Origines des Basques

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Les origines des Basques actuels sont diverses.

La question de l'origine des Basques se pose d'une manière particulière du fait du caractère atypique de la langue basque, considérée comme un isolat linguistique. C'est l'une des rares langues non-indoeuropéennes parlées aujourd'hui en Europe, avec les langues finno-ougriennes[1]. Génétiquement, les Basques ont quelques spécificités, mais celles-ci restent faibles dans l'environnement ouest-européen, et sans doute liées à leur isolement.

D'un point de vue méthodologique, il faut tout d'abord distinguer ce que l'on entend par « origine des Basques ». Tout dépend si l'on parle :

  • de la composition du « pool génétique » des populations basques actuelles éclairée par les hypothèses sur les origines de ces différentes composantes
  • ou de l'origine de la langue basque
  • des premiers "Basques", c'est-à-dire des premières populations ayant peuplé la zone appelée aujourd'hui Pays basque,

Comme la grande majorité des peuples actuels, les Basques sont le résultat de multiples influences génétiques, culturelles et linguistiques.

Cet article présente différentes hypothèses sur l'origine des Basques, suivi d'éléments sur la linguistique et la génétique. Certaines de ces hypothèses ne sont pas forcément mutuellement exclusives. En effet, la contribution génétique des Européens du Paléolithique à la population basque (et plus largement ouest-européenne) actuelle est probable. Pour autant, d'un point de vue linguistique, la question de savoir s'il a ou non perduré un substrat linguistique issu du Paléolithique dans la langue basque est nettement plus incertaine.

Schématiquement, le peuplement de l'Europe a eu lieu par trois vagues principales :

  1. un peuplement paléolithique (Cro-Magnon notamment),
  2. le courant méditerranéen, repéré en archéologie par la céramique cardiale, le mégalithisme, culturellement lié au culte de la femme et du taureau, qui a émergé au Levant puis essaimé notamment en Europe du sud,
  3. le courant kourgane ou danubien, indo-européen.

Des indices linguistiques, notamment lexicaux, semblent attester de la présence, dans la langue basque, a minima d'une influence importante liée au courant méditerranéen, issu de l'Anatolie pré-hittite (hatti). Cette influence a porté sur une zone bien plus grande que le Pays basque actuel, comme le suggère la toponymie notamment de l'Espagne, du sud de la France et de la Sardaigne.

L'expansion, repérée par l'archéologie du mégalithisme qui va de l'Afrique du Nord au Nord de l’Écosse et à la Scandinavie en passant par les îles méditerranéennes (Sardaigne, Corse, Sicile, Malte...) montre que le Néolithique a connu de forts mouvements migratoires.

1ère hypothèse : la langue basque, issue des premiers agriculteurs néolithiques[modifier | modifier le code]

D'après cette hypothèse, la langue basque serait liée à l'arrivée des premiers agriculteurs éleveurs de brebis dans les régions montagneuses de Méditerranée au 5e/6e millénaire av. J.-C.

Certains chercheurs ont proposé des similitudes entre le basque et les langues caucasiennes, particulièrement le géorgien. La théorie caucasienne s'est développée dès le XIXe siècle et pendant tout le XXe siècle (Marr, Trombetti, Bouda, Dumézil, Dzidziguri...).

Quelques exemples de rapprochements proposés entre basque (B) et géorgien (G) :

(B) sagu (rat) - (G) tagu (rat) (Marr, Trombetti)

Une douzaine de noms d'animaux et une demi-douzaine de noms de plantes (Dumézil, JA n°259)

(B) go (haut) - (G) gora (colline) (Dumézil) - La présence également en slave pourrait être substratique.

