Animation en volume

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Une animation image par image montrant le mouvement d'une voiture en Lego.

L'animation en volume est l’une des techniques d'animation, donnant l'illusion de voir des objets animés d'une vie propre et doués de mouvements, procédé parfois désigné par l'anglicisme stop motion (ou stop-motion) .

La technique est la même que celle du dessin animé : une scène constituée d’objets est filmée à l’aide d’une caméra dédiée à l’animation, c’est-à-dire pouvant enregistrer un seul photogramme à la fois sur une pellicule cinématographique ou sur un support numérique. Entre chaque prise de vue, les objets de la scène sont légèrement déplacés. Lors de la restitution (voir note en fin de ce §), ces objets — pourtant immobiles lors des prises de vue — donnent l’illusion de se mouvoir.

Note : à la vitesse internationale de 24 images par seconde pour les projections sur support argentique, ou, en diffusion vidéo, à la vitesse standard européenne (et dans certains pays africains) de 25 images par seconde, ou de 30 images par seconde aux États-Unis (et dans leurs zones d’influence)

Histoire[modifier | modifier le code]

Le découvreur de l’animation en volume est le réalisateur et comédien américain James Stuart Blackton qui, en 1906, utilise pour la première fois ce qu’en France on appellera le « mouvement américain[1] , [2]. » Auparavant, l’inventeur français Émile Reynaud a mis au point dès 1892 la première animation dépassant en durée ce qu’offraient déjà en une ou deux secondes les jouets optiques (Phénakistiscope, Stroboscope, Zootrope, Folioscope, Praxinoscope, Zoopraxiscope), c'est-à-dire une ou deux secondes de dessins mis en mouvement cyclique. Les pantomimes lumineuses de Reynaud offrent en projection sur grand écran dans le cadre de son Théâtre optique une animation de dessins tracés et coloriés directement sur des carrés de gélatine protégée par de la gomme laque rassemblés en bande continue de 70 mm de large. Ce sont les premiers dessins animés de l’histoire du cinéma et ils ont déjà une durée que n’a à l’époque aucun film, de 1 minute 30 secondes à 5 minutes. James Stuart Blackton, lui, ne dessine pas sur la pellicule comme Reynaud, il filme image par image des dessins à la craie qu’il a tracés sur un tableau noir, et qu’il transforme (coup d’éponge et nouveau trait) entre chaque prise de vue effectuée à l’aide d’une caméra dont il a transformé le mécanisme. C’est le premier dessin animé sur support photographique de l’histoire du cinéma d'animation, Humorous Phases of Funny Faces (Phases amusantes de figures rigolotes). Ce dessin animé a une durée de 3 minutes. Blackton ne s’en tient pas là, il récidive la même année avec The Haunted Hotel. Il anime selon la même technique de l’image par image les éléments d’un petit déjeuner qui se prépare apparemment sans aucune intervention humaine : les tartines sont découpées par un couteau miraculeux, voltigeant au-dessus du pain, la cafetière remplit seule les tasses, le pot à lait fait de même. Un minuscule pantin apparaît enfin, responsable sans doute de ce service invisible. En 1907, les réalisateurs américains Wallace McCutcheon (pour la partie animation en volume) et Edwin S. Porter (pour la partie jouée) tournent The 'Teddy' Bears, destiné aux enfants, adapté d’un conte des frères Grimm, Boucle d’or et les Trois Ours, au cours duquel un ballet d’oursons en peluche constitue une parenthèse dramaturgique étonnante, mais qui a assuré le succès de ce film où les ours de l’histoire sont joués par des comédiens déguisés[3]. Parallèlement, le réalisateur franco-espagnol Segundo de Chomón adopte cette technique et produit un remake de La Maison hantée, tandis qu’Émile Courtet, dit Émile Cohl, après avoir fait un dessin animé, Fantasmagorie, essaie par animation en volume tout ce qui est à utiliser dans ce procédé : allumettes, papier découpé, marionnettes, personnages humains et leurs accessoires. La technique est maintenant bien rodée.

