Groenlandais

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Groenlandais
Kalaallisut
Pays Groenland
Nombre de locuteurs 50 000
Typologie SOV, polysynthétique, ergative
Classification par famille
Statut officiel
Langue officielle Drapeau du Groenland Groenland
Régi par Oqaasileriffik (secrétariat de la langue groenlandaise)
Codes de langue
ISO 639-1 kl
ISO 639-2 kal
ISO 639-3 kal
IETF kl
Échantillon
Article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme[1] :

Inuit tamarmik inunngorput nammineersinnaassuseqarlutik assigiimmillu ataqqinassuseqarlutillu pisinnaatitaaffeqarlutik. Solaqassusermik tarnillu nalunngissusianik pilersugaapput, imminnullu iliorfigeqatigiittariaqaraluarput qatanngutigiittut peqatigiinnerup anersaavani.
Carte
Distribution des langues inuit à travers l'Arctique. Les trois dialectes du groenlandais figurent en marron, en bleu clair et en gris.
Distribution des langues inuit à travers l'Arctique. Les trois dialectes du groenlandais figurent en marron, en bleu clair et en gris.

Le groenlandais (Kalaallisut en groenlandais qui signifie « la langue du peuple », Grønlandsk en danois) est l'un des quatre grands ensembles linguistiques de l'inuit ou plus précisément du groupe inuit-inupiaq, les trois autres ensembles étant l'inupiaq parlé en Alaska, l'inuktun, parlé dans le Nord-Ouest canadien, et l'inuktitut, parlé au Québec et au Nunavut. Ce groupe inuit-inupiaq fait à son tour partie de la branche eskimo (qui comprend aussi les langues yupik) de la famille eskimo-aléoute.

C'est, comme les autres langues de sa famille, une langue polysynthétique et ergative. Il n'y a presque pas de mots composés, la plupart du vocabulaire résultant des variations des noms. Même si dans les villes groenlandaises comme Nuuk les gens parlent principalement danois, le groenlandais compte environ 50 000 locuteurs.

Le groenlandais comporte deux grandes catégories lexicales : les noms et les verbes. Chaque catégorie possède une sous-catégorie séparant les mots transitifs des intransitifs.

Il y a quatre personnes (1re, 2e, 3e et 3e réfléchie), deux nombres (singulier et pluriel), huit modes (indicatif, participe, impératif, optatif, subjonctif passé, subjonctif futur, subjonctif présent), dix cas (absolutif, ergatif, équatif, instrumental, locatif, allatif, ablatif, perlatif — et pour certains noms : nominatif et accusatif).

Le groenlandais est écrit au moyen de l'alphabet latin, auquel on ajoutait la lettre Kra (ĸ). Depuis la réforme de 1973, on utilise q à la place de ĸ.

Histoire[modifier | modifier le code]

C'est au XIIe siècle que la culture de Thulé commence à coloniser le Groenland, apportant avec elle sa langue. On ignore à quoi pouvaient ressembler les langues des cultures antérieures, celles de Saqqaq et de Dorset.

Les premières descriptions du groenlandais remontent au XVIe siècle. L'arrivée de missionnaires danois au début du XVIIe siècle et le début de la colonisation danoise de l'île donne naissance aux premières tentatives d'étude scientifique de la langue. Le missionnaire Paul Egede rédige le premier dictionnaire de groenlandais en 1750, puis la première grammaire de la langue en 1760[2]. Le danois exerce une pression croissante sur le groenlandais durant cette période de colonisation : dans les années 1950, la politique linguistique du Danemark consiste à remplacer le groenlandais par le danois. L'éducation secondaire et tous les actes officiels sont ainsi conduits en danois[3].

Le Groenland obtient son autonomie territoriale en 1979. C'est le début d'une période de « groenlandisation », qui vise à renverser les tendances à la marginalisation de la langue groenlandaise, qui devient langue officielle de l'éducation et langue unique de l'éducation primaire. Ainsi, même les enfants de parents ne parlant que le danois deviennent bilingues danois-groenlandais[4]. Les deux langues partagent le statut de langue officielle du Groenland jusqu'en 2009, puis le groenlandais devient l'unique langue officielle de l'île.

De 1851 à 1973, le groenlandais utilise une orthographe complexe, conçue par le linguiste et missionnaire Samuel Kleinschmidt. Une nouvelle orthographe est introduite en 1973 afin de rapprocher la langue écrite de la forme parlée, qui a beaucoup changé depuis l'époque de Kleinschmidt. Le taux d'alphabétisation connaît une croissance importante dans les années qui suivent la mise en place de cette réforme[3]. Il est de 100 % en 2001[5].

Classification[modifier | modifier le code]

Le groenlandais appartient à la famille des langues eskimo-aléoutes. Il est étroitement apparenté aux langues inuit parlées au Canada et en Alaska. En 1998, le linguiste Michael Fortescue a proposé l'existence d'une superfamille ouralo-sibérienne réunissant les langues eskimo-aléoutes, ouraliennes, tchouktches-kamtchadales et youkaguire.

