FranceSoir

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Logo de FranceSoir

Adresse http://www.francesoir.fr/
Publicité oui
Type de site site d'actualité
Propriétaire Shopper Union France (FranceSoir Groupe SA)[1]
Directeur de la publication Xavier Azalbert
Lancement 2019

FranceSoir est un site web français d'information, dirigé par l'entrepreneur Xavier Azalbert. Reprenant en 2019 la marque et le site web (francesoir.fr) du journal quotidien France-Soir, mais dépourvu de tout journaliste et du statut d'entreprise de presse, il publie des contenus rédigés par Xavier Azalbert ou par des bénévoles, dont certains sont anonymes. Le site est critiqué pour diffuser très fréquemment des informations fausses, notamment sur la pandémie de Covid-19, et relayer des éléments relevant du complotisme.

Historique[modifier | modifier le code]

Relance de France-Soir en version numérique et départ des derniers journalistes[modifier | modifier le code]

Après la liquidation judiciaire du journal France-Soir prononcée le 23 juillet 2012, l'offre de Cards Off SA, présidée par Philippe Mendil, est retenue : la société devient propriétaire de la marque, du site, des applications et de la base de données. En 2013, FranceSoir.fr est relancé en version tablette numérique payante mais rencontre un succès mitigé.

En 2014, à la suite d'une nouvelle capitalisation et nouvelle gouvernance, la société Cards Off devient Mutualize corporation SA, présidée par Xavier Azalbert. Hugues Perrier, alors directeur général de Mutualize Corporation, devient président-directeur général de la filiale France Soir et est chargé du lancement de francesoir.fr, un site web d'information entièrement gratuit alimenté principalement par des dépêches de l'Agence France-Presse[2]. Fin 2016 et à la suite du départ de Hugues Perrier, Xavier Azalbert reprend la présidence de francesoir.fr.

Fin août 2019, le personnel de la rédaction du site, qui ne compte plus que quatre employés, est en grève en raison d'une forte dégradation des conditions de travail et de la menace qui pèse sur leur mission de diffusion de l'information[3],[4] ; les journalistes craignent notamment un mélange des genres entre journalisme et communication[4]. L'ingérence de Xavier Azalbert contre l'indépendance des journalistes accroit également les tensions. « Nous n'avions jamais eu à modifier une ligne de ce qu'on écrivait, c'est quand il (Xavier Azalbert) a voulu le faire que ça s'est envenimé », raconte l'un des journalistes à l'Agence France Presse, décrivant le président du titre comme « un homme aux opinions politiques fluctuantes qui ne supporte pas qu'on s'oppose à lui »[5]. Pour l'avocat Pierre Cappe de Baillon, « le site a été repris par Xavier Azalbert pour en faire une vitrine pour ses idées politiques. A partir du moment où il s'est débarrassé des journalistes, on voit bien qu'un virage éditorial a été amorcé »[5].

Le 19 octobre 2019, il est annoncé que les quatre journalistes restants de la rédaction de France-Soir seront licenciés pour motif économique[6],[7]. Malgré ces licenciements, FranceSoir ambitionne de poursuivre l'alimentation de son site web en continuant d'y intégrer des contenus[2].

Le , les licenciements sont confirmés et l'appellation « site d'information » de France-Soir est publiquement dénoncée comme fallacieuse par la journaliste Sonia Devillers sur France Inter[8].

Publication de fausses informations durant la pandémie de Covid-19[modifier | modifier le code]

Durant l'épidémie de Covid 19, le site web de FranceSoir relaie de nombreux billets exclusivement en faveur de l'hypothèse de l'efficacité de l'hydroxychloroquine, traitement promu par Didier Raoult[9], en dépit de la grande faiblesse des études scientifiques associées, faiblesse ailleurs pointée du doigt par de très nombreux chercheurs.

