Marie-France Briselance

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Marie-France Briselance
Description de cette image, également commentée ci-après
Marie-France Briselance, en 2013.
Naissance
Dole (Jura)
Décès
Paris
Activité principale
écrivaine, scénariste
Distinctions
chevalier Arts et Lettres
Auteur
Langue d’écriture français
Genres
romans, essais

Œuvres principales

La Bougeotte (roman),
Massinissa le Berbère (roman),
Grammaire du cinéma (essai cinéma, coauteur),
Le Personnage (essai cinéma, coauteur)

Marie-France Briselance, née le à Dole, dans le Jura, et décédée le [1] à Paris, est une romancière, essayiste et scénariste française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Débuts à la télévision[modifier | modifier le code]

"Les Indiens d'Amérique du Nord", série jeunesse sur FR3, de Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin. Couverture de Télérama (novembre 1977) reproduisant une œuvre de George Catlin.

Après une maîtrise d'Histoire de l'art, sous la direction de Jacques Thuillier[2], Marie-France Briselance bifurque vers le cinéma, analysé en tant que source historique propre, et fait partie des tout premiers étudiants de Marc Ferro à l'École pratique des hautes études de Paris. Au cours d’un séjour à New-York, en 1972, elle réussit à prendre contact avec les militants des Panthères noires (Black Panthers), plus précisément avec l’un de leurs avocats, à qui elle se propose d’acheter des documents filmés tournés dans les prisons où s’entassent les militants du Pouvoir noir (Black Power). C’est ce qui décide Marc Ferro à la faire engager par Pathé-Cinéma comme assistante sur une série de treize films documentaires qu’il doit produire pour la Librairie Hachette, Images de l'Histoire.

En 1975, Marie-France ouvre sa propre voie en proposant à FR3 les séries Les Indiens d’Amérique du Sud, puis Les Indiens d’Amérique du Nord. Malgré leur courte durée (douze fois 13 minutes) et la modicité de leurs budgets (pas de tournage professionnel sur place, mais des reproductions de peintures et de gravures et des extraits de films de voyage), l’impact commercial est important, les deux séries sont vendues à une quarantaine de pays et diffusées à l'époque aux États-Unis par l’université de Princeton. La raison de ce succès s’explique par le ton nouveau du commentaire ; le ton habituel de l’ethnologie est remplacé ici par le point de vue même des Indiens, dont Marie-France porte haut la voix. À tel point que Télérama[3] et L'Humanité[4] décident d’accompagner la présentation de la série par des articles de fond sur les Indiens du Nord. Télérama[5] livre même une couverture exceptionnelle, avec une gravure du voyageur et dessinateur George Catlin, montrant un chasseur de bisons.

Ces émissions sont destinées aux créneaux « jeunes » et font l’envie des téléspectateurs adultes. « Si cela continue », écrit Claude Sarraute, « on va finir par faire comme les enfants, s'instruire à la sauvette, avant dîner, profiter de ces documentaires découpés à leur intention en tranches minces, faciles à avaler, à digérer. Un régal : clarté, simplicité, pas d'effets, des images, des faits. Surprenant parfois[6]. » Si la série sur le Nord utilise des musiques prises sur le vif, Les Indiens d’Amérique du Sud bénéficie d’une musique originale due au chanteur péruvien Waskar Amaru, qui fait l’objet d’un disque vinyle[7].

En collaboration avec son mari, Jean-Claude Morin, réalisateur et scénariste[8], Marie-France Briselance sort en 1978 une série spéciale, Les Aventuriers de la mer, toujours pour FR3. C’est l’histoire de la piraterie et de la course, agrémentée d’extraits de films de fiction, où corsaires et pirates croisent le fer avec les marines officielles. Cette série n’est pas destinée à être vendue à l’étranger, à cause de ces extraits dont les droits ne sont acquis par la chaîne française que pour un seul passage sur son antenne. Son rythme et la somme de connaissances qu’elle apporte dans son sillage, font que Télérama[9], encore une fois, lui consacre sa couverture. L’un des épisodes est intitulé Les Négriers, et c’est la première fois que le sujet de la traite des Noirs, appelée aussi Commerce du bois d’ébène, ou Commerce triangulaire — Europe/Afrique/Amérique, apparaît en Europe dans une émission historique grand public (en 1977, l'Américain Alex Haley reçoit le prix Pulitzer pour son roman Racines, qui fait aussitôt l'objet d'une adaptation télévisée, Racines sur la chaîne ABC).