Le groenlandais compte trois grands dialectes :

  • Le kalaallisut, ou « groenlandais occidental », est le principal dialecte groenlandais et la langue officielle du Groenland. Le nom kalaallisut est souvent utilisé pour désigner l'ensemble du domaine groenlandais.
  • L'inuktun, ou avanersuarmiutut, est le dialecte le plus septentrional, parlé autour de la ville de Qaanaaq (Thulé). Il est étroitement apparenté à l'inuktitut canadien.
  • Enfin, le tunumiit, ou « groenlandais oriental », est parlé autour des villes d'Ammassalik et Scoresbysund. C'est le plus avancé des dialectes groenlandais en ce qui concerne l'assimilation des groupes consonantiques et des suites de voyelles[6].
Comparaison des trois dialectes
Français Kalaallisut Inuktun Tunumiisut
humains inuit inughuit[7] iivit[8]
Des trois dialectes, l'inuktun est le plus conservateur, ayant toujours le groupe /gh/ qui est élidé en kalaallisut, tandis que le tunumiisut a encore simplifié la structure consonantique en élidant le /n/.

Le kalaallisut est encore subdivisé en quatre sous-dialectes :

  • celui parlé autour d'Upernavik, qui présente des ressemblances avec le tunumiit, peut-être à la suite d'une migration depuis l'Est de l'île ;
  • celui parlé dans la région d'Uummannaq et de la baie de Disko ;
  • celui parlé dans le centre, entre Sisimiut au nord et Maniitsoq au sud, avec Nuuk entre les deux ;
  • celui parlé dans le Sud, autour de Narsaq et Qaqortoq[2].

Phonologie[modifier | modifier le code]

Les barres obliques / / encadrent les transcriptions phonémiques, les crochets [ ] les transcriptions phonétiques, et les chevrons ‹   › la graphie standard.

Consonnes[modifier | modifier le code]

Les consonnes du groenlandais sont distribuées sur cinq points d'articulation : labiales, alvéolaires, palatales, vélaires et uvulaires. Il n'existe pas de contraste entre consonnes sourdes et sonores. Parmi les cinq points d'articulation, tous possèdent un contraste entre occlusives, fricatives et nasales[N 1], sauf au niveau palatal où la chuintante [ʃ] a fusionné avec [s] dans la quasi-totalité des dialectes[9]. La fricative labiodentale [f] n'a valeur de phonème que dans les mots empruntés à d'autres langues. L'occlusive alvéolaire [t] se prononce de manière affriquée [t͡s] devant la voyelle /i/. Les mots empruntés au danois sont souvent orthographié avec les lettres ‹ b d g ›, qui représentent des occlusives voisées en danois (par exemple ‹ baaja › « bière » et ‹ Guuti › « Dieu »), mais en groenlandais, ces consonnes sont prononcées /p t k/[2].

Consonnes du groenlandais
  Labiales Alvéolaires Palatales Vélaires Uvulaires
Occlusives /p/ ‹ p › /t/ ‹ t › /k/ ‹ k › /q/ ‹ q ›
Fricatives /v/ ‹ v ›[N 2] /s/ ‹ s › (/ʃ/)[N 3] /ɣ/ ‹ g › /ʁ/ ‹ r ›
Nasales /m/ ‹ m › /n/ ‹ n › /ŋ/ ‹ ng › /ɴ/ ‹ rn ›
Liquides /l/ ‹ l › ~ [ɬ] ‹ ll ›
Semi-voyelles /j/ ‹ j ›

Voyelles[modifier | modifier le code]

Le groenlandais présente un système à trois voyelles typique des langues eskimo-aléoutes : /i/, /u/ et /a/. Les voyelles doubles sont considérées comme composées de deux mores distincts : du point de vue de la phonologie, elles ne constituent pas une voyelle longue, mais une suite de voyelles. Orthographiquement, elles sont représentées par deux lettres[10],[11]. Il n'existe qu'une seule diphtongue, /ai/, qui n'apparaît qu'en fin de mot[12].

Les voyelles /i/ et /u/ possèdent des allophones lorsqu'elles sont situées avant une consonne uvulaire (/q/ ou /ʁ/) : la première est réalisée [e] ou [ɛ], et la seconde [o] ou [ɔ]. Cette variation est représentée par l'orthographe moderne de la langue, qui écrit ‹ e › et ‹ o › pour /i/ et /u/ avant une consonne uvulaire. Par exemple :

/ui/ « mari » se prononce [ui], mais
/uiqarpuq/ « elle a un mari » se prononce [ueqaʁpɔq] et s'écrit ‹ ueqarpoq ›.
/illu/ « maison » se prononce [iɬːu], mais
/illuqarpuq/ « il a une maison » se prononce [iɬːoqaʁpɔq] et s'écrit ‹ illoqarpoq ›.

Contraintes phonologiques[modifier | modifier le code]

Les syllabes autorisées sont de la forme (C)(V)V(C), C désignant une consonne, V une voyelle et VV une voyelle double ou une diphtongue[13]. Les mots d'origine groenlandaise ne peuvent commencer que par une voyelle ou par /p, t, k, q, s, m, n/. Ils ne peuvent s'achever que par /p, t, k, q/, ou plus rarement /n/. Les groupes consonantiques ne peuvent apparaître qu'à la frontière de deux syllabes, et leur prononciations est sujette à des assimilations régressives qui en font des consonnes géminées. Toutes les consonnes autres que nasales qui apparaissent dans un groupe sont sourdes[14].