Ainsi, aux États-Unis, Willis O'Brien réalise les effets spéciaux du film Le Monde perdu en 1925 et de King Kong en 1933, qui assurent le succès de ce dernier et même sa seule existence puisque le personnage principal du singe gigantesque est à 90% une animation en volume (le reste étant sa main géante animée en direct par d’astucieuses mécaniques et d'habiles manipulateurs).

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En 1938, le réalisateur Jean Painlevé et le sculpteur René Bertrand, réalisent un court métrage de 13 minutes entièrement réalisé en pâte à modeler : Barbe Bleue, sous-titré Féerie en sculpture animée. Ce film est réalisé en couleur, en Gasparcolor, un procédé inventé par le Hongrois Bela Gaspart.

Ce film inspire Ray Harryhausen qui, par la suite, travaille, seul ou avec Willis O'Brien, sur de nombreux films comme le long métrage Jason et les Argonautes.

Les animateurs d'animation en volume les plus reconnus dans le monde de l'animation et ayant créé les bases de ces techniques restent certainement les Tchèques Jiří Trnka et Jan Švankmajer, le Russe Ladislas Starevitch et le Japonais Kihachirō Kawamoto, inspiré par le travail de Trnka.

En 1974, Will Vinton, animateur indépendant américain, crée Closed Mondays, avec l'aide du sculpteur Bob Gardiner, qui leur fait gagner un Oscar. Will Vinton baptise par la suite sa technique claymotion. Mélangeant des peintures à l'huile à la pâte à modeler afin d'obtenir un choix plus vaste de coloris.

Parmi les films récents connus du grand public, on peut citer Le sens de la vie pour 9 dollars 99 de Tatia Rosenthal, L'Étrange Noël de Monsieur Jack de Henry Selick ou les réalisations des studios Aardman Animations (Wallace et Gromit , Chicken Runet "Pirates bon en rien mauvais en tout"), Les Noces funèbres de Tim Burton et Coraline (également réalisé par Henry Selick) ainsi que Fantastic Mr. Fox de Wes Anderson.

La technique d’animation en volume est parfois utilisée dans les publicités.

Problème de l’image par image[modifier | modifier le code]

Comme on l’a vu, l'animation image par image consiste à prendre une photo fixe d'une scène fixe, d’en modifier légèrement le contenu, reprendre une autre photo fixe, modifier, ad libitum. Cette succession d’instantanés a pour effet secondaire de supprimer le flou de mouvement (motion blur en anglais), le flou directionnel qui apparaît dans les films, ou bien lorsqu'on fait une photo en bougeant trop vite l'appareil ou si le sujet se meut rapidement, par rapport à la vitesse de prise de vue de l'instantané. La conséquence est que l'animation manque de fluidité dans les gestes rapides, quand le déplacement est important d’un photogramme au suivant. Le rendu donne alors une impression de cisaillement, alors que dans la vie courante, l’œil humain est habitué à percevoir flou ce type de mouvements rapides.

Pour y remédier, en animation en volume, on bouge un peu le sujet lors de la prise de vue, dans la direction du mouvement que l'on veut représenter : c'est le go motion. Ces deux effets sont utilisés dans de nombreux courts métrages en volume, ainsi que dans la saga Star Wars par Phil Tippett : dans Star Wars, épisode IV : Un nouvel espoir les animations des créatures holographiques du jeu d'échecs (réalisées en stop motion) sont saccadées, alors que dans l'épisode V celles des tauntauns (réalisées en go motion) sont très fluides.

Dans les techniques traditionnelles avec caméra argentique, le fondu enchaîné de très courte durée (soft cut) était parfois utilisée pour réduire les saccades mais l’animation en volume bénéficie comme les autres formes d’animation de l’informatique car des logiciels permettent maintenant de lisser les mouvements enregistrés image par image, pour leur donner la fluidité nécessaire, par une détermination des déplacements clés, puis par un calcul du flou à appliquer entre chaque image. Ce calcul se fait en 2D, alors que les objets photographiés sont souvent des objets en volume sur plusieurs plans. Les films d'animation Magic Bullet et Twixtor utilisent ces techniques[réf. nécessaire].