(B) xamar (laine) - (G) toma (laine) (Lafon-Braun)

(B) zapi (tissus) - (G) zapi (fil) (Lafon-Braun)

(B) erbi (lièvre) - (G) *rb (rbena, sirbili) (courir) (Lafon)

(B) i-tzul-i (tourner, traduire), (G) tswl (changer)

(B) herri (pays) - (G) er-i (peuple, nation)

(B) zulo (trou) - (G) soro (tanière)

(B) ibar (vallée) - (G) bar-i (vallée)

(B) urdin (bleu) - (G) lurdzi (bleu)

(B) lodi (gros) - (G) lod-i (grosse pierre)

D'un point de vue grammatical et typologique, ils comparent les objets en langues agglutinantes et ergatives, et avec le même système déclinatif.

Le parallélisme des systèmes de numération (vigésimaux), la façon identique d'exprimer le réfléchi en basque et en kartvèle (géorgien...) sous forme "ma tête, ta tête, sa tête" sont d'autres convergences typologiques. Mais on sait que convergence typologique n'implique pas ipso facto parenté génétique.

La proximité linguistique entre le basque et les langues kartvèles a été combattue par certains linguistes, tel Larry Trask.

2e hypothèse : parentés entre Basques, Paléo-Sardes et Ibères[modifier | modifier le code]

Cette deuxième hypothèse est tout à fait compatible avec la première : elle met en évidence que la zone d'expansion passée du proto-basque était bien plus étendue que celle du basque actuel.

L'aire géographique où l'on note des toponymes apparentés au basque est large : Kantae Niskae (Amélie-les-Bains), rivière Muga (Catalogne), Ibie (Ariège), Ura (Gard), Rio Ibias (Asturies), Rio Eo (Asturies), Tarazona, Teruel. Encore au XIVe siècle, on interdisait par édit municipal de parler basque au marché de Huesca.

Les travaux de E. Blasco Ferrer[2] sur la toponymie paléosarde ont mis en exergue des liens étroits entre la langue Basque et une langue parlée en Sardaigne avant la romanisation.

Quant à l'Ibère, les preuves linguistiques sont plus controversées. La théorie du basco-ibérisme affirme que, d'une façon ou d'une autre, il existe une relation entre les langues basque et ibère, de telle sorte que le basque serait une évolution de l'ibère ou d'une langue de la même famille que l'ibère. Le premier à présenter cette possibilité fut Strabon, qui affirma au Ier siècle av. J.-C. (c'est-à-dire quand la langue ibère était encore parlée dans la péninsule) que les Ibères et les Aquitains étaient semblables physiquement et qu'ils parlaient des langues similaires. Au début du XIXe siècle, l'Allemand Wilhelm von Humboldt avança après une série d'études que les Basques étaient un peuple ibère. La méconnaissance que l'on a de la langue ibère est un obstacle à une position plus conclusive.

3e hypothèse : un vaste fonds eurasien[modifier | modifier le code]

Le comparatiste et bascologue français Michel Morvan présente la langue basque comme s'inscrivant dans un fonds eurasien[3], une super-famille eurasienne qui se serait étendue sur la quasi-totalité de l'Eurasie. Sans nier les rapprochements entre basque et kartvèle, il envisage aussi des rapprochements avec l'ouralien, mais poursuit sa recherche sans exclusive, y compris jusqu'en Inde dravidienne ou même sur le continent américain.

Selon Michel Morvan, et en l'absence de données sûres concernant l'ibère (mais des progrès importants sont en cours), deux langues disparues seraient proches du basque : l'aquitain, et la langue paléo-sarde pré-romane.

Certains termes comme guti = peu, petit ou bihi = grain ont été repérés en dravidien et jusqu'en austronésien (tagalog, waray, indonésien) par Michel Morvan, ce dernier sous la forme binhi qui correspond au proto-basque *binhi, ce qui ferait remonter de telles formes encore bien plus loin dans le passé. Selon le linguiste, il faut comprendre qu'il y a des parentés proches (ibère, paléosarde, paléocorse par exemple) et des parentés éloignées (caucasien, dravidien, langues sibériennes, etc.). Mais rien n'est confirmé à ce jour concernant les parentés éloignées.