Série Les Africains[modifier | modifier le code]

Marie-France Briselance propose alors à FR3 une nouvelle série pour la jeunesse, Les Africains. Dans les quatre premiers épisodes, avec le concours du chercheur malien Youssouf Tata-Cissé, elle raconte le Moyen Âge de l’Afrique occidentale, avec les grands empires fondateurs, l’empire du Ghana (ruines de sa capitale Koumbi), dit empire du Wagadou, et l’empire Songhaï (capitale Gao). « Un commentaire précis et émouvant, qui ne sombre jamais dans la monotonie du documentaire. Une belle saga qui mériterait une plus large audience » note Télérama[10]. Allusion à la destination jeunesse de la série, car à l’époque le public adulte ne connaît de l’Afrique que le point de vue ethnologique, les rites et les coutumes, danse d’initiation et rythme des pilons à céréale dans les mortiers. « Le retour aux sources que M.-F.Briselance nous fait faire en fédérant les matériaux les plus disparates autour d'un commentaire simple et efficace, nous restitue à la fois une subjectivité africaine et une objectivité historique. Les charmes artistiques du récit et une information riche, formatrice, sur ce que fut l'Afrique avant nous, sans nous, ni un pays de cocagne peuplé d'idylliques sauvages, ni un monde sans culture et sans industries, un monde d'hommes avec sa part belle d'ignominies, sa soif inépuisable de justice, ses exploiteurs et ses exploités, un monde toujours remis en question. » souligne le quotidien Midi libre[11].

Mais, en s’attelant, dans les deux derniers épisodes au récit de La Traite, et au Partage de l’Afrique, deux sujets qui, dans les années 1980, sont encore tabous en France, Marie-France Briselance ignore avec témérité le conseil amical que le cinéaste-ethnologue Jean Rouch lui avait donné en la recommandant auprès de Youssouf Tata Cissé : « Parlez de l’histoire de l’Afrique, oui! Mais ne dépassez pas la bataille de Tondibi ». Ainsi, il lui avait conseillé d’arrêter son récit au 12 avril 1591, quand l’empire songhaï avait été battu par les armées marocaines, amorçant le déclin sans fin de l’Afrique de l’Ouest, avec la mise en place des chemins de la traite vers le monde arabe, Égypte et Moyen-Orient, et l’amorce du commerce négrier européen outre-atlantique. La conquête militaire de l'Afrique de l'Ouest par les Français devait céder le pas dans toute évocation historique aux seules explorations pacifiques et aux échanges commerciaux les plus équitables. Une personnalité africaine célèbre, Boubacar Joseph Ndiaye, conservateur de la Maison des esclaves de l'île de Gorée (Sénégal), avait au contraire encouragé Marie-France Briselance à bien rappeler que l'économie de l'Afrique « était depuis toujours basée sur l'esclavage », et « n'oubliez pas : il n'y aurait pas eu d'acheteurs (d'esclaves) s'il n'y avait pas eu de vendeurs! ». Les commentaires de La Traite et du Partage de l'Afrique sont particulièrement virulents. Le premier commence en suivant le conseil de Joseph Ndiaye, puis il décrit la véritable industrialisation apportée par les Européens et les Américains blancs dans le trafic (longtemps légal) des êtres humains, tel que le pratiquaient les Africains eux-mêmes et les premiers profiteurs de coutumes ancestrales que furent les Marocains, avec des flots de souffrances, des révoltes désespérées et des châtiments cruels. Les dernières paroles du texte sont terribles : « On peut dire que les villes de Philadelphie, Boston, Nantes et Bordeaux sont bâties avec la chair et le sang des Africains ».

