Appel du 10 juillet 1940

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L'Appel du 10 juillet 1940 est un texte du Parti communiste français (PCF), intitulé Peuple de France, rédigé aux alentours du 15 juillet 1940 par Jacques Duclos, signé Thorez-Duclos et distribué à partir de la fin juillet 1940[1].

Dans les années 1950, le Parti communiste français fabriquera une fausse Humanité clandestine datée du 10 juillet 1940 contenant une version remaniée du premier texte pour accréditer une orientation politique qui, en fait, ne fut adoptée qu'au printemps 1941.

Contexte[modifier | modifier le code]

Le , l'URSS signe le pacte germano-soviétique, un accord de non-agression et de partage de l'Europe centrale avec l'Allemagne nazie. Le Parti communiste français approuve la signature du pacte.

Le gouvernement Daladier, estimant que les communistes découragent l'effort de guerre, interdit la presse communiste le 26 août 1939. Le Parti communiste (SFIC) est ensuite interdit par un décret-loi du 26 septembre 1939. Les 43 députés restés fidèles à la ligne du parti fondent le Groupe ouvrier et paysan français à la Chambre des députés[2]. Ces députés sont toutefois arrêtés le 8 octobre 1939, déchus de leur mandat le 21 janvier 1940, puis condamnés à des peines allant de quatre ans de prison avec sursis à cinq ans de prison ferme[3]. Certains parlementaires vivent dans la clandestinité en France ou sont emprisonnés. Le secrétaire général du PCF, Maurice Thorez, mobilisé, déserte l'armée française en octobre 1939, et se réfugie en Belgique, où est reconstitué la direction du PCF, désormais clandestin.

En , des militants suivis de près par Jacques Duclos et Maurice Thorez[4],[5] demandent aux autorités allemandes l'autorisation de faire reparaître légalement L'Humanité. En dépit des promesses obtenues par les Allemands, l'autorisation n'est pas accordée.

Contenu de l'appel[modifier | modifier le code]

Rue du 10 juillet 1940 à Vitry-sur-Seine.

Selon Raymond Dallidet (dit Raph), chargé d'organiser le service d'impression clandestin des publications communistes[6], le tract aurait été tiré à 600 000 exemplaires par l’imprimeur Roger Tirand, ancien maire des Molières, en Seine-et-Oise[7] .

Ce texte a souvent été cité comme témoignant de l’engagement précoce du PCF dans la Résistance. De fait, il prend à partie « la clique des dirigeants banqueroutiers de la politique de guerre », à cause de laquelle « la moitié du territoire français subit l'occupation allemande ». Il affirme plus d'une dizaine de fois « la volonté d'indépendance de tout un peuple » (souligné dans le texte), la volonté de la France de « vivre libre et indépendante » (souligné dans le texte), son refus de devenir « une sorte de peuple colonisé ». Plus généralement, le texte pose en principe son refus de toute « oppression d'un peuple par un autre peuple » : « Il n’y a de paix véritable que dans l’indépendance des Peuples et les Communistes qui revendiquent pour la France le droit à son indépendance (souligné dans le texte), proclament aussi le droit à l’indépendance des Peuples coloniaux asservis par les impérialistes ».