Ayant pris fait et cause pour l'hydroxychloroquine depuis le début de la crise du Covid 19, le site prend une position ferme fin avril 2020 (le 29 avril, bien que l'article ait ultérieurement été antidaté de trois jours[10]) contre une étude du Lancet sur les conséquences sanitaires de l'usage d'hydroxychloroquine, dont il dénonce le caractère nécessairement frauduleux. Seuls quelques autres médias (Sciences et Avenir, Libération et France Culture) soulignent, à cette date, les limites de la publication, les autres reprenant les dépêches d'agence[11],[12]. Selon Le Monde cet épisode, qui vaut au site son « adoubement » par Didier Raoult, est à l'origine d'un gain de notoriété auprès d'une partie du public[9].

Durant la crise, FranceSoir relaye fréquemment de fausses informations[12], et est régulièrement mentionné à ce titre par les rubriques de fact checking. La rubrique Les Décodeurs du Monde a ainsi critiqué le site pour sa fausse démonstration de l'effet du confinement sur la mortalité de la pandémie[13]. Une annonce de FranceSoir sur l'épidémie en Mayenne est démontrée fausse par le service CheckNews de Libération (l'auteur « bénévole » de la chronique de FranceSoir reconnaît consécutivement son erreur)[14]. L'AFP rappelle quant à elle que FranceSoir a prétendu, de façon mensongère, que 90% des tests PCR positifs seraient en fait des « faux »[5], et a relayé la thèse « infondée » et « bâtie sur une hypothèse désavouée par son propre auteur » selon laquelle une bactérie du genre Prevotella serait la cause de la Covid-19[5],[15].

Ce relais de nombreuses « allégations non fondées sur la pandémie de COVID-19 »[16] vaudra au site d'être déclassé en juin 2020 par le site NewsGuard[17],[18], décision qui sera contestée par le directeur de la publication Xavier Azalbert[19].

À l'automne 2020, rejoignant le diagnostic dressé un an plus tôt par France Inter[8], Le Monde, Libération et l'Agence France Presse soulignent que FranceSoir n'est plus un titre de presse[12],[20],[21],[5]. Le Monde constate notamment que le site « fraye depuis l’été avec des figures ouvertement conspirationnistes » et s'est encore radicalisé à la rentrée « en se positionnant au cœur des discours covido-sceptiques »[9]. Sur ce sujet, Libération note que le site s'appuie « très largement sur les scientifiques dits « rassuristes » comme Laurent Toubiana, docteur en physique et épidémiologiste ou Jean-François Toussaint, directeur de l’Institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du sport (Irmes) », sans pour autant offrir de contrepoint à leurs analyses, alors qu'elles font l'objet de vives discussions au sein de la communauté scientifique[12],[22],[23] ou relèvent du détournement et de l'invention de résultats[24].

Libération note que bien que FranceSoir « se réfugie souvent derrière le concept de liberté d’expression pour défendre sa « vision », il n’hésite pas à se montrer moins respectueux de celle-ci lorsqu’il s’agit de faire taire, ou du moins intimider, celles ou ceux qui ne pensent pas comme eux », mentionnant notamment une vaste campagne de dénigrement à l'encontre de chercheurs auteurs d'une méta-analyse sur l'hydroxychloroquine à laquelle a participé FranceSoir « en affirmant notamment que les auteurs de cette étude sont soumis à des lobbys, et qu’ils s’appuient sur des chiffres faux »[12], alors que ces travaux sont pourtant reconnus ailleurs pour leur sérieux méthodologique[25] et corroborés par des publications ultérieures[26].

Le quotidien Libération relève par ailleurs que certaines publications du site « versent carrément dans le complotisme », donnant pour exemple une tribune publiée fin septembre 2020 dans laquelle une certaine Emma Kahn, présentée comme virologue, estime que « la science officielle mainstream s’emploie actuellement à nier que la pandémie soit terminée : il faut qu’elle dure pour pouvoir fabriquer et vendre les vaccins »[12]. FranceSoir réalise également des interviews de promoteurs de thèses complotistes. On y trouve ainsi relayée la parole du youtubeur Silvano Trotta, affirmant qu'un simple mélange d'antibiotiques guérirait du Covid 19[27] – proche du mouvement conspirationniste d'extrême droite QAnon, Trotta se fait également le relai de théories du complot sur les attentats du 11 septembre ou promoteur de l'idée selon laquelle la Lune serait une construction artificielle[5]. De fait, pour l'AFP, FranceSoir est un site « à la lisière du complotisme »[5].