Le second commentaire rappelle que des personnalités aussi fortes et progressistes que Jules Ferry, l'initiateur de l'École publique et obligatoire, ministre des Affaires étrangères dans les années 1880, considéraient l'expansion coloniale de la France en Afrique et au Tonkin (Viêt Nam) comme l'une des activités les plus lucratives, auxquelles pouvait se consacrer la République française. Marie-France Briselance utilise les commentaires conservés par l'armée coloniale elle-même, à Aix-en-Provence, pour évoquer les faits d'armes, les conquêtes affublées du terme de « pacification ». Crûment exposé, sur un ton détaché, presque statistique, Le Partage de l'Afrique révèle d'autant plus sa violence. Le succès commercial de la série Les Africains était assuré. À Cannes, au cours du quinzième Marché international des programmes de télévision (MIPTV), l'envoyée spéciale du Figaro, Marie-Dominique Lancelot, rapporte ce succès dans un article intitulé Les Enfants d'abord : « On se presse sur le stand de FR3 pour visionner à tours de regards Les Africains, série qui fait une digne suite aux Indiens ». Le service commercial de FR3 estimait à plus de quarante les acheteurs potentiels des Africains. Certains responsables des télévisions étrangères, comme la Suède, avaient même refusé d'acquérir les séries des Indiens en déplorant que les Français étaient prêts à fustiger et condamner conquistadores et esclavagistes américains, mais qu'ils rechignaient « à balayer devant leur porte ». Ils avaient été les premiers à acheter les droits de diffusion des Africains. Mais c'était sans compter sur le poids de la politique dans l'audiovisuel français.

La lettre anonyme ayant provoqué l'embargo des ventes à l'étranger en 1980

Le 16 mars 1980, une lettre anonyme, envoyée par un téléspectateur de Marseille, était adressée à différentes personnalités locales ou nationales, et aux différentes directions de FR3 (l'une d'elles fera parvenir à Marie-France Briselance un exemplaire, bien qu'elle lui « semblait mériter la poubelle »), dénonçant le manque d'information des auteurs, suggérant d'aller « pour éclairer votre religion, à l'école de médecine navale de Bordeaux, voir, inscrits sur une stèle, les noms des trop nombreux médecins des ex Troupes coloniales, morts au service de ces populations d'outre mer en luttant contre les endémies qui étaient en train de les faire disparaître ». Ce texte ferait sourire aujourd'hui, l'auteur courageux qui n'osait pas signer, n'a même pas eu la franchise d'un Jules Ferry, lui qui ne mâchait pas ses mots et ne faisait pas prendre pour de la philanthropie une aventure coloniale juteuse sur le plan financier. Mais en 1980, la cible était atteinte. Le ministère de la Défense, respectant le droit d'expression des auteurs, envoya une simple protestation écrite à la direction de la chaîne, s'élevant « contre le fait de traîner l'armée française dans la boue ». En revanche, les liens de coopération avec l'Afrique de l'Ouest, après la décolonisation récente (moins de vingt ans) et la survenue brutale du deuxième choc pétrolier, qui faisait craindre un combat féroce sur les marchés énergétiques arabes, poussèrent un ministre du gouvernement de Valéry Giscard d'Estaing à intervenir en personne auprès de la direction de FR3 pour obtenir une interdiction de diffuser de la série Les Africains, et pour évincer les auteurs. L'interdiction n'étant plus possible, la série venait d'être diffusée et bien reçue par la critique et le public jeune, restait l'embargo sur les ventes à l'étranger, qui pouvait punir les coupables en les privant du fruit mérité des redevances commerciales (royalties). C'est cette dernière solution qui fut choisie, bloquant les ventes futures, obligeant le service commercial à respecter les seuls contrats signés fermes au MIPTV, soit douze télévisions étrangères.

Sim, dans Les Rats de cave (1981).

Il fallait encore empêcher Marie-France Briselance et le réalisateur Jean-Claude Morin de s'exprimer sur la chaîne. La plupart des responsables obéirent sans états d'âme, et renvoyèrent les projets, pourtant déjà acceptés, mais il faut souligner que certains s'opposèrent vivement à cette censure a posteriori. Citons Claude Lemoine, numéro deux de la chaîne, qui signa par la suite - sans risque de veto de la part de la hiérarchie - chaque nouveau contrat proposé aux auteurs, mais aussi Odile Lereec, conseillère régionale de programmes, qui leur permit de réaliser d'autres films, comme Les Rats de cave, une comédie loufoque que Claude Lemoine accepta dans le créneau "divertissements" dont il était responsable, et qui fut produit par Odile Lereec. Le Brin de muguet fut produit plus tard (1983, diffusion 1984), toujours selon le même état d'esprit. L'arrivée de la gauche au pouvoir en mai 1981 balaya - mais trop tard sur le plan commercial - cet embargo idéologique. Cependant, lorsque Paul Paviot et Michel Kuhn, alors directeurs régionaux de programmes, proposèrent un nouveau passage de la série Les Africains pour compenser le préjudice moral subi par ses auteurs, il leur fut répondu par les dirigeants nouveaux de la chaîne « que ces émissions avaient été contestées par la droite, et qu'elles restaient contestables pour la gauche ». La politique française en matière de relations avec l'Afrique et le monde arabe restait la même au-delà du clivage traditionnel gauche-droite.