Prosodie[modifier | modifier le code]

L'accentuation ne constitue pas une catégorie autonome de la prosodie du groenlandais. Cette dernière est déterminée par le ton et la durée[11]. La quantité syllabique influe sur l'intonation prosodique : les syllabes lourdes (celles qui comprennent une voyelle longue ou qui se trouvent avant un groupe consonantique) sont prononcées d'une manière pouvant être perçue comme accentuée. Dans les mots de moins de quatre syllabes qui ne comprennent ni voyelle longue, ni groupe consonantique, c'est la dernière syllabe qui est accentuée. Dans les mots de plus de quatre syllabes dont aucune n'est lourde, c'est l'avant-dernière qui est accentuée. Dans les mots qui comprennent beaucoup de syllabes lourdes, celles avec une voyelle longue sont considérées comme plus lourdes que celles qui se trouvent avant un groupe consonantique[15].

Dans les propositions affirmatives, l'intonation monte généralement sur l'antépénultième syllabe, redescend sur l'avant-dernière avant de remonter sur la dernière. Dans les propositions interrogatives, l'intonation monte sur l'avant-dernière et redescend sur la dernière[15],[16].

La durée de prononciation des consonnes géminées correspond à peu près au double de la durée de prononciation des consonnes simples[17].

Morphophonologie[modifier | modifier le code]

La phonologie du groenlandais se distingue de celle des autres langues inuit par une série d'assimilations.

Les groupes de deux consonnes sont autorisés, mais uniquement si elles sont identiques ou si la première est /r/. La première consonne d'un groupe est toujours assimilée par la seconde, donnant naissance à une consonne géminée :

  • /tt/ se prononce [ts] et s'écrit ‹ ts › ;
  • /ll/ se prononce [ɬː] ;
  • /ɡɡ/ se prononce [çː] ;
  • /ʁʁ/ se prononce [χː] ;
  • /vv/ se prononce [fː] et s'écrit ‹ ff ›[18],[N 4].

Ainsi, l'un des mots les plus connus de l'inuktitut, iglu « maison », prend-t-il la forme illu en groenlandais : le groupe consonantique /ɡl/ est assimilé et réalisé sous la forme d'une consonne affriquée latérale sourde. Le mot inuktitut lui-même devient inuttut en kalaaalisut.

L'assimilation des groupes consonantiques est l'un des principaux traits dialectaux qui distinguent l'inuktun du groenlandais occidental et oriental : la gémination ne s'applique pas à l'ensemble des groupes en inuktun. En groenlandais oriental, certaines consonnes géminées ont changé de réalisation : [ɬː] y est devenu [tː], par exemple. La ville de Scoresbysund s'appelle ainsi Illoqqortoormiut en kalaallisut, mais Ittoqqotoormiit en tunumiisut[8][6].

La consonne /v/ a disparu entre /u/ et /i/ ou /a/. Les affixes commençant par -va ou -vi possèdent donc des formes sans la consonne [v] lorsqu'ils sont suffixés à des bases qui se terminent par un /u/.

La voyelle /i/ du groenlandais moderne est issue de la fusion de deux voyelles distinctes en proto-eskimo-aléoute : *i et *ɪ. Cette dernière figure encore dans le vieux groenlandais attesté par Hans Egede[19]. En kalaallisut moderne, la distinction entre les deux proto-voyelles ne se remarque plus qu'au niveau morphophonologique dans certains environnements. L'ancienne *ɪ possède la variante [a] devant une autre voyelle, et elle disparaît parfois devant certains suffixes[20].

Grammaire[modifier | modifier le code]

Le groenlandais est une langue polysynthétique, qui ajoute des séries d'affixes (presque uniquement des suffixes) à des bases pour former de très longs mots[21]. Il n'existe pas de limite théorique à la longueur d'un mot, mais il est rare de trouver plus de six suffixes dans le même mot, et la plupart des mots comptent entre trois et cinq morphèmes[22]. Il existe environ 318 suffixes flexionnels, et entre 400 et 500 suffixes dérivationnels[23].

La langue possède quatre personnes, deux nombres, huit modes et huit cas. Les verbes s'accordent à la fois avec leur sujet et avec leur objet. Les syntagmes nominaux possessifs s'accordent avec le possesseur en plus de la flexion casuelle[24].

Syntaxe[modifier | modifier le code]

Le groenlandais distingue trois catégories ouvertes : substantifs, verbes et particules. Les verbes s'accordent en personne et en nombre avec le sujet et l'objet, et se fléchissent également en mode et en voix. Les noms se fléchissent en cas, ainsi que pour indiquer la possession. Les particules sont invariables[25].