Selon Emmanuel d'Astier, « à aucun moment » le contenu du tract ne viserait à résister contre les Allemands[8]. D'après la lecture de d'Astier, il dénoncerait exclusivement les « gouvernements indignes » qui ont voulu la guerre contre l’Allemagne et qui sont responsables de la défaite et de l’occupation (la condamnation d'une "occupation allemande" contraire à l'exigence de liberté prêtée au peuple français est cependant bien présente dès cet appel du 10 mai 1940) ; il évoque « la France enchaînée au char » non pas seulement de l’Allemagne hitlérienne mais aussi « de l’impérialisme britannique » ; il vilipende « les aventuriers de Vichy », « le Parti de Blum et de Paul Faure », « les Princes de l’Église », « ces Messieurs du gouvernement de Vichy », les « fauteurs et profiteurs de guerre » ainsi que Pétain, Laval et « la dictature des forbans ». Il entre en cohérence avec les présupposés qui avaient conduit à la signature du « Pacte germano-soviétique », pacte expressément nommé et invoqué. Il exige que les députés et sénateurs communistes, déchus et emprisonnés par Daladier à cause de leur approbation du Pacte germano-soviétique (23 août 1939), soient libérés et rétablis dans leurs droits et fonctions et aussi que reparaisse la presse du Parti communiste. De fait, au moment de la rédaction de l'appel, des représentants du Parti négocient avec les autorités allemandes la reparution légale de l’Humanité. Pour Stéphane Courtois, la formule frontiste développée dans le texte préfigure celle que le PCF adoptera au printemps 1941[1].

Le tract est signé « au nom du Comité Central du Parti Communiste Français » à la fois par Maurice Thorez, Secrétaire général (qui se trouvait alors en URSS), et Jacques Duclos, Secrétaire (qui résidait dans la clandestinité près de Paris).

Remaniement du texte après la guerre[modifier | modifier le code]

Dans les années d'après-guerre, afin de graver dans le marbre et dater un appel qui pouvait être mis en parallèle avec l’appel du 18 juin, le PCF a fabriqué une fausse Humanité clandestine datée du 10 juillet 1940, en réagençant certains passages du texte Peuple de France sous le titre Appel du 10 juillet.

Sur l'authenticité du tract, l'historien Antoine Prost note également que le texte censé avoir été rédigé le 10 juillet dénonce des ministres nommés le 13 juillet, ajoutant que son contenu ne cadrait pas avec la stratégie du PCF à l'égard de l'occupant à ce moment-là[9].

Les historiens Jean-Pierre Besse et Claude Pennetier expliquent que le faux a été fabriqué dans les années 1950 « pour accréditer une orientation politique qui, en fait, ne fut adoptée qu'au printemps 1941 : l'union des communistes avec les autres mouvements de résistance »[5]. Un tract originel différent du texte de l’Humanité a bien existé, comme l'admet Claude Pennetier en 2007, rejoignant les autres historiens qui s’étaient exprimés sur le sujet depuis la thèse de Stéphane Courtois (1980) : « Cela dit le texte Peuple de France existe bien, il a été diffusé largement fin juillet, début août. » On peut en voir un exemplaire au Musée de la Résistance nationale de Champigny-sur-Marne, dont le conservateur est Guy Krivopissko.

Extraits du texte[modifier | modifier le code]

Le texte est titré « Peuple de France ! »

« Notre pays connait maintenant les terribles conséquences de la politique criminelle suivie par des gouvernements indignes, responsables de la GUERRE, de la DÉFAITE, de L'OCCUPATION...

... La France meurtrie, douloureuse, trahie par ses dirigeants subit la rançon de la défaite. Voilà où nous ont conduits les politiciens à la DALADIER, à la REYNAUD, à la MANDEL, qui, soutenus par un Parlement de VALETS et de corrompus, ont poussé la France à la guerre pour servir les intérêts des ploutocrates, pour supprimer les libertés publiques, pour faire régner la terreur, écraser le peuple et porter les armes contre l'URSS, pays du socialisme...

... Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d’esclaves et si, malgré la terreur ce peuple a su, sous les formes les plus diverses, montrer sa réprobation de voir la France enchaînée au char de l’impérialisme britannique, il saura signifier aussi à la bande actuellement au pouvoir, SA VOLONTÉ D’ÊTRE LIBRE.