Avec Sim, du rire aux larmes[modifier | modifier le code]

Marie-France Briselance doit les deux téléfilms qui suivent cet épisode censorial à ceux des administrateurs de FR3 qui refusèrent de s'acharner sur une scénariste que la présidence avait mise K.-O. et qui lui offrirent la possibilité de continuer à écrire des sujets pour la chaîne.

France Dougnac et Sim dans "Le brin de muguet" (1984).

Les vertus cathartiques du premier, Les Rats de cave, tourné en 1981, sont évidentes. L'inspecteur Armagnac (Sim) est un rat de cave, c'est-à-dire un inspecteur des contributions, chargé de vérifier le stockage des alcools dans les caves, éclairé avant l'arrivée de l'électricité par un maigre lumignon du même nom, un rat de cave. Armagnac enquête sur un groupe de bouilleurs de crus interlopes dirigé par un certain Bourguignon (Romain Bouteille) qu'il défie à la fin en duel au pistolet. La particularité de l'esprit de fouine d'Armagnac, c'est qu'il raisonne par analogie, ce qui ne manque pas de provoquer dans ses recherches de savoureux quiproquos, mais le mène irrésistiblement à trouver la solution. La critique Carole Sandrel écrit : « C'est une joyeuse fantaisie où tout est permis : jeux de mots, à peu près, coq-à-l'âne. Chercher une vraie trame à cette histoire folle est inutile. La gaieté, la bonne humeur, les gags et les idées priment »[12]. En "Brigade anti-goutte", spécialiste de la bavure policière, le groupe Ange participe à ce joyeux délire, en référence aux années 1950, où l'on appelait également "rats de cave" les jeunes qui fréquentaient à Paris les sous-sols de Saint-Germain-des-Prés, découvrant les charmes du rock 'n' roll.

Le second téléfilm, Le Brin de muguet, diffusé en 1984, est sur un registre tout à fait opposé. L'histoire raconte comment un vieil amoureux transi (Sim) en vient à perpétrer un crime parfait pour se débarrasser du mari (Jean-Yves Gautier) de la femme qu'il aime (France Dougnac). Il connaît bien l'arme du crime, c'est la marée. Citons Télérama : « Dans son premier rôle dramatique, vous allez découvrir un Sim méconnaissable : plus de grimaces, plus de tics. Sur son visage mangé par la barbe, seul le regard parle. Et avec une intensité pathétique. Il y a en particulier cette scène d'amour - ou plutôt, ce dialogue avec Marie - où passe une immense tendresse de chien fidèle. »[13]

Les romans[modifier | modifier le code]

Dames sans roi (1984)[modifier | modifier le code]

C'est alors que Marie-France Briselance publie son premier roman, Dames sans rois, qui raconte les tribulations amoureuses et professionnelles d'une jeune historienne, Catherine, qui épouse une haute-contre dont la fidélité n'est pas le premier souci. Pierrette Rosset intitule son article dans Elle : « Le grand air de Marie-France ». « Elle n'est pas banale !... Ce que l'on ne vous a pas encore dit, c'est que Marie-France Briselance a la manière, le truc, la magie, bref, le style. Cette jeune femme aux cheveux frisés et au nez pointu (un nez très amusant), a l'art de rhabiller le quotidien et de nous le servir fort changé (et mystérieusement ressemblant)... "J'aurais aimé être cantatrice, soupire Marie-France, mais je chante faux." Seulement, coup de chance, elle écrit juste »[14]. Martine Laval, dans les pages « Livres » de Télérama, conclut : « Un premier roman plein d'humour corrosif et de tendresse. Tonique comme de la vitamine ! »[15] Quant à Bertrand Jérôme, dans son émission radio Le Cri du homard, il relève « une désinvolture qui n'est pas pour nous déplaire, un manque de sérieux réconfortant »[16].

Photogramme de "La Bougeotte", téléfilm réalisé par Jean-Claude Morin, avec Delphine Rich et Jacques Gamblin.

