La Niña (météorologie)

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Carte des anomalies de température de l'océan Pacifique lors de La Niña de 2006

La Niña est un phénomène climatique ayant pour origine une anomalie thermique des eaux équatoriales de surface (premières dizaines de mètres) de l'océan Pacifique centre et est caractérisée par une température anormalement basse de ces eaux. La Niña (la petite fille en espagnol) tire son nom d'une comparaison avec El Niño (le petit garçon en espagnol en référence à l'enfant Jésus) dont les conséquences maritimes et climatiques sont globalement l'inverse de celles de La Niña. La fréquence de La Niña est différente de celle d'El Niño et les deux événements ne semblent pas nécessairement induits l'un par l'autre (seuls un tiers des cas de proximité dans le temps entre El Niño et La Niña semblent montrer une corrélation)[1].

Origines[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Circulation atmosphérique et El Niño.

En temps normal, une zone cyclonique nommée la circulation de Walker et située au milieu du Pacifique, chasse les eaux chaudes superficielles par des vents du sud-est vers l’Australie et provoque des remontées d’eaux froides des profondeurs du courant de Humboldt sur les côtes du Pérou (aussi connu comme upwelling en anglais).

La Niña est liée à un renforcement des alizés dans l'océan Pacifique Ouest qui, déplaçant encore plus les eaux chaudes de surface de cette région en direction du continent asiatique, provoquent un renforcement de la remontée d'eau amenant ainsi en surface plus d'eau froide qu'à l'accoutumée. Cet apport d'eau froide lors de La Niña est clairement visible sur les tracés des thermoclines qui atteignent la surface parfois durant des mois. Il résulte d’un dérèglement atmosphérique que l’on arrive mal à expliquer et qui revient périodiquement. Les eaux déplacées forment un grand courant marin d’une taille comparable à une fois et demi celle des États-Unis.

Les épisodes La Niña surviennent tous les 4 à 5 ans et durent en général 1 à 2 ans. La Niña suit souvent un épisode de El Niño, qui est l'effet inverse, en une sur-réaction de l'atmosphère afin de revenir à son état d'équilibre. Cependant, après un El Niño, le climat ne bascule pas toujours à une phase La Niña. Au XXe siècle, il n'y a eu que 17 épisodes La Niña modérés à forts, contre 25 El Niño modérés à forts[2]. Le duo El Niño/La Niña fait encore l’objet de nombreuses recherches dans le but de découvrir leurs causes et leurs périodicités.

Circulation convective normale de Walker
La diminution des alizés perturbe le cycle de Walker et laisse l'eau chaude se répandre plus à l'Est : c'est El Niño
Le renforcement des vents étire la zone couverte par la circulation de Walker et la renforce : c'est La Niña

Conséquences[modifier | modifier le code]

Effet du El Niño et de La Niña dans le Pacifique Nord et sur l'Amérique du Nord
Effets mondiaux de La Niña

Les anomalies climatiques mondiales liées à La Niña sont moins prononcées que celles associées à El Niño et, dans certaines régions, ont tendance à être inverses. Cependant, les effets de La Niña ne sont pas toujours le contraire de ceux d'El Niño[2]. Les anomalies thermiques des eaux de surface ont des répercussions sur les phénomènes climatiques dans le bassin Pacifique avec la recrudescence de typhons dans l'océan Pacifique Ouest (Asie tropicale, Insulinde et Ouest de l'Océanie). En revanche, les eaux riches en nutriments dans l'océan Pacifique Est sont propices à la pêche[1].

Ces modifications touchent aussi d'autres océans et donc d'autres régions du globe comme dans l'océan Atlantique où les ouragans sont plus nombreux, où des conditions climatiques plus sèches que la normale apparaissent dans l'Est de l'Amérique du Sud et dans l'Est de l'Afrique et où l'Afrique australe subit des conditions climatiques plus humides[1].

L'épisode de 2010-2011[modifier | modifier le code]

Depuis 1950, la Terre connaît de nombreux épisodes de la Niña dont le dernier remonte à 2011[3].

Après un épisode assez durable d’El Niño (2008-2009), les météorologues décèlent rapidement le phénomène de la Niña à la mi-2010. Ce qui frappe alors est la rapidité du développement du phénomène qui touche très vite la partie orientale et centrale du Pacifique tropical, à la mi-2010. De plus, un autre paramètre est sa durée puisqu'au lieu de s'affaiblir à la fin 2010, la Niña reprend une vigueur importante à la mi-2011. Depuis mars 2012, la Niña s'affaiblit et la situation de circulation des courants océaniques du pacifique redevient normale et on assiste au reflux vers l'ENSO.

Ce phénomène 2010-2011 est combiné avec une température record de la mer dans le nord-est de l'océan Indien. Il est un facteur important, mais non le seul, dans les inondations du Queensland, exceptionnelles par leur ampleur, d'importantes tempêtes de neige dans le nord-est de l’Amérique du Nord à partir de décembre 2010 et dans un nombre inhabituel d’éruptions de tornades qui frappent le Midwest des États-Unis au printemps de 2011[4],[5].

Enfin, bien qu'au-dessus de la normale du point de vue des précipitations et en dessous de la tendance des dernières années du point de vue de la température moyenne mondiale, l'année 2011 est marquée par une sécheresse exceptionnelle à certains endroits : sur une grande partie de l'Europe du printemps jusqu'en juillet 2011, dans les États du Centre et du Sud des États-Unis, notamment au Texas, dans l'Oklahoma et l'Arkansas, ainsi que dans la Corne de l'Afrique. Même si le rôle de la Niña est débattu dans ces cas, la concomitance des évènements demeure troublante[6].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c (fr) « La Niña », Glossaire de météorologie, Météo-France (consulté le 2008-03-19)
  2. a et b (fr) Service météorologique du Canada, « La Niña: Perspective Canadienne », Environnement Canada,‎ 18 décembre 2002 (consulté le 2008-03-19)
  3. (en) « Cold and warm episodes by season », Climate Prediction Center NOAA (consulté le 12 janvier 2011)
  4. (en) Nina Ridge, « Why is Queensland flooded? », sur BBC News,‎ 13 janvier 2011 (consulté le 16 avril 2012)
  5. (en) « Tornadoes whipped up by wind, not climate: officials », sur www.physorg.com (consulté le 30 avril 2011)
  6. (en) Climate Prediction Center, « NOAA: 2011 a year of climate extremes in the United States », NOAA (consulté le 22 janvier 2012)