Verbe Substantif Particule
oqar-poq angut naamik
dire-3p/IND homme.ABS non
il dit un homme non

Un verbe seul suffit à former une phrase : puisqu'ils s'accordent en nombre et en personne avec leur sujet et leur objet, ils constituent une proposition à eux tout seuls. Il est en fait assez rare de trouver des propositions dans lesquelles tous les participants sont exprimés par des syntagmes nominaux indépendants[25]. Le groenlandais permet ainsi :

  • les propositions intransitives avec sujet exprimé :
angut sini-ppoq « l'homme dort »
homme.ABS dormir-3p/IND
  • les propositions intransitives sans sujet exprimé :
sini-ppoq « il / elle dort »
dormir-3p/IND
  • les propositions transitives sans sujet exprimé :
arnaq asa-vaa « il / elle aime la femme »
femme.ABS aimer-3p/3p
  • les propositions transitives sans objet exprimé :
angut-ip asa-vaa « l'homme l'aime »
homme-ERG aimer-3p/3p
  • les propositions transitives sans arguments exprimés :
asa-vaa « il / elle l'aime »
aimer-3p/3p

Structure d'actance[modifier | modifier le code]

Dans les langues ergatives, l'objet d'un verbe transitif (O) reçoit le même cas (« absolutif ») que le sujet d'un verbe intransitif (S), tandis que le sujet d'un verbe transitif (A) reçoit un cas différent (« ergatif »).

Le groenlandais est une langue à structure d'actance absolutive-ergative. Ses deux cas principaux sont l'ergatif, qui est utilisé pour le sujet du verbe transitif et le possesseur, et l'absolutif, qui est utilisé pour l'objet du verbe transitif et le sujet du verbe intransitif[26].

Phrase intransitive :

Anda sini-ppoq « Anda dort »
Anda.ABS dormir-3p/IND

Phrase transitive :

Anda-p nano-q taku-aa « Anda voit un ours »
Anda.ERG ours-ABS voir-3p/3p

Le groenlandais utilisé par les jeunes locuteurs témoigne d'une disparition de la structure ergative au profit de la structure structure nominative-accusative[27].

Ordre des mots[modifier | modifier le code]

Dans les propositions transitives où le sujet et l'objet sont exprimés sous la forme de syntagmes nominaux libres, l'ordre neutre des mots est AOXV / SXV, X représentant un syntagme nominal dans un cas oblique. Néanmoins, il règne une certaine liberté dans ce domaine. Le thème apparaît généralement au début de la proposition, alors que le rhème apparaît à la fin. Il s'agit le plus souvent du verbe, mais il peut également s'agir d'un sujet ou d'un objet rhématisé. Dans la langue orale, des clarifications ou précisions a posteriori peuvent suivre le verbe, généralement dans un ton plus bas[28].

Si l'ordre des mots dans la phrase est relativement libre, ce n'est pas le cas au sein du syntagme nominal : la tête doit y précéder les modificateurs, et le possesseur doit précèder le possédé[29].

Andap tujuuluk pisiaraa « Anda a acheté le pull »
Anda (A) pull (O) acheter (V)
Andap tujuuluk tungujortoq pisiaraa « Anda a acheté le pull bleu »
Anda (A) pull (O) bleu (X) acheter (V)

Coordination et subordination[modifier | modifier le code]

La coordination et la subordination s'obtiennent en juxtaposant des prédicats conjugués dans un mode non-subordonné (indicatif, interrogatif, impératif ou optatif) avec des prédicats conjugués dans un mode subordonné (conditionnel, causatif, contemporatif ou participe). Le contemporatif peut assurer une fonction coordinatrice ou subordinatrice, en fonction du contexte[30]. L'ordre des propositions dans la phrase est relativement libre et surtout dicté par la pragmatique[31].

Obviation[modifier | modifier le code]

Le système pronominal présente un système d'obviation[32]. Il existe une « quatrième personne » qui permet de désigner le sujet à la troisième personne du verbe d'une proposition subordonnée, ou bien le possesseur d'un nom, qui est coréférent avec le sujet (également à la troisième personne) du verbe de la proposition principale qui gouverne cette subordonnée[33].

illu-a taku-aa « il a vu sa maison » (celle de quelqu'un d'autre)
maison-3POSS voir-3p/3p
illu-ni taku-aa « il a vu sa maison » (sa propre maison)
maison-4POSS voir-3p/3p
Ole oqar-poq tillu-kkiga « Ole a dit que je l'avais frappé » (il parle d'un tiers)
Ole dire-3p frapper-JE/3p
Ole oqar-poq tillu-kkini « Ole a dit que je l'avais frappé » (il parle de lui-même)
Ole dire-3p frapper-JE/4p
Eva iser-uni sini-ssaa-q « quand Eva entrera, elle (= Eva) dormira »
Eva entrer-4p dormir-s'attendre-3p
Eva iser-pat sini-ssaa-q « quand Eva entrera, elle (ou il, en tout cas pas Eva) dormira »
Eva entrer-3p dormir-s'attendre-3p

Constructions indéfinies[modifier | modifier le code]

Le caractère défini ou indéfini d'un syntagme nominal ne constitue pas une catégorie grammaticale en groenlandais : pour savoir si un participant est déjà connu ou vient d'être introduit, d'autres moyens sont utilisés. Certains auteurs affirment que des éléments morphologiques liés à la transitivité, comme l'utilisation de la construction antipassive[34],[35] ou à objet intransitif[36] permet d'encoder cette information, de même que l'incoporation du nom ou l'usage de syntagmes nominaux non-thématiques[37]. Il s'agit néanmoins d'un point de vue controversé[38].

