Sleeping Giants

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Logo de la branche française de Sleeping Giants

Sleeping Giants (« Les Géants endormis ») est un collectif de militants agissant sur les réseaux sociaux dont l'objectif est la lutte « contre le financement des discours de haine » sur internet et dans les médias »[1],[2],[3]. Leur mode d'action est d'interpeller publiquement sur les réseaux sociaux les annonceurs dont les publicités apparaissent dans des médias d'extrême droite ou dans des émissions relayant des discours jugés racistes ou sexistes. Le collectif naît en aux États-Unis peu après la victoire de Donald Trump à l'élection présidentielle américaine de 2016, avec le lancement d'un compte Twitter visant à boycotter Breitbart News.

L'organisation agit principalement depuis son compte Twitter mais elle dispose également d'un compte Facebook. Au fil du temps, diverses antennes régionales sont montées en Australie, en Belgique, au Brésil, au Canada, en Finlande, en France, en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas, en Nouvelle-Zélande, en Norvège, en Espagne, en Suède, en Suisse et enfin au Royaume-Uni (antennes possédant aussi leurs propres comptes Twitter).

Campagnes[modifier | modifier le code]

Actions contre Breitbart News[modifier | modifier le code]

Le collectif naît en aux États-Unis[4] peu après la victoire de Donald Trump à l'élection présidentielle américaine de 2016, avec le lancement d'un compte Twitter visant à boycotter Breitbart News[5],[6]. Le premier message (sur Twitter) ciblait la société de gestion financière SoFi[4] (compagnie spécialisée dans la gestion financière). La plupart des messages de l'organisation sur le réseau social Twitter sont des messages destinés aux entreprises fournissant de la publicité à la chaîne Breitbart News. La majorité de leurs messages incitent à participer au boycott de l'entreprise tant que celle-ci n'aura pas rejoint la lutte contre Breitbart. La plupart de l'activité du réseau ne provient pas du compte lui-même, mais sont des "retweets" de ceux-ci, cette méthode donne à l'organisation un très grand impact sur les utilisateurs des réseaux sociaux.

En février 2017, 820 entreprises avaient rejoint le mouvement et avaient cessé de fournir de la publicité (et donc de l'argent) à Breitbart News, selon les statistiques fournies par l'organisation[4]. Un peu plus tard, en mai 2017, l'ampleur du mouvement ne peut plus être qualifié de négligeable : plusieurs milliers d'annonceurs ont cessé de placer leurs produits sur la chaîne Breitbart News[6] (les publicités sont la source de revenus principales des chaînes de télévision), considérant la campagne comme un moyen de protester ouvertement contre la politique de Donald Trump[6] ainsi que de se garantir la confiance des militants (et par conséquent celle de tous les citoyens suivants l'organisation sur les réseaux sociaux).

La liste des entreprises ayant rejoint le mouvement ne cesse de s'agrandir mais on peut retenir comme noms les plus célèbres les marques, AT & T, Kellogg's, BMW, Visa, Autodesk, Lenovo, HP Inc., Vimeo, Deutsche Telekom, Lyft, Allstate, Nest et Warby Parker (société spécialisée dans la vente de lunettes sur internet)[4],[7],[8]. Le gouvernement canadien a également cessé de fournir de la publicité à Breitbart News après avoir déclaré que son contenu "n'était pas conforme au code de valeur et d'éthique du gouvernement"[9]. La stratégie de Sleeping Giants consiste à faire pression sur les annonceurs en associant méthodes traditionnelles (manifestations, etc.) et méthodes plus "numériques" (activisme en ligne) dans le but de recruter et de mobiliser une large population d'utilisateurs des réseaux sociaux. Selon Slate la stratégie de Sleeping Giants est similaire à celle adoptée en 2014 par le mouvement Gamergate contre Gawker Media[10].

La décision de Kellogg's de se joindre à l'initiative de Sleeping Giants a provoqué la colère de Breitbart News, celle-ci lance une première campagne de boycottage des produits Kellogg's en décembre 2016[11].

Autres actions aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Sleeping Giants a notamment mené une longue campagne visant à convaincre les entreprises à ne plus fournir des publicités à The O'Reilly Factor dès que l'affaire des cinq accords de harcèlement sexuel de l'animateur Bill O'Reilly et de la chaîne de télévision ultra-conservatrice Fox News a été révélée. L'organisation a fini par remporter la victoire, entraînant l'annulation de l'émission[12].

