Ladislas Starewitch

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Ladislas Starewitch
Description de l'image Starevich 1.jpg.
Nom de naissance Ladislas Alexandrovitch Starevitch
Naissance
Moscou
Drapeau de la Russie Russie
Nationalité Polonaise
Décès (à 82 ans)
Fontenay-sous-Bois
Drapeau de la France France
Profession Réalisateur
Films notables Le Rat des villes et le Rat des champs
Le Roman de Renard

Ladislas Starewitch[1], ou Ladislas Starevitch (russe : Владислав Старевич) né Władysław Starewicz du Clan Odrowąż, né le à Moscou, mort le à Fontenay-sous-Bois, est un réalisateur russe d’origine polonaise de films d’animation.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Moscou de parents polonais favorables à l’indépendance de la Pologne (la Pologne était alors divisée entre l’Empire allemand, l’Autriche-Hongrie et la Russie), il perd sa mère à l’âge de quatre ans et est élevé par ses tantes à Kovno, alors capitale de la Lituanie et qui fait partie aussi de l’Empire russe. Son père est pharmacien.

Durant son enfance, il s’intéresse au dessin, à la peinture et à l’entomologie.

En 1906, il épouse Anna Zimmermann. Ils ont deux filles, Irène (1907-1992) et Jeanne (dite Nina Star, 1913-1984). Il travaille au cadastre à Kovno et occupe ses loisirs à faire du théâtre, photographier, puis filmer. Il est l’un des cofondateurs du musée ethnographique de Kovno.

La Vengeance du ciné-opérateur, 1912.

Il réalise en 1909 deux courts-métrages sur la Lituanie, puis des films entomologistes à visée pédagogique. La difficulté de filmer des insectes vivants le conduit à utiliser des insectes morts, articulés avec du fil de fer. Il réalise en 1910 La Belle Lucanide, inspiré de la Belle Hélène, avec des scarabées. Avec La Vengeance du ciné-opérateur en 1911, il utilise la technique du film dans le film. Parti s’installer à Moscou, il y fait la connaissance d’Alexandre Khanjonkov, pionnier du cinéma russe. Il acquiert en quelques années une notoriété internationale pour ses films d’animations, et de dessins animés. La Cigale et la Fourmi, en 1911, est le film russe au plus grand tirage de l’époque, avec 140 copies, et le premier à être projeté en dehors de Russie, à Londres et à Paris, au Gaumont-Palace[2].

Starewitch se lance dans la prise de vues réelle en adaptant, conformément au goût de l’époque, de grands classiques de la littérature. Il emporte un grand succès en Russie avec le film La Nuit de Noël d’après Gogol en 1913, dans lequel le célèbre acteur Ivan Mosjoukine interprète le premier rôle. Il adapte aussi de Gogol La Terrible Vengeance et le Portrait, Rouslan et Ludmilla d’après Pouchkine, et Sniegourotchka d’après Ostrovski. Au début de la guerre de 1914-1918, il réalise quelques films satiriques, dont le Fils adoptif de Mars, satire politique du Kaiser et des généraux. La guerre l’empêche toutefois de poursuivre dans la voie de l’animation. Starewitch réalise alors surtout des films alimentaires, dont Stella Maris en 1919, tiré du roman de William John Locke[2].

Après la révolution de Février, Khanjonkov quitte Moscou pour Yalta, et Starevitch vient le rejoindre début 1918, dans cette zone où les Bolchéviks n’ont pas encore pris le pouvoir. Lorsque l’industrie cinématographique est nationalisée en 1919 par les Bolchéviks qui menacent de prendre le pouvoir en Crimée, il quitte Yalta pour l’Italie et s’installe rapidement et définitivement en France fin 1920.

Il y renoue avec le cinéma d’animation, avec Dans les griffes de l’araignée, histoire dramatique, réalisée en 1920 et sortie en 1924. Il s'établit à Joinville-le-Pont, puis à Fontenay-sous-Bois en 1924, où il travaille avec sa famille : sa femme Anna, fait les costumes, sa fille Nina est actrice, sa fille aînée Irène est son assistante.