Construction active :

Piitap arfeq takuaa « Pierre a vu la baleine »
Pierre-ERG baleine voir

Construction antipassive / à objet intransitif :

Piitaq arfermik takuvoq « Pierre a vu (une) baleine »
Pierre-ABS baleine-INSTR voir

Le verbe[modifier | modifier le code]

La morphologie du verbe est complexe et comprend des mécanismes de flexion et de dérivation. La morphologie flexionnelle comprend les flexions de mode, personne et voix, mais pas de temps, ni d'aspect[39],[40],[41]. La morphologie dérivationnelle permet de modifier le sens des verbes comme le font les adverbes dans d'autres langues, à l'aide de centaines de suffixes différents. Ces suffixes à la sémantique « lourde », qui peuvent exprimer des concepts comme « avoir », « être », « dire » ou « penser », sont si courants qu'ils sont parfois appelés postbases, notamment par les linguistes américains[42]. Le verbe est construit de la manière suivante : racine + suffixe (ou postbase) dérivationnel + suffixe flexionnel. Le temps et l'aspect sont marqués par des suffixes optionnels, qui s'insèrent entre les suffixes dérivationnels et flexionnels.

Flexion[modifier | modifier le code]

Le verbe s'accorde avec l'agent et le patient, et se conjugue également en mode et en voix. Il existe huit modes. L'indicatif, l'interrogatif, l'impératif et l'optatif sont utilisés dans les propositions principales, tandis que le causatif, le conditionnel, le contemporatif et le participe sont utilisés dans les propositions subordonnées. Chacun de ces huit modes possède un suffixe transitif, un suffixe intransitif et un suffixe négatif[43].

Les suffixes transitifs encodent l'agent et le patient au sein d'un unique morphème, ce qui représente 48 combinaisons possibles pour chacun des huit modes, soit 384 morphèmes potentiels en tout. Cependant, certains modes ne sont pas employés avec certaines personnes (l'impératif n'existe qu'à la 2e personne, l'optatif à la 1re et à la 3e, le participe n'a pas de 4e personne et le contemporatif n'a pas de 3e), et le total de suffixes flexionnels verbaux est seulement d'environ 318[44].

Mode indicatif du verbe transitif asa- « aimer »
Objet / Sujet 1re 2e 3e
1re sg. * asavarma « tu m'aimes » asavaanga « il / elle m'aime »
2e sg. asavakkit « je t'aime » * asavaatit « il / elle t'aime »
3e sg. asavara « je l'aime » asavat « tu l'aimes » asavaa « il / elle l'aime »
1re pl. * asavatsigut « tu nous aimes » asavaatigut « il / elle nous aime »
2e pl. asavassi « je vous aime » * asavaasi « il / elle vous aime »
3e pl. asavakka « je les aime » asavatit « tu les aimes » asavai « il / elle les aime »
L'astérisque marque une forme inexistante, même si le sens en question peut être exprimé à l'aide d'une flexion réflexive distincte.
Indicatif et interrogatif[modifier | modifier le code]

Le mode indicatif est utilisé dans les propositions déclaratives indépendantes, tandis que le mode interrogatif sert à poser des questions[45].

napparsima-vit? « Es-tu malade ? »
être.malade-TU/INTERR
naamik, napparsima-nngila-nga. « Non, je ne suis pas malade. »
non, être.malade-NEG-JE/IND
Modes indicatif et interrogatif du verbe intransitif neri- « manger »
Indicatif Interrogatif
nerivunga « je mange » nerivunga? « mangé-je ? »
nerivutit « tu manges » nerivit? « manges-tu ? »
nerivoq « il / elle mange » neriva? « mange-t-il / elle ? »
nerivugut « nous mangeons » nerivugut? « mangeons-nous ? »
nerivusi « vous mangez » nerivisi? « mangez-vous ? »
neripput « ils / elles mangent » nerippat? « mangent-ils / elles ? »
Il existe également une flexion transitive qui n'est pas montrée ici.
Impératif et optatif[modifier | modifier le code]

L'impératif, toujours utilisé avec la deuxième personne, sert à donner des ordres. À l'inverse, l'optatif, qui permet d'exprimer des souhaits ou des exhortations, n'est jamais utilisé avec la deuxième personne. L'impératif peut être utilisé négativement pour interdire. Ces deux modes possèdent des paradigmes transitifs et intransitifs. L'impératif compte deux paradigmes transitifs affirmatifs : il existe, en plus de celui de base, un deuxième paradigme considéré impoli qui est utilisé pour s'adresser aux enfants[46].

sini-git! « dors ! »
dormir-IMP
sini-llanga! « laisse-moi dormir ! »
dormir-JE.OPT
sini-nnak! « ne dors pas ! »
dormir-NEG.IMP
Conditionnel[modifier | modifier le code]

Le conditionnel permet de construire des propositions subordonnées avec le sens « si… » ou « quand… »[47].

seqinner-pat Eva ani-ssaa-q « si le soleil brille, Eva ira dehors »
soleil.briller-COND Eva sortir-attendre/3p
Causatif[modifier | modifier le code]

Le mode causatif permet de construire des propositions subordonnées avec le sens « parce que… », « puisque… » ou « quand… ». Il peut aussi simplement exprimer « que… », et apparaître dans une proposition principale pour sous-entendre une cause implicite[48].