Pixilation[modifier | modifier le code]

La pixilation (de l'anglais pixilated) est une technique d'animation similaire à l’animation en volume, où des objets sont filmés image par image, mais en diffère par l’utilisation de personnages en chair et en os.

Avenir[modifier | modifier le code]

De nos jours, cette technique a tendance à être remplacée par l'animation 3D, parce qu'elle est très contraignante. Cependant, certains réalisateurs reprochent à la 3D sa froideur d'expression, tandis que d'autres décident de mélanger les deux techniques, comme dans le film Les Noces funèbres de Tim Burton, principalement réalisé image par image, mais où certains effets trop complexes ont été faits en 3D.

Enfin, certains réalisateurs habitués à l'animation traditionnelle image par image, décident de réaliser leurs films en 3D en essayant de garder l'aspect et l'animation d'un film animé image par image, comme dans le film Souris City du Studio Aardman. L'utilisation de la 3D dans ce cas a été décidée à cause de l'importance de l'eau dans le film, l'eau étant particulièrement difficile à animer en stop motion.

Travaux possibles en amateur[modifier | modifier le code]

Grâce aux techniques de la photographie numérique, l'animation en volume est à la portée de l'amateur : Il n'y a plus de film à développer et le résultat peut être vérifié immédiatement, certains logiciels spécialisés, comme le logiciel libre Stopmotion, permettent de visualiser directement la scène obtenue et de la comparer avec les étapes précédentes.

Une solution économique pour des premiers essais consiste à utiliser une webcam. Celle-ci permet généralement la prise de vue depuis l'ordinateur mais est souvent limitée à une définition de 640 x 480 pixels.

Il est aussi possible d'importer toutes les images dans des logiciels de montage classiques comme Final Cut pour ensuite caler une bande son sur le film.

Le principe est toujours de photographier la scène image par image, un appareil de prise de vue commandé à distance est nécessaire pour garantir la stabilité lors du déclenchement. L'utilisation d'un caméscope télécommandable capable de vues fixes est possible, mais l'idéal est d'utiliser un appareil photo numérique déclenché depuis un ordinateur (par liaison série, FireWire ou plus généralement USB) et pouvant stocker les fichiers directement sur le disque dur géré par l'ordinateur. Des logiciels libres permettant cette fonction sont disponibles en téléchargement.

  • L'appareil de prise de vue doit être parfaitement stable de même que l'éclairage : il faut supprimer la lumière du jour, et conserver un éclairage fixe artificiel durant les longues prises de vue.
  • Le nombre de vues croissant rapidement avec la durée d'une séquence (250 images pour 10 secondes de film pour du pal ou secam), il est inutile d'utiliser une trop grande définition : elle sera réduite lors du passage au format vidéo,
  • Il est nécessaire d'utiliser un logiciel transformant la collection d'images fixes en film vidéo ; divers logiciels existent et permettent éventuellement le recadrage et le traitement (luminosité, teinte) de l'ensemble. Certains logiciels (le logiciel libre Stopmotion, gratuit Monkey Jam, ou gratuiciel comme Framed pour Mac, ou le logiciel assez onéreux Stopmotion pro, par exemple) permettent d'obtenir directement un fichier vidéo (AVI, MOV…) après la capture image par image. Si l'on doit retravailler les images (par exemple effectuer une incrustation sur fond vert ou bleu), il est préférable de conserver les images numérotées ou de compiler ces images en un fichier vidéo non ou peu compressé (DV, MJPEG…).
  • Un logiciel de montage vidéo permettra le montage final et l'ajout d'une bande son.

Quelques réalisateurs[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Georges Sadoul, Histoire du cinéma mondial, des origines à nos jours, Paris, Flammarion, , 719 p., p. 407-408
  2. Vincent Pinel, Dictionnaire technique du cinéma, Paris, Armand Colin, , 369 p. (ISBN 978-2-200-35130-4), p. 190
  3. (en) Charles Musser, History of the American Cinema, Volume 1, The Emergence of Cinema, The American Screen to 1907, , 613 p. (ISBN 0-684-18413-3), p. 462-463

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Peter Lord et Brian Sibley, Wallace et Gromit, l'album de famille, éditions hoëbeke - 1998

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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