L'identité de l'instigateur de Sleeping Giants reste inconnue jusqu'en juillet 2018, date où Matt Rivitz, un publicitaire, ancien employé des sociétés TBWA\Chiat\Day et Goodby, Silverstein & Partners, confirme qu’il est le fondateur du groupe, après avoir été identifié par le média conservateur Daily Caller[13],[14].

Actions au Canada[modifier | modifier le code]

Depuis , l'antenne locale canadienne a utilisé les mêmes moyens pour interpeller les sociétés fournissant la publicité au média conservateur canadien The Rebel Media, la réussite de l'opération est confirmée quelques mois après le début de celle-ci[15].

Actions en France[modifier | modifier le code]

La succursale française de Sleeping Giants apparaît le [13],[3],[16] avec pour seules mentions légales « Hébergement : Google Sites 1600 Amphitheatre Parkway in Mountain View California, United States ». Elle prend d'abord pour cible deux sites d'extrême droite : le site d'information généraliste Boulevard Voltaire, fondé par Robert Ménard et Dominique Jamet, et le blog Breiz atao, créé par Boris Le Lay[3]. Ils perdent alors presque tous leurs annonceurs : plus de 1 000 bloquent Boulevard Voltaire, tandis que Breiz atao est également banni de Google Ads[16],[17],[18].

En , l'antenne française interpelle la société Ferrero qui retire alors l'émission Zemmour & Naulleau de la liste de diffusion des publicités Nutella[17].

En , le collectif lance une action contre Valeurs actuelles[3]. Après en avoir informé les marques RED by SFR, Frichti, Hyundai et Oney qui s'étaient engagées sur Twitter à ne plus acheter de publicités sur son site, le magazine conservateur Valeurs actuelles publie « le Mur de la honte », où figure plus d'un millier de marques « contre le débat d'idée » ou « voire ouvertement d’extrême gauche » et encourage ses lecteurs à les interpeller sous le #leMurdelaHonte, proposant un message prêt à envoyer. Selon Capital ce mur prête à la confusion et Sleeping Giants parle d'une « stratégie de victimisation » les marques présentes sur ce mur n'ayant pas toutes décidées de boycotter Valeurs actuelles mais provenant d'une liste de Sleeping Giant à propos de Boulevard Voltaire. Les marques Red by SFR et Frichti renoncent à boycotter Valeurs actuelles[19]. Le Syndicat des éditeurs de la presse magazine (SEPM) dénonce une « campagne diffamatoire et discriminatoire » de Sleeping Giants, soulignant que « Valeurs actuelles a le statut de presse d'information politique et générale (IPG) accordé par l'État, afin d'assurer l'existence d'une offre de presse pluraliste, seule garante du caractère démocratique du débat public »[20].

Critiques[modifier | modifier le code]

Des médias visées par Sleeping Giants ont notamment qualifié les membres de l'organisation de « trolls numériques » intolérants cherchant à censurer les points de vues différents des leurs par l'intimidation et le chantage[21],[22],[23].

Selon John Tierney (en), journaliste pour le City Journal (en), les actions de Sleeping Giants s'inscrivent dans un mouvement plus large de censure à mettre en parallèle avec les actions parfois violentes sur les universités visant à empêcher la venue de certains conférenciers. Selon John Tierney, les médias de gauche font preuve d'une complaisance et se font le relais de ce mouvement de censure envers les médias conservateurs. Cette complaisance va même encore plus loin lorsque des médias, comme Slate, se réjouissent ou minimisent les violences physiques commises par des antifas envers les journalistes conservateurs (par exemple l'attaque contre Andy Ngo (en) hospitalisé avec une hémorragie cérébrale). Pour John Tierney, la liberté d'expression n'est plus sacrée chez les jeunes journalistes américains qui ont « absorbé les leçons du campus sur le "discours de haine" dont la définition ne cesse de s'élargir »[24].