qasu-gami innar-poq « il est allé au lit parce qu'il était fatigué »
être.fatigué-CAU/3p aller.au.lit-3p
matta-ttor-ama « j'ai mangé du lard » (et je n'ai donc pas faim)
lard-manger-CAU/JE
ani-guit eqqaama-ssa-vat teriannia-qar-mat « si tu sors, n'oublie pas qu'il y a des renards »
sortir-COND/TU souvenir-futur-IMP renard-être-CAUS
Contemporatif[modifier | modifier le code]

Le mode contemporatif permet de construire des propositions subordonnées exprimant l'idée de simultanéité. Il n'est utilisé que lorsque le sujet de la subordonnée est identique au sujet de la proposition principale. Dans le cas contraire, on utilise le participe ou le causatif. Le contemporatif peut également former des compléments aux verbes de parole ou de pensée[49].

qasu-llunga angerlar-punga « étant fatigué, je suis rentré »
être.fatigué-CONT/JE rentrer-JE
98-inik ukio-qar-luni toqu-voq « il est mort à l'âge de 98 ans »
98-INSTR/PL année-avoir-CONT/3p mourir-3p
Eva oqar-poq kami-it akiler-lugit « Eva a dit qu'elle avait payé les bottes »
Eva dire-3p botte-PL payer-CONT/3p
Participe[modifier | modifier le code]

Le participe permet de construire des propositions subordonnées décrivant le sujet en train d'accomplir quelque chose. Il est utilisé lorsque le sujet de la subordonnée est différent de celui de la proposition qui la gouverne. Il sert souvent dans des adpositions, comme les propositions relatives[50].

atuar-toq taku-ara « je l'ai vue lire »
lire-PART/3p voir-JE/3p
neriu-ppunga tiki-ssa-soq « j'espère qu'il vient / viendra »
espérer-JE venir-attendre-PART/3p

Dérivation[modifier | modifier le code]

La dérivation verbale est très productive et emploie plusieurs centaines de suffixes dérivationnels. Il n'est pas rare de voir plusieurs suffixes greffés sur le même verbe, donnant naissance à de très longs mots. Quelques exemples :

-katap- « être fatigué de »

taku-katap-para « je suis fatigué de le voir »
voir-fatigué.de.-JE/3p

-ler- « commencer à / être sur le point de »

neri-ler-pugut « nous sommes sur le point de manger »
manger-commencer-NOUS

-llaqqip- « être bon à / doué pour »

erinar-su-llaqqip-poq « elle est douée pour le chant »
chanter-HAB-talentueusement-3p

-niar- « prévoir / vouloir »

aallar-niar-poq « il prévoit de voyager »
voyager-prévoir-3p

-ngajappoq- « presque »

sini-ngajap-punga « je m'étais presque endormi »
dormir-presque-JE

-nikuu-nngila- « n'avoir jamais »

taku-nikuu-nngila-ra « je ne l'ai jamais vu »
voir-jamais-NEG-JE/3p

Temps et aspect[modifier | modifier le code]

Il existe des outils morphologiques pour distinguer le passé récent et lointain, par exemple, mais leur utilisation n'est pas obligatoire[51]. Il vaut mieux donc les considérer comme relevant du système dérivationnel plutôt que comme des marqueurs de temps. Une distance temporelle fixe est plutôt indiquée par un adverbial[52] :

toqo-riikatap-poq « il est mort il y a longtemps[51] »
mourir-il.y.a.longtemps-3p/IND
nere-qqammer-punga « j'ai mangé il y a peu[51] »
manger-il.y.a.peu-JE/IND
ippassaq Piitaq arpap-poq « hier, Pierre courait[53] »
hier Pierre-ABS courir-3p/IND

Incorporation du nom[modifier | modifier le code]

L'existence de l'incorporation du nom en groenlandais reste débattue. Dans d'autres langues, ce procédé consiste à incorporer une racine nominale au sein d'un verbe afin de produire un verbe de sens différent. Il est possible de former des verbes incorporant des racines nominales en groenlandais, mais s'agit-il réellement d'une incorporation du nom, ou bien d'une dérivation dénominale du verbe ? La langue possède plusieurs morphèmes qui ont besoin de se greffer sur une racine nominale pour former des verbes composés, un processus proche de celui observé dans les langues où l'incorporation du nom est attestée. Pour certains linguistes, ces morphèmes sont des racines verbales qui doivent incorporer des noms afin de former des propositions grammaticales[35],[54]. De nombreux morphèmes dérivationnels utilisés pour former les verbes dénominaux fonctionnent presque de la même façon que l'incorporation du nom « canonique ». Ils permettent la formation de mots dont le contenu sémantique correspond à une proposition entière, avec verbe, sujet et objet. En outre, ces morphèmes proviennent d'anciennes constructions à incorporation du nom, fossilisées par l'usage[55]. D'autres linguistes considèrent ces morphèmes comme de simples morphèmes dérivationnels, qui permettent de former des verbes dénominaux. Le fait qu'ils ne puissent pas fonctionner seuls et aient besoin de se greffer sur une base nominale constitue un argument en faveur de cette thèse[56],[57].

qimmeq « chien » + -qar- « avoir » (+ -poq « 3p »)

qimme-qar-poq « elle possède un chien »

illu « maison » + -'lior- « faire »

illu-lior-poq « elle construit une maison »

allagaq « lettre » + -si- « recevoir »

allagar-si-voq « elle a reçu une lettre »

Le nom[modifier | modifier le code]

Tout nom est fléchi en cas et en nombre. S'il existe une relation de possession, le possédé s'accorde en nombre et en personne avec son possesseur. Il existe deux nombres, singulier et pluriel, et huit cas : absolutif, ergatif, instrumental, locatif, allatif, ablatif, prolatif et équatif[58]. Le cas et le nombre sont marqués par un suffixe unique.

