche, dans un article du site, déclare qu'il n'y a que dans les réseaux « de droite » que l'on trouve « un tel salmigondis d'idioties, de rumeurs infondées, de mélanges honteux, bref, de fausses informations ». Il cite par exemple « une rumeur complètement idiote sur « l'oreillette » qu'aurait portée [Emmanuel Macron, lors] du débat présidentiel. Ridicule bêtise fondée sur une photo du cartilage de son oreille »[33].

Concernant le projet de mosquée à Tulle, Boulevard Voltaire écrit « cette mosquée, sous couvert d'être un immeuble culturel et pas seulement cultuel, sera en partie financé par les deniers publics », alors qu'en fait la ville n'est pas décidée à valider le projet et qu'il sera financé uniquement par des fonds privés[34].

Décodex, un outil de vérification des faits rattaché au journal Le Monde, qui recommande d'être « prudent » quand on lit des informations sur Boulevard Voltaire, est dénoncé par la collaboratrice du site Charlotte d'Ornellas comme un exemple du manque de nuance de la presse traditionnelle[35].

Contributeurs[modifier | modifier le code]

Le site compte plus de 1200 auteurs, parmi lesquels les trois fondateurs Robert Ménard, son épouse Emmanuelle Ménard et Dominique Jamet, ainsi que Charlotte d'Ornellas et Gabrielle Cluzel[36].