Tandis que Guy Mauratille s'offusque un peu des libertés que prend l'écrivain : « n'étaient une crudité de langage et quelques descriptions scabreuses, cet excellent roman pourrait rallier le lecteur le plus difficile tant l'histoire est drôle, le ton impertinent, l'humour décapant. Une multitude de personnages bien ciselés »[17]. Dans Lu, Bernard Guérin est fier de découvrir Marie-France : « Dames sans rois s'impose par une invention continuelle, une drôlerie qui fait rire, certes, mais souvent émeut, car l'auteur a le réel talent de ne pas se départir du ton qui lui est propre, fait d'une férocité toujours à l'affût mêlée d'ironie tendre »[18].

La Bougeotte (1987)[modifier | modifier le code]

Son deuxième roman, La Bougeotte, sera adapté en téléfilm pour France 3, en 1996, ce qui provoque une réédition chez Buchet-Chastel et pour Le Grand Livre du mois. Comment faire fortune lorsqu'on est valet de ferme et presque analphabète ? « Avec son humour, sa fantaisie et sa tendresse pour les petites gens, Marie-France Briselance n'est pas sans rappeler Louis Pergaud et Marcel Aymé, deux écrivains pour lesquels elle éprouve une tendresse débordante. Coïncidence ? »[19] Intitulant son article « In the mama », la revue Lesbia, malgré et peut-être à cause du personnage de la mère, femme « hétérote », affirme : « eh bien, on ne peut s'empêcher de tomber sous le charme dès les premières pages... La mère, dans ce roman, n'est pas seulement une femme, elle représente LA femme dans toute sa splendeur et dans tout son destin... Parmi tous ses enfants, son préféré restera toujours son mari »[20].

Massinissa le Berbère (1990)[modifier | modifier le code]

Massinissa le Berbère, son roman le plus remarquable, a remis à l'honneur le Charlemagne de l'Afrique du Nord, le roi Massinissa (238 av. J.-C.-148 av. J.-C.), dont le personnage historique avait été malmené et minoré dans les siècles passés, aussi bien dans son pays qu'en Europe, sous l'influence de Tite-Live. L'historien latin poursuivait un but politique précis en décrivant Massinissa : diminuer l'importance de l'apport militaire des Berbères dans la prise de Carthage (dont Massinissa ne vit pas la chute) en donnant de leur grand roi une image peu reluisante. Plus tard, le dramaturge Pierre Corneille s'accordera sur le modèle romain pour sa pièce Sophonisbe qui met en scène un roi berbère lâche et sans honneur. Marie-France Briselance s'est affranchie de l'influence de Tite-Live et a recherché ses sources dans l'ouvrage d'Appien d'Alexandrie, Des guerres des Romains, l'historien grec n'ayant pas les mêmes motivations impérialistes que son prédécesseur Tite-Live. La Presse de Tunis analyse le texte : « Le but de l'auteur n'est pas seulement de reconstituer les événements d'une manière concrète, et de peindre ces sociétés, leurs mœurs et activités mais également de réfuter les idées reçues... Ainsi Massinissa qu'elle réhabilite : c'est une invitation à l'esprit critique du chercheur... Dans cet ouvrage, nous sommes loin des cours théoriques de l'histoire de Carthage, des Numides et des Romains, mais au cœur même de la Numidie au IIe siècle avant l'ère chrétienne »[21]. Le Journal du Parlement conclut : « Plus qu'instructif, ce livre est indispensable aux amateurs de l'Histoire de l'Afrique du Nord »[22].Dans le Magazine littéraire, Pierre-Robert Leclercq estime que l'auteur, « historienne, n'a rien négligé des écrits portant sur la vie de Massinissa et du monde de son temps. Mais elle n'a pas oublié qu'elle est romancière »[23]. Le succès du livre en Afrique du Nord (quatre éditions différentes en français et une édition en arabe) infléchit l'image négative liée à Massinissa. La dernière réédition est parue en Algérie en 2012, et sous la poussée de l'histoire, les Berbères d'aujourd'hui s'identifient dorénavant plus à Massinissa, roi cultivé et conscient de la notion de « raison d'état », qu'à Jugurtha, l'un de ses petits-fils, qui fut la figure emblématique de la révolution algérienne, en tant que martyr, vaincu et humilié, choisissant le désespoir haineux plutôt que l'habileté diplomatique de son grand-père.