Starewitch réalise durant cette période les classiques de sa filmographie : Les Grenouilles qui demandent un roi, Le Rat des villes et le Rat des champs d’après La Fontaine, La Voix du rossignol, Les Yeux du dragon, L’Amour en noir et blanc, dont les marionnettes représentent Charlie Chaplin, Tom Mix, Mary Pickford, La Petite Parade et L’Horloge magique[2]. Sa fille cadette, Nina, va jouer dans certains films, comme L'épouvantail, La reine des papillons , La Voix du rossignol ou La petite chanteuse des rues. Il s’agit de la période la plus féconde de son œuvre : il tourne environ deux films par an et son imaginaire et son talent se renouvellent dans chaque film.

En 1929 et 1930, il tourne son chef-d’œuvre, en collaboration avec sa fille Irène, son premier long métrage sonore en noir et blanc, qui est aussi le premier long métrage du cinéma d’animation, Le Roman de Renard, animant des personnages habillés de daim, de velours et de cuir, auxquels il donne véritablement vie : respiration, mouvements des yeux, etc. Le producteur, Louis Nalpas, fait échec, car il avait choisi pour le film la sonorisation sur disque, qui est tout de suite remplacée dans le marché para la sonorisation sur pélicule. Le film n’est diffusé qu’en 1937 en Allemagne où il remporte de nombreux prix et en 1941 en France, avant de tomber rapidement dans l’oubli.

Le film "Poussette" reste inachevé. Il existe encore quelques images tournées en 1931. En 1933, il envisageait un projet fantastique, "La Création du monde" . Ladislas Starewitch évoquait une mise en scène grandiose, en mêlant prises de vues réelles et animation. Malheureusement, le film reste seulement à l'état de scénario[3].

Il réalise en suite son autre œuvre de grande reconnaissance, la série du chien Fétiche, qui commence en 1933 avec Fétiche mascotte, dont la longueur originelle a été reconstituée en 2012 et qui est considéré comme un de ses films les plus créatifs. Il signe un contrat avec Marc Gelbart pour en faire une série avec ce personnage. Ensuite, il tourne Fétiche prestidigitateur (1934), Fétiche se marie (1935), Fétiche en voyage de noces (1936), Fétiche et les sirènes (1937, pas sonorisé). Fétiche père de famille (1937) reste inachevé, à cause des malversations du producteur. Seules 6 minutes sont tournées de ce dernier.

Pendant la guerre, il connaît une période difficile. Il tourne des films publicitaires, tandis que ses œuvres des décennies précédentes tombent dans l’oubli et que sa fille aînée perd la vue. De ces films, aucun n'a été conservé à présent.

En 1946, Starewitch commence à préparer "Le songe d'une nuit d'été" d’après Shakespeare, mais il reçoit des chèques sans provisions de la part du producteur et décide de tout aréter en 1948. Les marionnettes et quelques décors avaient étés fabriqués[4]. Il réalise en collaboration avec Sonika Bo Zanzabelle à Paris, qui remporte la médaille d'or dans la catégorie "Films pour enfants" au Festival de Venise[5].

En 1949 il réalise son premier film en couleurs, Fleur de fougère, sur une légende scandinave et remporte le premier prix du meilleur dessin animé au XI ème festival du film pour enfant organisé dans le cadre de la biennale de Venise. Ensuite, il tourne deux films en collaboration avec Sonika Bo, Gazouilly petit Oiseau et Un dimanche de Gazouillis. En 1956 il met en scène un renard, un lapin et un ourson, Patapouf, dans Nez au vent. Du au succès de ce court métrage, Patapouf et le lapin réapparaissent dans Carrousel Boréal, son dernier film.

Il décès en 1965 en laissant Comme chien et chat inachevé.