Il existe des ressemblances entre les suffixes marquant l'accord du possessif sur les noms et ceux marquant l'accord transitif sur les verbes : par exemple, -aa signifie « son / sa / ses » lorsqu'il est suffixé à un nom, mais « lui / elle » lorsqu'il est suffixé à un verbe. Ces ressemblances ont donné lieu à une théorie selon laquelle le groenlandais distingue les noms transitifs et intransitifs[59].

Cas[modifier | modifier le code]

Les deux cas principaux, l'absolutif et l'ergatif, servent à exprimer le rôle grammatical et syntaxique des syntagmes nominaux. Les autres cas encodent des informations concernant le mouvement ou la manière.

Terminaisons des cas
Cas Singulier Pluriel
Absolutif -q
-t
-k
-(i)t
Ergatif -(u)p -(i)t
Instrumental -mik -nik
Allatif -mut -nut
Locatif -mi -ni
Ablatif -mit -nit
Prolatif -kkut -tigut
Équatif -tut -tut

L'instrumental connaît des usages variés. Il marque l'instrument permettant d'accomplir une action, mais aussi l'objet oblique des verbes intransitifs et l'objet secondaire des verbes transitifs[60].

nano-q savim-mi-nik kapi-vaa « Il a poignardé l'ours avec son couteau. »
ours-ABS couteau-son-INSTR poignarder-3p/3p
kaffi-mik tor-tar-poq « Elle boit habituellement du café. »
café-INSTR boire-habituellement-3p
Piitaq savim-mik tuni-vara « J'ai donné un couteau à Pierre. »
Pierre-ABS couteau-INSTR donner-JE/3p

L'instrumental exprime également le sens « donne-moi », et il permet de former des adverbes à partir de substantifs :

imer-mik « (donne-moi) de l'eau »
eau-INSTR
sivisuu-mik sinip-poq « Il a dormi tard. »
tard-INSTR dormir-3p

L'allatif indique le mouvement en direction de quelque chose. Il est également utilisé avec les numéraux et l'interrogatif qassit pour indiquer l'heure, et dans le sens « quantité par unité »[61] :

illu-mut « vers la maison »
qassi-nut? – pingasu-nut « Quand ? À trois heures. »
quand-ALL trois-ALL
kiilu-mut tivi krone-qar-poq « Ça coûte 20 couronnes au kilo. »
kilo-ALL vingt couronne-avoir-3p

Le locatif indique une position dans l'espace[61] :

illu-mi « dans la maison »

L'ablatif décrit un mouvement à partir de quelque chose, ou bien la source de quelque chose[61] :

Rasmussi-mit allagarsi-voq « Il a reçu une lettre de Rasmus. »
Rasmus-ABL recevoir.lettre-3p
tuttu-mit nassuk « bois de renne »
renne-ABL bois

Le prolatif décrit un mouvement à travers quelque chose, un endroit du corps ou un support d'écriture. Il peut également décrire un groupe de personnes (une famille, par exemple) comme appartenant au nom fléchi[62] :

matu-kkut iser-poq « Il est entré par la porte. »
porte-PRO entrer-3p
su-kkut tillup-paatit? « Où (sur quelle partie du corps) t'a-t-il frappé ? »
où-PRO frapper-3p/TU
palasi-kkut « le prêtre et sa famille »
prêtre-PRO

L'équatif désigne une égalité en termes de manière ou de qualité. Il permet également de former le nom d'une langue à partir de celui de la nationalité[62] :

nakorsa-tut suli-sar-poq « il travaille comme docteur »
docteur-EQU travailler-HAB-3p
qallunaa-tut « la langue danoise » (« comme un Danois [parle] »)
Danois-EQU

Possession[modifier | modifier le code]

Flexion possessive pour les noms faibles à l'absolutif
Possesseur Singulier Pluriel
1re singulier illora « ma maison » illukka « mes maisons »
2e singulier illut « ta maison » illutit « tes maisons »
3e singulier illua « sa maison » illui « ses maisons »
4e singulier illuni « sa propre maison » illuni « ses propres maisons »
1re pluriel illorput « notre maison » illuvut « nos maisons »
2e pluriel illorsi « votre maison » illusi « vos maisons »
3e pluriel illuat « leur maison » illui « leurs maisons »
4e pluriel illortik « leur propre maison » illutik « leurs propres maisons »

Le nom qui est possédé s'accorde en nombre et en personne avec son possesseur, qui est à l'ergatif. Il existe des paradigmes différents pour chaque cas dans lequel peut être le possédé[63]. Le tableau ci-contre présente le paradigme possessif du substantif illu « maison » au cas absolutif. Les exemples ci-dessous présentent l'utilisation de l'ergatif pour le possesseur, ainsi que l'utilisation des formes de la quatrième personne.

