Euskarisation tardive

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En linguistique et ethnographie, euskarisation tardive (de l'espagnol vasconización tardía) est l'hypothèse, défendue par beaucoup d'experts, qui place au Ve ou VIe siècle l'arrivée des premiers bascophones en Ibérie jusqu’au nord-est de l'Aquitaine. Aucune de ces théories n'est complètement acceptée cependant quelques résultats archéologiques semblent confirmer la présence de la langue basque en Alava entre le IIe et le IVe siècle.

Dernière théorie en date : celle d'Hector Iglesias[modifier | modifier le code]

Hector Iglesias : « Koldo Zuazo est professeur de Dialectologie et Sociolinguistique de la langue basque à l'Université du Pays Basque de Gasteiz-Vitoria (UPV/EHU). C'est à l'heure actuelle l'un des quelques chercheurs intéressés par la question — controversée et complexe — concernant l'existence des dialectes basques, comme en témoignent sans conteste les nombreux travaux de dialectologie dont il est l'auteur. Mais l'explication qu'il avance concernant l'origine du fractionnement ou morcellement linguistique qui est celui des parlers euskariens attestés depuis le début des Temps modernes ne parvient pas, nous semble-t-il, à éclaircir de façon convaincante la question, c'est-à-dire « el cuándo y el porqué del fraccionamiento dialectal ». Il est en conséquence nécessaire d'expliquer, démonstration à l'appui, pourquoi, de notre point de vue, on ne peut raisonnablement adhérer à sa thèse, pour intéressante et ingénieuse qu'elle puisse paraître »[1].

Les théories actuelles principales[modifier | modifier le code]

La langue basque est une langue non-indo-européenne qui a résisté à des migrations successives des peuples technologiquement supérieurs telles que les Celtes, les tribus allemandes, Romains, Maures en Europe de l'Ouest et ce depuis le Néolithique jusqu'à nos jours. Même si l'antiquité de la langue est rarement remise en doute, il y a beaucoup d'aspects importants qui sont ouverts aux interrogations et la polémique.

Il y a deux hypothèses principales au sujet de l'habitat (aire géographique) que la langue basque a recouvert à travers l'histoire :

  • Le basque a occupé l’actuel Pays basque (Pyrénées occidentales, coïncidant avec les territoires de la Navarre et de la Communauté autonome basque) depuis la Préhistoire ;
  • Vers la fin de la république romaine et pendant les premiers siècles de l'empire, une migration de Bascophones venus d'Aquitaine va supplanter des populations autochtones dont le substrat antique serait indo-européen[2]. Cette migration augmenterait avec un pic aux VIe et VIIe siècles[3].

La dernière hypothèse, connue sous le nom de « the late basquenization of the Basque depression », a été défendue par des historiens et des philologues tels que Claudio Sánchez Albornoz, Manuel Gómez-Moreno, Jürgen Untermann et Francisco Villar. Le linguiste basque-espagnol Koldo Mitxelena a formulé des objections importantes contre cette hypothèse ; cependant, les récents résultats archéologiques sur la morphologie d'Aquitains (présumée par l'analyse des auteurs tels que Agustín Azkarate, Iñaki García Camino, Mikel Unzueta, et d'autres) se dirigent vers la seconde hypothèse, ce qui donne à la théorie un nouveau souffle.

Dans son livre de 2008, Historia de las Lenguas De Europa (Histoire des langues de l'Europe), le philologue et helléniste espagnol Francisco Rodríguez Adrados a repris la discussion en arguant du fait que la langue basque est plus ancienne en Aquitaine que dans le Pays basque espagnol, et qu'elle est parlée maintenant sur son territoire en raison de la pression des invasions celtiques[4].

Preuves[modifier | modifier le code]

Selon cette perspective, les preuves mettent en lumière des établissements celtiques importants dans le territoire actuel du Pays basque, cependant, apparemment pas dans les vallées pyrénéennes de Navarre).
Les deux cultures ont donc coexisté, les éléments celtiques étant socialement prédominants, jusqu'à l'arrivée des Romains. C'est observé partout en Alava et en Biscaye, ainsi on conclut que les Caristii et les Varduli n'étaient pas des tribus ou des peuples basques, mais plutôt des Indo-Européens comme leurs voisins Autrigones, Cantabri, et Berones. C'est-à-dire, que les premiers peuples autochtones dans ces secteurs n'étaient pas les Basques pré-indo-européens ou proto-basques, comme on l'a traditionnellement supposé (soutenu par les théories de Theo Vennemann), mais seraient indo-européens. Ou tout au moins des Indo-Européens qui se seraient profondément imposés au-dessus du substrat pré-Néolithique précédent.

Plus tard, on observe que l'Alava et Navarre étaient romanisés fortement. La partie bien connue de la dépression basque appelée le saltus a seulement été à peine habitée, et aux endroits où il l'était, il y a des évidence de vestiges romains.

Selon Julio Caro Baroja, El ager (une autre partie de la dépression basque) était romanisé comme reste de la péninsule ibérique. Ainsi, depuis quand la langue basque est-elle arrivée là et d'où est-elle venue ? La réponse qui soutient cette hypothèse est que l'expansion de l'euskara arrive entre le Ve et IXe siècle, beaucoup plus tard que la croyance actuelle.