On y trouve également : Yves Marie Adeline (écrivain), Marc Amblard (avocat), André Archimbaud (consultant), Marie d’Armagnac (journaliste), Patrick Barriot (médecin), Dominique Bilde (députée européenne), Philippe Bilger (magistrat honoraire), Floris de Bonneville (journaliste), Thierry Bouclier (avocat), Jérémy Bouhy (agent sportif), Iris Bridier (journaliste), Régis de Castelnau, Bertrand Cavallier (général), Pascal Célérier, Bertrand de La Chesnais (général), Gilbert Collard (avocat et homme politique), Olivier Damien (commissaire divisionnaire honoraire), Marie Delarue (écrivain, musicienne plasticienne), Roland Dubois (général), Daniel Dufour (médecin), Marc Eynaud (journaliste), Nicolas Gauthier (journaliste, écrivain), Richard Hanlet (médecin), Jacques Hogard, Christian Houdet (général), Emmanuel Jalladeau (médecin), Jacques-Michel Lacroix (médecin), Jean-Michel Lavoizard (chef d’entreprise), Jany Leroy, Jacques Martinez (journaliste), Dominique Megglé (psychiatre), José Meidinger (journaliste), Thibault Mercier (avocat), Georges Michel (colonel ER), Christian de Moliner (professeur agrégé et écrivain), Frédéric Pichon (avocat), Christian Piquemal (général), Jacques Myard (maire), Jean-Frédéric Poisson (maire), Jérôme Rivière (député européen), Daniel Roudeillac (général), Philippe Schmitt (général), Jean Sévillia (avocat), Bertrand Soubelet (général), Christian Vanneste (ancien député), Sabine de Villeroché (juriste), Geoffroy de Vries (avocat), Didier Tauzin (général), Axel Tisserand (médecin), Marie-Hélène Verdier (agrégée de lettres classiques).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dominique Albertini et David Doucet, La Fachosphère : Comment l'extrême droite remporte la bataille du net, Flammarion, , 318 p. (ISBN 978-2-08-135491-3, présentation en ligne), p. 202
  2. a b et c Emmanuelle Duverger, directrice de Boulevard Voltaire et femme de Robert Ménard, candidate aux législatives à Béziers - Le Lab (Europe 1), 10 mai 2017.
  3. « Béziers : des "géants endormis" s’en prennent à Boulevard Voltaire », sur midilibre.fr, (consulté le 6 février 2021).
  4. « Dominique Jamet quitte le site "Boulevard Voltaire" », La Lettre de l'Expansion, (inaccessible sans abonnement).
  5. Emmanuelle Ménard: extrême fonction - Libération, 30 août 2017.
  6. « Boulevard Voltaire a cinq ans ! », sur Boulevard Voltaire (consulté le 1er février 2018)
  7. « Liste des services de presse en ligne reconnus »,
  8. « Le compte Twitter de Boulevard Voltaire suspendu pour avoir diffusé le tableau "La Liberté guidant le peuple" », sur Valeurs actuelles (consulté le 28 janvier 2021)
  9. « Boulevard Voltaire, le site fondé par Robert Ménard, lâché par ses annonceurs », Télérama, (consulté le 12 novembre 2017).
  10. « Islamophobie : Boulevard Voltaire condamné », sur RTL.fr (consulté le 14 janvier 2021)
  11. « Une militante islamophobe et le site Boulevard Voltaire ont été condamnés pour provocation à la haine », sur www.20minutes.fr, (consulté le 6 février 2021)
  12. « Condamnation confirmée pour Christine Tasin et Boulevard Voltaire », Ouest France,‎ (lire en ligne)
  13. Voir par exemple :
    Romain Badouard, « ”Je ne suis pas Charlie”. Pluralité des prises de parole sur le web et les réseaux sociaux », in Pierre Lefébure et Claire Sécail (dir.), Le Défi Charlie. Les médias à l'épreuve des attentats, Éd. Lemieux, 2016 ;
    Olivier Schmitt, Pourquoi Poutine est notre allié ? Anatomie d'une passion française, Éd. Hikari, 2017 ;
    Thomas Jammet et Diletta Guidi, « Observer Les Observateurs. Du pluralisme médiatique au populisme anti-islam, analyse d'un site de « réinformation » suisse et de ses connexions », in Réseaux no 202-203, 2017, pp. 241-271 [lire en ligne].
  14. a et b Didier Pleux, « « Boulevard Voltaire », le site de l'intolérance », Le Monde, (consulté le 22 mai 2016).
  15. Tugdual Denis, Claire Chartier, Manon Gauthier-Faure et Agnès Laurent, « Le plan secret de l'ultra-droite », L'Express, (consulté le 22 mai 2016).
  16. Guillaume Weill-Raynal, « Islamophobie : la ligne rouge est franchie, madame Taubira, vous devez réagir ! », L'Obs, (consulté le 22 mai 2016).
  17. a et b « Robert Ménard rassemble les partisans d'une droite «dure» pendant trois jours à Béziers », La Dépêche, .
  18. (en) « Firebrand French mayor takes aim at Le Pen… from the Right », Politico, .
  19. Marie Lemonnier, « Quand l'extrême-droite récupère l'héritage de Voltaire », L'Obs, .
  20. « Alain Soral sur Boulevard Voltaire ? Rien que de très logique », Conspiracy Watch, .
  21. La «droite hors les murs», ou l’échec d'une «alt-right» à la française, Slate, 18/8/2017
  22. Lucie Delaporte et Loup Espargilière, « L'union des droites commence par les médias », Mediapart, (consulté le 19 janvier 2018).
  23. Emmanuelle Ménard: extrême fonction, Libération, 30/8/2017
  24. « Au FigaroVox, on débat à plusieurs voix », Causeur, (consulté le 26 décembre 2016)
  25. « Gabrielle Cluzel, la nouvelle toutologue réac' des chaînes d'info - Par Manuel Vicuña | Arrêt sur images », sur www.arretsurimages.net (consulté le 19 janvier 2021)
  26. Comment les sites internet d'extrême-droite discréditent le travail des médias - France Inter, 7 février 2017.
  27. David Doucet, « Des personnalités d'extrême droite font de l'entrisme sur des sites d'infos », Les Inrocks, .
  28. « « Boulevard Voltaire », très rive droite », Libération, (consulté le 22 mai 2016)
  29. « Robert Ménard lance son site d’information, “Boulevard Voltaire », Midi libre, (consulté le 22 mai 2016).
  30. La « réinfosphère » crève l'écran - Amaury Brelet, Valeurs actuelles, 4 novembre 2016.
  31. Philippe Bilger, « Pourquoi Boulevard Voltaire a toute sa place sur Internet », sur www.marianne.net, (consulté le 14 janvier 2021)
  32. Homophobie : Philippe Bilger démissionne de la commission d'éthique régionale, Têtu
  33. « La fachosphère inquiète de la diffusion de fake news... par la fachosphère », Libération, 7 mai 2017.
  34. Samuel Laurent, « Rumeurs et fausses informations autour d'un projet de mosquée à Tulle », Le Monde, .
  35. Boulevard Voltaire, Breizh-Info... dans la tête des « réinformateurs » - L'Express, 8 avril 2017.
  36. Boulevard Voltaire, « Boulevard Voltaire a cinq ans ! », sur Boulevard Voltaire, (consulté le 19 janvier 2021)

Liens externes[modifier | modifier le code]