... Qui peut relever la France ? C'est la question qui se pose. Ce ne sont ni les généraux battus, ni les affairistes, ni les politiciens tarés qui peuvent relever la France ; ils ne sont bons qu'à la trahir et à la vendre. Ce n'est pas dans les milieux corrompus du capitalisme que peuvent se trouver les éléments de la renaissance nationale. C'est dans le Peuple que résident les grands espoirs de libération nationale et sociale. Et c'est seulement autour de la classe ouvrière ardente et généreuse, pleine de confiance et de courage, parce que l'avenir lui appartient ; c'est seulement autour de la classe ouvrière guidée par le Parti Communiste, Parti de propreté, d'honneur et d'héroïsme, que peut se constituer LE FRONT DE LA LIBERTÉ, DE L'INDÉPENDANCE ET DE LA RENAISSANCE DE LA FRANCE...

... IL FAUT REMETTRE LA FRANCE AU TRAVAIL, mais en attendant, il faut assurer le pain quotidien aux sans-travail. Et pour remettre le pays au travail il faut mobiliser les ressources de la Nation, EN CONFISQUANT TOUS LES BÉNÉFICES DE GUERRE ET EN EFFECTUANT UN PRÉLÈVEMENT MASSIF SUR LES GROSSES FORTUNES. IL FAUT REMETTRE LA FRANCE AU TRAVAIL, mais pour cela les voleurs capitalistes doivent être mis hors d'état de nuire, les mines, les banques, les chemins de fer, les chutes d'eau et autres grosses entreprises doivent être restitués à la Nation...

... Voilà travailleurs et démocrates français les résultats de la politique de Daladier, Blum et consorts qui, en frappant le Parti communiste français, ont préparé la destruction des libertés républicaines dans notre pays et viennent d'aider Laval-Marquet et Weygand à devenir les maîtres de la France.

Mais le Peuple de France ne se laissera pas faire. A la ville, dans les campagnes, dans les usines, dans les casernes doit se former le front des hommes libres contre la dictature des forbans.

À la porte le gouvernement de Vichy ! À la porte le gouvernement des ploutocrates et des profiteurs de guerre !

C'est un tout autre gouvernement qu'il faut à la France...

- À bas le capitalisme générateur de misère et de guerre !

- Vive l'Union Soviétique de Lénine et Staline, espoir des travailleurs du Monde.

… Vive l'unité de la Nation Française.

… Vive la France libre et indépendante.

… Vive le Parti Communiste Français, espoir du Peuple de France.

… Vive le Gouvernement du Peuple au service du Peuple ! »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Roger Bourderon, La négociation. Été 1940 : crise au PCF, Syllepse, Paris, 2001, 253 p.
  • Jean-Pierre Besse et Claude Pennetier, Juin 40, la négociation secrète, avec , Paris, Éditions de l'Atelier, 2006, 208 p.
  • Roger Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943 : de la guerre impérialiste à la lutte armée, Syllepse, Paris, 2012, 186 p.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Stéphane Courtois, Le PCF dans la guerre, Ramsay, 1980, p.139-140
  2. « Journal officiel de la République française. Lois et décrets », Journaux officiels, (consulté le 15 mai 2017), p. 11832.
  3. Florimond Bonte, Le chemin de l'honneur, Éditions Hier et Aujourd'hui, 1949, p. 345.
  4. Jean-Pierre Azéma, « Le parti communiste français à l'épreuve des années noires », Vingtième Siècle : Revue d'histoire, vol. 2,‎ , p. 77-82 (lire en ligne).
  5. a et b Michel Lefebvre, « Quand le PCF négociait avec les nazis », sur lemonde.fr, .
  6. RAYMOND DALLIDET, humanite.fr, 15 janvier 2002
  7. Raymond Dallidet, Vive le Parti communiste français, Société d'éditions générales, 1987, p. 94-102
  8. C’est l’opinion d’Emmanuel d’Astier cité par Henri Amouroux dans La grande histoire des Français sous l’occupation Robert Laffont, réed 1997 dans la collection Bouquins, p.796, alors qu’André Moine plaide pour une formulation discutable et inadaptée
  9. Antoine Prost, Douze leçons sur l'histoire, Points Seuil, 2014, page 61.


Articles connexes[modifier | modifier le code]

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