4e hypothèse : l'insertion du basque dans un groupe « déné-caucasien »[modifier | modifier le code]

L'hypothèse, particulièrement controversée, d'un ensemble dit "déné-caucasien" (Starostine, Nikolaïev, Bengtson, Ruhlen) divise les langues d'Eurasie entre les langues eurasiatiques (comprenant, selon Greenberg, l'indoeuropéen, l'ouralien, l'altaïque et quelques autres petits groupes en Sibérie) et un groupe relictuel de langues qui n'appartiennent pas à cette famille. Ruhlen, Bengston[4] et Shevoroshkin font entrer le basque dans cet ensemble.

Cette hypothèse est très vivement critiquée par une grande majorité de linguistes, qui reprochent principalement d'avoir extrapolé dans l'inconnu et d'avoir voulu unifier artificiellement dans une même famille tous les idiomes n'appartenant pas à la famille eurasiatique / nostratique.

Le déné-caucasien, très large, réunit notamment, en plus du basque et du caucasien, le chinois et le na-déné. Or, une parenté entre le chinois et le caucasien est réfutée par des linguistes tel Laurent Sagart, spécialiste du chinois archaïque. Ce dernier a présenté un regroupement « STAN » (sino-tibéto-austronésien). Qu'une famille linguistique intègre le chinois mais pas l'austronésien, pose problème.

5e hypothèse : arrivée des Basques en Europe dès Cro-Magnon[modifier | modifier le code]

Cette hypothèse postule que la langue basque est présente dès Cro-Magnon.

Au début de l'ère glaciaire, les Hommes de Cro-Magnon ont trouvé refuge dans les zones au climat le plus doux : l'Ukraine et le sud-ouest européen. Dès 16 000 ans avant notre ère, le climat commença à se réchauffer, et selon cette hypothèse, cette période aurait également correspondu au début de l'expansion de ces "Proto-Basques", qui correspondrait à l'expansion de la culture magdalénienne à travers l'Europe dépeuplée. Cette culture possède pour expression la plus connue l'art pariétal (peintures rupestres) qui orne les grottes européennes de l'arc atlantique, autour de l'actuel Golfe de Gascogne. Il y a 10 000 ans, les glaciers scandinaves commencèrent à fondre, favorisant l'expansion des Proto-Européens dans cette même zone ainsi peut-être que vers le nord de l'Afrique. Cette hypothèse s'appuie sur des travaux génétiques (Forster et al.) et linguistiques (Venneman et al.).

Il y a certes des populations dans la zone aquitano-cantabrique depuis l'Aurignacien, mais dire que ces populations étaient "Proto-Basque" pose évidemment problème.

Faute d'arguments linguistiques (la langue parlée par les Hommes de Cro-Magnon sont inconnues !), cette hypothèse se base sur des arguments génétiques. L'haplogroupe I du chromosome Y est considéré comme un haplogroupe dont l'expansion en Europe est paléolithique. Par ailleurs, la découverte récente d'un chasseur-cueilleur de l'haplogroupe C-V20 datant de 7 000 ans à La Brana (Asturies) apporte un éclairage nouveau.

Certains partisans d'une langue basque présente depuis le paléolithique en Europe de l'Ouest pensent l'essor de R1b en Europe de l'Ouest est paléolithique et correspond linguistiquement à l'arrivée de la langue basque dans cet espace.

6e hypothèse : l'euskarisation tardive[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Euskarisation tardive.

Selon cette hypothèse, les premiers « bascophones » seraient des Aquitains qui se seraient « superposés » aux habitants « vascons » romanisés dès le Ier siècle, dans une migration continue jusqu'au Ve siècle. Cette théorie de l'« euskarisation tardive de la dépression basque » est due à des historiens et philologues tels que Claudio Sánchez Albornoz et Manuel Gómez-Moreno.

