Ninon de Lenclos

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Ninon de Lenclos

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Portrait de Ninon de Lenclos (XVIIe siècle)

Nom de naissance Anne de l'Enclos
Activités courtisane, épistolière et femme de lettres
Naissance 10 novembre 1620
Paris, Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Décès 17 octobre 1705 (à 84 ans)
Paris, Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Langue d'écriture français

Anne « Ninon » de l'Enclos, aussi appelée Ninon de Lenclos ou Ninon de Lanclos (Paris, 10 novembre 1620 - Paris, 17 octobre 1705[1]) était une courtisane, femme d'esprit, épistolière et femme de lettres française.

Sa vie[modifier | modifier le code]

Fille d’Henri de Lanclos (gentilhomme tourangeau libertin, suivant de Charles II d'Elbeuf) et de Marie-Barbe de la Marche, elle se révèle une enfant prodige au luth qui citait Montaigne et les grands classiques et qui fut promenée par sa mère bigote de salon en salon où elle faisait sensation. Plus tard, elle apprit le clavecin. Anne dite Ninon de Lenclos devint une femme de lettres, influencée par les idées épicuriennes, qui savait l'italien et l'espagnol tout en étant versée en sciences. En 1642 à la mort de sa mère, son libertinage et son athéisme affirmés alors que sa respectabilité n'est pas encore acquise font que les grandes dames du salon du Marais se détournent d'elle, si bien qu'elle vient habiter chez une autre courtisane, Marion Delorme qui devient son professeur[2].

La belle[3] et intelligente Ninon a, sa vie durant, collectionné une ribambelle d'amants (le premier à 16 ans[4], puis notamment le Grand Condé, François-Jacques d'Amboise, comte d'Aubijoux, François de La Rochefoucauld, le maréchal d'Estrées, l'astronome Christian Huygens) à tel point que Walpole la surnomma plus tard « Notre Dame des Amours ». Elle classait ses amants en « payeurs », « martyrs » (soupirants sans espoir) et « caprices » (élus du moment)[2].

Elle eut des enfants[5] dont un fils, le chevalier Louis de la Boissière, qui deviendra brillant officier de marine, fruit de ses amours avec Louis de Mornay, marquis de Villarceaux et proche du roi Louis XIV. Elle vivra sa passion durant trois ans avec lui au domaine de Villarceaux, commune de Chaussy (Val-d'Oise)[6]. Proche de Molière, elle corrigea, à la demande de l'auteur, la première version du Tartuffe.

Inquiétée par le parti dévot, elle fut enfermée en 1656 sur ordre d'Anne d'Autriche aux Madelonnettes puis dans un couvent de Lagny. À son premier voyage à Paris en 1658, la reine Christine de Suède accorda une seule rencontre en privé à la seule Ninon de Lenclos dont elle avait la plus haute opinion. Tenant un salon à partir de 1667, elle acquit la respectabilité lorsqu'elle fut admise dans celui de Marguerite de la Sablière en 1677. Grand amateur de sagesse, Louis XIV se préoccupait souvent, par personne interposée, de l'opinion de Ninon. Le jour de ses 77 ans, Ninon eut une aventure avec l'abbé de Châteauneuf. À la même époque, elle mène de front une autre liaison avec le chanoine Nicolas Gédoyn. Quelques mois avant son décès, à près de 85 ans, elle se fit présenter le jeune Arouet (Voltaire) alors âgé d'environ 11 ans[7] et élève du collège jésuite Louis-le-Grand de Paris. Dans son testament elle lui légua 2 000 livres tournois (l'équivalent de 7 800 € de l'an 2008)[8] pour qu'il puisse s'acheter des livres (en fait au début du XVIIIe siècle, comme le signale le maréchal Vauban dans son ouvrage sur la Dîme royale, un simple journalier gagne moins de 300 livres dans l'année).

Son salon[modifier | modifier le code]

Ninon a tenu salon à compter de 1667, au 36 rue des Tournelles à Paris. Ses célèbres « cinq à neuf » avaient lieu chaque jour. Ninon de Lenclos est le symbole de l'aristocrate cultivée et rayonnante, reine des salons parisiens, femme d'esprit indépendant et femme de cœur, représentative de la liberté des mœurs des XVIIe et XVIIIe siècles français. Parmi ses invités, surtout des hommes : Fontenelle ; François de la Rochefoucauld ; Charles de Saint-Évremond ; Paul Scarron ; Jean-Baptiste Lully ; Jean de La Fontaine ; Philippe d'Orléans, futur régent de France, d'Elbène ; Antoine Godeau ; Antoine Gombaud, chevalier de Méré ; Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, mémorialiste ; Roger de Rabutin, comte de Bussy ; Jules de Clérambault ; Damien Mitton ; l'abbé François de Châteauneuf ; Huygens ; François Le Métel de Boisrobert ; Charles Perrault ; le poète Chapelle ; Jean Ogier de Gombauld ; l'abbé de Pons ; Louis de Mornay, marquis de Villarceaux ; César Phœbus d'Albret ; Jean Hérault de Gourville ; le peintre Nicolas Mignard dont elle fut un modèle ; Charleval, fils de Madame de Longueville ; Jean Racine (et sa maîtresse la Champmeslé) ; François III Dusson, seigneur de Bonrepaus et commissaire de la Marine ; Nicolas Boileau, dit « Boileau Despréaux » ; Condé ; Henri de Sévigné[9], mari de Madame de Sévigné, puis leur fils Charles de Sévigné, Louis de Lesclache.