À l'automne, les relations étroites entre la plateforme et l'association Bon Sens (cofondée par Xavier Azalbert) font également l'objet de critiques dans la presse[28],[12], notamment en raison de l'implication dans cette nouvelle structure de personnalités diffusant régulièrement de fausses nouvelles.

En novembre 2020, la promotion active du site à un documentaire complotiste sur la Covid-19 – auquel participe d'ailleurs le responsable du site Xavier Azalbert et divers contributeurs réguliers de FranceSoir[29] – est particulièrement fustigée dans la presse[30],[31],[32],[33],[34].

Les fausses informations diffusées par le site ne concernent pas uniquement la pandémie. Selon le site Conspiracy Watch, un article sur les soupçons de collusion entre la Russie et des membres de la campagne présidentielle 2016 de Donald Trump constitue un « véritable bingo de désinformation » qui « démontre que FranceSoir a basculé dans le complotisme le plus échevelé »[27].

Ligne éditoriale[modifier | modifier le code]

Xavier Azalbert présente FranceSoir comme un « média collaboratif », qui entend « publier des articles qui vont à contre-courant des pensées généralistes »[9]. Selon d'anciens journalistes de France-Soir et le fondateur de Conspiracy Watch, Rudy Reischtadt, la ligne éditoriale complotiste et « covido-sceptique » de FranceSoir n'a pas de visée politique mais est la seule conséquence d'un calcul « opportuniste » de son fondateur Xavier Azalbert[9]. La stratégie a un succès certain, le site passant selon le site SimilarWeb[35] d’1,6 million de visiteurs mensuels en mai à près de 4 millions en août[9].