L'« Euskarisation tardive » est soutenue par les faits suivants :

  • Abondance onomastique indo-européenne antique avant romanisation (selon María Lourdes Albertos Firmat)[5].
  • Absence de vestiges en langue basque avant la romanisation, ce qui contraste grandement avec l’Aquitaine.
  • Romanisation profonde de la dépression basque (El ager et le saltus, comme indiqué par Caro Baroja et Juan José Cepeda).
  • Expansion de la langue basque durant le Haut Moyen Âge.
  • Homogénéité des dialectes basques au début du Moyen Âge (précisés par Luis Michelena).
  • Vestiges archéologiques (Aldaieta, Alegría, etc...)
  • La frontière génétique entre les Basques et leurs voisins méridionaux est fortement marquée, alors qu'il y a un caractère génétique plus diffus entre les Basques et leurs voisins nordiques, ce qui pourrait indiquer un déplacement de la langue basque d'Aquitaine vers le sud (Luigi Luca Cavalli-Sforza)[6].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Publications d'Hector Iglesias consultables sur le site Isidore : plateforme ou web de recherche et de diffusion du CNRS, plateforme ou web de recherche et de diffusion du CNRS pour les sciences humaines et sociales, offrant un accès unifié à plus d'un million de documents numériques [1])
  2. Francisco Villar, Blanca M. Prósper, Vascos, Celtas e Indoeuropeos. Genes y lenguas, Salamanca, Universidad de Salamanca,‎ 2005.
  3. Villar, Prospèrent, Ibid, p.513
  4. «El vasco es más antiguo en Aquitania que en el País Vasco» d'Antonio Astorga.
  5. Francisco Villar(2001), La complessità dei livelli di stratificazione indoeuropea nell’Europa occidentale, in G. Bocchi e M. Ceruti (eds.), Le radici prime dell’Europa. Gli intrecci genetici, linguistici, storici, Bruno Mondatori, Milano, pp. 209-234. "As far as the Basques are concerned, it is on the contrary unsure whether their presence in the Iberian peninsula was particularly extended or dense. Very few place or people names of Basque etymology can be traced in ancient sources, even in those concerning the historically Basque areas; in these too ancient place and people names have a prevailing IE character." traduction par Mario Alinei(2003).
  6. (en) Larry Trask, The history of Basque, Londres, Routledge,‎ 24 décembre 1996, 480 p. (ISBN 0415131162 et 9782908132014), p. 9

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Mª Lurdes Albertos. 1974. El culto a los montes entre los galaicos, astures y berones y algunas de las deidades más significativas. Estudios de Arqueología Alavesa 6:147-157.
  • Agustín Azkárate. 1993. Francos, aquitanos y vascones al sur de los Pirineos. Archivo Español de Arqueología 66:149-176.
  • Agustín Azkárate. 2004. El País Vasco en los siglos inmediatos a la desaparición del Imperio Romano. En Historia del País Vasco. Edad Media (siglos V-XV):23-50.
  • Julio Caro Baroja. 1945. Materiales para una historia de la lengua vasca en su relación con la latina.
  • Juan José Cepeda. 1999. Dos depósitos monetarios de época altomedieval romana procedentes de Aloria (Alava). CSDIC: 215-228.
  • Juan José Cepeda. 2001. El yacimiento arqueológico de Aloria.
  • Iñaki García Camino. 2002. Arqueología y poblamiento en Bizkaia, siglos VI-XII.
  • Manuel Gómez Moreno. 1951. De epigrafía vizcaína. Boletín de la Real Academia de Historia 128:210-217.
  • Joaquín Gorrochategui. 1984. Estudio sobre la onomástica indígena de Aquitania.
  • Joaquín Gorrochategui. 1994. La aportación de la lingüística a la reconstrucción del poblamiento del País Vasco. Illuntzar 94:113-125.
  • Joaquín Gorrochategui. 2002. El área de Bilbao en la antigüedad. Bilbao, el espacio lingüístico: 103-121.
  • Hector Iglesias, « Sur l'origine présumée du fractionnement dialectal de la langue basque », Revista ARSE 45 (2011) : 65-95.
  • Koldo Mitxelena. 1988. Sobre historia de la lengua vasca.
  • Claudio Sánchez Albornoz. 1976. Vascos y navarros en su primera historia.
  • (de+en) Theo Vennemann et Patrizia Noel Aziz Hanna, Europa Vasconica, Europa Semitica., Berlin, New York, De Gruyter Mouton - Walter de Gruyter,‎ 2003, 977 p. (ISBN 311017054X et 9783110170542)
  • Francisco Villar. 2005. Vascos, celtas e indoeuropeos. Genes y lenguas.
  • Mikel Unzueta. 1994. Indigenismo prerromano en la vertiente cantábrica del País Vasco: fuentes documentales y contexto arqueológico. Illuntzar 94:101-112.
  • Mikel A. Unzueta, J. A. Ocharan. 1999. Aproximación a la conquista romana del Cantábrico oriental: el campamento o campo de batalla de Andagoste (Kuartango, Alava). Regio Cantabrorum: 125-142.