Le linguiste Koldo Mitxelena opposa de nombreux contre-arguments, mais les études de sépultures, et plus particulièrement de corps de morphologie aquitaine s'y trouvant, renvoient à une migration importante datée des Ve et VIe siècles, ce qui donne de nouvelles perspectives à cette hypothèse, d'autant qu'on ne trouve la trace écrite d'aucune invasion autre que celle des Huns et des Germains durant ces deux siècles. Les prospections faites indiquent que des vestiges d'installations celtiques apparaissent au-dessus d'une première « coupe » indigène. Ces différentes cultures ont cohabité, avec cependant une suprématie sociale des Celtes. Ces indo-européens se superposeront de façon étendue et profonde au substrat prénéolithique antérieur, mais seront ensuite débordés par la présence aquitaine.

Au printemps 2006, des inscriptions en euskara datées entre les IIIe et VIe siècles furent découvertes dans l'oppidum romain de Iruña-Veleia (Alava). La datation est à confirmer, mais ces inscriptions, qui pour certains renforcent cette théorie et pour d'autres la remettent en question, se trouvent dans les restes d'une habitation du Ve siècle[5], découverte avec d'autres vestiges dans la vallée du Cidacos, dans la communauté autonome de La Rioja.

Dans tous les cas, une migration aquitaine n'indique pas s'il y a eu ou non des Basques dans le lieu d'arrivée, ni n'explique leurs origines si l'on ne résout pas en même temps la précédence des Aquitains. Beaucoup considèrent ceux-ci comme Basques, qui, dans le cadre de la première hypothèse évoquée, procèdent de la sédentarisation de groupes humains sur l'arc atlantique au temps de la dernière glaciation.

Recherches multidisciplinaires[modifier | modifier le code]

Enquêtes génétiques[modifier | modifier le code]

Des investigations paléogénétiques (études basées sur l'ADN mitochondrial) réalisées par l'UCM [4] indiquent que la population basque possède un profil génétique qui coïncide avec la majorité des habitants européens et qui remonte aux temps préhistoriques. Les études de Peter Forster[5] laissent ainsi supposer qu'il y a 20000 ans, les hommes se sont réfugiés en Béringie et Ibérie, ceux qui restèrent en Ibérie présentant les haplogroupes H et V. De plus, ces peuples d'Ibérie ou du sud de la France recolonisent il y a 15000 ans une partie de la Scandinavie ainsi que le nord de l'Afrique[6].

Les études menées par A. Alzualde, N. Izagirre, S. Alonso, A. Alonso et C. de la Rua[7] sur l'ADN mitochondrial des êtres humains ensevelis dans le cimetière préhistorique de Aldaieta (Alava), indiquent l'absence de différences entre ceux-ci et le reste des Européens « atlantiques ».

Cependant, d'autres études génétiques révèlent quant à elles des différences entre les habitants qui peuplent actuellement ces divers territoires. Certaines distinguent différents types entre les Basques comme celles de René Herrera de l'Université de Floride et Mikel Iriondo, María del Carmen Barbero et Carmen Manzano de l'Université du Pays Basque[8], alors que d'autres, fondées sur l'étude du chromosome Y, apparentent génétiquement les Basques aux Celtes gallois et irlandais[9].↵René Herrera indique : « On croit qu'ils (les Basques) descendent directement de Cro-Magnon, qu'ils représentent un refuge de la dernière glaciation et que leur ADN est très particulier », alors que « leur étude nous indique que chaque province et chaque région possède un profil génétique qui se différencie de celui des autres provinces et régions. Nous parlons des régions traditionnellement basques et d'autres qui furent touchées par d'autres migrations péninsulaires. Beaucoup de ces différences peuvent être attribuées à ces migrations provenant d'autres parties de l'Europe ou d'Ibérie, et d'autres non. Parce qu'entre les régions qui possèdent un profil génétique majoritairement basque - dû à l'isolement - il existe des différences. »

L'analyse de l'ADN mitochondrial retraçant un sous-groupe rare du haplogroupe U8 place l'ascendance des Basques dans le Paléolithique supérieur. Les Basques possèdent l'haplogroupe H typique des peuples Caucasoïdes ainsi que l'haplogroupe V. Or l'haplogroupe U est fréquent chez les Ouraliens et pré-Ouraliens. Les Basques pourraient être issus d'un mélange entre Caucasiens (au sens américain du terme) et Sibériens-Asiatiques.