Durant le printemps 2020, le média met en place un « collectif citoyen » anonyme, qui se ferait le relais, selon Xavier Azalbert, de la parole « des français (…) qui en ont gros sur la patate avec les confinements et la crise économique »[9]. En pratique, comme l'observe Le Monde, ce collectif s’attèlera à défendre diverses thèses, allant de l'idée selon laquelle le SARS-CoV-2 serait d’origine humaine, au fait que le confinement « a pour but subliminal » de « prolonger la terreur »[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Mentions légales », sur francesoir.fr (consulté le 16 novembre 2020).
  2. a et b « Les journalistes de « France-Soir » licenciés pour motif économique », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 20 octobre 2019).
  3. Anne Sogno, « La rédaction de France-Soir en grève », TéléObs,‎ (lire en ligne).
  4. a et b Ulysse Bellier, « La grève à « France-Soir », dernier épisode d’un lent déclin », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  5. a b c d e f et g AFP, « Avec le Covid, une nouvelle notoriété pour FranceSoir, à la lisière du complotisme », sur NotreTemps.com, (consulté le 22 novembre 2020).
  6. M. L., « Après un mois et demi de grève, les journalistes de France-Soir sont licenciés pour "motif économique" », 20 minutes,‎ (lire en ligne).
  7. « France-Soir : grève ignorée, journalistes licenciés » (version du 21 octobre 2019 sur l'Internet Archive), sur L'Obs.
  8. a et b Sonia Devillers, « France Soir est-il encore un média ? », France Inter, .
  9. a b c d e f g et h William Audureau et Aude Dassonville, « « FranceSoir », le nouveau repaire des « Covid-sceptiques » », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  10. « LancetGate : Surgisphere la société qui a fourni les données à l’étude est-elle sérieuse ? », sur web.archive.org, (consulté le 23 novembre 2020).
  11. « Lancet et chloroquine : les journalistes à la dérive - Par Loris Guémart | Arrêt sur images », sur www.arretsurimages.net (consulté le 18 novembre 2020).
  12. a b c d e f et g Vincent Coquaz et Robin Andraca, « «FranceSoir» : ceci n'est plus un journal », Libération,‎ (lire en ligne).
  13. « Les conclusions bancales d’un graphique liant confinement et mortalité », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 20 octobre 2020).
  14. Cédric Mathiot, « Les données sur le Covid en Mayenne ont-elles été gravement minorées par les autorités, comme l'affirme «France Soir» ? », sur Libération.fr, (consulté le 21 août 2020).
  15. Florian Gouthière, « Covid-19 : est-il vrai que la bactérie Prevotella joue un rôle dans l'infection ? », sur Libération.fr, (consulté le 23 novembre 2020).
  16. « francesoir.fr » [PDF], sur www.newsguardtech.com, .
  17. (en) « NewsGuard's 'real news' seal of approval helps spark change in fake news era », Reuters,‎ (lire en ligne, consulté le 30 juin 2020).
  18. (en-GB) Jim Waterson Media editor, « Untrustworthy news sites could be flagged automatically in UK », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le 30 juin 2020).
  19. Xavier Azalbert, « NewsGuard un site qui pratique la désinformation selective et ciblée à des fins commerciales ? », sur www.francesoir.fr, .
  20. Adrien Sénécat, « Covid-19 : les visages de la fronde antimasques et antirestrictions », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  21. « Thread du compte officiel de l'Agence France Presse sur le devenir de France Soir. », sur Twitter (consulté le 22 novembre 2020).
  22. Luc Peillon, « Sur quoi se fonde l'épidémiologiste Laurent Toubiana pour affirmer que «l'épidémie est terminée» ? », sur Libération.fr, (consulté le 23 novembre 2020).
  23. Emma Donada, « Tests RT-PCR : est-il vrai que 90% des patients positifs ne sont pas contagieux ? », sur Libération.fr, (consulté le 23 novembre 2020).
  24. Florian Gouthière, « Covid-19 : une étude d'Oxford démontre-t-elle l'inutilité du confinement, comme l'affirme le professeur Toussaint ? », sur Libération.fr, (consulté le 23 novembre 2020).
  25. (en) Leonard Leibovici, « Difficult editorial decisions », Clinical Microbiology and Infection, vol. 0, no 0,‎ (ISSN 1198-743X, PMID 33127530, DOI 10.1016/j.cmi.2020.10.013, lire en ligne, consulté le 23 novembre 2020).
  26. Fabien Leboucq et Claire-Line Nass, « «Hold-Up» : qui est Olivier Vuillemin, présenté comme un «expert en fraude scientifique» dans une version du documentaire ? », sur Libération.fr, (consulté le 23 novembre 2020).
  27. a et b « « Russiagate » : « France Soir » confirme sa dérive complotiste », sur Conspiracy Watch | L'Observatoire du conspirationnisme, (consulté le 22 novembre 2020).
  28. Vincent Coquaz et Fabien Leboucq, « Qu’est-ce que l’association «BonSens» cofondée par la députée Martine Wonner et des personnalités pro-Raoult ? », sur Libération.fr, (consulté le 18 novembre 2020).
  29. Vincent Coquaz et Robin Andraca, « Que sait-on du documentaire «Hold-up», qui dénonce une «manipulation» mondiale sur le Covid-19 ? », sur Libération.fr, (consulté le 18 novembre 2020).
  30. Vincent Coquaz, « La promotion du film assurée par France Soir », sur Libération.fr, (consulté le 15 novembre 2020).
  31. Coline Renault, « Covid-19 : Hold-up, le documentaire sur un complot mondial qui fait polémique », sur Le Figaro.fr, (consulté le 15 novembre 2020).
  32. « Covid-19 et complotisme : le documentaire « Hold-Up » fait polémique », sur Le Telegramme, (consulté le 15 novembre 2020).
  33. Le Point magazine, « Covid et complotisme : le documentaire « Hold-Up » fait polémique », sur Le Point, (consulté le 15 novembre 2020).
  34. « "Hold-up" : une vidéo truffée de fausses informations », sur factuel.afp.com, Agence France-Presse, (consulté le 15 novembre 2020).
  35. « francesoir.fr Traffic Statistics », sur SimilarWeb (consulté le 17 novembre 2020).