L'Impératrice et le marsouin (1994)[modifier | modifier le code]

C'est en feuilletant les papiers militaires de son arrière-grand-père qui avait tiré au sort un mauvais numéro lui imposant un service militaire de six ans, que Marie-France Briselance découvre que son valeureux ancêtre - mort dans son lit, dans la région de Morteau où son passé militaire lui avait valu l'obtention d'un débit de tabac, peu rentable car en pleine zone de contrebande - avait participé à la Campagne de Cochinchine, sous le règne de Napoléon III, au milieu du XIXe siècle, qui fit du Viêt Nam une colonie française. L'écrivain obtient une Mission Stendhal des Affaires étrangères, qui lui permet de séjourner au Viêt Nam pendant six semaines, au moment où le pays commençait frileusement à ouvrir ses portes aux étrangers. Revenue en France, elle écrit son quatrième roman : L'Impératrice et le marsouin. Pourquoi l'impératrice ? Marie-France a lu que son ancêtre a serré la main de Napoléon III et a salué - honneur insigne - l'impératrice à qui il a été présenté. Épisode vrai ou faux, le motif apparaît suffisamment intéressant aux yeux de l'auteur pour qu'elle se refuse à négliger ce souvenir d'ancien combattant. Le personnage de Benjamin est un marsouin, c'est-à-dire un artilleur des Troupes de marine (infanterie dépendant de l'Armée de terre). Là-bas, ses qualités d'écoute lui font assimiler rapidement la langue vietnamienne. Du coup, il devient le traducteur du régiment et chapeaute même deux Annamites, Petrus et Paulus. Au début, le latin qu'ont enseigné les missionnaires bien avant l'expédition militaire, permet de communiquer entre les Français (Benjamin a été enfant de chœur) et les indigènes catholiques. L'hebdomadaire catholique La Vie écrit : « Un style fluide, prompt à passer du rire à l'émotion, l'art de trousser un récit, le sens du suspense sont autant d'ingrédients qui concourent à faire de L'Impératrice et le marsouin un roman captivant qui se lit d'une seule traite. »[24]

La Lectrice à la sandale (1999)[modifier | modifier le code]

Marie-France Briselance livre son dernier roman, La Lectrice à la sandale, un texte court - moins de 100 pages - marqué par le désespoir. Le titre rappelle le suicide du philosophe grec Empédocle, dont on ne retrouva sur les flancs brûlants de l'Etna que ses deux sandales, soigneusement rangées côte à côte. C'est dans l'Ill, la rivière qui traverse Strasbourg, que se jette cette lectrice qui travaille à traduire des papyrus égyptiens dormant dans les rayonnages de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg. Ils relatent comment Petésouchos et Kephalas, tisserands dans l'Égypte occupée par les Romains, comprennent que « le chemin est bloqué » quand les scribes viennent leur demander de payer l'impôt, ce qui leur est impossible, compte tenu de leur misère, et que les hommes de mains des scribes les noient dans le canal d'irrigation. Sous la plume de Pierre-Robert Leclercq, on peut lire dans Le Monde : « Un RMI ne sauve pas du désespoir. Le sujet est devenu banal, mais, et c'est là toute la force de son récit, (l'auteur) le traite d'une façon des plus originales... En un texte dense et sans sensiblerie, cette nouvelle nous dit sur les exclus plus que de longs discours »[25].

Activités pédagogiques[modifier | modifier le code]

Tout en continuant à écrire des documentaires diffusés par France 3, Marie-France Briselance crée et dirige un atelier d’écriture de scénarios à l’Université Bordeaux III Michel de Montaigne, de 1993 à 2007, et dirige la pédagogie du Conservatoire européen d'écriture audiovisuelle (CEEA – Paris) de 2001 à 2003.

Activités militantes[modifier | modifier le code]

Elle fait partie du comité de direction de la Société des gens de lettres, administratrice, trésorière, vice-présidente ou secrétaire générale, de 1982 à 2008, et lance notamment l’idée qui débouche sur la création par la SGDL et le Syndicat national de l'édition (SNE), de la Société française des intérêts des auteurs de l’écrit (SOFIA), société de perception du droit de prêt en bibliothèque, dont elle trouve le nom et à laquelle les pouvoirs publics donnent en 2004, sur une proposition de Marie-France Briselance, la mission de financer à 50 % la retraite complémentaire des écrivains qui en étaient dépourvus jusqu'à présent. En 1997, alors présidente de l'Agessa, elle obtient la carte annuelle d'affiliation à la Sécurité sociale pour les écrivains et les artistes qui devaient auparavant se contenter d'une carte temporaire renouvelable. Le 15 novembre 1996, sous son nom marital, Marie-France Morin (que l'administration concernée lui maintient, malgré sa demande pressante d'être nommée sous son seul patronyme), elle est nommée Chevalier dans l'Ordre des Arts et des Lettres par Philippe Douste-Blazy, alors ministre de la Culture.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