De nombreuses études génétiques classent les Basques dans une catégorie à part de leurs voisins.

Le projet HIPVAL essaye de donner des réponses sur les origines des Basques par le biais d'études sur l'ADN mitochondrial ou linguistiques, entre autres.

Article détaillé : classification des Basques.

Traditions comparées[modifier | modifier le code]

D'autres pistes très concrètes font l'objet d'études et de réflexions face aux coïncidences.

  • Le calendrier traditionnel basque contient des repères solaires utilisés pour les changements de saison et lunaires utilisés pour le pastoralisme. La semaine basque était composée à l'origine de 3 jours ouvrés seulement.
  • Certains mots semblent très archaïques tels que urra (la noisette, le fruit à coque) qui figure dans le mot intxaurra (la noix) ou dans ezkurra (le gland).
  • Tout le cheptel animal excepté la volaille est composé de noms basques, différents de l'indo-européen, donc les Basques auraient domestiqué les bêtes avant l'arrivée des autres peuplades venues d'Asie.
  • Le Guipuscoa montre il y a 6000 ans la présence de céréales à Herriko barra, Zarautz. Donc l'élevage et l'agriculture s'installent durant cette même période de l'avancée des forêts de chênes, suite au réchauffement climatique. En Sardaigne un toponyme Aritzo correspond au terme aritz "chêne" du basque (E. Blasco Ferrer, M. Morvan).

Linguistique[modifier | modifier le code]

En ce qui concerne la langue basque ou euskara, il y a en Gascogne, dans le sud-ouest de la France, des indices qui montrent que la langue parlée avant l'arrivée des Romains, l'aquitain, était étroitement apparentée au basque. Le nom de la langue (euskara) pourrait provenir de celui des Auscii, importante tribu aquitaine qui a donné son nom à la ville d'Auch (chef-lieu du département du Gers) mais cette théorie est peu vraisemblable et il semblerait plus crédible que le nom des Auscii vient de celui des basques↵Une falsification pour prouver la présence basque dans les Ve et VIe siècles a été la suivante [2]. Les inscriptions fausses semblaient de facture chrétienne [3]. Ce seraient les textes basques les plus anciens d'Espagne.Quelques auteurs croient également que la langue basque fournit l'évidence pour une origine de l'âge de la pierre : les mots couteau et hache viennent de la racine aitz du mot pierre, suggérant que la langue se soit développée quand des couteaux et des haches ont été créés à partir de pierres plutôt que du bronze ou du fer.

Bien que les mots vascon et basque soient liés, on ne connaît guère la langue aquitanique, celle des Vascons, excepté par la toponymie et l'onomastique qui laissent à penser à une parenté proche.

Toponymie[modifier | modifier le code]

Cette voie part du principe de l'européen ancien, supposant que les premiers Européens parlaient une langue commune, ou des langues de la même famille linguistique. Cette hypothèse est réfutée par de nombreux linguistes, qui estiment que dans un territoire aussi vaste devaient se parler différentes langues. J. Untermann et Antonio Tovar jugent que les noms ont autant de racines indo-européennes que non indo-européennes[6].

Au début du XIXe siècle, Juan Antonio Moguel émettait l'idée dans son livre L'histoire et la géographie de l'Espagne illustrées par la langue basque que beaucoup de toponymes de la péninsule ibérique et du reste de l'Europe pouvaient être étudiés et prendre du sens grâce au basque. Le fruit de ses études est une liste très longue de toponymes avec leur explication, ce qui lui fait dire qu'il y avait dans la péninsule plusieurs langues apparentées entre elles et au basque actuel. Cette thèse fut également soutenue par son contemporain le scientifique allemand Wilhelm von Humboldt, qui pensait aussi que les Basques étaient un peuple ibère.