Ladislas Starewitch est considéré comme un précurseur du cinéma de marionnettes, ou poupées animées[1]. La plupart de ses films de la période tsariste sont perdus mais ses films français sont actuellement disponibles en DVD[5]

Les Marionnettes et le tournage[modifier | modifier le code]

Elles ont une structure entièrement articulée en fil de fer (cuivre ou plomb) et bois léger, ensuite recouverte de peau de chamois et habillée en divers tissus. La tête est sculptée dans du bois léger et recouverte de peu de chamois aussi. Les yeux sont en perles ou en ver. Elles sont capables de mouvoir les yeux, la bouche, les paupières, et les sourcils grâce à la peau de chamois, qui peut être plissée à volonté pour donner les expressions nécessaires. Certaines sont munies de mécanisme pour respirer. La taille des marionnettes varie selon les plans du tournage : 5-10 centimètres pour les plans éloignés, 20-30 centimètres pour les plans moyens. Les plus grandes marionnettes sont celles du Roman de Renart, dont le lion mesure environ 80 centimètres. Certaines étaient utilisées dans divers films. Par exemple, dans Fétiche mascotte, on peut voir des marionnettes de L'épouvantail, La petite Parade, L'horloge magique…

Sur la table de tournage sont posées des plaques liège qui permettent de fixer la marionnette debout grâce à des clous qui traversent les pieds. Les films sont réalisés image par image, en stop-motion. Pour qu'il n'y ait pas des sauts de lumière entre chaque image, Starewitch modifiait ses caméras pour que la lumière du plateau soit directement proportionnelle au temps d’exposition de la pellicule. Pour les mouvements rapides, il bougeait la marionnette pendant l'exposition, cela donnant du blurr au mouvement. Pour les courses-poursuites, bien nombreuses dans ses films, la marionnette était suspendue avec des fils invisibles. Pendant le tournage, celle-ci est animée en courant vers une direction, pendant qu'un décor déplaçable enfile vers l'autre, ce qui au final donne un effet saisisant. Il utilisait aussi des projections de vues réelles.

Postérité[modifier | modifier le code]

Depuis 1991, Léona Béatrice Martin-Starewitch, petite fille de Ladislas Starewitch, accompagnée de son mari, restaure et diffuse les films de son grand-père.

Le cinéaste Terry Gilliam range Fétiche mascotte au nombre des dix meilleurs films d’animation de tous les temps[6].

En 2005, Xavier Kawa-Topor et Jean Rubak adaptent trois films courts de Starewitch en long-métrage, sur une musique de Jean-Marie Sénia. Le film, intitulé Les Contes de l'Horloge Magique contribue à la reconnaissance par la presse et le public du génie de Starewitch.

En 2009, Wes Anderson a rendu hommage au Roman de Renard dans Fantastic Mr. Fox [7].

En 2012, un nouveau film de Ladislas Starewitch a été reconstitué, Fétiche 33-12. Il s'agit de la version originale du film Fétiche mascotte, film de 1933 d'environ 1000 m, mais réduit par les distributeurs à 600 m.

En 2014, la ville de Fontenay-sous-Bois et son service Archives-Documentation organisent avec la famille Martin-Starewich des journées d'étude Ladislas Starewich au cinéma municipal Le Kosmos avec la diffusion de l'ensemble des films de Starewitch conservés, soit plus de 7 heures de projection sur deux jours[8].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Éditions en DVD[modifier | modifier le code]

  • Le monde magique de Ladislas Starewitch, Doriane Films, 2000.

Ce DVD comprend les films Le lion devenu vieux, Le rat des villes et le rat des champs (version sonorisée de 1932) Fétiche mascotte et Fleur de Fougère.

Bonus: Le rat des villes et le rat des champs ( version muette de 1926)

  • Le Roman de Renard, Doriane Films, 2005.

Bonus: Fétiche en voyage de noces

Contient La Petite Chanteuse des rues, La Petite Parade et L’Horloge magique.

Direction artistique Xavier Kawa-Topor. Réalisateur additionnel Jean Rubak. Musique de Jean-Marie Sénia. Avec la voix de Rufus.

  • The Cameraman's Revenge and other fantastic tales, Milestone, Image entertainement, 2005

Contient La Vengeance du ciné-opérateur, Le Noël des insectes, Les Grenouilles qui demandent un roi(version courte), La voix du rossignol, Fétiche mascotteet Carrousel boréal.

Cette version n'a pas payé pour les droits de l'œuvre de Starewitch.

  • Les Fables de Starewitch d’après la Fontaine , Doriane Films, 2011.