Essais[modifier | modifier le code]

  • Le Louvre, le plus grand musée du monde : Antiquités égyptiennes, d'après le scénario Les Larmes d'Isis, ou le temps des pharaons, qu'elle avait rédigé pour TF1, Tokyo, NHK, , 191 p. (ISBN 4-14-008421-9)
  • Le Louvre, le plus grand musée du monde : L'Art du Moyen Âge, d'après le scénario Le Cinquecento et François 1er, qu'elle avait rédigé pour TF1, Tokyo, NHK, , 191 p. (ISBN 4-14-008423-5)
  • Le Louvre, le plus grand musée du monde : Le Siècle de Louis XIV, d'après le scénario L'Ordre et le désordre, ou le siècle de Louis XV, qu'elle avait rédigé pour TF1, Tokyo, NHK, , 191 p. (ISBN 4-14-008426-X)
  • Histoire de L’Afrique : Tome 1 Les Grands empires (préf. Siradiou Diallo), Paris, Jeune Afrique, , 189 p. (ISBN 2-85258-388-7)
  • Histoire de L’Afrique : Tome 2 Les Conquérants (préf. Siradiou Diallo), Paris, Jeune Afrique, , 191 p. (ISBN 2-85258-389-5)
  • Voyage en Franche-Comté littéraire (préf. Jacques Bens), Besançon, Cêtre, , 247 p.
    édition brochée (ISBN 2-87823-001-7) édité erroné (notice BnF no FRBNF35491748), édition reliée (ISBN 978-2-87823-002-4)
  • Voyage en Franche-Comté littéraire (préf. Jacques Bens), Besançon, Cêtre Poche, , 318 p. (ISBN 978-2-87823-219-6)
  • Le Noyé du lac Fishboedle (ill. Claude Lapointe) (12 nouvelles), L'Alsace-Le Pays,
  • Marcel Aymé… ou l’infernale complexité (préf. Louis Nucéra), Société des Amis de Marcel Aymé, (ISSN 0752-1987)
  • Leçons de scénario, Les 36 situations dramatiques, Nouveau Monde, , 361 p. (ISBN 2-84736-180-4)

Ouvrages en collaboration[modifier | modifier le code]

  • L'URSS de 1917 à 1953, avec Marc Ferro et Jacqueline Jan, Paris, La Documentation française, , 42 p.
  • L'Histoire de 1871 à 1971, sous la direction de Marc Ferro, Paris, Les Dictionnaires du savoir moderne / Denoël,
  • Les Arts, sous la direction d’André Akoun, Paris, Les dictionnaires du savoir moderne / Denoël,
  • Ondes de pierre, carnets de route, Reims, Drac Champagne-Ardennes,
  • La douleur se cache derrière les sourires, in: Femmes du Vietnam, photos de Christine Pictet, Mane, L’Envol, (ISBN 2-909907-25-2)
  • Grammaire du cinéma, coauteur Jean-Claude Morin, Paris, Nouveau Monde, , 588 p. (ISBN 978-2-84736-458-3)
  • (pt) Gramática do cinema, coauteur Jean-Claude Morin, Lisbonne, Texto & Grafia, , 476 p. (ISBN 978-9-89828-549-2)
  • Le Personnage, de la "Grande" Histoire à la fiction, coauteur Jean-Claude Morin, Paris, Nouveau Monde, , 439 p. (ISBN 978-2-36583-837-5)
  • La Bible du scénariste, coauteur Jean-Claude Morin, Paris, Nouveau Monde, , 1389 p. (ISBN 978-2-36942-684-4)

Filmographie (scénariste ou coscénariste)[modifier | modifier le code]

Téléfilms[modifier | modifier le code]