Pour le philosophe Yves Michaud, les sections des Sleeping Giants sont proches d'un fascisme de gauche. Il dénonce l'impérialisme donneur de leçon, l'ingérence américaine et le collectif anonyme. Il considère que leurs actions doivent faire l'objet de poursuites. Yves Michaud déplore la lâcheté ambiante et rappelle qu’il existe un délit de dénigrement qui peut entraîner de très lourdes amendes[25].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Les activistes de Sleeping Giants s’attaquent aux annonceurs de « Valeurs actuelles », L'Obs, 2 décembre 2019.
  2. "Pourvoyeur de haine" : après CNews, Sleeping Giants s'attaque à "Valeurs actuelles", L'Express, 2 décembre 2019.
  3. a b c et d Pierre Plottu, Après CNews, Valeurs actuelles est la nouvelle cible des Sleeping Giants, Slate, 2 décembre 2019.
  4. a b c et d (en) Dara Kerr, « Tech companies' newest cause celebre? Boycott Breitbart », CNET,‎ (lire en ligne)
  5. (en) Pagan Kennedy, « How to Destroy the Business Model of Breitbart and Fake News », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le 21 novembre 2018)
  6. a b et c (en) Mattea Kramer, « These Protesters Are Hitting Trump Where It Actually Hurts », The Nation,‎ (lire en ligne)
  7. (en) Jeremy Quittner, « Shopify Won't Remove Breitbart's Online Shop, Claiming Free Speech. », sur fortune.com, (consulté le 21 novembre 2018)
  8. (en) Steven Perlberg, « Breitbart Takes Aim at Kellogg in ad Dispute », Wall Street Journal,‎ (ISSN 0099-9660, lire en ligne, consulté le 21 novembre 2018)
  9. (en) Sara Guaglione, « Various Companies, Canadian Government Pull Ads From 'Breitbart News' », sur mediapost.com, MediaPost, (consulté le 21 novembre 2018)
  10. (en) Osita Nwanevu,, « Sleeping Giants" Is Borrowing Gamergate’s Tactics to Attack Breitbart », Slate,‎ (ISSN 1091-2339, lire en ligne, consulté le 21 novembre 2018)
  11. (en) Nicky Woolf, « Breitbart declares war on Kellogg's after cereal brand pulls advertising from site », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le 21 novembre 2018)
  12. (en) David Pierson, « How a social media campaign helped drive Bill O'Reilly out of Fox News », Los Angeles Times,‎ (lire en ligne)
  13. a et b Sandrine Cassini, Contre la haine, ces militants qui s’attaquent à la pub, Le Monde, 21 novembre 2019.
  14. Sleeping Giants on Breitbart and brand safety: 'It's not our job to police your ads'
  15. (en) Daniel Tencer, « Rebel Media Has Lost 300 Advertisers In Past 3 Months: Group », Huffington Post,‎ (lire en ligne)
  16. a et b Pierre Plottu, Ils veulent priver les sites d'extrême droite de "l'argent de la haine", France Soir, 10 juillet 2019.
  17. a et b Hakima Bounemoura, Qui sont les « Sleeping Giants », ces citoyens qui luttent contre la propagation de la haine en ligne ?, 20 Minutes, 14 octobre 2019.
  18. Romain Jeanticou, « Boulevard Voltaire, le site fondé par Robert Ménard, lâché par ses annonceurs », sur telerama.fr, Telerama, (consulté le 21 novembre 2018)
  19. Barthélémy Philippe, « Coca-Cola, L’Oréal, Monoprix… que font ces marques sur le “Mur de la honte” de Valeurs actuelles ? », sur capital.fr,
  20. « Le SEPM à la rescousse de Valeurs actuelles contre le collectif Sleeping Giants », sur cbnews.fr,
  21. (en) Jennifer Duke, « Alan Jones lashes corporate cowardice over activist 'blackmail' », sur The Sydney Morning Herald, (consulté le 4 décembre 2019) : « Just because you have a difference of opinion that you go out and you blackmail and vandalise people. You can't run a society like this »
  22. « We can’t give in to trolls », sur www.theaustralian.com.au, (consulté le 4 décembre 2019) : « these digital trolls are increasingly wanting to shut down legitimate public debate and discussion beacause they hate view alternative to their own being expressed »
  23. (en-US) The Washington Times http://www.washingtontimes.com, « Language app Babbel says it’s ‘deeply sorry’ its ad ran on ‘repugnant’ Tucker Carlson program », sur The Washington Times (consulté le 4 décembre 2019) : « Fox News fired back at Babbel in a statement, saying it would not allow Mr. Carlson to be censored by “agenda-driven intimidation efforts.” from the intolerant partisan activists Media Matters, Sleeping Giants and Moveon.org whose only goal is to silence conservative thought they don’t agree with,” the statement said. »
  24. (en) John Tierney is a contributing editor of City Journal et a contributing science columnist for the New York Times, « Journalists Against Free Speech », sur City Journal, (consulté le 5 décembre 2019)
  25. « Boycotts pub : bien pire que l’activisme des Sleeping Giants, la lâcheté des marques qui cèdent à la pression », sur atlantico.fr,

Liens externes[modifier | modifier le code]