Mais aussi de nombreuses femmes : Catherine de Vivonne ; Marguerite de la Sablière ; Madame de Galins ; Charlotte-Élisabeth de Bavière (1652-1722), princesse Palatine ; Henriette de Coligny, comtesse de la Suze ; Marie Desmares, dite la Champmeslé, tragédienne réputée et maîtresse de Racine ; sa parente[réf. nécessaire] et amie Françoise d'Aubigné, future madame de Maintenon. Mais aussi lady Montagu qu'elle appelait Madame Sandwich et dont elle dira : « Elle m'a donné mille plaisirs, par le bonheur que j'ai eu de lui plaire. Je ne croyois pas sur mon déclin pouvoir être propre à une femme de son âge. Elle a plus d'esprit que toutes les femmes de France, et plus de véritable mérite.»

Son œuvre[modifier | modifier le code]

On lui connait plusieurs recueils de lettres, probablement apocryphes, dont :

  • Lettres de Ninon de L'Enclos au marquis de Sévigné, collectées par Damours, 1750, éditions Francois Joly.
  • Lettres de Ninon de L'Enclos au marquis de Sévigné, collectées par Crébillon fils, édition François Joly, Amsterdam, 1750. Deux parties en un volume in-12, XII-184-200 pages (chaque partie est précédée d'un titre gravé par Fessard). En fait, la première édition de ces lettres a été attribuée, à tort, par Gay à Damours, mais Tchemerzine les a restituées à Crébillon fils. Voir Gay II, 828. Tchemerzine IV, 197.
  • Bibliothèque épistolaire, ou choix des plus belles lettres des femmes les plus célèbres du siècle de Louis XIV. Lettres de Ninon de l'Enclos, de Mme de Maintenon, des Ursins, de Caylus, etc., recueillies par A. Delanoue.
  • En 1659, dans La Coquette vengée (œuvre d’attribution douteuse), elle y répond à plusieurs attaques dont elle fut l'objet. Elle y défend, en tant que femme de lettres, la possibilité d'une vie bonne et morale en l'absence d'apparat religieux. Elle y dit aussi avec quelque esprit: « beaucoup plus de génie est nécessaire pour faire l'amour que pour commander aux armées » et « nous devrions faire attention au montant de nos provisions, mais pas à celui de nos plaisirs : ceux-ci doivent être recueillis jour après jour. »

Molière lui demandera des conseils pour sa pièce le Tartuffe à l'instar de plusieurs autres auteurs qui bénéficièrent de son jugement.

Plusieurs pièces de théâtre l'ont prise pour thème, dont :

  • Ninon de l'Enclos, comédie historique en un acte, mêlée de vaudevilles par Charles Henrion, Armand Henri Ragueneau de la Chainaye. Éditeur Mad. Cavanagh, Paris, An XII [i.e. 1804].
  • Le grand Huyghens, qui fut au nombre de ses amants, composa quelques vers à son sujet :
Elle a cinq instruments dont je suis amoureux :
Les deux premiers, ses mains ; les deux autres, ses yeux ;
Pour le plus beau de tous, le cinquième qui reste,
Il faut être fringant et leste.
  • Le compositeur Louis Maingueneau (1884-1950) intitula l'un de ses opéras Ninon de Lenclos.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Roger Duchêne, Ninon de Lenclos ou la manière jolie de faire l'amour, Fayard,‎ 1984 et 1987 (ISBN 2213606633).
  • Martial Debriffe, Ninon de Lenclos - La belle insoumise, France-Empire,‎ 2002 (ISBN 2704809399).
  • Martine Amsili ([3]) Chez Ninon de Lenclos pièce de théâtre éditée aux Editions de la Librairie théâtrale (2004)
  • Paul Gordeaux Ninon de Lenclos, éditions Minerva Genève,1970, coll. Les Amours Célèbres
  • Michel Vergé-Franceschi, Ninon de Lenclos, Libertine du Grand Siècle, Paris, Payot, 2014, 432 pages

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes[modifier | modifier le code]

  1. MM de Monmerqué et Paulin, Les historiettes de Tallemant des Réaux, 3e édition, J. Techener, libraire,‎ 1857, p. 12 et 25.
  2. a et b Ninon de Lenclos, courtisane distinguée sur herodote.net
  3. Ou plus exactement « séduisante » : Voir notamment Lettres de Mme de Coulanges et de Ninon de l'Enclos, Chaumerot jeune,‎ 1823, p. 198, sur [1] consulté le 9 janvier 2009.
  4. Voltaire romance l'histoire selon laquelle le cardinal de Richelieu fut son premier amant tandis qu'elle fut pour le prélat la dernière maîtresse. Voir : Histoire de la vie et des ouvrages de Saint-Évremond
  5. Nombreuses références, dont Lettres de Mme de Coulanges et de Ninon de l'Enclos, Chaumerot jeune,‎ 1823, p. 198, voir [2] consulté le 9 janvier 2009.
  6. Seul véritable amour de Ninon auquel elle fut fidèle pendant plus de 3 ans mais étant jaloux, la jeune femme pour lui prouver son amour coupa sa magnifique chevelure, donnant naissance à la « coiffure à la Ninon ».
  7. L'abbé de Chàteauneuf me mena chez elle, j'étais âgé d'environ 13 ans, j'avais fait quelques vers..., voir Jean Orieux, Voltaire, p.85, éd. Flammarion, 1966, Livre de Poche.
  8. pour la valeur de l'héritage voir Jean Orieux, Idem. La chronologie p. 18 donne à l'héritage une valeur de 1 000 F de 1966 mais c'est une erreur, le texte p. 86 dit bien 2 000 livres (10 000 F de 1966 précise Orieux) et la livre de l'époque est la livre tournois, dont la valeur égale celle de 0,38 g d'or.
  9. L.-J.-N. de Monmerqué, Notice biographique in Lettres des grands écrivains de la France, v. 1, Hachette, Paris, 1862
  10. Vibert