Contient Le lion et le moucheron, Le Rat des villes et le Rat des champs, Les Grenouilles qui demandent un roi, La Cigale et la Fourmi (version de 1927), Le lion devenu vieux et Comment naît et s'anime une ciné-marionnette.

Bonus: Le lion devenu vieux (version avec narration française) et Le rat des villes et le rat des champs (version sonorisée de 1932)

  • Nina Star, Doriane Films, 2013.

Comprend les films L'Épouvantail, Le Mariage de Babylas, La Voix du rossignol et La reine des papillons.

Bonus:Le mariage de Babylas (colorisé), La reine des papillons (version distribuée au royaume uni)Comment naît et s'anime une ciné marionnette

  • L'homme des confins, Doriane Films, 2013.

Contient Dans les griffes de l'araignée, Les Yeux du dragon et Amour en noir et blanc .

Bonus: Les yeux du dragon (version sonorisée de 1932), Amour noir et blanc (version sonorisée de 1932) et Comment naît et s'anime une ciné marionnette

  • Fétiche 33-12, Doriane Films, 2013

Bonus: Fétiche mascotte, Gueule de bois, Comment naît et s'anime une ciné marionnette

  • Les aventures de Fétiche, Doriane Films, 2014

Comprend les films de la série de Fétiche : Fétiche mascotte, Fétiche prestidigitateur, Fétiche se marie, Fétiche en voyage de noces et Fétiche chez les sirènes.

Bonus : Fétiche père de famille (inachevé), Des essais, des études de mouvement, images non retenues, proposition de placement de marque et " Comment naît et s'anime une ciné marionnette.

  • Coffret Ladislas Starewitch 1882-1965, 5 DVD , Doriane Films, 2015

Comprend les programes Nina Star, L'homme des confins, Fétiche 33-12 et Les aventures de Fétiche et un fascicule de 12 pages avec des illustrations et trois textes

("Le voyage initiatique" de Ladislas Starewitch, biographie, filmographie).

Récompenses[modifier | modifier le code]

  • médaille Hugo Reisenfeld pour la Voix du Rossignol.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Selon la transcription qu’il a lui-même adoptée en français. Lenny Borger, « Ladislas Starewitch : le magicien de Kovno », p. 73.
  2. a, b et c Lenny Borger, « Ladislas Starewitch : le magicien de Kovno », p. 78-80.
  3. Leona Béatrice Martin-Starewitch et François Martin, « Ladislas Starewitch 1882-1965 », p. 402.
  4. Leona Béatrice Martin-Starewitch et François Martin, « Ladislas Starewitch 1882-1965 », p. 274.
  5. a et b « Ladislas Starewitch »
  6. Terry Gilliam, « The 10 best animated films of all time », The Guardian, 27 avril 2001.
  7. http://www.imdb.com/title/tt0432283/trivia?tab=mc
  8. Fontenay va recréer l’univers magique de Ladislas Starewitch, Russia Beyond The Headlines.

Ladislas Starewitch 1882-1965

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Documents d'époque[modifier | modifier le code]

  • « Les poupées animées de W. Starewitch », Cinéa-Ciné pour tous, 15 décembre 1923, pp. 19-20. [lire en ligne], sur Gallica.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lenny Borger, « Ladislas Starewitch : le magicien de Kovno », dans Le Cinéma russe avant la révolution, ouvrage collectif, Éditions Ramsay / Réunion des musées nationaux, coll. « Ramsay Cinéma », 1989.
  • Jean-Pierre Pagliano, « Starewitch au pays des merveilles », Positif, n° 352, juin 1990.
  • Léona Béatrice Martin & François Martin, Ladislas Starewitch 1882-1965, L’Harmattan, « Champs visuels », 2003.
  • Xavier Kawa-Topor et François Martin, Ladislas Starewitch, magicien des ciné-marionnettes, édition Forum des images/Afca/L'Equipée, photographies de L. Starewitch, 2003.
  • Xavier Kawa-Topor & Jean Rubak, L'Horloge Magique un conte de Ladislas Starewitch, Actes Sud Junior, 2004

Liens externes[modifier | modifier le code]