Anda-p illu-a « la maison d'Anda »
Anda-ERG maison-3p/POSS
Anda-p illu-ni taku-aa « Anda voit sa propre maison »
Anda-ERG maison-4p/POSS voir-3p/3p
Anda-p illu-a taku-aa « Anda voit sa maison (celle de quelqu'un d'autre) »
Anda-ERG maison-3p/POSS voir-3p/3p

Vocabulaire[modifier | modifier le code]

L'orthographe et la grammaire du groenlandais sont régies par le secrétariat de la langue groenlandaise (Oqaasileriffik), situé sur le campus de l'université du Groenland à Nuuk.

Le vocabulaire groenlandais est issu en majeure partie du proto-eskimo-aléoute, mais il comprend également de nombreux emprunts à d'autres langues, principalement au danois. De nombreux emprunts parmi les plus anciens se sont adaptés au système phonologique de la langue : palasi « prêtre » provient du danois præst. Néanmoins, la dérivation est un processus tellement courant dans la langue que de nombreux concepts modernes possèdent des noms forgés plutôt qu'empruntés : qarasaasiaq « ordinateur » signifie littéralement « cerveau artificiel ». Cette facilité de dérivation explique pourquoi le lexique groenlandais est construit à partir d'un nombre relativement réduit de racines, sur lesquelles viennent se greffer divers affixes[2]. Ainsi, oqaq « langue » possède les dérivés suivants :

  • oqarpoq « (il/elle) dit »
  • oqaaseq « mot »
  • oqaluppoq « (il/elle) parle »
  • oqaasilerisoq « linguiste »
  • oqaasilerissutit « grammaire »
  • oqaluttualiortoq « auteur »
  • oqaasipiluuppaa « (il/elle) le harangue »
  • oqaloqatigiinneq « conversation »
  • oqaatiginerluppaa « (il/elle) dit du mal de lui »

Les différences lexicales entre dialectes peuvent être considérables. En effet, le nom d'une personne décédée était considéré comme tabou, et comme les gens portaient souvent le nom d'objets du quotidien, ces derniers ont souvent changé de dénomination pour s'accommoder des tabous, causant d'importantes divergences de vocabulaire[2].

Orthographe[modifier | modifier le code]

La lettre ĸ dans un dictionnaire groenlandais-danois de 1926.

Le groenlandais est écrit avec l'alphabet latin. Il utilise l'alphabet suivant :

A E F G H I J K L M N O P Q R S T U V

D'autres lettres sont utilisées pour écrire les mots empruntés à d'autres langues, principalement au danois et à l'anglais[64],[65] :

B C D X Y Z W Æ Ø Å

La norme orthographique conçue par Samuel Kleinschmidt est en usage de 1851 à 1973. Elle se concentre sur la morphologie : un affixe donné y est toujours orthographié de la même manière, même si sa prononciation change suivant les contextes. Cette norme utilise une lettre supplémentaire, le kra ‹ ĸ ›. Les voyelles longues et les consonnes géminées sont indiquées par des diacritiques : l'accent circonflexe signale les voyelles longues, tandis que les consonnes géminées sont signalées par l'ajout d'un accent aigu sur la voyelle qui précède. Lorsqu'une voyelle longue précède une consonne géminée, la voyelle porte soit une tilde, soit un accent grave, suivant les auteurs. Dans la norme Kleinschmidt, le nom groenlandais du Groenland s'écrit ainsi Kalâdlit Nunât (Kalaallit Nunaat dans la norme actuelle).

La réforme de 1973 introduit un système davantage basé sur la phonologie de la langue : la forme écrite se rapproche de la forme parlée, et l'orthographe d'un affixe donné change donc en fonction de son contexte d'utilisation. Les voyelles longues et les consonnes géminées sont représentées par des séries de deux lettres, plutôt que par des diacritiques. Le nom groenlandais du Groenland s'y écrit donc Kalaallit Nunaat. La lettre ‹ ĸ › disparaît également au profit de ‹ q ›. Du fait de leur nature respective, il est très facile de passer de l'ancienne norme à la nouvelle, mais le contraire nécessite une analyse complète.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La consonne nasale uvulaire /ɴ/ n'apparaît pas dans tous les dialectes, et elle n'a pas toujours valeur de phonème dans ceux où elle apparaît. Cf. Rischel 1974, p. 176-181.
  2. La consonne géminée /vv/ s'écrit ‹ ff ›. La lettre ‹ f › n'apparaît sinon que dans les emprunts.
  3. /ʃ/ apparaît dans certains dialectes, mais pas dans la forme standard de la langue.
  4. /v/ se prononce également [f] et s'écrit également ‹ f › après /r/.

Références[modifier | modifier le code]

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  13. Fortescue 1984, p. 338.
  14. Sadock 2003, p. 20-21.
  15. a et b Bjørnum 2003, p. 23-26.
  16. Fortescue 1984, p. 5.
  17. Sadock 2003, p. 2.
  18. Bjørnum 2003, p. 27.
  19. Rischel 1985, p. 553.
  20. Underhill 1976.
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  22. Sadock 2003, p. 3, 8.
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  24. Bjørnum 2003, p. 33-34.
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  29. Fortescue 1993, p. 269-270.
  30. Fortescue 1984, p. 34.
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Articles connexes[modifier | modifier le code]