En janvier 2003, dans "Investigación y Ciencia", l'édition espagnole du magazine ‘‘Scientific American’’, une étude conduite par Theo Vennemann[7] (professeur de linguistique théorique à l'Université Ludwig-Maximilian de Munich) et sa collègue Elisabeth Hamel (journaliste scientifique) est publiée, dans laquelle la conclusion est que « de nombreux noms de sites, de cours d'eau, de montagnes, de vallées et de paysages d'Europe trouveraient leur origine dans des langues préindoeuropéennes, en particulier le basque. » Venneman ajoute : « Il n'est pas exagéré de dire que nous, les Européens, sommes tous Basques[8]. »

La déclaration de Venneman fut très critiquée par les bascologues et réfutée par beaucoup de linguistes[9].

Larry Trask en particulier, après de nombreuses critiques ponctuelles quant aux méthodes employées, conclut que Vennemann a identifié une langue agglutinante, mais sans rapport avec le basque, auquel cas il peut s'agir simplement de l'indo-européen, comme le pensent Krahe, Tovar, De Hoz, Kitson, Villar et d'autres chercheurs.
Joseba A. Lakarra critique également les thèses de Vennemann, jugeant comme Trask qu'il a utilisé des racines basques modernes qui ne correspondent pas au basque archaïque. Il pense aussi que bien que le basque actuel soit une langue agglutinante, il y a des raisons de croire que ce n'était pas le cas auparavant, ce qui est discutable.

Étymologie des mots[modifier | modifier le code]

Le chercheur José Miguel Barandiarán, considéré comme le "patriarche de la culture basque", présenta l'hypothèse de l'origine néolithique de l'euskara après une analyse étymologique de divers mots basques, qui décrivent clairement des instruments et des concepts propres à la Préhistoire. Un exemple en est le mot aizkora (hache) qui comporte la racine aiz signifiant pierre (avec gora = en haut?). Cet instrument, propre à la période néolithique, était en effet en pierre, tandis qu'à partir du chalcolithique, il commence à être fabriqué en métal (d'abord en cuivre, et ensuite plus généralement bronze et fer), bien que certains auteurs indiquent que ce mot serait voisin du latin asciola qui veut dire hachette. De même le mot arto (maïs, et millet avant son arrivée) aurait pour racine (h)artu qui signifie cueillir. Il s'agirait donc littéralement de ce qui se cueille, indiquant une époque où on ne procédait pas encore à la semence ni à la récolte (?). Mais un lien est possible aussi avec le grec artos qui désigne le pain. Les noms des arbres fruitiers typiques du pays sont désignés par le nom du fruit et l'indication ondo. Ainsi le pommier s'appelle sagarondo et le poirier madariondo. En fait ondo signifie ici "tronc" (d'arbre), du latin fundum "fond, base".

Une autre possibilité évoquée est qu'un précurseur de la langue basque se soit développé en même temps que l'agriculture, il y a 6000 ans.

Survivances linguistiques[modifier | modifier le code]

Indépendamment de l'exactitude de telle ou telle théorie, on peut affirmer - sans trop prendre de risques - que l'euskara est une des langues les plus anciennes d'Europe.

Certains croient qu'un groupe relativement petit, ayant vécu pendant des millénaires dans ou à proximité des territoires actuels, a survécu aux vagues de migrations successives de peuples culturellement et technologiquement supérieurs (Celtes, Romains, Germains, Arabes). Une partie des premiers auteurs basques tentent d'expliquer cela en conservant les formes académiques de leur époque et avec des spéculations sur la supériorité ethnique des Basques, mais la survivance de la communauté linguistique basque peut également être due à son isolement/refuge dans les profondes vallées pyrénéennes. Ainsi, jusqu'en l'an 1000 de notre ère, des enterrements sous dolmen se sont poursuivis dans la vallée de Baztan, y compris quand le christianisme fut établi sur ces terres.