  • 1980 : La Tisane de sarments, réalisation de Jean-Claude Morin d’après le roman de Joë Bousquet, diffusé sur FR3, avec Philippe Léotard, Henri Serre, Jean-Pierre Kalfon, Anne-Laure Meury et Françoise Bertin
  • 1981 : Les Rats de cave, réalisation de Jean-Claude Morin, diffusé sur FR3, avec Romain Bouteille et Sim
  • 1984 : Le Brin de muguet, réalisation de Jean-Claude Morin, diffusé sur FR3, avec Sim, France Dougnac et Jean-Yves Gautier
  • 1986 : Le Procès des dames de Bordeaux, réalisation de Jean-Jacques Sirkis, diffusé sur FR3, avec Maud Rayer, Yves Brainville
  • 1996 : Elvis-Aziz, réalisation de Frédéric Compain, diffusé sur France 2, avec Michèle Laroque, Saïd Taghmaoui, Richard Gotainer
  • 1996 : La Bougeotte, d’après son roman éponyme, réalisation de Jean-Claude Morin, diffusé sur France 3, avec Jacques Gamblin, Delphine Rich, Jean-Jacques Moreau, Bruno Slagmulder, Charles Schneider, Laurence Lerel

Documentaires[modifier | modifier le code]

  • 1975-1978 : Les Indiens d’Amérique, FR3, série de 12 épisodes
  • 1976 : Les Aventuriers de la mer, FR3, série de 6 épisodes
  • 1979 : Les Africains, FR3, série de 6 épisodes
  • 1981 : Daniel Gélin lit Marcel Aymé, FR3, avec Daniel Gélin
  • 1986-1988 : Le Louvre, le plus grand musée du monde, TF1 et NHK (Japon) et en coproduction avec une vingtaine de pays
  1. Les Larmes d'Isis ou le temps des Pharaons, avec Deborah Kerr et Raymond Gérôme
  2. Le Cinquecento et François 1er, avec Deborah Kerr et Raymond Gérôme
  3. L’Ordre et le désordre ou le Siècle de Louis XV, avec Deborah Kerr et Jean Rochefort
  • 1992 : Les Eaux vives, France 3
  • 1994 : Le Génie de l’eau, France 3
  • 2001 : L’Usine-Ville, quand les patrons rêvent, France 3

Autres contributions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Acte de décès n°1302, délivré le 27 novembre 2018 par la mairie de Paris dix-neuvième arrondissement
  2. Marie-France Briselance, « Recherches sur le vitrail médiéval à Dijon », mémoire de maîtrise, 1969, Bibliothèque municipale de Dijon, www.bm-dijon.fr, livre no 32100005810338, cote complète : LI - 43998
  3. M.-F. Briselance, Télérama, no 1452 du 9 novembre 1977, semaine du 12 au 18 novembre 1977, pp. 16-17
  4. Jérôme Favard, L'Humanité, 29 novembre 1977
  5. Télérama, no 1452, 9 novembre 1977, semaine du 12 au 18 novembre 1977
  6. Claude Sarraute, « Les gentils Apaches », Le Monde, 12 novembre 1977
  7. Waskar Amaru - Les Indiens d'Amérique (TV, 1976) - Blog L'Écran Musical, 26 mars 2012
  8. Fiche Jean-Claude Morin - IMDb
  9. Télérama no 1464 du 1er février 1978, semaine du 4 au 10 février 1978.
  10. Chafika Briney, Télérama no 1569 du 3 février 1980, semaine du 6 au 12 février 1980
  11. Jacques André, « Les Africains… comme ils se racontent », Midi libre, 9 février 1980
  12. Femmes d'aujourd'hui du 6 au 12 octobre 1981, page 115, Carole Sandrel
  13. Télérama no 1815 du 24 octobre 1984, Jeannick Le Tallec
  14. Pierrette Rosset, Elle no 2007 du 25 juin 1984, p. 47
  15. Martine Laval, Télérama no 1796 du 13 juin 1984, p. 129
  16. Bertrand Jérôme, Le Cri du homard, France Culture, 30 juillet 1984
  17. Guy Mauratille, Le Pèlerin du 2 septembre 1984
  18. Bernard Guérin, Lu découvre, juin 1984
  19. Guy Jacquemain, L'Est républicain, 25 avril 1987
  20. Évelyne Auvraud, Lesbia no 48, mars 1987
  21. Jélila Hafsia, La Presse de Tunis, 2 janvier 1991
  22. Le Journal du Parlement, l'hebdomadaire des législateurs, 37e année, no 1940 du 27 juin 1990
  23. Pierre-Robert Leclercq, Le Magazine littéraire no 278 de juin 1990
  24. Elisabeth Morand, La Vie, du 28 juillet 1994
  25. Pierre-Robert Leclercq, Le Monde, 18 juin 1999

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]