D'autres pensent, en s'appuyant sur les données linguistiques ou trouvées sur le terrain, comme dans la grotte d'Oxocelhaya, que la première et la seconde hypothèse (cf. infra) sont loin d'être incompatibles. L'Euskal herria pourrait n'être qu'une poche résiduelle d'une zone comprenant le midi de la France, une partie de l'Italie, la Corse, la Sardaigne et la péninsule ibérique et qu'elle aurait pu s'étendre jusqu'à l'Afrique saharienne au néolithique. Cette poche, abandonnée par les populations autochtones à l'arrivée de la première vague de type celtique (celle des dolmens) aurait été réoccupée partiellement par celles-ci à l'âge du cuivre, puis totalement, après la guerre des Romains contre les Cantabres, commencée par Auguste et finie par Agrippa dont elles sont alliées. Protégées par leurs coutumes (foros) et leur langue, elles se romaniseront différemment du reste de la péninsule qui a fait sien le latin, en adoptant le bilinguisme; toujours en cours en Hegoalde et Iparralde.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le hongrois, l'estonien, le finnois et le saami, toutes les quatre appartenant à la branche finno-ougrienne de la famille ouralienne (pour le saami, un substrat non-finno-ougrien est suspecté)
  2. Paleosardo: Le radici linguistiche della Sardegna neolitica (Paleosardo: The Linguistic Roots of Neolithic Sardinian), Edouardo Blasco-Ferrer, 2010
  3. Michel Morvan. Les origines linguistiques du basque. 290 pp., Presses Universitaires de Bordeaux, 1996.
  4. John D. Bengtson, « Some features of Dene–Caucasian phonology (with special reference to Basque) » in Cahiers de l'Institut de Linguistique de Louvain (CILL), 2004, p. 33–54.
  5. Euskaltzaindia avala la autenticidad de los restos de inscripciones en euskera
  6. (es) Luis Núñez Astrain, El euskera arcaico : extensión y parentescos, Tafalla, Txalaparta,‎ Novembre 2003, 390 p. (ISBN 9788481363005, lire en ligne), p. 183 à 185
  7. Page web de Venneman
  8. Article en espagnol
  9. Au sujet de l’histoire de la langue basque et de ses apparentements

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Adolphe Mazure, Histoire du Béarn et du Pays Basque, Pau, Éditions Vignancour, 1839, 668 pages [1]
  • Cénac Monquaut, Voyage archéologique et historique dans le Pays Basque: le Labour et le Guypuscoa, Tarbes, Editions Telmon, 1857, 146 pages [2]
  • Gil Reicher, Les Basques: leur mystique, leur passé, leur littérature, Paris, Éditions Maisonneuve, 1939, 136 pages
  • Pierre Narbaitz, Le matin basque : ou, Histoire ancienne du peuple vascon, Paris, Librairie Guénégaud SA,‎ 1975, 519 p. (lien OCLC?)
  • Jean-Baptiste Orpustan, Toponymie Basque : noms des pays, communes, hameaux et quartiers historiques de Labourd, Basse-Navarre et Soule, Bordeaux, Presses Universitaires de Bordeaux, coll. « Centre d'études linguistiques et littéraires basques »,‎ 1997, 194 p. (ISBN 2867810957 et 9782867810954)
  • Jean-Baptiste Orpustan, La Langue basque au Moyen Âge, Éd. Izpegi, Saint-Étienne-de-Baïgorry, 1999, (ISBN 2-909262-22-7)
  • Michel Morvan, Les Origines linguistiques du basque, Presses Universitaires de Bordeaux, 1996, (ISBN 2-86781-182-1)
  • Michel Morvan, Noms de lieux du Pays basque et de Gascogne, Éd. Bonneton, Paris, 2004, (ISBN 2-86253-334-3)
  • Marc Large, Les Premiers Hommes du Sud-Ouest, Préhistoire dans le Pays basque, le Béarn, les Landes, Éditions Cairn, préface de Jacques Blot (archéologue), 2006
  • Merrit Ruhlen, L'Origine des langues, Éditions Gallimard, 2007, (ISBN 2-07-034103-8)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]